Barde-Cabuçon, Olivier «Le détective de Freud» (2010/2017)

l’Auteur : Olivier Barde-Cabuçon vit à Lyon. Après un début en cabinet d’avocat, il exerce ses talents de négociateur dans un groupe international. Il écrit ses romans le week-end et pendant les vacances Féru de littérature, d’art et d’histoire, son goût pour les intrigues policières et son intérêt pour le XVIIIe siècle l’ont amené à créer le personnage du « commissaire aux morts étranges ». Dans son premier roman « Les adieux à l’Empire » (France-Empire, 2006), il nous fait revivre une épopée incertaine avec des personnages attachants et hauts en couleur emportés par le vent de l’histoire.  Il écrit ensuite « Le détective de Freud » en 2010 avant de commencer la série des aventures du Chevalier de Volnay..

Résumé : Paris, 1911. À l’issue du congrès de l’Association Psychanalytique Internationale, le jeune docteur Du Barrail est chargé par Sigmund Freud en personne d’enquêter sur la mort mystérieuse d’un de leurs confrères, retrouvé étranglé sur son divan d’analyse. Épaulé par Carl Gustav Jung, le célèbre psychiatre suisse, et Max Engel, un détective marxiste à la langue bien pendue, Du Barrail se met en quête de la vérité qui – comme dans toute bonne analyse – se niche sans doute là où l’on s’y attend le moins. Une plongée réjouissante dans le Paris tumultueux de la Belle époque et les débuts de l’histoire de la psychanalyse.

Paru chez : De Borée, coll. « Littérature », 2010, 379 p / Éditions Actes Sud – 409 pages – Aout 2017

Mon avis : Olivier Barde-Cabuçon est un habitué des tandems… Je connaissais le Commissaire aux morts étranges et le tandem Commissaire/Moine et je viens de découvrir un – non deux – tandems qui font vibrer le Paris de la Belle Epoque ! Les tandems de ce livre sont complémentaires : Du Barrail/ Max Engel et Freud/Jung… et au milieu de tout cela… des loups, des serpents , des Dames  – la dame en vert, la dame de la nuit, la dame « aux loups », la dame artiste – Mais qu’est-ce qui relie tous ces personnages ? le sexe … qui fait tourner le monde selon Freud ? le passé ? l’inconscient individuel ou collectif ? l’interprétation des mythes comme tendrait à le penser Jung ? Jung, Freud, la psychanalyse : la dernière fois que je les ai croisés en littérature, c’était dans l’excellent livre de Laurent Seksik «Le cas Eduard Einstein» … Excellent mais nettement moins trépidant… Si seulement le tandem Du Barrail/ Max Engel pouvait reprendre du service ! Réussite totale ! Qui m’a fait ressortir mon vieux livre de Bruno Bettelheim pour me rafraichir la mémoire sur la « Psychanalyse des contes de fées »… Coté couturier, Paul Poirier était un inconnu pour moi.. Paul Poiret oui . Mais Poirier ?… j’ai découvert ce nom.. Ce que j’ai bien sur aimé aussi ce sont les dialogues, les réparties, l’humour… Le tandem Barde-Cabuçon / Lenormand me plait bien. Avec lui je me promène à Venise, dans le Paris de Voltaire ( cité aussi dans ce roman ) et de la Belle-Epoque… Décidemment… je ne parle que de tandems … c’est le paradis…

Extraits :

Notre personnalité consciente est soumise aux influences de cet Inconscient dont elle ressent confusément la présence. Elle le recherche tout en le rejetant en même temps. Bref, nous sommes ces trois couches d’oignon superposées !

Depuis la nuit des temps, outre ses vertus défensives, les tours représentaient le mythe ascensionnel. Déjà, la tour de Babel elle-même, où Dieu avait mélangé les langages de tous les hommes, voulait toucher au ciel.

On ne laisse pas impunément ouvertes les portes de l’Inconscient. Il faut savoir les fermer avant d’éteindre la lumière.

La figure du loup ne peut pas être réduite à une expérience personnelle. Elle appartient à des mémoires collectives : le loup bleu céleste des dynasties chinoises, la louve de Romulus symbole de fécondité ou encore Fenrir, le loup géant de la mythologie scandinave, capable de tenir tête aux dieux. Comme vous le voyez, le loup n’est pas seulement symbole de sauvagerie mais également d’autorité.

— Pourquoi vous priver du plaisir ?
Sa voix aux subtiles intonations agissait sur lui avec un charme caressant.
— Je me passe bien des fruits, l’hiver, ne trouva-t-il qu’à répondre.

Il commanda un bourgogne car, expliqua-t-il, comme on dit souvent que les médecins préconisent du vin de Bordeaux pour les malades, cela signifie que le bourgogne est réservé aux gens en bonne santé.

Il la regarda s’éloigner comme on regarde partir un bateau que l’on aurait pu prendre il y a très longtemps pour aller vers un ailleurs qui n’aurait rien à voir avec celui d’aujourd’hui.

L’amandier est le symbole de l’imprudence car sa floraison précoce l’expose aux aléas…

J’aime cette belle époque qui mélange des gens qui pensent en profondeur, comme vous, avec des gens qui voient en couleur, des Cézanne, Monnet, Braque, Picasso, Matisse…
— Ou des penseurs comme Gide, Claudel, Valéry…

Ligotée et enterrée vivante sous de multiples couches de vêtement, brimée dans sa liberté de mouvement, respirant au rythme qu’on lui imposait, la femme enfin domptée ne représentait plus aucun danger pour l’homme.

Votre athéisme vous a conduit à construire un autre dogme. Au Dieu que vous avez rejeté, vous avez substitué la déesse Sexualité. Vous avez cherché en bas ce que vous aviez perdu en haut !

Pour soigner le présent, il nous faut comprendre le passé. Voilà ce qu’est la psychanalyse ! Qui sommes-nous donc sinon des détectives de l’âme ?

Pas une nymphomane, une frôleuse d’enfer. C’est le terme que j’emploie pour tous ceux qui se risquent à des jeux qui les dépassent.

 

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