Copleton, Jackie «La Voix des vagues» (RL2106)

Auteur : Jackie Copleton a enseigné l’anglais pendant plusieurs années à Nagasaki et à Sapporo. Elle vit désormais avec son mari à Newcastle, au Royaume-Uni.

Résumé : Lorsqu’un homme horriblement défiguré frappe à la porte d’Amaterasu Takahashi et qu’il prétend être son petit-fils disparu depuis des années, Amaterasu est bouleversée. Elle aimerait tellement le croire, mais comment savoir s’il dit la vérité ?

Ce qu’elle sait c’est que sa fille et son petit-fils sont forcément morts le 9 août 1945, le jour où les Américains ont bombardé Nagasaki ; elle sait aussi qu’elle a fouillé sa ville en ruine à la recherche des siens pendant des semaines. Avec l’arrivée de cet homme, Amaterasu doit se replonger dans un passé douloureux dominé par le chagrin, la perte et le remord.

Elle qui a quitté son pays natal, le Japon, pour les États-Unis se remémore ce qu’elle a voulu oublier : son pays, sa jeunesse et sa relation compliquée avec sa fille. L’apparition de l’étranger sort Amaterasu de sa mélancolie et ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent les souvenirs qu’elle a laissé derrière elle …

Mon avis : Ce livre m’a été chaudement recommandé et si je comprends bien qu’il est beau et qu’il touche une période particulièrement atroce, je suis restée totalement extérieure à l’histoire et l’auteur ne m’a transmis aucune émotion. C’est très souvent avec les auteurs imprégnés par la culture nippone. C’est très bien écrit, très documenté, très détaillé mais c’est froid… Aucune empathie avec les personnages, que ce soit avec ce pauvre jeune homme défiguré, pour qui la romancière a choisi le prénom de Hideo ; mauvaise pioche… je suis allée voir la signification, outre l’Excellent homme, il est indiqué : Hideo est chevaleresque, il allie à merveille le charme et la puissance. Moi dès le début, j’y ai associé le qualificatif « hideux ». Alors oui de nombreux thèmes importants, l’amour, la maternité, la paternité, le passé, la culpabilité, la perte d’un enfant… tout y est bien expliqué, décortiqué, analysé et peu ressenti. J’ai assisté à l’autopsie, à l’explication, à la dissection, mais sans les sentiments. Tout est bien mis à plat : froid et analytique… J’ai tout compris mais je n’ai pas été touchée au cœur.

Je pense que ce qui a beaucoup empêché l’émotion de s’installer en moi fut le découpage en chapitre avec à chaque fois une explication détaillé sur une notion de la vie japonaise. C’est fort intéressant mais cela m’a cassé le rythme. Je ne vais pas m’étendre sur ce commentaire mais je sais que des voix vont se lever pour dire le contraire de ce que je dis… et je le comprends parfaitement. Il y a matière à émouvoir mais la façon de présenter ce drame de l’explosion nucléaire qui a détruit la ville de Nagasaki et toutes les atrocités qui y sont liées ne m’a pas convenu. Je suis passée à coté …  Le sujet est bon mais comme souvent avec les livres en relation avec l’Asie et en général surtout les auteurs de par là-bas , cela ne suscite en moi aucune émotion, aucune empathie.. Je reste en bordure, comme non concernée.. Pas de chaleur humaine… Mais je le répète je passe très régulièrement à coté de tout ce qui et japonisant … trop ciselé, trop cadré, trop carré pour moi… (Je suis jardin de curé et pas ikébana… si vous voyez ce que je veux dire… )

Extraits :

la plus grande cruauté de la mort est de réclamer les mauvaises victimes.

Je détestais ce mot, « courageuse ». Il impliquait un choix.

C’était ça, le chagrin du survivant : on attendait de vous de faire montre de reconnaissance.

Au Japon, le jaune avait été la couleur de l’amour perdu, ici, il devenait la lumière du soleil.

rouge, la couleur du bonheur et de la vie, la couleur de la matrice.

Farine, nouilles, savon. Trois mots. Qui laissaient en imaginer des milliers.

Nous mangeons, excrétons, dormons et nous levons, c’est là notre monde. Tout ce qu’il nous reste à faire ensuite – c’est mourir.

Si je ferme les yeux, je vois tout, verrouillé à l’intérieur d’elle. Un tout qui semblait se charger de signification et de devenir.

Je savais comment feindre la satisfaction et parvenais à sourire lorsque les gens me disaient bonjour et me demandaient comment j’allais. Je me raccrochais au mot « bien » comme à une ancre en faisant mine d’être toujours très occupée.

Je pensais qu’il allait doucement se laisser aller, mais à la toute fin, il réussit malgré tout à revenir à la vie, pour un dernier regard.

« Tu sens mon cœur qui bat ? Tu le sens ? C’est le sang qui fait battre le cœur, pas l’amour. Est-ce que tu comprends ? Nous faisons avec, petite. C’est tout, il n’y a pas d’autre solution. Nous faisons avec. »

 Les femmes ne sont pas sur cette Terre pour aimer. Quelle folie que tout ce romanesque.

Il vaut mieux que les secrets restent ce qu’ils sont, des secrets. Le passé est le passé. Rien de bon ne peut sortir de ce ratissage de charbons déjà consumés.

Je crois que c’est en cet instant que la pensée a pris forme, un noyau d’espoir, de possibilité. À mesure que les jours passaient, cette graine a commencé à grandir dans mon esprit avant d’éclater pour se frayer un chemin jusqu’à la lumière et ainsi devenir plus qu’une pousse de possibilité : une nouvelle vie fragile mais réelle dans un sol mort

— Te souviens-tu du nom de ta mère ?
Il a réfléchi un instant.
— Je l’appelais maman.

« Je suis heureux quand je vous vois, vous me manquez quand vous n’êtes pas là. Vous me mettez face à mes manques mais vous me montrez aussi comment je pourrais être meilleur. N’est-ce pas ça l’amour ? »

 Le papier de riz était noué de fils d’or et décoré de motifs de grues et de tortues, signes de longévité.

L’art nous rappelle tout ce que nous n’avons pas le temps de voir.

Les heures se délavaient doucement et si peu de choses s’étaient résolues.

Nous nous racontons des histoires, et ensuite, elles deviennent notre histoire personnelle. Je suis incapable de dire si c’est la réalité.

le prénom de Hideo. Excellent homme

mon cœur si vivant soudain que j’ai craint qu’il ne s’échappe de ma poitrine

 L’amour est émerveillement, arcs-en-ciel, soleil sur une cascade, rosée sur un pétale, cheval sauvage galopant sur une plage déserte.

je n’étais que le fruit de son imagination, un esprit de la nuit évoqué par l’alcool au coucher du soleil, car je n’existais plus à la lumière du jour.

J’ai honte de l’avouer mais je sens toujours monter en moi une sensation de dégoût lorsque je vois quelqu’un afficher sa détresse, en particulier quand il s’agit d’un être qui m’est cher. Les signes de faiblesse m’effraient.

de Villenoisy, Sophie «Joyeux suicide et bonne année !» (2016)

Résumé : « Tu fais quoi à Noël ? Moi je me suicide et toi ? Bien sûr, dit comme ça, ça peut paraître sinistre, mais à quarante-cinq ans c’est ma meilleure option. Ce n’est pas comme si je faisais des malheureux autour de moi. Comme si j’abandonnais mari et enfants. Je n’ai ni chien ni chat. Même pas un perroquet pour me pleurer. Et puis ça me laisse deux mois pour faire connaissance avec mon vrai moi. Deux mois c’est court. Ou long, ça dépend de ce qui se passe, en fait. Tour à tour hilarant et émouvant, Joyeux suicide et bonne année est un antidote à la solitude, un hymne à la vie raconté avec finesse et impertinence par Sophie de Villenoisy.

Mon avis : Livre de Noël par excellence. Plein de bonne humeur, avec la toile de fond : Solitude à Noël et envie de tout planter là… La parfaite petite parenthèse … Certes il ne va pas vous laisser un souvenir impérissable mais c’est un livre sympa.. parfaite transition pas prise de tête entre deux livres plus sérieux. Ecriture fluide.. Une petite comédie avec des bons sentiments à la « Meg Ryan » et une pensée à ceux qui se sentent seuls …

Extraits :

Je suis périmée. Périmée pour avoir des enfants et périmée pour avoir un homme aussi, on dirait.

Si je devais changer mon statut Facebook, je dirais que désormais je suis la fille de personne.

J’ai mal partout, je suis cassée comme un vélib coincé sous un camion-poubelle.

Je l’adore, mais quelques heures avec elle et j’ai comme une envie de me jeter sous un train.

Certains jours j’ai l’impression d’être déjà morte. Je me sens vide. J’ai un corps, un cœur qui bat, mais mon âme est partie. J’ai éteint la lumière ou le fusible a sauté. L’œil ne brille plus. Le bernard-l’ermite a déserté sa coquille.

Il a beaucoup de cheveux pour un homme de son âge. C’est vrai, de nos jours un homme chevelu est une denrée rare. C’est une espèce en voie de disparition.

Il a des cheveux blancs mais ça lui va bien. C’est injuste, on doit avoir le même âge, et ce qui me vieillit le rend séduisant. Ses rides sont charmantes, les miennes sont tristes. Ses cheveux blancs font ressortir ses yeux bleus, les miens trahissent mon âge.

