Manzini, Antonio «Un homme seul» (2018)

Auteur : né le 7 août 1964 à Rome, est un acteur, un réalisateur, un scénariste et un écrivain italien. Comme auteur de roman policier, il est notamment connu pour sa série de romans consacrés au commissaire Rocco Schiavone. Antonio Manzini grandit à Rome. Il suit les cours de l’Académie nationale d’art dramatique de la ville et débute comme acteur au théâtre.

À la fin des années 1990, après s’être essayé à la réalisation, il prolonge sa carrière d’acteur à la télévision et au cinéma, s’imposant notamment dans plusieurs séries télévisées à succès en Italie. En 2004, il écrit avec Niccolò Ammaniti le scénario du giallo Il siero della vanità d’Alex Infascelli, travail qui marque le début de sa carrière d’écrivain et de scénariste.

Il publie en 2005 son premier roman, Sangue marcio. En 2008, il collabore à nouveau avec Ammaniti pour l’adaptation de son roman Comme Dieu le veut (Come Dio comanda) pour le cinéma qui devient sous la caméra de Gabriele Salvatores le film Come Dio comanda (film) (it). En 2013, il participe à l’écriture du scénario de la comédie I 2 soliti idioti (it) d’Enrico Lando (it). Il signe également plusieurs épisodes de séries télévisées

La même année, il imagine le personnage de Rocco Schiavone dans le roman policier Piste noire (Pista nera). Commissaire (ou sous-préfet) de police à Rome, il est sanctionné et muté à Champoluc, un village de montagne situé dans la vallée d’Aoste. Pour sa première enquête, il doit résoudre le meurtre d’un homme inconnu retrouvé écrasé sous une dameuse. Succès critique et public en Italie, ce livre marque le début de plusieurs romans consacrés aux aventures de Schiavone.

En France, ce premier titre est traduit par les éditions Denoël dans la collection Sueurs froides en 2015.

 

Série : Commissaire Rocco Schiavone – tome 4

Tome 1(2015) « Piste noire » (Pista nera ) (Folio policier n° 792- 2016 304 pages) – Tome 2  (2016): « Froid comme la mort » (La costola di Adamo )(Folio policier 832, 2017, 304 pages ) – Tome 3 (2017) : «Maudit printemps» (Non è stagione ) – Denoël – Tome 4 (2018) «Un homme seul » (Era di maggio) – Denoël – Non traduit  7-7-2007 (2016) – Non traduit Pulvis et umbra (2017)

Collection Sueurs Froides – 15-02-2018 Tome 4 – 352 pages –

 Résumé :

Depuis qu’Adèle, la fiancée de son meilleur ami, a été assassinée par erreur, l’inénarrable Rocco Schiavone ne croit plus en rien et s’isole dans une pension sordide. Il décide malgré tout de retrouver l’assassin de la jeune femme et se met à passer en revue tous ceux qui pourraient lui en vouloir : entre Stefania Zaccaria, qu’il a arrêtée pour proxénétisme, et Antonio Biga, malfrat septuagénaire à la retraite, la liste des candidats est longue.
En parallèle, Rocco poursuit son enquête sur la famille Turrini, tous corrompus jusqu’à l’os. Rocco pense qu’ils sont les relais locaux de la ’ndrangheta, la mafia calabraise, visiblement bien implantée dans le Val d’Aoste.
Rocco parviendra-t-il à aller au bout de sa traque effrénée ? Trouvera-t-il le meurtrier d’Adèle ? Et surtout, Rocco ne commencerait-il pas à aimer cet Aoste froid et inhospitalier qu’il prend tant de plaisir à critiquer ?

 

Mon avis : Merci à l’ami qui m’a fait découvrir cette série. J’avais abandonné à regret Rocco Schiavone et je reprends le fil de sa vie. Donc … on en était restés à la tentative d’assassinant manquée sur Schiavone et qui avait abouti à la mort de la fiancée de son ami. Evidemment il accuse le coup, culpabilise et n’a plus gout à rien. Mais après s’être laissé abattre par le sort quelques jours, il va se ressaisir et va enquêter pour son propre compte. Qui peut bien être à l’origine de ce règlement de compte ? De vieux comptes à régler ? Qui pourrait lui en vouloir au point de le descendre ? Plongée dans le passé, dans les vieux dossiers romains qui ont abouti à des arrestations et dans des milieux pas jolis jolis…Mais est-ce la bonne piste ? Pas si sûre que les moyens employés pour obtenir des résultats sont totalement légaux… L’enquête et les fréquentations du bonhomme sont toujours aussi savoureuses. De plus en plus séduite par ce policier si atypique… Et j’adore les descriptions si imagées ; son habitude de comparer les humains aux animaux avec des caractéristiques si caricaturales… Alors bienvenue à Aoste, mais aussi à Rome…

Extraits :

il restait reclus dans sa chambre de la résidence Vieil Aoste à regarder la télévision et le plafond, trouvant souvent ce dernier bien plus intéressant

Il lui avait répété tant de fois que, pour lui, les jours étaient pareils depuis des années. À part le chaud et le froid, il ne percevait aucune différence substantielle.

