Jahn, Ryan David «Emergency 911» (02/2013)

Auteur : Ryan David Jahn, né en 1979 en Arizona, est un écrivain et scénariste américain.

Il a déjà publié plusieurs romans chez Actes Sud : De bons voisins (2012), Emergency 911 (2013), Le Dernier Lendemain (2014) et La Tendresse de l’assassin (2016). Dark Hours, et The Breakout, ne sont pas encore traduits

Résumé : À Bulls Mouth, Texas, quand on fait le 911, on tombe directement sur le Bureau du shérif. Collé derrière le central, son adjoint Ian passe ses journées à jouer aux cartes sur l’écran de son ordinateur tout en répondant aux rares appels d’urgence. Il faut dire qu’il n’a plus du flic que l’uniforme. Il y a sept ans, sa fille Maggie a été kidnappée dans sa chambre. L’en – quête n’a rien donné et on n’a jamais retrouvé la moindre trace de la petite. Quelques mois plus tôt, elle a été déclarée morte. Depuis, Ian s’est mis à boire, sa femme l’a quitté et le shérif lui a retiré son arme de service. Ce jour-là, il lui reste une heure à tirer quand il reçoit un coup de fil un peu spécial. “Je vous en prie, aidez-moi !” Ça fait sept ans qu’il n’a pas entendu sa voix, alors au début il ne la reconnaît pas. Pourtant c’est bien elle. Sa petite fille l’appelle au secours. Elle a réussi à s’échapper et à trouver une cabine téléphonique. Mais la conversation est brutalement écourtée. Son ravisseur vient de lui remettre la main dessus. Il n’a à peu près rien : une description sommaire du kidnappeur et la localisation de la cabine, où un combiné doit se balancer au vent. Mais à peu près rien, c’est déjà quelque chose, et il ne laissera pas Maggie disparaître une seconde fois. Alors il prend son SIG Sauer, grimpe dans sa Mustang 1965 et part à sa recherche. Du Texas à la Californie, il enfile l’Inter – state 10 à tombeau ouvert sur la trace du monstre qui lui a volé sa vie.

Mon avis : J’avais déjà lu son premier roman « De bons voisins » couronné par la Crime Writers’Association (voir article: Jahn, Ryan David «De bons voisins» (2012) ). Une fois encore l’auteur focalise sur la violence et sur la volonté de vivre de la victime. Très vite on sait qui est le coupable, mais ce n’est pas l’important. L’important c’est la folie des personnages et leurs motivations. La force de l’amour qui dépasse les limites de l’acceptable, pousse au meurtre, au crime, à la violence des personnes qui n’auraient vraisemblablement pas franchi le pas si une chose atroce ne leur était pas arrivée. Une vie banale, un choc : tout disjoncte et fait de vous un monstre. Et une fois le processus enclenché, on est pris dans l’engrenage…

Mais cette fois, la victime n’est pas seule.. Au moment où l’espoir renait, ou la preuve que la fillette est vivante existe, alors son père se met en mouvement, inexorablement, avec la volonté de l’arracher à son bourreau. Elle a toujours été sa raison de vivre, il a toujours refusé de croire à sa mort, et il fera tout le possible et l’impossible pour la retrouver. Une poursuite haletante, un suspense toujours présent… des menaces de mort en suspension sur les protagonistes du roman… de fait on tremble soit pour l’un, soit pour l’autre.. Quel sentiment l’emportera ? la peur ? la haine ? l’envie de vivre ? la destruction ? la folie ? Le paysage est à l’unisson du récit… Plus on s’enfonce dans la violence, plus le désert avance, la civilisation recule, jusqu’à finir par disparaître … La vengeance est plus forte que la raison, et on se renie soi-même au nom de l’amour, de l’amitié, de la fraternité.

Une fois dans ce livre, je ne l’ai plus lâché. Style fluide, aucun temps mort. J’ai beaucoup aimé la façon qu’a l’auteur de nous raconter l’histoire du point de vue de tous les acteurs et de nous exposer les sentiments et moteurs de tous les protagonistes. Ce n’est pas un enlèvement pervers. C’est la folie par amour de personnages totalement pervertis par la douleur. Une vie tranquille brisée par un enlèvement : le couple explose, le mari sombre, puis il se trouve une raison de continuer à avancer, et sa personnalité explose et le sens des valeurs vole en éclat. Du côté du ravisseur.. la mort d’un bébé… et … je vous laisse découvrir la suite…

Extraits :

C’est étrange, plus on attend avant de faire quelque chose, plus c’est dur. Une petite tâche à accomplir, si vous la repoussez au lieu de la saisir à bras-le-corps, elle prend de l’ampleur, comme une boule de neige qui grossit en roulant, et ce que vous auriez pu ramasser d’une main et glisser dans votre poche a désormais la taille et le poids d’une planète.

C’est drôle comme une ville qu’on habite peut grandir sans même qu’on s’en aperçoive. Vous vous tenez tranquille, mais autour de vous tout bouge, un jour vous levez la tête et vous vous sentez perdu : tous vos anciens repères ont disparu, et les nouveaux repères n’ont de sens que pour les autres, pas pour vous

Il regarde les cieux en espérant y trouver Dieu, mais tout ce qu’il entend c’est la voix de l’obscurité entre les étoiles : un appel qui sonne aussi creux que le vent du désert.

Je serais comme un ours en peluche qui essaie de faire un câlin à un bâton de dynamite.”

Si un homme veut pas se retrouver plus tard avec une belle morsure à la main, lui

Vaut mieux qu’y tue un méchant chiot avant que ça devienne un méchant chien. Allez, on règle ça. Je vais chercher la pelle. … Mais les femmes veulent jamais regarder les choses en face. Elles voient un truc mignon, elles veulent lui faire des câlins. Elles ne comprennent pas que c’est pas parce qu’on est mignon qu’on a forcément le droit de vivre

Parfois, tuer est la seule solution. C’est une vérité que tous les survivants connaissent. Le monde est un endroit sans pitié qui comporte beaucoup de pièges fatals et, parfois, pour survivre, il faut sacrifier quelqu’un pour se protéger

Il s’est trompé suffisamment souvent pour savoir qu’il peut y avoir un gouffre entre ce qu’on croit et la réalité.

Bizarrement, il s’était senti orphelin, comme s’il n’avait pas de passé qui lui était propre. La malédiction du bâtard américain : tu ne viens de nulle part, fiston. En Amérique, on se construit à partir de rien, on part de zéro pour s’élever, sinon c’est comme si on n’existait même pas

Ne comptez pas vous inscrire dans la continuité de ceux qui vous ont précédé : il n’y a pas d’avant dans cette contrée.

Elle est enfermée dans la pénombre de son esprit, où il n’y a aucune porte, aucun panneau marqué sortie.

Ses yeux sont fermés et il ne voit que ce qui se trouve dans sa tête, et pour l’instant sa tête est vide. Les moments comme ça sont rares, alors il les fait durer autant que possible – hélas jamais très longtemps. Dès qu’une partie de son esprit prend conscience du silence intérieur, ce silence est brisé.

Parfois des gens ont vécu trop de choses ensemble, trop de choses pas bonnes, et on ne peut pas arracher des pages dans le livre de la vie. Ce qu’on y a écrit demeure pour toujours.

La vie est courte. Il ne faut dire non que quand on n’a vraiment pas le choix.

Le désert est honnête, il vous dévorera et ne laissera qu’une coquille vide – mais au moins il annonce la couleur. Le désert ne triche pas, ne cherche pas d’excuses.

Comme les doigts d’un fantôme, le souffle chaud du vent fait tourner leurs pages de temps à autre.

 

Jahn, Ryan David «De bons voisins» (2012)

Auteur : Ryan David Jahn, né en 1979 en Arizona, est un écrivain et scénariste américain.

Il a déjà publié plusieurs romans chez Actes Sud : De bons voisins (2012), Emergency 911 (2013), Le Dernier Lendemain (2014) et La Tendresse de l’assassin (2016). Dark Hours, et The Breakout, ne sont pas encore traduits

Résumé : A quatre heures du matin le 13 mars 1964, à New York, dans le Queens, une jeune femme qui rentre chez elle est agressée dans la cour de son immeuble. Des voisins entendent ses cris, mais personne n’appelle les secours. Concentré sur deux heures, De bons voisins raconte les derniers instants de cette femme. Mais c’est aussi l’histoire de ses voisins, témoins inertes de son calvaire : une jeune recrue de l’armée, angoissée à la veille de la visite médicale qui décidera de son départ pour le Viêtnam ; une femme qui pense avoir tué un enfant ; un couple qui fait sa première expérience échangiste… C’est enfin l’histoire de la ville, de ses nuits faussement calmes, de sa violence aveugle.
Ryan David s’empare ici d’un fait divers réel, le meurtre de Kitty Genovese, qui a défrayé la chronique dans les années 1960 et donné naissance à la notion d’“effet du témoin” : lors d’une situation d’urgence, les témoins sont d’autant moins susceptibles d’intervenir qu’ils sont nombreux.
Usant de toutes les ressources du roman pour interroger cette criminelle passivité, l’auteur mène de concert de multiples fils narratifs, les entrecroise avec un art consommé du récit et tisse le sordide canevas de nos démissions ordinaires.