Certaines marques de thé arrivent à me faire voyager. Les parfums qui s’en échappent, les couleurs attrayantes, la calligraphie raffinée de certains emballages, leurs origines exotiques sont pour moi autant de petits mirages en carton, de leurres touristiques.

Le sens de la mesure, et surtout du ridicule, m’a toujours incitée à faire l’amour de façon convenable, raisonnable. Bon, je n’ai jamais pris mon pied c’est vrai, mais le brushing restait nickel.

Tu les aimes comment ? Brun ? Blond ? Roux, avec ou sans cheveux ? Musclé ? BCBG ? Grand ? Barbu ? Tatoué ? Mince ?

J’ai l’impression d’être chez le marchand de glaces, indécise devant trop de parfums.

Crise cardiaque. C’était tellement brutal, tellement soudain, tellement injuste. Avant sa mort je n’avais pas réalisé qu’elle était mortelle. Elle était mon tout et elle est partie sans préavis.

Je suis heureuse. Je n’ai jamais rien vécu d’aussi romantique. Le Titanic à côté, c’est la pêche à la sardine.

En quoi est-ce si dérangeant de choisir sa propre mort ? On va tous mourir. On finit tous dans la même boîte. Et s’éteindre en son âme et conscience n’est pas moins absurde que de passer sous un bus. Ou de s’effondrer dans la rue un sac de commissions à la main.

À force de ne pas les fréquenter, j’avais oublié à quel point les gens peuvent être bêtes.

Mais je note au passage qu’il a peur pour moi. Il pense à moi. Il veut me voir, s’assurer que je vais bien. Je suis dans ses pensées. J’existe dans sa tête. Je suscite de l’inquiétude, de la compassion. Je n’ai pas dit de la pitié. J’existe.

Les premières larmes tombent en silence, comme des feuilles d’automne.

J’ai envie de flâner, profiter, de regarder tous ces gens autour de moi, tous ces vivants qui font battre le cœur de Paris.

La solitude c’est moche, c’est sale, c’est triste, ça pue et personne n’a envie de la voir. Ça a été un vrai électrochoc.

Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression de courir après le temps. Avant je le regardais qui s’étirait péniblement. J’étais cette vache qui regarde passer les trains, en attendant l’heure de la traite. Aujourd’hui j’ai sauté dans le train et il roule à vive allure.

Tu ne t’en rends pas compte, mais ton chagrin, ton esprit de vengeance ne font de mal qu’à toi-même. Ils t’isolent.

Goby, Valentine «Baumes» (10.2014)

Auteur : Ecrivaine française née à Grasse en 1974. Elle vit en région parisienne. Ses thèmes de prédilection sont: La place des femmes, leur corps, les yeux des femmes à cause de leur corps, de leur sexe, comment une femme regarde et change le monde, par amour, par envie, par orgueil, par ennui, par vengeance, en tant que sœur, mère, fille, amante. Comment l’Histoire les affecte, comme elles l’affectent, du Paris contemporain à la Provence atemporelle, à l’Afrique de l’après-guerre, à la Bretagne des années 1940. Les lieux, comment les lieux nous traversent, comment nous les traversons, comme l’espace nous façonne et comment nous le transformons. L’enfance, comment elle nous survit et s’acharne à nous habiter, dans chaque moment de la vie, dans chaque âge et en toutes circonstances, comment chaque geste est porteur d’une histoire toujours ancrée dans l’enfance. Ce qui est valable pour un homme est valable pour une nation, alors l’Histoire, la grande, me passionne aussi, c’est en elle que je cherche et trouve les racines de toutes les blessures présentes, je l’explore, la dissèque, comme les origines individuelles. ( source) .

Ses romans :  La note sensible, 2002 – Sept Jours, 2003 – L’Antilope blanche, 2005 – Petit éloge des grandes villes, recueil de textes, 2007 – L’échappée, 2007  – Qui touche à mon corps je le tue , 2008 – Des corps en silence, 2010 – Banquises, 2011 – Kinderzimmer, 2013 – Méduses, 2013 – Baumes (Collection Essences- Actes Sud), 2014 – Un paquebot dans les arbres, 2016

 

Résumé : Je me demande si le père de mon père, que je n’ai pas connu, portait l’odeur d’usine dans toute sa peau et tout son vêtement. S’il rentrait lui aussi imprégné d’essences pures, si sa présence provoquait de semblables, silencieuses apocalypses, pouvait défaire le monde dans lequel il surgissait, en imposer un autre, avec ses propres protocoles, que sa disparition renversait aussitôt et les souris dansaient. S’ils se sont transmis ça, en même temps que le patronyme, le patriarcat, la maison magnifique parmi les oliviers : cette capacité à occuper l’espace, le saturer. Le confisquer.

Valentine Goby aborde ici ouvertement le récit autobiographique. Pour la collection Essences, elle revisite son enfance à Grasse, pays des parfumeurs et territoire du père, à travers les odeurs qui ont façonné les premières années de sa vie, de séduction en crises d’asthmes…

Paru dans La Collection « Essences » d’Actes SudOctobre 2014 – 72 pages

 

Mon avis : Un petit livre magnifique ! Sur les odeurs et les essences, sur le parfum mais pas seulement. Sur la vie, sur les rapports entre les êtres, sur l’art et la création… Sur le parfum et sa correspondance avec la vie, la musique… au travers des mots … sur les senteurs qui font remonter les gouts et les images… Que révèle le choix de notre parfum sur nous-même ? est-il notre seconde peau ? Quand on lit ce livre, il est impossible de ne pas rechercher dans notre mémoire les parfums qui ont jalonné notre existence. Ceux des êtres chers et notre parcours… Dans ce livre le parfum est aussi une affirmation de son existence et une confrontation avec la figure du père. Magnifiquement écrit, je tombe une fois de plus sous le charme de l’écriture de cette romancière ( après avoir lu « Banquises » et « Kinderzimmer » ) . Bien sûr ce livre me donne envie de relire Le Parfum de Patrick Süskind et j’en profite pour vous suggérer de lire le petit livre d’Ellena (commenté sur mon blog) sur l’univers d’un parfumeur.

 

Mes parfums :

Nahéma (Pour l’hiver) : Oriental Floral Fruité. Troublant, velouté, unique. C’est d’abord une bouffée de roses choisies dans les meilleures familles de cette espèce innombrable. En cœur, la senteur fraîche et verte de la jacinthe. Puis des fruits, pêches et fruits de la passion, symboles depuis Eve de la tentation. Le fond de la composition est soutenu par le bois de santal et le patchouli. Inspiré par une rose orientale au charme enivrant, Nahema est un véritable elixir énigmatique.

Insolence : (pour l’été) Floral Fruité Poudré. Surprenant, audacieux, féminin. Philtre sensuel, Insolence nous emmène tout de suite dans le cœur du parfum. Cette fragrance florale fruitée allie les notes de fruits rouges, aux notes féminines de violette et de fleur d’oranger, ainsi qu’au luxe velouté de l’iris pour former un accord sulfureux et voluptueux. Insolence met en scène une violette sur-dosée, survoltée ; une violette triomphante, aux antipodes du murmure timide que d’ordinaire on traite en demi-teinte et contre-jour. A côté de cette violette éclatante, est jouée un iris féminin, au chic intemporel. Avec Insolence, c’est aussi la première fois chez Guerlain que sont utilisés les fruits rouges

 

Extraits :

Le parfum est aussi élémentaire que le peigne et la brosse à dents.

Je n’ai même pas la vision de champs de lavande, d’orangers aux fleurs de cire, de lilas en grappes ; je vois l’usine

Dans mes souvenirs d’enfance mon père n’a pas de visage et quasi pas de corps. Son corps et son visage sont en voyage d’affaires ou dissous dans l’odeur d’usine.

Parfois, il déballe des gourmandises plus familières, loukoums à la rose, nougat, carrés de Zan à la violette, toutes choses comestibles à la lisière du goût et de l’odorat, des flaveurs et des fragrances dans lesquelles entrent des essences pures mais qui contrairement à l’odeur sont matières domptables, par les muqueuses, la salive et la mastication. Nous les dominons. Nous les ingérons. Nous les digérons. Nous les détruisons.

Ce livre m’invite et me tient à distance.

Lire c’est pour décamper. C’est pour filer avec Durrell dans les îles grecques, fuguer avec Meaulnes jusqu’au château d’Yvonne de Galais, descendre au fond de la mine avec Zola.

[…] l’écriture de Süskind fabrique des odeurs ; des odeurs puissantes comme des essences pures. La langue est sa matière première. Mon père traque les plantes à parfum à travers le monde, Süskind débusque les mots dans la jungle de la langue et à la fin, tous les deux fabriquent des odeurs. Je découvre que le mot à lui seul provoque la sensation. Par l’écriture, Süskind crée le réel, et d’emblée il s’en affranchit. Une liberté pareille me colle le vertige.

l’odeur te signe et te distingue.

Je trace dans les rues un écheveau de pistes olfactives, et je me planque dans les impasses et sur des placettes désertes pour m’imprégner à nouveau de parfum, pour laisser partout une empreinte, je me sature et je sature l’espace.

je colonise le champ lexical des odeurs, frontalier de celui de la musique, ses mots essentiels, notesgamme, harmonie, accord, clavier et touches ;

C’est un empire économique que son domaine de création rend aimable, il ouvre sur le rêve, la beauté, il est presque pardonné.

l’animal code l’émotion en flux olfactifs perceptibles, interprétables par ses semblables, mais ce langage d’hormones et phéromones, nous ne le déchiffrons plus depuis longtemps, camouflé sous les cosmétiques et le gaz carbonique

Je veux écrire chaque émotion avec la précision d’une formule olfactive.

Toute mon enfance dit le caractère nécessaire, indiscutable du choix d’un parfum, qui t’annonce avec la même évidence que ton prénom, la forme de ta bouche, la couleur de tes yeux.

Tout ça n’existe plus que dans la mémoire olfactive, il se souvient.

 

La Collection « Essences » d’Actes Sud (voir page sur le blog)

Redondo, Dolorès «Une offrande à la tempête» (2016)

Après «Le gardien invisible» et «De chair et d’os» voici le 3ème et dernier volet de la trilogie du Baztán

Résumé : La mort subite d’une petite fille devient suspecte lorsque le médecin légiste découvre qu’une pression a été appliquée sur le visage du bébé. Très vite, les soupçons se portent sur le père au comportement étrange, qui tente même de dérober le cadavre du nourrisson afin de « terminer ce qui a été commencé ». La grand-mère, elle, est persuadée que ce meurtre est l’acte d’Inguma, créature maléfique issue de la mythologie basque.

Aux yeux de l’inspectrice Amaia Salazar, cette histoire est une énième légende. Mais lorsqu’elle décide de s’intéresser de plus près aux morts subites de nourrisson déclarées dans la vallée de Baztan ces dernières années, Amaia observe pourtant des similitudes troublantes et l’enquête prend une tournure inattendue. Fuyant son rôle d’épouse et de mère, Amaia se consacre entièrement à cette nouvelle affaire qui la mène à l’origine même des événements qui ont frappé la vallée et la confronte bientôt à son passé et à ses propres démons.

Mon avis : Alors je confirme que j’ai adoré cette trilogie. Le troisième tome monte en puissance et le suspense est présent jusqu’au bout. Il n’y a pas que l’enquête dans cette trilogie, il y a le parcours de vie personnel de l’enquêtrice, ses doutes et ses souffrances, ses rapports humains avec les habitants de la région, avec son équipe, il y a sa loyauté, ses espoirs, ses qualités et ses défauts… Il est certes possible de lire les trois livres independamment car chaque livre est une

J’ai adoré les personnages et ressenti de l’empathie aussi pour les « méchants ». J’ai retrouvé le Pays basque, j’ai aimé découvrir les traditions et les légendes. Je connaissais peu la mythologie basque et je suis contente d’en avoir appris davantage. Il faut dire que la mythologie en général me passionne et dans le cas de cette trilogie paysage et croyances sont liées de telle manière qu’il serait impossible que les enquêtes de l’inspectrice se déroulent ailleurs. Même si la trilogie est terminée, j’espère retrouver Amaia et sa famille dans de nouvelles enquêtes…

Extraits :

Mais elle l’avait toujours su : la peur ne s’en va pas, elle ne disparaît pas, elle se retire simplement dans un lieu sombre et humide et reste tapie là, à attendre, aussi faible qu’un petit voyant rouge que l’on aperçoit malgré soi, malgré le déni, parce que autrement on ne peut pas vivre.

L’utilisation de restes humains, en particulier d’enfants, est habituelle dans ce type de pratiques, mais assassiner des nourrissons en sacrifice est la plus grande offrande que l’on puisse faire au mal.

On parle de la vallée de la Baztán qui a, historiquement, une tradition de sorcellerie exceptionnellement riche et dans laquelle on convoque en effet le démon Aker.

Chaque matin, au lever du jour, on célèbre à Rome une messe d’exorcisme. Plusieurs prêtres officient pour demander la libération des âmes possédées, puis reçoivent les demandeurs en consultation.

de tous les droits qu’a un homme, le plus important est celui de se tromper, de le savoir, de le revendiquer et de ne pas le payer toute sa vie.

Elle l’observa en silence. Il n’y avait de toute façon pas grand-chose à dire face à quelqu’un qui ramassait les morceaux épars de sa dignité.

Elle sourit, parce que c’était bon de savoir que certaines choses demeuraient si prévisibles, si merveilleusement prévisibles.

Les anges de la mort se caractérisaient par leur conviction d’accomplir une mission sociale et humanitaire essentielle en assassinant leurs semblables. Ils faisaient généralement partie du personnel médical ou travaillaient comme auxiliaires de vie auprès de personnes âgées psychiquement ou physiquement diminuées, et c’était très souvent des femmes.

Si l’on doit se battre aux côtés d’une personne, que l’on soit d’accord ou non avec ses principes, il est rassurant de savoir qu’elle a un code d’honneur qu’elle ne trahira pas.

Toucher quelqu’un revient à ouvrir un chemin qui n’existait pas jusque-là, et les chemins peuvent être parcourus dans les deux sens

Tu pars du principe que derrière les portes fermées se trouvent la lumière et la vérité. Que se passera-t-il si la porte que tu ouvres est celle du chaos et des ténèbres ?
— Alors je prendrai le chaos, j’en ferai un gros tas auquel je mettrai le feu pour éclairer les ténèbres, plaisanta-t-elle.

Quand un être cher disparaît, le monde ne s’arrête pas de tourner mais il se reconfigure autour de nous, comme si l’axe de la Terre se tordait légèrement, d’une manière imperceptible pour les autres mais en nous dotant d’une clairvoyance qui nous laisse percevoir des aspects du réel que nous n’aurions jamais imaginés. De spectateurs, nous devenons machinistes ; nous gagnons le douteux honneur d’assister au spectacle depuis les coulisses, où sont relégués ceux qui n’y participent pas.

Les chasse-neige et les épandeuses avaient répandu sur la chaussée le mélange salé qui crépitait sous les roues de l’auto comme une pluie venue du sol. La neige ne tombait plus mais le froid de la nuit préservait les congères au bord de la route et la montagne, habituellement plongée dans les ténèbres, resplendissait de la lumière orangée de la lune qui se reflétait sur le givre et conférait au paysage un halo d’irréalité évoquant la surface d’une planète inconnue.

vous n’êtes aveugle que parce que vous ne voulez pas voir. Prenez du champ. Redémarrez. Reset,

Je n’aime pas ça mais j’aime l’effet que ça me fait, je crois que je comprends les Irlandais et que j’associerai toujours le goût du whisky à la mort. Chaque gorgée amère est comme une communion qui te nettoie et te guérit à l’intérieur.

L’alcool bienfaisant avait tapissé ses blessures d’un voile doux et chaud sous lequel elle sentait que les bêtes furieuses qui lui dévoraient l’âme dormaient tranquillement grâce à l’effet magique de dix-huit années de vieillissement en fût de chêne. Elle savait que le soulagement serait passager et que, lorsque les bêtes se réveilleraient, la douleur redeviendrait insoutenable.

La noix porte la malédiction de la sorcière ou du sorcier à l’intérieur de son petit cerveau

Inguma est le démon qui boit l’âme des enfants pendant qu’ils dorment. Inguma est entré par les fissures de la maison, il s’est assis sur la poitrine de la petite et a bu son âme

Quand elle rentrait particulièrement fatiguée, comme c’était le cas ce jour-là, elle sentait la maison l’envelopper telle une mère, avec cette douce odeur d’encaustique que son cerveau interprétait comme la plus chaleureuse des marques de bienvenue.

la contemplation de la lumière dorée qui illuminait les fenêtres depuis l’intérieur, comme si un petit soleil ou un feu éternel brûlait au cœur de la maison. Elle regarda le ciel entre les nuages ; la nuit commençait à tomber. Il avait fallu laisser les lumières allumées toute la journée mais c’était seulement maintenant que l’obscurité du dehors se faisait évidente, qu’elle apparaissait dans toute sa splendeur.

Le monde s’obscurcit et s’étrécit, ses extrémités se recourbèrent pour transformer le décor de son rêve en un tube dans lequel elle devait avancer

L’hospitalité de Baztán. Cette femme ne voulait pas lui parler, ne voulait pas d’elle dans sa maison, ne reprendrait son souffle que quand elle la verrait sortir de chez elle, mais offrir un café ou quelque chose à manger à un visiteur était une règle sacrée à laquelle elle ne dérogerait pas.

Il aime plus l’argent qu’un cochon les pommes.

Dans la vallée de Baztán, quand quelqu’un mourait, la maîtresse de maison allait au champ jusqu’à l’endroit où se trouvaient les ruches et, par cette formule magique, apprenait la triste nouvelle aux abeilles et leur demandait de produire plus de cire pour les cierges qu’on brûlerait en l’honneur du défunt pendant la veillée funèbre et les obsèques.

 

Photo : site : valledebaztan.com

Bizot, Véronique «Une ile» (2014)

Résumé : Les psychanalystes sont excessifs et calmes, du moins ceux qui sont ici, ils portent de grands chapeaux de paille souple et des pantalons flottants, leurs bagages ont déversé quantité de livres annotés partout dans la maison et ils font à tout propos, d’un ton pondéré, de subtiles plaisanteries. C’est un été incroyablement chaud au point que l’eau de la mer ne rafraîchit personne, ni la nuit. Mais rien ne semble impossible.