Mon avis : Ce roman se déroule entre 4h et 6h du matin. Une jeune femme se fait agresser devant chez elle. Elle crie mais personne ne vient la sauver, personne ne téléphone à la police. Les voisins regardent depuis chez eux, certains baissent les stores pour ne pas voir ( c’est trop horrible !) … mais ils se disent « surement que quelqu’un d’autre a prévenu les flics »… Personne ne veut être témoin, personne ne veut prendre une responsabilité. Et au final, tout le monde a honte. L’auteur raconte la vie de plusieurs personnes entre 4h et 6h du mat, tranche d’heure la plus propice aux crimes et cambriolages. On suit pendant ces deux heures la vie des habitants réveillés et témoins de l’agression, mais aussi la vie des ambulanciers, de la patrouille de police…
Un roman sur la violence, sur l’égoïsme, sur la peur, sur l’anonymat.
On est un peu les voyeurs.. on découvre des personnages qui se préoccupent d’eux et ne veulent surtout pas être mêlés à autre chose. Une société qui veut surtout fuir les responsabilités, refiler le problème au voisin… et qui se donne bonne conscience en se disant que quelqu’un aura déjà agi. L’auteur nous présente les personnages témoins qui ont tous quelque chose à cacher et de ce fait restent dans l’ombre, faisant passer leur petite vie minable avant « LA VIE » tout court..
Et pendant ces deux heures, Kat tente de survivre, de se battre, de s’échapper.. Au final, si un voisin avait prévenu la police, le drame aurait-il pu être évité ? Je ne vous le dis pas car ceux qui ne connaissent pas le sordide fait divers qui a inspiré le roman vont être pris par l’ambiance et suivre le calvaire de Kat jusqu’au dénouement… Un suspense qui ne prend fin qu’à la fin du livre..
L’indifférence fait froid dans le dos.. Alors si vous êtes témoins de quelque chose.. Appelez ! Mieux vaut être plusieurs à prévenir la police que d’en arriver là… Ne vous défaussez pas sur les autres. Je pense qu’on doit se sentir terriblement mal quand on vit le reste de sa vie avec le remords et le regret d’avoir assisté à une agression et de n’avoir rien fait pour tenter de porter secours…

C’est un livre que j’ai pris comme un coup de poing dans la figure! Alors oui je le recommande! Je l’ai lu d’une traite.. en me disant ce n’est pas possible .. ce n’est pas croyable…J’ai vibré avec la victime. Pourtant j’y allais un peu à reculons… en me disant que les romans basés sur les faits divers… en général c’est pas mon truc!
Un excellent suspense, un livre sans temps mort.. un livre sur un fait divers des années 60 mais qui pourrait se passer maintenant!

Extraits :

« Ça commence sur un parking.
Le parking se trouve à l’arrière d’un bar sportif, un bâtiment en brique qui a accumulé les blessures et les cicatrices au cours de sa longue histoire. Il s’est fait percuter par des conducteurs en état d’ébriété qui ont passé la marche arrière au lieu de la marche avant, s’est fait taillader par des gens qui ont gravé leurs initiales sur les murs, et prendre d’assaut par des vandales ivres. Un soir, il y a quinze ans, quelqu’un a tenté d’y mettre le feu. Malheureusement pour le pyromane en puissance, la météo avait prévu de la pluie. De sorte que le bar est toujours là. »

– Quelqu’un qui correspond à votre description a été aperçu en train de s’enfuir du lieu d’un cambriolage, dit le flic. Je vais vérifier votre coffre.
– Qui correspond à ma description?
– Vous êtes noir, non?
-Oui, Monsieur l’agent.
– Alors il correspond à votre description.

Elle les voit qui la regardent à travers les vitres de leur salon comme si elle n’était rien d’autre qu’une image sur un écran de télévision.

« Je ne peux pas regarder ça, dit-il.
– Oui je te comprends. » Un temps. « Est-ce qu’on devrait appeler la police ? ».
Thomas y réfléchit un moment, et au début ça semble être la chose à faire, mais ensuite il se rappelle tous les visages qu’il a aperçus – ces gens debout, contemplant la cour depuis la fenêtre de leur salon ou de leur chambre ; (…)
« Je suis sûr que quelqu’un s’en est déjà chargé, finit-il par répondre. Autant ne pas encombrer les lignes avec des appels superflus. »
Au bout d’un moment de réflexion, Christopher hoche la tête.
« Tu as probablement raison. »

 

voir aussi mon article sur son autre livre : – Jahn, Ryan David «Emergency 911» (02/2013)

Erre, J.M. Le mystère Sherlock (2012)

Résumé : Meiringen, Suisse. Les pompiers dégagent l’accès à l’hôtel Baker Street. Cet établissement, charmant et isolé, a été coupé du monde pendant trois jours à cause d’une avalanche. Personne n’imagine que, derrière la porte close, se trouve un véritable tombeau. Alignés dans la chambre froide reposent les cadavres de dix universitaires. Tous sont venus là, invités par l’éminent professeur Bobo, pour un colloque sur Sherlock Holmes. Un colloque un peu spécial puisque, à son issue, le professeur Bobo devait désigner le titulaire de la toute première chaire d’holmésologie de la Sorbonne. Le genre de poste pour lequel on serait prêt à tuer…

Mon avis : Ah j’ai adoré ! Vite lu, jubilatoire, bien conçu, pas de temps morts, beaucoup d’humour.. Je recommande à ceux qui aiment rire et sourire mais qui n’aiment pas la grosse rigolade.. Un huis clos avec des personnages tous plus givrés les uns que les autres mais pas au point d’être totalement improbables ! Des intello allumés, des profs totalement hors de la réalité, des vrais « personnages » Une passion dévorante qui les prédestine à faire tout et n’importe quoi.. Ça pourrait faire une superbe pièce de théâtre. pas de prise de tête, un suspense qui augmente au fil des pages, des inventions dans le langage.. Tout en finesse et en doigté. Et une connaissance de l’univers holmesque pour ne rien gâcher. Contrairement à d’autres personnes de ma connaissance, j’ai adoré le rebondissement final.. qui privilégie intelligence et déduction qui sont si attachées à Holmes à la chute convenu et attendue.. De fait… les deux rebondissements.

Extraits :

H comme Holmésien : Mammifère bibliophile vouant une passion à Sherlock Holmes

Mais le destin en avait décidé autrement, comme d’habitude

Si toutes les autres hypothèses échouent, celle qui reste, aussi improbable soit-elle, doit constituer la vérité

Elle en veut aux hommes, et les hommes la veulent : on devrait pouvoir s’amuser

deux hommes se font face dans un silence assourdissant, comme disent les poètes à oxymore

Tu sais bien que, dans la vie, il y a les Holmes et il y a les Watson, les maîtres et les disciples, les suivis et les suiveurs, on n’y peut rien

C’était elle qu’on classaffairisait dans les avions, elle qu’on gastronomisait dans les restaurants, elle qu’on palacisait dans les hôtels. Son charme hispanisant avait eu son heure de gloire, sa chevelure sauvage avait envoûté les foules, mais le temps est un joueur avide qui gagne sans tricher, à tout coup, c’est la loi, comme disent les horloges baudelairiennes.

pour trouver le bonheur, il lui suffit d’attendre que la beauté intérieure soit à la mode, ou que les êtres humains deviennent aveugles. Juste une question de temps, donc.

On aurait pu qualifier l’ambiance de « glaciale » si elle avait été un peu plus chaleureuse, mais à partir d’un certain degré en dessous de zéro, même les adjectifs s’épuisent.

regard mystérieux et sourire monalisé au collagène

Les convives regardaient leurs chaussures comme si elles venaient de leur pousser aux pieds

Chacun put admirer sa peau toutânkhamonesque, sa lèvre bubonique, ses yeux grumeleux et son originale cambrure dorsale

« “Je ne devine jamais. C’est une habitude détestable, nuisible aux facultés de raisonnement

Sauf que, ce matin, la fiat ne luxa pas (comme Sherlock, j’apprécie les mots d’esprit). A 6h01, j’étais encore dans les ténèbres, l’ampoule de ma lampe de chevet devait être grillée, c’était un scandale.

Tout ce que j’avais vécu depuis mon réveil devait avoir une explication logique. Et si c’était justement l’absence de logique qui expliquait tout ? J’avais entendu parler d’un domaine dans lequel l’être humain évoluait dans la plus complète incohérence : le rêve. Et si j’étais en train de rêver ?

On aurait dit que Notre Seigneur avait voulu réparer au moment du trépas un travail bâclé à la naissance par un ange stagiaire

La fraîcheur de la vingtaine, garantie sans ravalement de façade, le genre à vous narguer sous prétexte que ça défie encore les lois de la pesanteur. Et avec ça, un crâne bien nettoyé pour qu’il ne reste rien dedans

Il doit être écrit quelque part que ce week-end sera une préfiguration du purgatoire. Ainsi soit-il !

Aucune difficulté pour jouer le rôle de la cruche de service, nos intellectuels étaient tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils me placèrent tout de suite dans la catégorie « intermittente du neurone

On a voulu l’éclairer sous tous les angles, et on a renforcé l’ombre.

Le colloque commença dans une ambiance aussi joyeuse qu’une soirée d’autocritique marxiste en Corée du Nord

pour franchir bravement le cap Horn du ridicule

Au fond, c’est peut-être ça un mythe : un personnage dont le talent dépasse celui de son créateur, un être qui a davantage d’ampleur dans l’imaginaire collectif que dans celui de son géniteur, une figure que des écrivains successifs vont s’approprier dans l’espoir d’être celui qui saura enfin se hisser à son niveau. Un personnage qui fait naître un auteur, et non l’inverse.

on peut poser comme axiome de base que la relation à autrui, au saut du lit, est fondée sur la complainte

Préposé au bureau des pleurs, voilà à quoi est réduit l’honnête homme confronté à l’épreuve du petit déjeuner en groupe

La fine couche du vernis de la civilisation est loin d’être sèche. Il faudra longtemps avant que l’évolution permette à mes « semblables » de devenir vraiment humains

J’ai toujours eu la sensation que l’être humain habitait son corps à la manière d’un locataire, comme pour un appartement auquel il se serait habitué sans jamais vraiment se sentir chez lui. Une location qui se dégrade peu à peu et que le propriétaire, aux abonnés absents, ne rénove jamais, rendant l’habitat un peu plus inconfortable chaque année

J’attends donc le moment où je pourrai déménager pour plus spacieux, où, esprit nomade, je quitterai mon enveloppe pour vivre à la belle étoile. J’avoue avoir pensé plusieurs fois à provoquer ce moment libératoire, mais, à ma grande honte, l’instinct de survie fonctionne encore chez moi comme une chaîne au cou d’un prisonnier. J’en suis quitte pour garder la gérance de mon corps, en attendant mieux.

il me faudrait du rimmel aux oignons pour arriver à me tirer une larme

Ma vie n’est qu’un long effort pour échapper à la routine de l’existence

Mourir est à la portée de tous ; passer dans la fiction, puis devenir un mythe, c’est autre chose

C’est vieux comme l’immonde : dès que thanatos étend son ombre funeste, éros tente de résister par du tripotage intempestif

Moriarty est l’ancêtre des supervilains qui rivalisent de perversité dans les comics américains. Batman a son Joker démoniaque, Spiderman son Bouffon vert machiavélique, Holmes son Moriarty anglais

C’est à ce moment que j’ai senti en moi la rationalité pousser un cri de révolte.

La question qui se pose est donc : savons-nous lire les récits à énigme ? Regardons-nous vraiment ce qu’il faut regarder ? Ou nous laissons-nous manipuler par celui qui raconte l’histoire ?

D’Aillon Jean – Les aventures de Guilhem d’Ussel

Les chevauchées de Guilhem d’Ussel brossent une fresque du règne de Philippe Auguste où l’on croise les redoutables routiers des grandes compagnies, les croisés et les troubadours, Philippe Auguste, Jean sans Terre et Richard Cœur de Lion, mais aussi les héros de Walter Scott et d’Alexandre Dumas dans de surprenantes énigmes criminelles.

La liste des aventures du Chevalier.

01 – De taille et d’estoc
02 – La Charte maudite (nouvelle)
03 – Férir ou périr
04 – l’évasion de Richard Cœur de Lion (nouvelle)
05 – Marseille, 1198
05a- Le Noël du chat botté  (nouvelle)
06 – Paris, 1199
06a- Les perdrix de Lectoure (nouvelle)-  se situe au début de Paris, 1199
07 – Londres, 1200
07a- Retour à Cluny, se situe à la fin de Londres, 1220 (nouvelle)
08 – Montségur, 1201
08a- Le loup maléfique (nouvelle)
09 – Rome, 1202
10 – Rouen, 1203
11 – Béziers, 1309
11a- La mort de Guilhem d’Ussel (nouvelle)
11b – L’évasion de Richard Cœur de Lion

 

 

Jeunesse de Guilhem d’UsselDe taille et d’estoc, la jeunesse de Guilhem d’Ussel (10/2012)

Résumé : Marseille, 1187. Antoine, orphelin de treize ans recherché pour meurtre, se retrouve seul sur les routes infestées de bandits, de mercenaires mais aussi de quelques belles âmes. L’adolescent, qui dorénavant se fait appeler Guilhem, va, au hasard d’étonnantes rencontres, être initié à l’art des troubadours tout comme à celui de la coutellerie, du lancer de couteau et du duel. Son chemin croise, un jour, celui de Joceran d’Oc et de Jeanne de Chandieu qui, pour vivre leur passion, ont quitté l’habit et les ordres religieux. Ils n’en sont pas moins accusés d’avoir dérobé la Sainte Lance, inestimable relique rapportée de Terre sainte par les croisés. Amour et honneur, quête de la vérité et vengeance : la grande saga du chevalier troubadour Guilhem d’Ussel peut commencer.

Mon avis : Incontestablement une magnifique aventure qui nous entraîne dans la jeunesse de Guilhem pour notre grand plaisir. Et c’est un plus car cela explique les rencontres dans les aventures suivantes.. On relie les aventures futures avec le cheminement passé et cela rend Guilhem encore plus attachant de savoir par où il a passé pour devenir ce qu’il est.

La charte maudite (nouvelle)

Résumé : Cette nouvelle d’environ 130 pages  fait suite au roman : De taille et d’Estoc. Sur la route de Paris, Guilhem d’Ussel vient au secours de vilains oppressés par le seigneur de Chissey qui a falsifié la charte de leurs droits. La malédiction protégeant le parchemin contre toute altération et damnant ceux qui s’y seraient livrés peut-elle se réaliser ?

Mon avis : j’ai beaucoup aimé cette petite aventure ou Guilhem prouve une fois encore qu’il a du cœur (dans les deux acceptations du terme) et est du côté de la justice. J’aime beaucoup ces petites nouvelles qui donnent un éclairage sur un moment ou une situation.

Férir ou périr (mai 2014)

Résumé : « — Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il sévèrement à la femme Ferrand. — Une corne divine, seigneur. Elle appartenait au mari de notre dame. Quand on a parlé de la Licorne, elle a préféré la cacher. Dérouté, Guilhem passa la main sur l’ivoire, qui lui parut tiède. Il n’avait jamais vu de licorne, ni de corne de cet animal, mais il savait sa valeur immense. La corne guérissait tous les maux, disait-on. Comment le sire de Crèvecœur l’avait-il obtenue ? L’avait-il achetée ou avait-il tué lui-même la bête ? On racontait que seule une vierge pouvait attirer le mystérieux animal. » 1191. Le roi Richard Cœur de Lion parti en Terre sainte, son frère, le prince Jean, use de tous les stratagèmes pour écarter Guillaume de Longchamp, le grand chancelier d’Angleterre, afin de placer ses fidèles à la tête des grands châteaux du royaume. 1193. Après un accord avec le prince Jean, et en l’absence de Richard Cœur de Lion prisonnier, Philippe Auguste s’apprête à occuper la Normandie. Au même moment, deux de ses plus proches chevaliers sont assassinés avec des carreaux d’arbalète marqués du signe d’une licorne. C’est alors que, cherchant un engagement auprès du roi, le jeune chevalier troubadour Guilhem d’Ussel arrive dans Paris. Accusé d’être la Licorne, il est contraint de fuir en Normandie à la recherche du meurtrier sinon de la meurtrière. Qui se cache donc sous le nom « la Licorne » ?

Mon avis : pas encore lu

L’évasion de Richard Cœur de Lion  (nouvelle)

Richard Cœur de Lion est prisonnier de l’empereur Henri VI d’Allemagne à Trifels. Nesle, frère d’adoption, veut le libérer. Il enrôle quelques chevaliers et part vers Trifels. Ussel les croise dans une auberge. Ils sont attaqués en repartant par des routiers à la solde de Jean, frère de Richard. Ussel les sauve et ils le prennent avec eux. Ils reviennent sans Richard car Henri VI exige une rançon.

Mon avis : pas encore lu

Guilhem d’Ussel adulte: –

Marseille, 1198

Résumé : Enlevé par des inconnus, Roncelin, vicomte de Marseille, a disparu. Sept compagnons partent à sa recherche. Parmi eux, Hugues de Fer, ancien croisé, le médecin Averroès, un frère et une sœur saltimbanques romains, et le meilleur archer d’Angleterre, Robert de Locksley (plus connu sous le nom de Robin des Bois). A leur tête, Guilhem d’Ussel, joueur de vielle et fine lame. Mais, dans cette équipée, certains semblent être animés de tous autres desseins. Quelles sont les véritables raisons de leur venue à Marseille ? Quel est le rôle des consuls de la ville ? Pourquoi ces écorcheurs qui rôdent dans les campagnes ? La riche ville phocéenne attire bien des convoitises, à commencer par celle du pape Innocent III.

Mon avis : C’est le premier que j’ai lu de cette série. Oui oui et oui . Toujours aussi fan de cet auteur. Et ces nouveaux personnages sont attachants. La vie de l’époque est toujours aussi bien documentée et on vit et vibre avec les personnages. Dès que je l’ai commencé je ne l’ai plus lâché. Immédiatement j’ai été dans l’histoire, j’ai adoré les personnages, l’intrigue… Et une fois encore l’auteur est super précis, le contexte historique est présent, ville et région décrites magnifiquement. Ce serait un super sujet de film! Passionnant! –

Le Noël du chat botté (nouvelle)  (mars 2014)

Résumé : Durant les fêtes de la Nativité de l’an de grâce 1198, trois jongleurs arrivent au château de Saint-Gilles. L’un d’eux est un monstre, un nain avec une face poilue le faisant ressembler à un chat. Accusés d’être au service du démon, deux des ménétriers sont enfermés tandis que l’homme-chat disparaît. Guilhem d’Ussel mettra alors à jour une machination visant à tuer Raymond de Toulouse, mais les jongleurs ne sont-ils pas venus à Saint-Gilles pour quelqu’un d’autre ?

Mon avis : pas encore lu

– Paris, 1199

Résumé : « En 1199, Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre, est atteint par un carreau d’arbalète. Il trépasse peu après entouré de sa mère Aliénor et de son ami Robert de Locksle, plus connu dans sa jeunesse sous le nom de Robin des Bois. Robert, accusé injustement d’un vol, est à nouveau hors la loi. Sa femme Anna Maria demande à l’ancien mercenaire (et aujourd’hui troubadour) Guilhem d’Ussel de l’aider Les recherches de Guilhem l’amène à croiser des Templiers, des Cathares et d’énigmatiques personnages. »

Mon avis : Toujours très adepte des aventures des héros de d’Aillon. Mais j’ai préféré Marseille..

Les perdrix de Lectoure  (Nouvelle) (se situe au début de Paris, 1199)

Résumé : Au début du Carême de l’an de grâce 1199, Guilhem d’Ussel se rend à Lectoure pour rencontrer le comte d’Armagnac, son futur suzerain. Mais dans l’hôtellerie où il passe la nuit, la femme de l’aubergiste fait trop cuire des perdrix sur leur broche. Cet incident provoquera un terrible drame et, si Guilhem parviendra à démêler l’écheveau des morts violentes, il manquera de peu d’y perdre la vie.

Mon avis : 27 petites pages… mais un petit plaisir qui ne se refuse pas ! Une fois encore les bons sentiments de Guilhem et sa perspicacité sont au rendez-vous. –

Londres, 1200

Résumé : Après la mort de Richard Coeur de Lion, son frère Jean lui succède. Mais le roi de France, Philippe Auguste, apprend qu’un testament secret de Richard désignant son neveu Arthur de Bretagne est dissimulé à Londres, dans la grande tour blanche construite par Guillaume le Conquérant. Seul Guilhem, qui avait déjà sauvé la vie du roi, sera capable de ramener le précieux manuscrit. De grands dangers guettent le chevalier troubadour, la troupe de cathares qu’il escorte vers Albi et son ami de toujours, Robert de Locksley. Réussira-t-il à déjouer les complots, à éviter brigands et Anglais, à regagner, enfin, son fief de Lamaguère ?

Mon avis : Une fois de plus enchantée de ma lecture. Londres 1200 fait découvrir  la vie de l’époque, et les intrigues de cour. C’est vrai qu’il est plus descriptif et moins « action » que les deux autres. Mais quel bonheur de suivre nos héros !

Retour à Cluny  (Nouvelle) se situe à la fin de Londres, 1220

Résumé : Cette courte nouvelle d’environ 40 pages se situe à la fin du roman : Londres, 1200 – S’arrêtant dans la célèbre abbaye, Guilhem d’Ussel se trouve confronté à une série de miracles. Mais ces prodiges sont-ils l’œuvre de Dieu ou du Diable ?

Mon avis : – pas encore lu

Montségur, 1201 (06/2012)

Résumé : Guilhem d’Ussel, troubadour et ancien mercenaire, recueille Amicie de Villemur, veuve et châtelaine de Saverdun maltraitée par son beau-père, pendant que Pierre de Castelnau et des moines de Clairvaux se lancent dans la quête du graal et que le comte Dracula, venu de Transylvanie, accompagne à Saint-Gilles une ambassade du roi d’Aragon.