Une île où se sont installés pour l’été quelques amis. Une maison où s’éploient le désordre et la nonchalance, des nuits courtes et festives, délicieuses. Des êtres aimés ou croisés, équilibristes insolents mais fragiles, peuplent ce livre solaire à l’humour décapant. Virtuose de l’histoire courte, d’une élégance et d’une singularité toujours plus subtiles, Véronique Bizot excelle ici plus que jamais.

Paru dans La Collection « Essences » d’Actes Sud – Octobre 2014 – 88 pages

Mon avis : Donc je vous explique… L’éditeur a demandé à Véronique Bizot un texte sur pour sa collection « Essences »… Comme elle devait avoir besoin d’argent elle a accepté.. et comme elle n’est pas du tout inspirée par le thème, elle se renseigne auprès des gens avec qui elle passe ses vacances sur ce qu’elle pourrait bien pondre pour remplir le contrat… Nullissime et « foutage de gueule » complet.

Alors heureusement que j’ai commencé par lire le « Baumes » de Véronique Goby qui est somptueux ( voir article) car là… le flop total et absolu. Heureusement que le livre est court car je n’ai pas vu l’intérêt. Mis à part nous dire que dans certaines grandes surfaces il y a des arômes qui sont supposés nous attirer et nous dire que quand on fume on perd l’odorat… Pas besoin de lire sa digression pour comprendre qu’un marché aux poissons doit sentir le poisson et que dans une station-service, il a une odeur d’essence…

J’ai sacrément dû ramer pour trouver des extraits… Heureusement qu’elle cite Desproges et le Larousse.. cela fait au moins deux phrases intéressantes…

Extraits :

Desproges ne m’ennuie pas avec son endive, je le cite, fade jusqu’à l’exubérance, dont l’odeur fade rappelle à l’amnésique qu’il a tout oublié, dont la couleur tirant sur le rien a des reflets indescriptibles à force d’inexistence.

L’odeur a mauvaise réputation, sauf quand elle est agréable, auquel cas, nous dit le Larousse, on l’appelle parfum.

il y avait un flacon de Je Reviens, un parfum de Worth que ma mère avait laissé en quittant la maison, et qui, depuis des années, trônait là comme une menace.

Et nous passons en revue tous les endroits où nous avons failli louer une maison cet été, là où les odeurs semblent venir à votre rencontre, odeur sèche du maquis corse, odeur sucrée des Landes, odeur, que je ne connais pas, de la lande écossaise, mais dont j’imagine la fraîcheur violacée, penser que nous avons comme chaque année éliminé la brumeuse Écosse, qui reste donc un fantasme, un luxe de froidure, une idée.

 

La Collection « Essences » d’Actes Sud (voir page sur le blog)

 

La Collection «Essences» d’Actes Sud

La Collection « Essences » d’Actes Sud

Présentation de la collection :

“Essences” est une collection Actes Sud à travers laquelle se dévoilent de multiples imaginaires. Du récit au poème, de l’essai à la fiction, elle deviendra miroir du temps, partition de l’effroi, de l’absence, du bonheur ou de l’éphémère, celle des lointains ou des voyages perdus.

Le parfum éveille la pensée, il évoque, il convoque les images de nos vies, il stimule le désir et délie la mémoire.

Il n’est de parfum, d’odeur, d’essence qui ne soient espace, chemin vers l’intime, voie vers l’oubli, voix de l’oubli : celle de l’exil toujours, celle de l’errance souvent.

Il n’est pas de voyage sans parfum, d’amour ou de haine sans odeur.

Il n’est pas de beauté sans essences et d’essences sans ombre et lumière.

Le parfum, l’odeur d’un jardin, celle de l’été, du soir ou de la nuit sont d’emblée territoires de fiction, ceux du poème. Il n’est pas de parfum sans musique, flâneries, vagabondages et aucun sens ne résiste à la présence obsédante du parfum.

Tout instant de nos vies a son odeur. De la naissance à la mort. Du solaire au silence.

 

Les livres publiés :

Véronique Bizot – « Une ile » (Octobre 2014 – 88 pages)

Les psychanalystes sont excessifs et calmes, du moins ceux qui sont ici, ils portent de grands chapeaux de paille souple et des pantalons flottants, leurs bagages ont déversé quantité de livres annotés partout dans la maison et ils font à tout propos, d’un ton pondéré, de subtiles plaisanteries. C’est un été incroyablement chaud au point que l’eau de la mer ne rafraîchit personne, ni la nuit. Mais rien ne semble impossible.

Une île où se sont installés pour l’été quelques amis. Une maison où s’éploient le désordre et la nonchalance, des nuits courtes et festives, délicieuses. Des êtres aimés ou croisés, équilibristes insolents mais fragiles, peuplent ce livre solaire à l’humour décapant. Virtuose de l’histoire courte, d’une élégance et d’une singularité toujours plus subtiles, Véronique Bizot excelle ici plus que jamais.

Mon avis : (voir article)

Céline Curiol – « À vue de nez » (Novembre 2013 – 144 pages)

Que révèle une odeur, son immédiat pouvoir sur la mémoire de l’écrivain, quel est cet indicible qui convoque les images… Au fil de cinq histoires entre fiction et non-fiction, Céline Curiol explore avec malice le cheminement de son imaginaire soumis à l’étude d’un motif olfactif.

Mon avis : voir article

Helene Frappat « N’oublie pas de respirer » (Octobre 2014 – 96 pages)

Lorsqu’elle traverse les buissons odorants du maquis, en passant par les cuves du lavoir installé sous les arbres, l’odeur verte perd ses pouvoirs. Elle s’affaiblit au contact d’un plus puissant enchantement : la rumeur, toujours égale, toujours renouvelée, des eaux claires et fraîches du fleuve, que l’on écoute, des heures entières, en somnolant, en rêvant, sur les pierres brûlantes et douces, les yeux mi-clos. Auprès d’une mère inaccessible, visage d’Anna Magnani dissimulé derrière la fumée bleue d’une Gitanes, un souvenir est soudain convoqué puis diffracté par celui, lumineux, violent et âpre, granit et ombres bruissantes, de l’été corse. Dans une langue habitée, puissante de tragédie et de modernité mêlées, Hélène Frappat retrouve ici la géographie des origines, l’héritage choisi par les enfants de l’exil.

Mon avis : voir article

Anne-Marie Garat – « La Première Fois » (Novembre 2013 – 56 pages)

Romancière singulière, amoureuse de l’image, chez qui la mémoire passe par le cadrage, l’ombre et la lumière, Anne-Marie Garat se prête au jeu de la collection Essences. Les champs s’ouvrent, les réminiscences olfactives précèdent le développement de son imaginaire comme autant de solvants et autres sels d’argent au parfum entêtant qui soudain révèlent un lieu, une histoire relégués aux confins d’une mémoire oublieuse.

Mon avis : voir article

Valentine Goby « Baumes » (Octobre 2014 – 72 pages)

Je me demande si le père de mon père, que je n’ai pas connu, portait l’odeur d’usine dans toute sa peau et tout son vêtement. S’il rentrait lui aussi imprégné d’essences pures, si sa présence provoquait de semblables, silencieuses apocalypses, pouvait défaire le monde dans lequel il surgissait, en imposer un autre, avec ses propres protocoles, que sa disparition renversait aussitôt et les souris dansaient. S’ils se sont transmis ça, en même temps que le patronyme, le patriarcat, la maison magnifique parmi les oliviers : cette capacité à occuper l’espace, le saturer. Le confisquer.

Valentine Goby aborde ici ouvertement le récit autobiographique. Pour la collection Essences, elle revisite son enfance à Grasse, pays des parfumeurs et territoire du père, à travers les odeurs qui ont façonné les premières années de sa vie, de séduction en crises d’asthmes…

Mon avis : voir article

Cecile Ladjali – « Corps et Âme » (Mars 2013 – 88 pages)

Pour la collection “Essences”, Cécile Ladjali a accepté de se prêter au jeu des réminiscences olfactives. Pour elle, celui-ci part d’un tableau de George de La Tour : La Madeleine à la veilleuse. Puis se dévoile au fil des trois autres tableaux représentant cette courtisane si singulière. Corps et âme est le voyage dans l’imaginaire d’une femme qui a parfumé le corps du Christ.

Mon avis : voir article

Lyonel Trouillot – « Le doux parfum des temps à venir«  (Mars 2013 – 64 pages)

Pour la collection “Essences”, Lyonel Trouillot s’est prêté au jeu des réminiscences olfactives. Sans précision de lieu ni d’époque, une mère parle à sa fille. Fugitive marquée au fer d’une fleur de honte, elle revisite les parfums violents de ses haltes et de ses errances. Un voyage dans le souvenir de cités délabrées, de paysages désertiques, de musiques barbares, de corps défaits et de rêves interdits qui fait naître en elle, comme après chaque épreuve, dans la promesse de l’enfant à naître à qui elle raconte aujourd’hui son histoire, le doux parfum des temps à venir.