Mon avis : Adoré suivre cet opus. De fait comme je suis passionnée par les Cathares… Dévoré. Trépidant, vivant, les personnages sont attachants. Pas une minute d’ennui…  Nous sommes en bonne compagnie.. Esclarmonde de Foix, Une ambassade de Transylvanie, des chevaliers poètes allemands. Une plongée dans l’histoire avec le souci du détail et de la précision qui rendent les romans de d’Aillon si intéressants.

Le loup maléfique (mars 2014)

Résumé : Nouvelle (40 pages) Après avoir ramené le Graal dans la grotte qui l’abritait, Guilhem et Sanceline préparent leurs noces quand un loup mystérieux se met à hurler chaque nuit devant le château de Lamaguère. S’ensuivra la mort d’une jeune femme, puis celle de son père, tous deux dévorés par la bête. Une troisième victime est découverte lors de la battue visant à découvrir l’animal. Pourquoi le loup continue-t-il à hurler chaque nuit ? Les inquiétants pressentiments de Sanceline vont-ils se vérifier ?

Mon avis : pas encore lu

Rome, 1202

Résumé :  On connaît bien la Rome de l’Antiquité ou celle de la Renaissance, mais on ne sait presque rien sur la Rome du Moyen-âge. Grâce à Jean d’Aillon, nous allons plonger dans cette époque où se mêle la grande histoire et la vie du chevalier Guilhem d’Ussel. L’armateur marseillais, Grégoire Ratonneau, s’empare d’une galère sarrasine contenant des armes incroyables tandis que Guilhem d’Ussel reçoit, à Lamaguère, la visite d’un notaire du Saint-Siège. Celui-ci porte à Bartolomeo, son ancien écuyer, le testament de son père, le cardinal Ubaldi, lui léguant, ainsi qu’à sa sœur, la ville et la seigneurie de Ninfa, dans le Latium…

Mon avis : toujours aussi contente de suivre les aventures de toute cette petite troupe. Le voyage en Italie est un plaisir et toujours ces descriptions et cette impression d’endosser les habits d’époque.. L’entourage du pape est un sacré panier de crabes.. mais cela on le sait pour un peu que l’Histoire nous intéresse.. Que de complots, de machinations, de traquenards et d’embuscades… Et je me réjouis de le retrouver prochainement à Rouen.. J’aie aussi retrouver tous les personnages et voir comment ils évoluent.  

Rouen, 1203 (08/ 2014)

Résumé : Alors que la cour des pairs du roi Philippe Auguste, vient de condamner le roi Jean à la commise de ses domaines dans le royaume de France, un chevalier débarque à Marseille, venant de Saint-Jean d’Acre. Sur la nef génoise qui le transporte se trouvent d’autres mystérieux personnages : un clerc et des brabançons au service d’Aliénor d’Aquitaine pour retrouver une incroyable relique : le saint linceul du Christ, un templier infidèle, une jeune veuve et un arbalétrier. Certains d’entre eux rejoindront Guilhem d’Ussel qui débarque aussi à Marseille, venant de Rome. Leurs destins se croiseront à Rouen où Guilhem se rend à la fin de l’hiver 1203 pour tenter de délivrer Arthur, le jeune duc de Bretagne et neveu du roi Jean. L’heyssessini envoyé par le Vieux de la Montagne, le Chayr al-Jabal de Masyaf, parviendra-t-il à ses fins ? Pierre de Mauluc saisira-t-il Thomas de Furnais qui rassemble les tourangeaux contre Jean ? Guilhem découvrira-t-il le félon qui le trahi ? Et surtout, Arthur échappera-t-il à la mort infamante qui l’attend ?

 

Béziers, 1209  – (2016)

 Résumé : 1208 : Après avoir perdu son épouse Sanceline, Guilhem d’Ussel est devenu prévôt de l’hôtel de Philippe Auguste. Le roi le charge de découvrir les meurtriers d’une prostituée égorgée dans l’église Saint-Gervais. Sur leurs traces, Guilhem, tombera dans un infâme traquenard. Qui tente ainsi de l’éloigner de Philippe Auguste alors que le Saint-Père Innocent III exerce une pression de plus en plus forte sur le royaume de France afin que ses barons se rassemblent dans une croisade contre les hérétiques albigeois ? Un an plus tard, emprisonné, affaibli, Guilhem parviendra-t-il à identifier ses ennemis et à préserver Lamaguère. Enfermé dans Béziers assiégé par les croisés, peut-il encore sauver Amicie de Villemur ?

La mort de Guilhem d’Ussel (nouvelle)

Résumé : Alors que Guilhem revient dans son fief Lamaguère après avoir vaincu ses ennemis à Rouen, un inconnu arrive dans la capitale du duché de Normandie. Cet homme a un rude compte à régler avec le sire d’Ussel. Pour parvenir à ses fins, il obtient le soutien du roi Jean et entame une longue traque.
C’est à Cahors et dans le Quercy qu’aura lieu l’affrontement final, durant lequel Guilhem d’Ussel tombera sous les flèches et les coups d’épées de son adversaire. Ses amis traqueront à leur tour le meurtrier qui perdra toute vaillance lors de l’ultime estourmie.

Mon avis : pas encore lu

 

 

 

Un autre cycle s’étendra de 1208 à 1214 et comprendra:

– Wartburg, 1210 – Syracuse, 1211

– Cordoue, 1212

– Acre, 1213

– Bouvines, 1214

Je signale aux fans du chevalier qui sont sur facebook : « le groupe des amis de Guilhem d’Ussel » https://www.facebook.com/groups/guilhemdussel/

Bauer, Belinda « Le voleur d’enfants tristes » (03/2013)

Résumé : Parc national d’Exmoor, Angleterre. En cet été brûlant, la petite communauté de Shipcott se remet à peine des drames qui l’ont frappée. Le commissaire Reynolds, encore accablé par l’échec de sa dernière enquête, est soudain confronté à une série de disparitions. Des enfants, laissés sans surveillance dans la voiture, sont enlevés. Seul indice : une note sur le volant, « Vous ne l’aimez pas ». Des mots qui résonnent comme une accusation.
Pas de revendications, pas de rançon, pas d’espoir. Reynolds et Jonas Holly seront-ils capables de comprendre les motivations de cet étrange ravisseur ? D’autant qu’il y a bien quelqu’un à Exmoor ayant des raisons de penser que le policier Jonas Holly est la dernière personne à qui faire confiance…

Mon avis : Excellent ! Quand un coin de cambrousse paumé se transforme en village hanté, en ersatz de « Chicago » ! Quand la peur de ne plus retrouver son enfant fait que les parents les cloitrent à l’intérieur.. Quand la peur rode.. Quand le passé se mêle au présent… Thriller psychologique qui entrelace des expériences passées et amène à soupçonner tout le monde. Des analyses de caractères tout en finesse. Et une angoisse qui ne cesse de monter jusqu’à la dernière page… Je souhaite maintenant lire les précédents, auquel il est fait référence ; cela m’a manqué car on retrouve les personnages de « Sous les bruyères » et de « L’appel des ombres » qui ont évolué. Je pense que c’est donc un plus de suivre leur évolution d’êtres quelque peu déstabilisés par les expériences vécues.  J’ai aimé ce livre car l’auteur ne se coantonne pas aux agissements et aux réactions d’un seul pan de la société: les enfants, les ados, les personnes handicapées, les habitants du village, les policiers, tous sont analysés dans ce livre.

Extraits :

Dès qu’ils quittèrent l’autoroute, les routes se mirent à serpenter ; on était au XXIe siècle, et l’instant d’après, on avait l’impression de se retrouver dans les années 1950

elles étaient équipées de matelas que le poids de générations de dormeurs corpulents avait quasiment pliés en deux au fil des années, et que l’on avait malencontreusement retournés pour tenter de rétablir l’équilibre, si bien qu’on avait l’impression de dormir au sommet d’un Toblerone

Ce village était une mosaïque de souvenirs qu’il préférait oublier

Par un petit matin de mai tel que celui-là, le paysage était magique. Les larges dalles de pierre qui enjambaient la rivière à cet endroit semblaient avoir été posées par des géants de contes de fée. Sous un tunnel d’arbres, le soleil, semant une lumière mouchetée sur la vaste étendue d’eau sombre, faisait briller le lit de la rivière jonché de galets comme du verre Tiffany.

Enfin, il faudra bien qu’ils s’y habituent, j’imagine… C’est incroyable, ce à quoi on peut s’habituer – ou ce qu’on est capable de faire si on n’y arrive pas…

Souvent, il s’imaginait en train de nager la brasse, repoussant loin derrière lui des quantités de choses négatives pour pouvoir atteindre les rives d’une vie bien meilleure. Il s’était beaucoup entraîné et y parvenait très bien, maintenant

qu’en lui tendant la main pour l’aider, elle risquait d’être inexorablement aspirée par ce condensé de malheur comme par un trou noir

Le silence était la seule forme de mensonge qu’il maîtrisait à peu près… et encore

ce mois de mai était tellement radieux qu’on se serait presque cru dans un roman d’Enid Blyton – la seule, sans doute, à s’être imaginé qu’un temps aussi idyllique puisse exister

Fallait que je m’empêche de regarder cette blessure stupide qu’il y avait dans leurs yeux, juste au cas où ils auraient pu voir quelque chose dans les miens

Plus personne n’apprécie rien, de nos jours. Plus personne n’attache d’importance aux choses qu’il possède. Jusqu’à ce qu’elles soient plus là, du moins

Ou alors elle laissait le silence s’installer, telle une eau claire dans laquelle l’un d’eux lançait parfois une bribe de conversation, comme un galet

Elle vida son verre ; la chaleur du vin la détendait et lui donnait l’impression qu’ils avaient quelque chose en commun, même si elle ne savait pas encore très bien quoi.