Mon avis : voir article

Nimrod « Gens de brume» (10.2017)
Je suis seul avec la montagne, avec la vigne, avec le chemin, avec ce bleu, là-bas, qui ne demande qu’à être surpris. Je sais que les oliviers sont dans la même disposition. Les champs, les animaux, la Provence.
Ma maison se situe sur une petite colline au-dessus de Sauve. Sa pente est douce. La vigne la couvre entièrement. Sur sa face ouest, une forêt de chênes court à l’infini. C’est là que le crépuscule m’a surpris.

Ce livre conte les âges de la vie, quand tout n’est finalement devenu qu’histoires d’amour. Des rivages d’un fleuve africain où vivent les gens de brume jusqu’aux berges bleues du Gard, la beauté a façonné la prose de Nimrod, peuplé sa poésie d’exils des sens et de mémoires fragiles. Poète, essayiste, romancier, Nimrod est né au Tchad. Sa prose est publiée aux éditions Actes Sud, sa poésie aux éditions Obsidiane et Bruno Doucey. Sa très belle anthologie personnelle vient de paraître dans la collection Poésie/Gallimard.

Mon avis : voir article
Huston, Nancy « Sensations fortes» (10.2017)

L’amour étant capable d’accomplir certains miracles, le jeune couple arrive sain et sauf à la cabane, la bonne cabane, au bord du bon lac, et, quand ils sortent une clef, c’est la bonne clef. Encombrés de bûches, de sacs de couchage et de couvertures, ils s’engouffrent dans la petite maison en bois (c’est-à-dire, soyons clairs, en planches nues), et referment vite vite la porte pour que la neige ne s’y engouffre pas à son tour.
Ils se regardent.
Ils ne voient rien.

Neuf nouvelles écrites entre 1975 et 1997 à travers lesquelles Nancy Huston s’attache aux sensations fortes tant par la mise en scène du corps que par la quête du sens dans sa langue nouvelle, non maternelle.
Née à Calgary, au Canada, Nancy Huston vit aujourd’hui à Paris. Elle est l’auteur de nombreux romans et essais publiés chez Actes Sud et chez Leméac.

Mon avis : voir article

Ellena, Jean-Claude « Journal d’un parfumeur » (2011)

L’auteur : Né à Grasse, en Côte d’Azur, d’un père parfumeur, Jean-Claude Ellena a débuté à l’âge de seize ans chez Chiris avant de rejoindre l’école Givaudan de Parfumerie en 1968 à Genève.Il a réalisé de nombreux parfums à succès parmi lesquels First (1976) pour Van Cleef & Arpels, l’Eau parfumée (1992) pour Bvlgari ou Déclaration (1998) pour Cartier. Il devient le parfumeur exclusif de la maison Hermès en 2004.

Résumé :

Pendant un an, j’ai tenu ce journal de façon assidue ou plus relâchée, décousue, sporadique, régulière, souhaitant partager quelque aperçu sur la vie d’un nez. J’imaginais que dans le désordre apparent de cette pensée ainsi exposée, au-delà des digressions ou des chemins de traverse, le lecteur entrant dans mes pas pouvait se construire une vision globale assez fidèle, significative, de ce qu’est la réalité d’un compositeur de parfums. Le fait est que beaucoup d’éléments de ma vie sont tendus vers cette forme d’expression particulière qu’est la composition d’un parfum. Mes pensées quotidiennes m’y ramènent souvent, en tout cas finissent toujours par y revenir, comme si j’étais tissé de cela. Les odeurs sont mes mots. Le maniement que j’en ai découle d’une logique, d’un instinct, d’un travail que je crois comparables à la démarche d’un écrivain lorsqu’il s’attelle à un livre. Je sais aussi que ce métier, parce qu’il est un art, est irréductible au langage et aux concepts. Avec ce journal, j’ai voulu simplement partager une expérience.

Mon avis :

Au moment où l’envie de trouver un nouveau parfum me titille, je viens de lire ce petit livre du « nez » d’Hermès. Depuis toujours les parfums ont marqué ma vie. Les odeurs ravivent les souvenirs. « Mitsouko » et ma grand-mère se matérialise dans ma mémoire… « Shalimar » et Maman surgit… « Paris » me fait penser à une autre personne qui m’était très proche…

L’auteur se décrit comme un « écrivain d’odeurs », il compose par touches, par notes . En nous offrant ce journal, il nous parle de son univers de sa vie, de sa façon de créer. Il n’hésite pas à critiquer le coté marketing, nous entraine dans les effluves, dans la nature.. Il fait le parallèle avec d’autres plaisirs de la vie, la cuisine, le vin, mais aussi les promenades sur les marchés, dans la forêt. A la fois artiste et artisan, il nous fait partager sa recherche et son cheminement. J’ai beaucoup aimé. Le livre est suivi d’un « abrégé d’odeurs » Là… Je rêve nettement moins.. le mot « jacinthe » me fait voyager… Mais « alcool phényléthyque – acétate de benzyle-galbanum » ne me fait pas du tout penser à mon parfum…..

 

Extraits:

« L’odeur est un mot, le parfum est la littérature. «

« Un parfum ne se raconte véritablement que lorsqu’il est senti et porté.

J’aime le plaisir quand il est partagé, c’est ma définition du luxe. Je transpose cette vision aux parfums que je crée et qui sont, pour la plupart, à partager. »

« Plaisir, petit plaisir : j’aime les plaisirs volés au quotidien, ils éclairent la journée. Ils sont banals, ils ont le gout des redites, ils sont rassurants. En faire l’impasse, ce serait se priver de ces joies qui rendent la vie supportable. »

« Je lis du bout des lèvres en articulant les mots en silence. J’ai besoin d’entendre dans ma tête la musique des mots, le rythme des phrases, les silences.

« Si, traditionnellement, le parfumeur est comparé à un compositeur de musique, je me suis toujours senti écrivain d’odeurs. »

« Pour les non-initiés, découvrir un parfum par la liste de ses matériaux, c’est comme lire les ingrédients d’une recette de cuisine avec la frustration de ne pouvoir imaginer le goût du plat. »

« Comment avais-je pu être séduit à ce point et lassé si vite ? Comment faire pour que mes parfums ne se réduisent pas à une seule lecture ?

« Le rapport amoureux que j’ai eu avec lui n’aura duré que le temps de sa création. »

« les familles olfactives étaient principalement les floraux, les orientaux, les chyprés, les citrus, les fougères.

« J’aime l’idée qu’à l’âge de vingt ans une femme ou un homme choisissent un parfum et puissent le retrouver à soixante ans, après avoir satisfait quelques infidélités. »

«Le terme « ukiyo » désigne le « monde flottant », lequel est issu de la philosophie bouddhiste, qui nous invite à méditer sur la beauté poignante des choses fragiles. Elle nous enseigne que le monde est toujours changeant, éphémère, évanescent, et résiste a toute modélisation. Ce terme « ukiyo » fait écho à ma vision du parfum. »

« Est-ce la peur de notre époque ? Nous sommes tous responsables de cette censure excessive qui ne favorise jamais la créativité, et ne fait que l’entraver. »

« Construire une mémoire c’est donner un contour olfactif à l’odeur ou, plus exactement, faire en sorte que l’odeur ne soit plus seulement une forme sensible mais devienne un objet intelligible, afin de pouvoir être utilisé, manipulé, orienté. »

« Pour moi, le parfum murmure au nez, s’adresse à l’intime, se lie à la pensée. »

« Je sais que les mots, et plus encore les odeurs, n’ont pas la même signification pour chacun de nous »

 

Un blog en parle : http://graindemusc.blogspot.ch/2011/04/journal-dun-parfumeur-de-jean-claude.html

Desjours, Ingrid «Tout pour plaire» (10.2014)

Auteur : Ingrid Desjours est psycho-criminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l’écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu’elle a profilés et expertisés l’inspirent aujourd’hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l’auteur excelle dans l’art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire ? Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d’une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Les Fauves (2015) ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire». «La prunelle de ses yeux» est sorti en 2016.

Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi qu’Après nous, dont le premier tome est paru en mai 2016. Elle vit actuellement à Paris.

Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission « Au Field de la nuit » (TF1)

 

Résumé : Rien n’est plus suspect qu’une personne qui a tout pour plaire.

Voilà, vous y êtes. Arrivés au point de rupture.
Depuis longtemps déjà, votre couple dérange. Parce qu’une belle et brillante jeune femme n’a pas pu renoncer à tout pour se consacrer à son riche mari comme ça, sans être influencée. Ou vénale.
Parce qu’un séducteur avide de pouvoir n’a pu obtenir la totale dévotion de son épouse que par la tyrannie et la manipulation. Comme tous les pervers narcissiques.
Oui les ragots vont bon train.
Alors quand s’installe chez vous un deuxième homme, aussi attirant que sulfureux, les esprits s’échauffent davantage. Et la disparition pour le moins suspecte de sa femme n’arrange rien.
Bien au contraire.
Pour vos voisins sont désormais réunis tous les ingrédients d’un drame conjugal qui pourrait bien vous mener à la mort. Vous aurez été prévenus.
Voilà, vous y êtes. Arrivés au point de rupture…

 

Mon avis : Après avoir fait connaissance de cet auteur avec ». « La prunelle de ses yeux », me revoici plongée dans l’angoisse psychologique… Machiavélique ! Peu de personnages au final … mais il n’y en a pas un pour rattraper l’autre… Et dans le style peu sympathiques… Heureusement qu’il y a le flic et le mafieux … Extrêmement bien construit et glauque… Moi qui aime les thrillers psychologiques, la découverte de cette romancière est une torture délicieuse ! Et je ne m’étonne pas que la romancière soit psycho-criminologue car l’étude des caractères est magnifique ! Et le suspense est là jusqu’au bout du bout des quelques 530 pages. Pas trop (enfin quelques-unes) de scènes sanglantes, mais des prises de tête en veut-tu en voilà. La manipulation règne en maître et on finit par ne plus savoir qui est victime et qui ne l’est pas… On doute, on révise son jugement… Je ne vous en dis pas plus mais ne vous fiez pas trop aux apparences… J’espère retrouver dans un prochain livre le flic et le mafieux…

Extraits :

Elle cesse aussitôt toute activité personnelle dès qu’il est dans les parages. Plus rien ne compte excepté lui et ses moindres désirs.

C’était donc ça, la vie : une traversée solitaire où rien ne vous était accordé juste pour vos beaux yeux.

Là-bas je n’étais personne. Je n’avais pas à tenir un rôle dont je ne voulais pas et si je n’étais personne, alors je pouvais être tout le monde, devenir qui je souhaitais : moi. Le vrai moi.

— L’eau c’est terrible : ça détruit tout sans même qu’on s’en rende compte, de façon silencieuse, pernicieuse… On ne s’aperçoit des dommages qu’elle a causés que lorsqu’il est trop tard.
— Un peu comme quand on vit avec une personne toxique[…¨]

Intéressée, infidèle, autoritaire… La reine du chantage affectif. Tous les numéros plus le complémentaire !

[…] cette société où l’on n’a plus le droit de rien faire. Fumer des fausses clopes, baiser sous plastique ou par téléphone, manger des merdes bourrées de pesticides mais sans sucre, sans gras, et sans goût, très peu pour lui.

Comme si elle le réveillait d’un simple baiser, lui, le pas beau au bois dormant, sauvé par une princesse en détresse.

Mon discours t’ennuie ? Le tien me choque. On dirait que tu ne connais pas la drogue, que tu ne sais pas à quel point c’est difficile de s’en sortir, un peu comme un mec qui vote FN alors qu’il vit dans la Creuse et n’a jamais vu un Arabe de sa vie.

Mais le cœur des drogués ne connaît pas de bonne raison de battre. Il essaie juste de rêver un peu et de s’anesthésier pour oublier la douleur de vivre. Et dès qu’il en a l’occasion, il préfère arrêter. Pour ne plus jamais avoir mal.

Elles sont toutes deux habillées de gris, comme deux versions du même chagrin.

Mais est-on jamais complètement libre ? Un mercenaire doit tout de même rendre des comptes. À sa conscience, pour commencer…

Appanah, Nathacha «Blue Bay Palace» (2004)

Auteur : Ayant le créole mauricien comme langue maternelle, Nathacha Devi Pathareddy Appanah, dont la famille descend d’« engagés » indiens immigrés à Maurice, écrit en français. Elle travaille d’abord à l’île Maurice comme journaliste pour Le Mauricien et Week-End Scope. Elle s’installe en 1998 en France, où elle poursuit sa carrière de journaliste dans la presse écrite et en radio. Ses articles sont publiés dans Géo Magazine, Air France Magazine, Viva Magazine et elle fait des reportages pour la Radio suisse romande, RFI, France Culture. Son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or, publié en 2003 aux Éditions Gallimard raconte l’épopée des travailleurs indiens venus remplacer les esclaves dans les champs de canne à sucre à l’île Maurice. Son deuxième roman Blue Bay Palace (Gallimard, 2004) donne à voir la schizophrénie d’une île Maurice entre l’image de la carte postale et une société très marquée par les classes, les castes et les préjugés. Dans La Noce d’Anna, publié en 2005 aux éditions Gallimard, la narratrice, tout en vivant la journée du mariage de sa fille, Anna, s’interroge sur la transmission entre mère et fille. Le Dernier Frère, publié en 2007, aux éditions de l’Olivier, raconte l’histoire de Raj, un garçon mauricien et de David, un jeune juif qui se retrouve enfermé à la prison de Beau-Bassin pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Dernier Frère a reçu plusieurs prix littéraires dont le prix du roman Fnac 2007, le prix des lecteurs de L’Express 2008, le prix de la Fondation France-Israël. Il a été traduit dans plus de quinze langues. En 2015, parution de En attendant demain (Gallimard 2105) Paru en 2016, son roman Tropique de la violence est issu de l’expérience de son séjour à Mayotte où elle découvre une jeunesse à la dérive (source Wikipedia). Et toujours en 2016, «Petit éloge des fantômes» , 7 petites nouvelles.

 

Résumé : « Je me suis redressée brusquement et une goutte de sueur s’est échappée derrière mon oreille. Elle a suivi un moment la ligne de ma mâchoire, a glissé le long de mon cou pour trouver son chemin entre mes seins. Aujourd’hui encore, je la sens, cette trace première qui m’a marquée jusqu’au creux de mon ventre. Je regardais en silence ce garçon qui se tenait devant moi et tout ce que je sentais, c’était cette goutte de sel qui me caressait l’oreille, la mâchoire, le cou, la peau tendue entre les seins pour mourir dans mon nombril. J’ai eu l’impression stupide et pourtant si agréable que c’était son doigt qui descendait lentement, lentement…»

Maya a dix-neuf ans. Elle vit à Blue Bay, un village bordé d’un côté par l’océan, de l’autre par un hôtel de luxe. Entre mer et soleil, images immaculées pour touristes et venelles crasseuses pour indigènes, elle poursuit l’amour.

Première parution en 2004 – Collection Folio (n° 5865), Gallimard (2015) –

Mon avis : Appanah, ce fut ma découverte 2016. Je viens de reposer le 5ème (le 2ème qu’elle ait écrit) et je suis sous le charme de cette écriture. Blue Bay : Côté pile et coté face… Car Appanah, une fois encore, nous montre l’envers du décor… Quand le « Dieu Fric » du tourisme passe par là, les inégalités se creusent, les envies naissent… et les illusions et désillusions i vont avec… Car ce livre n’est pas seulement une histoire d’amour qui se finit mal. Le Paradis, c’est cet hôtel magnifique. mais pas que… Pour Maya, c’est le rêve de l’amour, le soleil, le bonheur, la joie de vivre, l’émerveillement, la naissance des sens pour une jeune fille…  Mais de l’autre côté de la rue, c’est la misère…  Et malheureusement, la vie, ce n’est pas un conte de fée… les deux mondes ne peuvent pas se rejoindre… les riches et les pauvres, les différentes castes sociales ne se rencontrent pas comme dans un rêve … Très beau roman sur les amours impossibles… Tout est illusion, comme le révèle la signification hindoue du prénom de la jeune fille,  Maya/Mayura : « l’Illusion universelle ». Le prénom Dave qui signifie « aimé, chéri » est aussi bien choisi 😉

Extraits :

C’est un pays né du crachat brûlant d’un volcan et dont le profil a été dessiné par les tempêtes et le soleil cardinal.

C’est une histoire de ce pays. Les uns vous diront que c’est une histoire d’amour, d’autres que c’est une histoire de désamour, d’autres encore vous parleront d’une pauvre histoire de colère. Peu importe, elle est un peu de tout cela : amour, désamour, pauvreté, colère… Peu importe ce que les gens disent, c’est mon histoire.

Quand l’écume crépite à mes pieds, c’est comme si j’entendais le rire de la mer. Parfois, à ce moment-là, je soupire. L’entendrez-vous, aussi, ce rire mousseux et cristallin à la fois ?

Comme ce pays, je suis une enfant in extremis. C’est pour cela que mes parents m’ont nommée Maya. L’illusion. Celle qu’on croit être mais qui n’est pas.

Elle ne tient pas en place, elle ne s’arrête jamais, elle ne contemple pas, elle ne rêve pas, elle ne réfléchit pas.

Mais ces dix années passées à espérer un enfant l’ont comme happée tout entière, ont créé des manques, des absences et des failles que ma naissance n’a su combler.

Dans toutes les familles, il y a toujours quelqu’un qui est parti et d’autres qui ne rêvent que de ça.

Je n’en pensais pas grand-chose excepté que le destin est une chose mystérieuse.

Son visage m’a fait penser à mon pays : les vallées de rides, les montagnes de chair, les rivières de peau, les recoins brûlés, les bords dévastés et les yeux de soleil

Comme eux, je guettais les cars des touristes, ne voyant en eux que dollars, euros, peau blanche et, ainsi, un bonheur inaccessible.

M’enfoncer, sombrer dans l’oubli, me laisser peupler de songes et de rires, ne revenir à la conscience que quand la douleur aura disparu, quand mes parents seront enterrés depuis longtemps, quand personne ne saura me rappeler ma vie d’avant, […]

Quelque chose s’était cassé en moi, je ne ressentais pas grand-chose, juste une extrême fatigue. Je sentais que la fin de notre relation approchait mais je n’avais ni tristesse ni attente de ce qui pouvait venir ensuite. Comme si « ensuite » n’existait plus. Comme si ma douleur avait effacé toute promesse d’avenir.