L’absence de lune donnait l’impression que la Voie lactée était toute proche – à portée de main ; on aurait dit des étoiles collées sur un plafond tendu de velours bleu. Il sourit à Orion, et tendit un doigt vers le ciel pour occulter le puissant Mars

Le bruit me manque ; le silence, ça me rendait dingue

Si son corps avait oublié la douleur, il se souvenait qu’il avait eu mal, puis que sa blessure l’avait démangé, et enfin que la douleur s’était amenuisée au fil des mois

Au début, ça n’avait pas été facile, car réfléchir lui était aussi familier que jouer des castagnettes… Il avait fallu qu’il s’entraîne

Il aurait tout fait – absolument tout – pour pouvoir combler ce vide, oublier une seule seconde l’immensité de l’absence que lui rappelait la pendule arrêtée, le tapis replié et la vase vide.

il était bête comme ses pieds et doté d’une bouche en mesure de l’attester

Il ne se passait pas un jour sans qu’il conçoive une pensée profonde et cohérente, et s’imagine accompagner cette pensée parfaite de son cerveau à sa bouche

Sa vie s’étendait derrière lui tel un seul hiver rude et interminable

Evanovich, Janet « Série : Stéphanie Plum »

Mon avis global sur la série: Je suis fan. Elle est sympa, nature, rigolote.. Toujours dans des situations pas possibles.. Sympa pour les vacances. Je ne qualifie pas cela de « chick lit » mais de romans policiers déjantés… Entre famille et collègues, il n’y en a pas un/une pour rattraper l’autre.. La grand-mère est pas croyable, les situations « abracadabrantesques », c’est « capillo-tracté » au possible… et j’adore… Au pays des gaffes et compagnie…

1. »La Prime »

Résumé : Adieu froufrous, adieu dentelles. La lingerie, c’est fini. Stéphanie Plum, trente ans, n’a plus de boulot. Sa télé est au clou, son frigo est vide et elle se désespère. Heureusement, il y a son cousin Vinnie ! Il dirige une agence de cautionnement et cherche un chasseur de primes… Elle décroche le job et se retrouve sur les traces de Joe Morelli, un flic accusé de meurtre. Un malin, un dur, un séducteur… D’ailleurs, ce ne serait pas le même Joe Morelli qui l’a séduite et abandonnée lorsqu’elle avait seize ans ? Une raison de plus pour le retrouver !

2. « Deux fois n’est pas coutume »

Résumé : Nouvelle mission pour Stéphanie Plum, chasseuse de primes hors pair : mettre la main sur Kenny Mancuso, un vrai coriace impliqué dans une affaire de trafic d’armes. Son passe-temps favori ces temps-ci : envoyer à Stéphanie des colis très spéciaux. Sans compter les cercueils disparus d’une entreprise de pompes funèbres… Bref, un vrai casse-tête ! Sur ce coup-là, l’aide de mamie Mazur, fine connaisseuse des funérariums, pourrait bien être précieuse…

3. « A la une, à la deux, à la mort »

Résumé : Le 3ème volet des aventures de Stephanie Plum, chasseuse de prime… Dans ce roman, Stéphanie Plum, la plus déjantée des chasseuses de primes du New Jersey, est à la poursuite d’Oncle Mo, un gentil sexagénaire vendeur de sucreries de son état. Mais il semblerait que ce vieil homme, bien sous tous rapports, cache des revenus peu respectables…

4. « Quatre ou double »

Résumé : Stéphanie Plum, chasseuse de primes, a le chic pour mettre sa vie sens dessus dessous. Son cousin, l’ignoble Vinnie de l’agence de cautionnement, l’envoie à la recherche de Maxime, une fille qui fait des misères à son ex, Eddie Kuntz. Le problème, c’est que Maxime prend un malin plaisir à organiser un jeu de piste pour les faire tourner en bourrique. Stéphanie monte alors une équipe de choc : Lula, l’ex-prostituée black qui pèse cent kilos, et Sally, le drag-queen hétéro de 2,10 mètres. Quand trois cocktails Molotov, deux voitures incendiées et un doigt coupé viennent corser l’affaire, Stéphanie est contrainte d’aller se réfugier chez Joe Morelli, le superflic supersexy qui joue avec ses hormones depuis qu’elle a seize ans. Et voilà que tout Trenton colporte des ragots : Stéphanie serait déjà enceinte et bientôt mariée !

5. « Cinq à sexe » 

Résumé : La semaine s’annonce chargée pour Stéphanie Plum. Au programme et dans le désordre : remettre la main sur l’Oncle Fred avant que sa femme ne dilapide cinquante ans d’économie domestique. Identifier le propriétaire d’un corps découpé en morceaux. Se débarrasser d’un nain ombrageux qui a élu domicile chez elle. Échapper aux griffes d’un boxeur psychopathe qui a rencontré Dieu en prison. Trouver l’argent du loyer sans risquer sa peau en acceptant les missions spéciales que lui confie Ranger, son trop séduisant mentor. Dénicher LA petite robe noire pour vamper Morelli, le flic le plus sexy de la ville. A priori, rien d’insurmontable pour la tonitruante et désopilante Stéphanie Plum !

6. « Six-Appeal » 

Résumé : Nouveau dilemme pour la chasseuse de primes Stéphanie Plum : son mentor, l’énigmatique Ranger, est soupçonné d’un crime et recherché par la police. En charge de le ramener au poste, miss Catastrophe se lance dans une traque improvisée et d’autant plus rocambolesque que, côté personnel, elle frôle le point de rupture. Entre Mamie Mazur qui débarque chez elle en pleine crise d’ado, les assauts de plus en plus torrides de Joe Morelli et l’arrivée dévastatrice de Bob, cabot boulimique adepte des fast-foods, impossible d’imaginer vie privée plus chaotique. Mais « impossible » n’est pas Plumien…

7. « Septième ciel  » 

Résumé : Une nouvelle enquête « casse-tête » pour la chasseuse de primes Stéphanie Plum. Lancée cette fois-ci aux trousses du vieillard Eddie DeChooch, mafieux bigleux, dépressif et aussi insaisissable qu’un cafard sur une plinthe, l’irrésistible traqueuse de têtes doit parallèlement composer avec une série de truculentes aventures. Coincée entre sa sœur qui, à peine larguée par son mari, décide de virer sa cuti, les avances matrimoniales de l’entreprenant Joe Morelli, et les incursions de deux « Laurel et Hardy » de la pègre adeptes des visites par effraction, la belle fait appel à son mentor, le sulfureux Ranger. Seulement voilà, celui-ci l’aidera mais à une seule condition : qu’elle lui offre son corps le temps d’une nuit d’amour torride…

8. « Le grand huit »

Résumé : Une nouvelle mission pour la chasseuse de primes Stéphanie Plum : cette fois-ci, elle est censée retrouver la trace d’une jeune maman soupçonnée d’avoir kidnappé son propre enfant. Une traque d’autant plus délicate et complexe que l’irrésistible Stéphanie doit, en parallèle, faire face à une authentique « dream-team » de fous à lier. Incursions psychotiques d’Eddie Abruzzi – simili-mafieux adepte des jeux de guerre et de la violence –, livraisons anonymes de serpents à domicile, arrivée inattendue d’Albert Khloune – petit avocat pot de colle – et assauts meurtriers d’un mystérieux homme de main déguisé en lapin : le train de vie de l’exquise prédatrice vire ostensiblement au grand n’importe quoi. Mais les loopings, Stéphanie, elle connaît…

9. « Flambant neuf »

Résumé : Encore une enquête haute en couleurs pour la chasseuse de primes Stéphanie Plum, cette fois-ci lancée sur les traces d’un jeune Indien : récemment arrivé aux États-Unis, Singh s’est volatilisé après règlement de la caution d’obtention de son visa par Vinnie.

Stéphanie n’ayant aucune envie de voir son cousin Vinnie réduit à vendre des voitures d’occasion au fin fond de l’Arizona à cause de sa situation financière, la voici partie à la recherche de Singh. Mais Joe Morelli, le séducteur, est dans les parages, elle doit faire équipe avec le sulfureux – et accessoirement ex-amant – Ranger, son hamster est un brin envahissant et une bande de tueurs semble s’intéresser de très près à son cas. De prédatrice, la demoiselle ne va pas tarder à devenir proie… Fort jolie, de surcroît.

Mon avis : Encore une vraie tranche de bonne humeur ! On rit.. c’est énorme, excessif, mais farfelu et détendant.

Extraits :

… son sourire s’élargit c’était celui d’un homme à qui l’on propose inopinément de reprendre une part de gâteau.

Je m’extirpai du lit et me traînai jusqu’à la salle de bains. Je réussis l’étape douche, puis l’étape coiffage, mais ratai à moitié l’étape maquillage. Je revêtis mon uniforme habituel tee-shirt et jean -, et me sentis fin prête pour affronter cette nouvelle journée

Mafia. Pollution de l’air. Impôts. Obésité. Maladies cardio-vasculaires. Macaronis à tous les repas. Rien ne nous effraie dans le New Jersey.

la fille modèle ressemblant en tous points à la sereine et mince Vierge Marie, à l’exception de la virginité et de la coupe de cheveux. Sa coiffure tirait vers le style Meg Ryan.

Un orgasme, pour lui, c’est comme prendre des vitamines. Plus il en a, et plus il se sent en forme. Moi, c’est tout le contraire. Un orgasme, c’est comme une piqûre de Valium

On peut envoyer des hommes sur la lune, mais pas trouver le moyen de ne plus recevoir de spams ! hurlai-je à l’ordinateur

J’écartai les bords du papier alu et entamai le gâteau au chocolat avec les doigts. Quand rien ne va plus, mangez du gâteau. Quand j’eus fini la moitié de la part, je commençai à me sentir mieux.

Le room service, c’est ce qui arrive en troisième position sur ma liste de choses préférées. La première, c’est les gâteaux d’anniversaire. La deuxième, c’est… faire l’amour. Puis juste après, c’est le room service. C’est encore mieux que d’avoir une maman : on commande ce qu’on veut, et on vous le livre à domicile, sans culpabilisation aucune, sans contrepartie. C’est dingue, non ?

Il est trop drôle pour être ennuyeux. On dirait un chiot. Ramollo, dingo, qui ne demande qu’à être aimé. Ça lui arrive aussi d’être un peu énervant, mais sans pour autant être ennuyeux.

Il y a des fois où il me sidère. En surface, il est tout viande, pommes de terre et télévision, mais en vérité, rien ne lui échappe.

N’empêche que, à mes yeux, c’était un peu comme vouloir enfiler un éléphant de mer par le chas d’une aiguille

Avec de la chance, à mon réveil, mes neurones seraient repassés en mode réflexion.

Voilà ! C’est ça la principale différence entre les hommes et les femmes. Moi, je me réveille en pensant à du café et à des muffïns, et lui, en pensant au sexe

– On dirait que tu as plongé la tête dans une bassine d’amidon liquide, puis que tu t’es séché les cheveux dans une soufflerie

 

10. « Dix de retrouvés »

Résumé : Fâcheuse coïncidence ! Alors que Stéphanie Plum et sa partenaire Lula s’arrêtent à l’épicerie pour acheter des nachos, la boutique se fait braquer par le Diable rouge, membre des Exterminateurs de Comstock Street. La situation dégénère et, bien vite, la tête de Stéphanie est mise à prix. Elle n’a qu’une solution : se cacher dans le mystérieux appartement de Ranger, le chasseur de primes le plus sexy de Trenton. Ce qui n’est évidemment pas pour plaire à son petit ami par intemittence, Joe Morelli. Le compte à rebours a commencé, mais Stéphanie n’est pas du genre à se laisser abattre…

Mon avis et extraits : (voir article)

11. « Comme onze comprend »

Résumé : Trop c’est trop. Stéphanie Plum en a par-dessus la tête de se faire tirer dessus et de voir sa voiture exploser. Elle rend son badge de chasseur de primes et décide de trouver un emploi normal, dont sa mère pourra parler à ses amies sans devoir faire le signe de croix.
Mais son passé ne cesse de la hanter. Harcelée par un déséquilibré passionné d’explosifs, elle doit le démasquer avant qu’il ne la réduise en miettes. Et, pour ne rien arranger, la tension monte entre les deux hommes de sa vie, Joe Morelli, le flic le plus craquant de Trenton, et Ranger, le bad boy le plus sexy de la planète…

12. « Les douze travaux de Stéphanie »

Résumé : C’est le monde à l’envers ! Stéphanie Plum se retrouve traquée nuit et jour par une inconnue vêtue de noir de la tête aux pieds, armée d’un Glock 9 mm. Et cette furie prétend être la femme de Ranger ! Les choses se compliquent lorsque l’on découvre que la fille de ce dernier a été enlevée en Floride. Ce n’est pourtant pas la priorité pour les chasseurs de primes de Trenton : les finances de l’agence de cautionnement sont dans le rouge et il faut mettre les bouchées doubles. Mais Stéphanie saura-t-elle résister à Ranger, le plus sexy des chasseurs de primes, si celui-ci lui demande de l’aide ?

13. « Une affaire treize explosive »

Résumé : À Trenton, les avocats aiment laver leur linge sale en famille. C’est le cas de Dickie Orr, en tout cas, qui profite d’un face à face avec Stéphanie Plum, son ex-épouse avec laquelle il n’est resté marié que cinq minutes, pour déclencher une dispute homérique. Ce serait banal si notre chasseuse de primes préférée ne se retrouvait le lendemain accusée du meurtre de son ancien mari. Pour ne rien arranger, Joyce Barnhard, l’ennemie jurée de Stéphanie, lui colle aux baskets, dans l’espoir de retrouver Dickie vivant. Ranger et Morelli vont devoir travailler en tandem pour épauler Stéphanie et la protéger d’un taxidermise fou et de ses castors explosifs.

14. « Cherche midi à quatorze heures »

Résumé : Stéphanie a désespérément besoin d’argent et semble prête à tout pour renflouer ses caisses : assurer la sécurité de Brenda, une star de la chanson sur le retour ? Pas de problème. Heureusement, cela implique de travailler avec Ranger, le bad boy le plus sexy et ténébreux de Trenton.
Ce que Stéphanie n’avait pas prévu, c’est que cela impliquait également d’être la baby-sitter d’un ado accro aux jeux vidéo, et de découvrir que la cave de son petit ami, Joe Morelli, pourrait bien renfermer neuf millions de dollars, le butin d’un cambriolage de banque…
Dans des moments comme ceux-là, tout l’argent du monde ne suffit pas…

15. « Retour à la quinze départ »

Résumé : À la veille d’un concours de sauce barbecue, Stanley Chipotle, célèbre cuisinier de la télévision, est assassiné à coups de hachoir dans un quartier louche de Trenton, sous les yeux de Lula. Qui de mieux que Stéphanie Plum pour se lancer sur la piste des tueurs avant que Lula ne se retrouve à son tour dans leurs filets ?
Pendant ce temps, alors que sa relation avec Morelli est au plus bas, pour une histoire de beurre de cacahuètes, Stéphanie doit prêter main-forte à Ranger pour enquêter sur un cambrioleur infiltré chez Rangeman et bien décidé à mettre l’entreprise à sac…
La célèbre chasseuse de primes saura-t-elle à la fois traquer des tueurs, un traître, participer à un concours de sauce barbecue et résister aux charmes de Ranger ?

 

Nouvelles inédites :

01a – Une Plum sous le sapin & Recherche Valentin désespérément

Résumé : Noël approche et Stéphanie n’a toujours pas de sapin, pas de cadeaux et pas une seule décoration dans son appartement… Mais il y a un homme dans sa cuisine ! Un homme costaud, beau gosse, un peu sauvage venu spécialement pour l’aider… Vive Noël !
Et quelle surprise, le beau Diesel réapparaît quelques mois plus tard avec une nouvelle mission : Stéphanie va devoir servir de conseillère conjugale, elle qui n’a jamais été mariée. Et justement, c’est le moment rêvé pour jouer le jeu…

02a – Un trèfle à quatre Plum suivi de Qui a peur du grand méchant Lou ?

Résumé : Stéphanie Plum a le chic pour attirer les ennuis, la malchance et les hommes mystérieux. Et aucun homme ne peut se targuer d’être plus mystérieux que Diesel. Le bel éphèbe est de retour, et cherche un type se prenant pour un lutin et qui a perdu un gros butin. Seulement voilà, l’argent n’est pas réellement « perdu ». Mamie Mazur en sait quelque chose…
Mieux qu’un lutin, c’est ensuite à la rencontre d’un diable que Diesel entraîne Stéphanie. Un démon bien connu pour hanter la forêt du New Jersey, dont il n’est d’ailleurs pas le locataire le plus diabolique. Martin Munch et Jean-Lou Griffin – alias Lou –, deux horribles criminels, y traînent aussi leurs guêtres. Ainsi que tout un tas de singes… qui portent des chapeaux. Vous avez dit effrayant ?

 

 

 

 

Ravey, Yves « Un notaire peu ordinaire » (2013)

Résumé de l’éditeur : Madame Rebernak ne veut pas recevoir son cousin Freddy à sa sortie de prison. Elle craint qu’il ne s’en prenne à sa fille Clémence. C’est pourquoi elle décide d’en parler à Maître Montussaint, le notaire qui lui a déjà rendu bien des services.

Mon avis : Deuxième tentative pour moi de lire cet écrivain. Verdict : Ouf ! il ne fait que 112 p. Je passe totalement à côté ! Et pourtant.  C’est le grand prix du Polar noir, toutes les critiques sont dithyrambiques. Pour moi c’est trop banal, trop épuré. Alors oui… pas un mot de trop, pas une description superflue. On va à l’essentiel et surtout pas une fioriture. Un fait divers, la vie de banlieue minable et sans charme, tout est on ne peut plus triste et banal.. En plus très vite on imagine ce qu’il va se passer.. Moi si je ne peux pas n’attacher au moins à un personnage, je décroche.. et là.. j’ai pas eu le temps d’accrocher..

Extraits : comme pour l’autre livre que j’ai lu de cet auteur : aucun extrait. Je reste totalement hermétique à son écriture.

 

Gaudé, Laurent : « les oliviers du Négus » (05/2011)

Résumé de l’éditeur : Un vieil homme croit entendre chevaucher Frédéric II dans le royaume des Enfers. Un centurion marche vers une Rome gangrénée dont il devance l’agonie. Un soldat des tranchées fuit le “golem” que la terre a façonné pour punir les hommes. Un juge anti-mafia tient le compte à rebours de sa propre exécution…
Dans la proximité de la guerre ou de la mort surgissent ces quatre récits où les héros – certes vaincus, mais non déchus – prononcent d’ultimes paroles. Ils veulent témoigner, transmettre, ou sceller des adieux. Minuscules fantassins de la légende des siècles, ils affrontent une Histoire lancée dans sa course aveugle. Et ils profèrent la loi tragique – celle de la finitude – qui, au-delà de toute conviction, donne force et vérité à leur message. D’où la dimension orale de ces textes qui revisitent la scène de l’oeuvre romanesque et, de Cris à La Porte des Enfers, réorchestrent des thèmes chers à Laurent Gaudé, auxquels la forme brève donne une singulière puissance.

 

Mon avis : 4 nouvelles qui ont pour thèmes communs l’Italie et la mort: Les Oliviers du Négus, Le Bâtard du bout du monde, Je finirai à terre, et enfin Tombeau pour Palerme. Du Gaudé sombre et noir : pas mon préféré. Je n’ai pas un grand amour pour les nouvelles mais comme j’aime le style de Gaudé … pas question de passer à côté.  Mes préférées:  la première et la troisième.

-« Les Oliviers du Négus » donne le titre au livre. La nouvelle commence le jour de sa disparition et le narrateur nous conte l’histoire d’un vieil homme surnommé « Zio Négus » dans un petit village d’Italie. Il se battait pour la défense de la beauté du monde, contre les promoteurs, pour la terre et ses racines et le jour ou il meurt, ignoré de tous alors qu’il représentait pour lui l’âme du village, le village ne se déplace pas. Une cérémonie se déroule, sans âme.. C’est celle que j’ai préféré des quatre.

Extraits :

« Je n’ai dit qu’un mot, celui qu’impose l’annonce de toute disparition, j’ai dit simplement “j’arrive”. La mort convoque. C’est ainsi. Elle nous écarte pour un temps du rythme du monde et nous met en arrêt. Je veux être là-bas, avec ceux qui me sont chers. Je veux me pencher sur le vide que laisse la mort comme on le fait en haut d’une cascade, les oreilles bourdonnant du fracas des eaux, essayant en vain d’apercevoir l’abîme, plein d’un respect peureux face à la beauté des choses et leur caractère immuable

le vieil homme avait parlé dans son patois, une langue traînante comme une serpillière sale

C’est un moment de beauté simple où la terre semble respirer de la lumière. Tout est là et se mêle et il naît, de cet entremêlement des âges, un sentiment de quiétude et d’apaisement.

le bruit des vagues se répercutait dans les oliviers de façon si étrange qu’on ne savait plus où était la mer et qu’ils crurent un instant qu’elle passait dans les feuilles des arbres.