La douleur, c’est ça. C’est se réveiller et vouloir se recoucher au plus vite parce qu’on a compris que le jour est revenu et avec lui la promesse du soleil meurtrier et des longues heures conscientes.

La douleur, c’est ne plus courir vers la mer parce qu’il n’y a plus de raison, plus d’envie. La douleur, c’est ne plus nager sans penser à se laisser submerger… Ce serait si facile. Lutter contre l’envie de respirer, entendre son cœur s’emballer, puis subitement, lâcher… La douleur, c’est ne plus savoir apprécier le goût plein de la mangue sous la langue, le jus acidulé du litchi. La douleur, c’est ne plus penser à autre chose.

Je sais que plus loin, vers la jetée, il y a un courant venu des brisants qui aspire pour ne jamais rendre. Je saurai où le trouver. À cet endroit, la surface de l’eau est toujours brouillée, comme si elle souffrait de l’intérieur.

 

 

 

 

 

Seyvos, Florence «La sainte famille» (RL2016)

Auteur : Florence Seyvos est la fille d’un médecin de campagne exerçant dans les Ardennes (France). Elle habite dans différentes villes de France (Charleville-Mézières, Le Havre, Paris) et en Côte d’Ivoire après la séparation de ses parents lorsqu’elle est enfant. Enfant solitaire, elle participe à des émissions de radio pour trouver les mots, être un personnage et vaincre la peur de l’inconnu. À 20 ans, elle est remarquée et révélée au public par le prix du jeune écrivain de langue française2, puis elle écrit son premier roman pour la jeunesse.

Prix : 1995 : Les Apparitions, – Prix Goncourt du premier roman et prix France Télévisions – 2013 : Le Garçon incassable Prix Renaudot du livre de poche

Résumé : Suzanne et Thomas passent chaque été dans une maison qui est comme une présence, une maison aux portes closes.

Derrière l’une de ces portes, leur arrière-grand-mère agonise. Parmi les adultes qui les entourent, une mère follement autoritaire, un oncle veule et un maître d’école sadique dessinent les figures d’une inquiétante toute-puissance. Seule Odette, qui est presque une simple d’esprit, se préoccupe des enfants. Et puis il y a Mathilde, la cousine tyrannique, qui ment tout le temps et, pourtant, dit la vérité. Obsédée par le blasphème, Suzanne imagine que le Mal s’insinue, se développe, se transmet comme par contagion. Bien des années, plus tard, elle revisite ce passé, comme s’il recelait un secret encore à découvrir.

Florence Seyvos nous entraîne avec une implacable douceur dans le labyrinthe du Temps, comme dans une chambre d’échos où se répondraient les voix qu’on croyait perdues. Pour cette petite-fille d’Henry James et de Flannery O’Connor, le sacré et le profane demeurent inextricablement mêlés.

Ed. de l’Olivier, 176 p

Mon avis : Un roman sur l’enfance et la construction de la personnalité… Une maison au bord d’un lac, hantée par les souvenirs du passé. Dans la tête de la narratrice principale, Suzanne, les souvenirs se succèdent, enfin non… vont et viennent car ils ne surgissent pas en ordre chronologique. Suzanne n’est pas la seule à les évoquer, il y a aussi son frère, Thomas, qui prendra la parole, en utilisant le « Je » contrairement à sa sœur…

Pour ce qui est de la galerie des personnages : mis-à-part la grand-tante Odette, un peu simplette et souffre-douleur de sa sœur qui a vécu comme un cadeau la naissance des deux petits, ils sont plus épouvantables les unes que les autres… Odette est une femme simple, à la limite de la simple d’esprit, mais qui a la qualité d’être la seule personne « vraie » et honnête dans cette famille. Elle est gaie, elle a le sens du partage, elle offre, elle fait ce qu’elle promet, elle a des joies simples et est une contemplative. Elle va vivre comme un drame le déménagement des enfants vers l’est et elle va en être totalement détruite.

La violence est partout présente dans le récit. Tous les adultes sont noirs et anxiogènes : la mère, le père, l’oncle, l’horrible prof). Le religieux est aussi partie intégrante du récit en appuyant principalement sur la contrainte et la foi. Suzanne, à l’image d’Odette (à qui elle ressemble à mon avis) est une mélancolique, qui balance entre le sacré et le blasphème.

Les lieux sont aussi des « personnages » à part entière et même plus importants que les personnes je pense. Ils sont tous en corrélation avec des souvenirs et des événements de l’enfance, la maison et le ponton sont des points d’ancrage perdus qui symbolisent le vécu, les peurs, les joies, les angoisses, les peines. La maison va être partie de la construction de la personnalité de l’adulte ; les portes closes qui dissimulent des secrets, des choses et des circonstances qu’il convient de dissimuler. Ce roman est un mélange de sensations et de retours en arrière rempli d’angoisse, de violences, d’humiliations. Et il n’y a pas que les adultes qui sont cruels ; la cousine est pas mal non plus dans le style …

Quelques scènes se déroulent aussi dans le présent. Au final, je pense que c’est un livre qui m’a bien plu mais qui me laisse un peu perplexe car la fin n’est pas une fin en soi… a moins que les personnages ne reviennent pour continuer le chemin avec nous ? Bref, un livre qui me déçoit un petit chouia sur la fin mais qui m’a enchanté tout le reste du livre…

Extraits :

Parfois, juste après avoir visité en pensée la maison, il m’arrivait d’avoir une sorte de vision

Il me parle d’un ton compatissant, gentiment persuasif. Son expression se veut douce, à peine rieuse, bienveillante, mais son visage n’a jamais su exprimer la gentillesse. C’est un vêtement qui ne tient pas sur lui, il glisse. La vérité de son visage, c’est la dureté.

Elle est aussi molle et paresseuse que la peau de son coude.

Elle voulait retrouver ses habitudes et la maison telle qu’elle la connaissait. Elle voulait être sûre de pouvoir lui dire adieu, comme elle le faisait toujours, en visitant chaque pièce, essayant d’en capturer la lumière, le silence particulier, essayant aussi d’y laisser une empreinte d’elle-même.

Il lui semble surtout que quelque chose, dans sa familiarité fragile avec la maison, s’est rompu depuis. Comme si la maison refusait toute conversation, et au lieu d’être simplement mystérieuse, devenait hostile.

Nous n’en parlerons jamais entre nous. Notre peur est impossible à partager, notre honte ne regarde que nous-mêmes.

Suzanne appuie de toute la force de son regard sur la grande aiguille pour la faire descendre plus vite. Elle s’imagine assise dessus, sautant de tout son poids pour l’abaisser. Ses yeux s’attachent à la trotteuse, courent avec elle autour du cadran. La trotteuse est une amie, pressée, obstinée. La suivre est toujours le meilleur moyen de faire passer le temps.

Elle essaie de mettre dans ses yeux toute la bonté du monde, puis toute la méchanceté possible, sans faire bouger le reste de son visage. Elle remarque que lorsqu’elle veut exprimer la cruauté, sa langue vient se coller contre son palais. Elle la décolle et se concentre à nouveau sur ses yeux. Elle parvient soudain si bien à les durcir qu’elle en est effrayée. Comme si une inconnue fantomatique venait de lui voler son reflet pour lui déclarer une haine absolue. Tu m’as fait apparaître, et maintenant, je ne te laisserai jamais en paix, semble dire l’inconnue. Maintenant, tu sais que j’existe

Elle se met à sourire avec tout son visage pour chasser la vision, mais elle a beau inonder ses yeux de bienveillance et de douceur, elle a beau se déclarer un amour inconditionnel, convoquer la bonté de saint François d’Assise lui-même, il lui semble que l’inconnue occupe toujours son regard.

C’est comme si nous prenions racine dans le couloir de cette maison que nous n’habiterons plus.

Je m’aperçois que je ne supporte pas l’idée que d’autres personnes viennent vivre dans cette maison

Ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est la façon dont elle s’est appropriée en quelques instants cette chambre inconnue. Comme si elle devinait que désormais, toute sa vie, où qu’elle se trouve, il lui suffirait d’installer quelques affaires, un livre, une lampe de poche, des vêtements, pour se sentir chez elle.

Une mélancolie m’étreint, je pense à ce qui, en elle, en moi, n’est plus accessible et ne peut plus se rencontrer.

Elle gardait la tête penchée, appuyée dans sa main. Elle était comme une image arrêtée. Par moments, son coude glissait sur la table, et elle paraissait s’éveiller un peu, le temps de se redresser.

Et, chaque année, dès que l’été commence, la maison vient la visiter comme le ferait un fantôme.

Elle sort ses mains de l’eau pour les voir, et croit les voir surgir du néant. Elle songe que seule la mort doit être d’un noir aussi profond et boire ainsi le regard sans lui donner la moindre parcelle où s’accrocher.

 

Photo : ponton du lac Léman..

Higashino, Keigo «La Fleur de l’illusion» (RL2016)

Auteur : Keigo Higashino né le 4 février 1958 à Osaka sur l’île d’Honshū, est un écrivain japonais, auteur de romans policiers.