Qu’est-ce donc qu’un homme si ce n’est une accumulation d’histoires vécues, rapportées, imaginées, qui, mises bout à bout, finissent par faire une vie ?

Certains lieux ont une âme, d’autres pas et les églises n’échappent pas à cette règle

Rien, dans la mort, ne distinguera plus cet homme des autres. Ils l’enterrent et c’est comme s’ils l’effaçaient. Une plaque de marbre, un nom, deux dates

Je sais que ce n’est pas ici qu’il aurait dû reposer. Mais combien d’entre nous ont cette chance d’être ensevelis dans un lieu qui leur ressemble et qu’ils ont choisi

Nous nous entassons dans la mort avec la même tristesse que dans la vie, serrés les uns contre les autres, laids d’être tous identiques. Comme si, même là, nous avions peur d’être seuls

À chaque génération qui disparaît, c’est un peu du monde qui sombre. Nous portons toujours plus d’histoires. Je prendrai soin des siennes

– « Le Bâtard du bout du monde » Pas aimé du tout. L’épopée sanglante d’un soldat. Un soldat aux confins de la mort, pourrissant en selle et ramenant la gangrène et la mort à Rome.

Extraits:

« Le ciel était si bas qu’il n’y avait plus d’heure. Tout était nappé de silence, comme si les dieux avaient décidé de retirer les bruits du monde «

« Oh, comme il est triste de savoir. Je suis celui qui regarde ce qui va mourir et n’a plus la force de parler. Je me remplis les yeux de ce que je vois. Je sais que tout cela existe pour la dernière fois »

– « Je finirai à terre » Nouvelle avec une petite touche de fantastique, et comme « les Oliviers du Negus » le rapport avec la terre. La terre qu’on pollue, qu’on maltraite et qui prend la forme d’un golem pour se venger. La terre qui est vivante et que l’on viole, dont on déchire les entrailles et qu’on laisse ensuite sans soins. Et la terre qui se révolte… J’ai bien aimé.

Extraits:

« Il but son verre d’une traite et je le regardai avec pitié car il y avait dans sa hâte quelque chose de ceux qui savent que leur vie ne durera plus très longtemps. »

«  Que la terre reprenne ses droits et qu’on en finisse. Ce n’était pas plus fou que le reste. »

« La terre est debout. Elle gémit, elle crache. Elle veut écraser les hommes du poing comme on le fait des insectes, tous ces hommes qui lui courent sur le dos et la blessent de mille petites explosions »

« La terre, déjà, s’est révoltée, ce sera bientôt le tour des forêts, des flaques d’eau, du ciel. De partout naîtront des monstres claudicants à la bouche tordue qui se rueront sur nous avec haine. Les arbres se tordront et gémiront. Ce sera l’heure de leur vengeance. Tout sera puant et vicié : l’air que nous respirerons, l’eau que nous boirons »

– « Tombeau pour Palerme » : A Palerme, un juge est assassiné. Et le prochain sur la liste se prépare à être le suivant. Quand sera-t-il abattu ? il ne le sait pas.. Mais il sait que son tour viendra. Il nous livre ici ses réflexions sur le métier de juge en Sicile, sur la violence et les moyens à sa disposition, sur sa vie, sur son présent, sur sa mort prochaine… J’ai davantage le sentiment de lire un article de journal qu’une nouvelle sortie de l’imagination…

Extraits:

« Il a dû faire beau aujourd’hui. Cela se sent dans l’air. Une belle journée de mai qui a fait sourire les collines. »

« Qui me demande de faire ce que je fais ? Je me penche en moi-même pour sonder cette folie qui me fait continuer, mais je ne trouve rien que je puisse comprendre. »

« Nous n’avons pas peur de la mort car nous sommes déjà morts. Notre mépris pour la mort, c’est notre courage »

« Pourquoi est-ce que je me prive de tout ce qui fait une vie ? »

« Ils veulent nous faire croire que toute la Sicile est une pute et qu’ils seront toujours plus forts que nous parce qu’ils ont plus d’argent que nous. Nous, en face, dans nos bureaux, nous nous accrochons à des notions qui nous sont chères, comme des hommes qui s’accrochent à leur canne sous le vent et nous répétons inlassablement des mots qui sont trop grands pour ce pays mais qui nous donnent du courage : “État”… “Justice”… »

« Je ne sais pas que cette heure de marche sera la dernière que je connaîtrai et que j’y penserai souvent dans les jours à venir comme un précieux moment de liberté. Je m’en souviendrai, oui, parce que durant quelques instants, j’ai pensé, j’ai marché, j’ai été à nouveau un homme seul et libre, avec ses souvenirs »

« La peur m’attend et s’apprête à m’avaler à nouveau. Je finirai mes jours avec les sourcils froncés, incapable de sourire en journée et de dormir la nuit »

 

Lien vers l’article : Auteur coup de cœur Laurent Gaudé

 

Pierre Péju « L’état du ciel » (08 /2013)

Résumé de l’éditeur : « Au ciel tout va mal, Dieu se détourne de sa création. Les Anges sont livrés à eux-mêmes. Seul Raphaël, sans mission ni message, médite encore un modeste miracle. Depuis son balcon il se penche au-dessus du monde. Le ciel s’ouvre. Le hasard fait – mais est-ce le hasard? – que là-bas, tout en bas, dans une maison construite à flanc de montagne, surplombant un lac dont les reflets font paraître le ciel plus beau, il aperçoit une femme endormie. Nora est allongée en travers du lit défait, paupières closes, encore absente au monde, la chemise de nuit remontée au-dessus de la taille, les seins évadés du coton blanc. Un premier rayon de soleil vient glisser sur sa chair, gainer lentement ses jambes, caresser ses cuisses, chauffer son ventre. Le matin le plus ordinaire est aussi l’origine du monde. Quand la lumière atteint son visage, plaquant sur ses yeux une lame chauffée au rouge, Nora fait un bond hors du lit. Debout au milieu de la chambre, elle vacille. Ses pieds nus collent au carrelage tandis que la chemise retombe autour de son corps luisant de sueur. Son cœur cogne, comme d’habitude, à la seule idée de devoir affronter le jour. »

Mon avis : J’avais lu de lui il y a longtemps un livre très sensible « la petite Chartreuse », histoire d’un libraire qui renverse une fillette et lui racontera des histoires pendant qu’elle est dans le coma. J’avais été très sensible aux descriptions. Une fois encore le sujet est difficile mais je suis sous le charme de l’écriture. Un livre « miracle » qui donne de l’espoir … Un couple brisé, qui ne se parle plus. Nora, une peintre grecque qui a toujours été sur le fil entre génie et folie arrête de peindre suite à un drame et bascule du côté sombre. Son mari, médecin, ne sait pas comment établir le contact avec la seule femme qu’il n’ait jamais aimé. Au ciel, un ange désabusé rêve de faire un dernier miracle et va se donner pour mission de donner une deuxième chance à ce couple. J’ai beaucoup aimé ce livre sur la perte de l’envie de créer, sur la détresse, sur le cheminement de deux êtres pour tenter de se rejoindre. L’ange parviendra-t-il à redonner le gout de la vie à la jeune femme ? Comment y parviendra-t-il ? … Nora est habitée par le pays de son enfance, les dieux, les mythes et les monstres. Au détour de ses cauchemars et de ce roman, la mythologie grecque. La palette des sentiments décrits par l’auteur est sensible. C’est un livre sur les limites,  la frontière ou la vie bascule, entre génie et folie, entre communication et isolement, entre amour et solitude, entre couleur et noirceur. Les paysages ont aussi une grande interaction avec les sentiments et les angoisses : la forêt oppressante, les iles grecques, les orages, le lac…

Extraits :

Une goutte de mieux dans la mer du pire

Solitude de femme et solitude de chat, dans le silence du matin, quelque part sur la terre. Solitude muette de chaque vieille fleur, de chaque pierre, de chaque ombre tremblante, de chaque rayon de soleil provisoire.

Bien sûr, où qu’il aille et quoi qu’il fasse la vieille inquiétude le suivrait comme une chienne. L’inquiétude était sa chienne fidèle, et alors ?

elle imaginait par avance l’Arche, l’Aiguille, mais surtout les vagues de Monet, la roche, le ciel comme autant de traits, petites touches et frêles insectes de pâte posés sur la toile. Du vert émeraude, du rose, des gris, des dizaines de bleus, des intervalles dorés, bruns, blancs écumeux, qu’on pouvait considérer indépendamment du paysage. Vibration continue. Chocs colorés. L’Arche et l’Aiguille d’Étretat, si célèbres, reproduites en milliers de clichés, n’avaient plus rien d’un phénomène géologique : sous les yeux de Nora, ils sortaient directement des mains de Monet, et la mer n’était rien d’autre qu’une multitude de coups de pinceau sur le rectangle du visible

Ciel noir, d’un seul coup. Des nuages s’étaient accumulés au-dessus du lac, gigantesque goutte de mercure sous les éclairs silencieux

Les éclairs blancs découpaient entre les branches une dentelle noire

Il avait senti, la veille, sa propre mort l’effleurer. Pour l’instant, la mort planait toujours, là-haut, dans la montagne, en compagnie des choucas. Elle l’attendait sans doute ailleurs. Loin d’ici. Car elle volait vite, la mort. Partout, elle le précédait. Elle faisait du surplace en battant des ailes, pour fondre à la fin sur sa proie. C’était avec elle, désormais, qu’il avait une liaison

Elle avait compris. Elle savait tout. Elle était plantée devant lui, immense en dépit de sa petite taille

Mortels, malheureux mortels aux trajectoires confuses, qui s’épuisent à distinguer le tien du mien en se noyant dans le verre d’eau du « vivre à deux

Les mortels veulent à tout prix aller deux par deux. Une vraie maladie! Par deux, comme les choucas, les castors et les cygnes aux ailes blanches. Seulement ils n’ont pas le duo paisible! Chez eux, la dualité tourne vite au duel. Leur besoin de se conjuguer se renverse en déception

un miracle n’est rien d’autre qu’une possibilité dormante qui, sans la « pichenette de l’ange », ne se serait jamais réalisée

Et dans le grand cimetière du possible, il y a des milliers, des millions de possibilités qui dorment du sommeil de l’inaccompli.

L’important c’est de savoir effacer, gommer. Reprendre la toile de zéro. Une couche de blanc bien épaisse, et hop, fini, on peut passer à autre chose. — Mais ce n’est pas un tableau, c’est ta vie

Personne n’osait briser le charme, faire cesser ce très modeste enchantement matinal. Une histoire se racontait toute seule. Tout le monde écoutait, regardait, dans quelque « trou du Temps » dont nul ne savait s’il durait depuis une heure, dix minutes ou une année. Quelle importance ! L’instant est extensible. Illimité et condensé. Vaste et fulgurant.

L’enfance est ainsi faite. Elle glisse, elle passe d’une émotion à l’émotion contraire. Sa tristesse n’a pas encore de trop profondes racines

Quelle chance ! Prendre le temps de ne rien faire. S’asseoir un moment sur un banc. Fermer les yeux, la tête à la renverse, le visage offert au soleil. Regarder pousser du persil sur son balcon ou des rosés dans son jardin. Se souvenir de ses rêves. Prêter à d’autres des livres qu’on a aimés

l’enfant savait tout depuis longtemps, avait gardé au fond de lui ce qui n’était pas même un secret mais un bloc de silence.

Les enfants ont ce pouvoir de s’envoler. De s’extraire du dédale de la situation en un rapide battement d’ailes. Ils savent glisser, passer à autre chose. Leur affect n’a encore que de petites racines. D’une question l’autre

Ce n’était plus un adulte et un enfant qui marchaient côte à côte, mais deux êtres hybrides, ni grands ni petits, ni vieux ni jeunes, désormais reliés par des tuyaux transfusant une bizarre liqueur de connivence et de silence

Les jours passèrent. Très lentement et très vite, non sans s’étaler parfois en de larges flaques de ce qu’il faut bien appeler du bonheur

les saisons sont particulièrement marquées. Elles sont mouvantes et ondulent comme des vagues. L’automne descend des montagnes, déversant les rouges, les ors, le brun et l’ocre jaune vers les rives, jusqu’à ce qu’ils se reflètent dans les eaux. Au contraire, le printemps escalade les pentes. Les verts crus naissent un beau matin dans un tiède recoin du rivage. Le lendemain, de frêles feuilles se déplient au bout des rameaux. Le vert commence alors courageusement l’ascension de la montagne, arbre par arbre, ramure par ramure, habillant la roche nue comme un grand bas vert. Très haut, les derniers arbres sont encore dépouillés et noirs, mendiant sourdement, dans l’ombre et le froid, un pan de ce doux velours vert.

Le printemps était là, partout, presque invisible. Des bourgeons cirés, soudain fendus, crachant du vert. Une douceur de l’air, parfois, vers midi à l’abri des façades ensoleillées. Une promesse timide vaporisée dans les rues, sur les places, sans qu’on sache bien ce qui est promis. De beaux nuages blancs dans les flaques d’eau

L’histoire d’Hécate, justement, la déesse des carrefours. Postée au croisement de la route du ciel et de celle de l’enfer. On dit que c’est elle qui envoie aux mortels leurs terreurs nocturnes

où on entre comme dans une mémoire froissée, un placard de l’âme longtemps fermé

Instants de désarroi, au cours desquels non seulement votre corps, mais tout ce que vous pouvez percevoir ou penser se met à flotter comme une baudruche sur une mare de temps stagnant, de temps mort. La fameuse question « Qu’est-ce que je fous là ? » vous semble alors métaphysiquement plus fondamentale que « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Un vertige morne

La répétition a toujours un goût de cendre.

Un grand arc de toutes les couleurs s’était résolument posé sur les choses. Il jaillissait entre les gouttelettes comme un toboggan permettant de descendre du ciel

Personne n’avait besoin de rien. L’instant se suffisait à lui-même

Le temps qui passe, le temps suspendu, l’instant ouvert comme un fruit me semblent tout à coup préférables à l’éternité

Tu vois, ça, c’est ma trajectoire… Et là, si on veut, ta trajectoire… Elles peuvent se couper quelque part. Ou pas ! Elles peuvent s’éloigner l’une de l’autre. Puis se rejoindre à nouveau. Deux malheureuses petites lignes. Pour toujours… »

A l’écoute : Au fil des notes… sur un air de musique…

Que serait la vie sans les livres ? mais aussi sans la musique..

Elle m’accompagne, en bruit de fond parfois, en écoute également, au gré de mes humeurs et de mes envies, de mes chagrins et de mes joies. Elle est souvent nostalgique, parfois révoltée, souvent chantée..

Parfois les notes priment sur les mots, souvent la puissance des mots compte tout autant..

Pour le moment j’écoute celui qui a dit « la musique est la mémoire du monde et de l’amour », j’ai cité Jordi Savall.

J’ai eu le privilège d’assister à l »un de ses  concerts, dans le cadre du Festival des musiques sacrées de Fribourg. Un moment d’émotion intense. Malheureusement son épouse, la soprano Montserrat Figueras était décédée quelques mois plus tôt.

Mendoza, Eduardo « Bataille de chats » (2012)

Résumé : Au printemps 1936, un Anglais nommé Anthony Whitelands arrive en gare de Madrid. Il doit authentifier un tableau inconnu appartenant au duc de la Igualada, un ami du chef de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera. La valeur du tableau peut-être décisive pour favoriser un changement politique crucial en Espagne. A peine arrivé à son hôtel, Whitelands va se trouver bien malgré lui au centre d’un imbroglio politique mêlant policiers, diplomates, espions, ministres, femmes du petit et du grand monde, tous lancés à ses trousses dans une atmosphère de conspiration et de veillée d’armes.
De rebondissement en rebondissement, Bataille de chats renoue avec le meilleur de Mendoza: des événements dramatiques, une intrigue policière et un humour à toute épreuve sont au rendez-vous, rappelant au lecteur que la tragédie est l’un des masques de la comédie humaine.
(Prix Planeta 2010)

 

Mon avis : Tout d’abord… une précision : les chats.. ce sont les madrilènes ;.. il faut donc traduire le titre en  « bataille de madrilènes ».
Le roman a obtenu le prix « Planeta », une référence pour l’Espagne( l’un des deux prix littéraires espagnols avec le prix Cervantes).509 romans, dont 83 en provenance d’Amérique latine, concourraient pour le prix.

C’est un mélange de romanesque, d’histoire, de quête. mais il manque le coté déjanté des personnages des livres précédents. Une plongée dans l’histoire, dans l’art, dans la vie des nobles et dans les coulisses de la politique… cela bouge bien, il y a des rebondissements, ça roule… et pourtant.. il manque quelque chose.. C’est bien mais c’est un peu sage, un peu fade pour du Mendoza …… pas assez abouti… il manque la folie de Mendoza pour moi….. Mais si on ne s’attend pas à du Mendoza, alors il faut foncer!
Et pourtant.. cet anglais est parfait dans le rôle du brave type à qui rien ne devrait arriver et qui est toujours là pour provoquer des drames et s’attirer involontairement les pires ennuis! Il est toujours là où il ne devrait pas être ; il se fourre dans tous les pétrins… Au final un livre qu’il faut lire! le Madrid d’avant la guerre civile… si on aime Madrid… la ville est présente… glauque ou lumineuse… vivante…. Une belle peinture de cette époque de l’histoire de l’Espagne… au moment où tout va basculer…….. Une peinture de la société, de ses peurs, de ses dérives, de ses angoisses, et du caractère des habitants.

del Arbol, Victor : La Tristesse du Samouraï (2012)

Résumé : Mise élégante et port altier, une femme arpente les quais de la gare de Mérida au petit matin. Des passagers apeurés n’osent croire que la guerre est finie, mais Isabel fait partie de la caste des vainqueurs et n’a rien à redouter des phalangistes arrogants qui battent le pavé en ce rude hiver 1941. Elle presse la main de son plus jeune fils et écrit à l’aîné, qu’elle s’apprête à abandonner, les raisons de sa fuite. Le train pour Lisbonne partira sans elle. L’enfant rentre seul chez son père, obnubilé par le sabre qu’un homme vient de lui promettre. Il n’est encore qu’un petit garçon vulnérable, très attaché à sa mère. Et Isabel disparaît pour toujours.

Mon avis : C’est l’un des meilleurs livres de ces dernières années ! Ceux qui me connaissent savent que j’aime les auteurs espagnols. Une fois encore je craque! Un roman noir oui.  Mais surtout un roman… Complots, torture, enlèvements, violence contre les femmes, silences, … enquête et ambition politique… tout est là. Magistral! Un crime qui gangrène 3 générations. Des années 40 aux années 80. Une tragédie, une enquête. Un livre pas toujours facile à suivre car les cheminements des vies et les retours en arrière se croisent ……. Des êtres fracassés, les vies des parents conditionnent les enfants qui se vengent et cherchent à comprendre…

Sommes-nous responsables des actes de nos parents ? Devons-nous en porter le poids ? Est-il possible d’en réchapper? Parfois on se demande comment les vies s’imbriquent mais petit à petit on comprend comment les destins des protagonistes se mêlent. Les victimes sont les coupables, les coupables les victimes. Un roman fort, impitoyable… La langue est belle, la poésie sous-jacente, ce qui ne gâche rien!

Extraits:

Rappelle-toi la devise du samouraï: L’honneur ou le déshonneur ne sont pas dans l’épée, mais dans la main qui l’empoigne.

Pour se suicider, il faut un certain courage. Quand la vie n’est plus un choix, il ne faut pas laisser le hasard vous arracher le dernier acte digne qui vous reste.

Peu d’êtres humains supportent leur propre regard, car les miroirs déclenchent un phénomène curieux: vous regardez ce que vous voyez, mais si vous traversez la surface, vous avez l’impression désagréable que c’est le reflet qui vous regarde avec insolence. Il vous demande qui vous êtes. Comme si l’étranger, c’était vous et pas lui.

Les morts haïssent avec plus d’intensité que les vivants.

Quand un homme meurt, justement ou pas, il ne se passe rien de particulier. La vie continue. Le paysage ne change pas, il n’y a pas plus de place dans le monde, sauf peut-être un peu plus de douleur chez ceux qui ont vécu cette mort de près.

Elle réalisa sans doute à cet instant que ce ne sont pas les lieux qui s’égarent au fond de notre mémoire, mais notre regard sur eux

Et elle se dit que c’était une femme d’une autre époque, qui avait l’élégance d’un film en noir et blanc.

Il y a des plaies incurables…Mais nous devons avancer avec ce que nous sommes. Il ne faut pas demander pardon, ça ne sert à rien. Il faut simplement avancer, il n’y a pas d’autres solutions.

* la photo est celle de ma maman