Il est l’auteur d’une série qui met en scène le Physicien Yukawa : Le Dévouement du suspect X (2011) , Un café maison (2012), L’Équation de plein été (2014).

Et de plusieurs autres romans : La Maison où je suis mort autrefois (2010)La Prophétie de l’abeille (2013) – La Lumière de la nuit (2015) – La Fleur de l’illusion (2016)

 

Résumé : Lino vient de perdre son cousin Naoto. Personne ne comprend pourquoi ce dernier a mis fin à ses jours : il ne montrait aucun signe de dépression et son groupe de musique était aux portes du succès. À l’occasion du drame, la jeune femme se rapproche de son grand-père. Elle découvre alors ses extraordinaires cultures de fleurs. Fascinée, elle lui propose de tenir un blog pour présenter son travail. Le grand-père accepte mais à une condition : ne rien poster sur une certaine fleur jaune qu’elle a vue chez lui. Quelques jours plus tard, Lino rend visite à son aïeul et retrouve son corps sans vie.
S’apercevant que le pot contenant l’énigmatique fleur jaune a disparu, elle décide de mettre en ligne une photo du cultivar. Rapidement, un certain Gamo Yosuke, qui se prétend botaniste, la contacte, lui conseille de supprimer la photo et de lui apporter la fleur. Chez lui, elle fait par hasard la connaissance de son jeune frère Sota, qui ne comprend pas pourquoi son aîné s’intéresse à cette fleur et s’est fait passer pour un botaniste alors qu’il travaille dans la police. Lino et Sota se mettent à enquêter ensemble pour découvrir ce qui se cache derrière cette mystérieuse fleur.

Minutieux orfèvre, Keigo Higashino a conçu sa Fleur de l’illusion comme un véritable origami policier. Le lecteur y admire tour à tour la fantastique complexité des innombrables plis, l’extrême raffinement de la forme et la trompeuse simplicité d’un art subtil.

Mon avis :

Une fois encore je suis sous le charme des romans de cet auteur japonais, moi qui ne suis en général pas attirée par ce qui vient du pays du soleil levant. Pas de violence, beaucoup de délicatesse, des personnages attachants, une intrigue construite patiemment et qui permet d’explorer les recoins de l’âme humaine. La vie n’est pas facile pour les jeunes au Japon … Entre le modernisme et les traditions… On explore non seulement les pistes de l’intrigue mais le passé et le présent. Les relations conflictuelles au sein d’une famille, les non-dits, le poids du passé qui affleure, la jeunesse qui est perdue face à l’avenir… Belle intrigue et jolie peinture du Japon d’aujourd’hui. Je vais enchainer sur les autres livres de cet auteur que je n’ai pas encore lus…

Extraits :

“Tu n’as pas encore trouvé ce que tu as envie d’apprendre, c’est tout.” Des mots d’encouragement, mais aussi un avertissement : la fuite en avant n’était pas une solution.

Il parlait avant tout à ses fleurs. Vous avez remarqué tous les pots dans son jardin ? Ce qu’il préférait dans la vie, c’était s’en occuper. Il disait souvent que les fleurs, elles, ne mentent pas. Voilà pourquoi je pense que seules les fleurs savent ce qui s’est passé.

Le nucléaire a trop mauvaise presse aujourd’hui. Quelqu’un qui y travaille aura du mal à trouver une fille avec qui se marier, et s’il a des enfants, il est à craindre qu’ils ne soient ostracisés à l’école.

Quand tu m’expliques quelque chose, je me dis que tu ne peux qu’avoir raison.
— Ce ne sont que des déductions. Je n’ai aucune preuve.
— C’est encore plus fort. Avec des preuves, tout le monde peut y arriver.

Ce n’est pas parce qu’on fait longtemps quelque chose que c’est bien.

Les enfants ne sont pas sur terre pour réaliser le rêve de leurs parents.

Finalement, on se ressemble tous les deux. On a tous les deux suivi une voie à laquelle on croyait, et on s’est égarés en route.

Tous les héritages ne sont pas positifs ici-bas

Si on ne risque rien à ne rien faire, cela ne pose pas de problème. Quand ce n’est pas le cas, il faut bien que quelqu’un prenne la relève. Je suis prêt à le faire.

Grisham, John «Pas de Noël cette année» (2002)

Auteur : En 1977, Grisham est diplômé en sciences comptables de l’université d’État du Mississippi. Après avoir obtenu une licence en droit du Mississippi School of Law en 1981, il se joint à un bureau d’avocats œuvrant dans la petite ville de Southaven. Après dix années à travailler pour celle-ci, il en assez des causes criminelles, tout en étant efficace dans les poursuites au civil.
En 1983, il est élu comme représentant à la Maison des représentants de l’État du Mississippi où il restera jusqu’en 1990.
Auteur de renommée internationale, John Grisham a écrit plus de vingt-cinq romans, en majorité publiés dans la collection « Best-Sellers » des Éditions Robert Laffont, parmi lesquels les plus récents sont La Confession (2011), Les Partenaires (2012) et Le Manipulateur (2013). Un grand nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma, dont, pour les plus connus, La Firme, de Sydney Pollack avec Tom Cruise et L’Affaire Pélican, d’Alan J. Pakula, avec Julia Roberts et Denzel Washington.

Résumé : Quoi de plus facile, apparemment, que de ne pas fêter Noël? C’est ce que décident de faire Luther et Nora: leur fille unique, Blair, est partie travailler au Pérou, et ils ne voient pas l’intérêt de fêter la fin de l’année en tête à tête. En outre, Luther a fait ses calculs, et il s’est rendu compte que l’année précédente ils avaient dépensé six mille dollars pour inviter à réveillonner des personnes qu’ils n’aiment pas vraiment, pour acheter des cadeaux qui ne leur plaisent pas ou pour envoyer des cartes de vœux de luxe à de vagues connaissances qui ne répondent pas. Sans compter l’argent pour les bonnes œuvres: le sapin hors de prix pour les scouts, le calendrier imbécile des pompiers, les gâteaux infects des flics, etc. Alors, pourquoi ne pas dépenser ces 6000 dollars dans une croisière de luxe au Caraïbes? Il suffit d’acheter le billet. Cependant, les voisins ne l’entendent pas de cette oreille. Sous la houlette de Frohmeyer, père de famille nombreuse et chef scout dans l’âme, les habitants ornent chaque année magnifiquement leur petite rue et gagnent à tous les coups le prix des plus belles décorations. Si Luther et Nora ne sacrifient pas à cette tradition, une autre rue du quartier risque d’emporter le prix. Quelle honte! S’organise alors la contre-attaque des charmants voisins bien-pensants : insultes, harcèlement et attaques en tous genres… L’affaire frôle le drame, avant de tourner à la comédie. Avec une évidente bonne humeur, John Grisham a concocté un délicieux roman ou un événement apparemment anodin provoque une série de catastrophes toutes plus absurdes les unes que les autres. Jusqu’à l’apothéose finale. Drôle, incisive, percutante, cette histoire est aussi une jubilatoire satire de l’American way of life.
Une petite comédie de Noël digne des meilleurs moments du cinéma hollywoodien !

Mon avis : Merci de m’avoir suggéré de lire ce roman de Noel Fran. J’ai bien ri ! Rien de tel que ce petit roman pour se dire qu’il faut se préparer à décorer la maison et faire les préparatifs de Noel et se rendre compte que tout faire à la dernière minute… c’est galère.. Blague à part comme dans l’une de mes dernières lectures qui se passe dans le Texas, il ne fait pas bon ne pas se conformer aux traditions et vouloir vivre sa vie dans l’Amérique profonde… Les voisins c’est pas juste des personnes qui habitent dans le quartier… C’est une secte et il faut se conformer à la vie rituelle de la secte… Sinon on va à la catastrophe… Mais c’est aussi une communauté soudée… je vous assure un moment de détente… et bonne préparation de Noel… à vos cartes, cadeaux, décorations, réveillons…

Extraits :
— Comment s’y prend-on pour ne pas fêter Noël ? insista Merry.
— On le saute, répondit Nora, comme si cela pouvait tout expliquer.
— Merveilleux, glissa Candi.

Son poste universitaire lui laissait amplement le temps de s’occuper des affaires des autres et son énergie inépuisable le poussait à organiser toutes sortes d’activités pour les habitants de la rue.

Le rite des cartes de vœux ne lui manquerait pas, elle en était sûre. Finie la corvée. Elle n’aurait plus à rédiger tous ces petits messages, à écrire les adresses sur une centaine d’enveloppes, à les timbrer et à les poster dans l’angoisse d’avoir oublié quelqu’un. Finis le flot de cartes qui remplissait la boîte aux lettres, les enveloppes décachetées à la hâte et les vœux standardisés rédigés par des gens aussi pressés qu’elle.

Noël était l’affaire des femmes, pas des hommes. Elles effectuaient les achats, s’occupaient de la décoration et de la cuisine, organisaient les soirées et rédigeaient les cartes de vœux, se faisaient du souci pour des choses auxquelles les hommes ne pensaient même pas.

— Ils sont juifs ? poursuivit la conductrice.
— Non.
— Bouddhistes ou quelque chose de ce genre ?
— Pas du tout. En fait, ils sont méthodistes. Ils essaient cette année d’escamoter Noël.
— De faire quoi ?