Ma femme fait toujours des détours gros comme les anneaux de Saturne, mais maintenant j’y suis habitué.

Mais la chose la plus intéressante, c’étaient leurs yeux. En décalage total par rapport à leurs bouches. Plus elles étaient ouvertes, plus ils semblaient éteints.

Il cataloguait les poissons de cet aquarium : la femme aux jambes croisées et le visage défiguré par un chirurgien esthétique était une murène. Le type grassouillet avec son triple menton et de rares cheveux était un poisson-globe. Le député à lunettes un poisson-clown.

Les choses, Rocco les sentait d’abord dans sa peau, il les comprenait ensuite. Il y a des vibrations et des ondes entre les personnes qui valent parfois plus que cent réflexions.

Ils savaient que la pègre romaine avait toujours eu cette limite : elle fait de l’esbroufe. Elle garde le menton haut et fier quand il faudrait se cacher et va se tapir tel un rat dans les égouts quand elle pourrait se vanter de ses exploits.

« Dites, la patiente du 209 a disjoncté.
— Ça me fait une belle jambe ! Pour moi, elle peut même court-circuiter ! »

tu sais pourquoi on met des cyprès dans les cimetières ? »
Elle boit un peu de café.
« Pour les racines. Elles sont en fuseau et descendent toutes droites, pas horizontalement, comme ça elles ne dérangent pas les tombes et ne chatouillent pas les morts. »

Tu sais quoi ? Tu as oublié mes défauts. Ça arrive toujours avec ceux qui s’en vont, pas vrai ? La première chose que vous oubliez de nous, ce sont nos défauts.

« Des Camel ? T’as acheté des Camel ?
— J’avais fini les miennes. »
Tandis qu’il en allumait une, le sous-préfet regarda Italo dans les yeux.
« Tu cherches à me corrompre ?

Tu as un costume noir ?
— On va à une veillée funèbre ?
— Non, c’est une soirée élégante.
— Le noir n’est pas élégant. C’est lugubre.

La toile d’araignée de ses rides détonnait avec ses lèvres fraîchement refaites.

Fantastique, c’est une manière polie de dire je m’en branle !

Chez nous, on dit que le fruit de la paix pend à l’arbre du silence.

Mon mari soutient que le temps est le meilleur remède.
— Ne le croyez pas, fit le sous-préfet. Le temps ne sert qu’à faire vieillir.

Comme chacun sait, radio prison peut être aussi lente qu’un paresseux, aussi rapide qu’un léopard.

Des yeux immobiles, sans une étincelle de vie, deux galets noirs et secs.

Je lis les quotidiens chaque jour. Un philosophe allemand disait que la lecture du journal…
— … est la prière laïque du matin, conclut Rocco.

Nous sommes tous les deux dans une cellule d’isolement à parler comme deux hommes qui pataugent dans la merde chaque jour de leur vie.

Si tu touches un cheveu de ma sœur je…
— Je ne la toucherais même pas avec trois préservatifs. Mais les autres, ceux qui font certaines choses de métier, ils pourraient te la faire retrouver ouverte comme un canapé-lit.

On aurait dit deux mouflons prêts à charger. D’un côté muscles et salle de sport, de l’autre rage contenue.

Sans trop savoir comment, elle avait réussi à remonter le moral de son amie, qui esquissa un sourire. La lueur d’espoir se faisait plus vive. Barbara remercia Simenon, le Carré, P.D. James […]

J’avais reconnu ta voix au téléphone », lui dit-elle en l’embrassant sur la joue.
Tubéreuse, par quintaux.

Elle n’avait plus d’arguments. Seulement de l’espoir. Or elle savait qu’en général, l’espoir plie face à la logique.

Ça ne fait pas longtemps que vous êtes ensemble, les relations, il leur faut du temps pour grandir, tu sais ? Vous êtes comme du papier de soie, si tu mets quelque chose de trop lourd dessus, crac ! Tout se casse.

Le monde tourne d’est en ouest, et un jour ou l’autre…
— C’est une menace ?
— Non, c’est de la géographie. »
Il sourit en montrant les dents.

C’était une nuit de mai de celles qui, à Rome, te prennent à l’estomac et te coupent le souffle, où le parfum des tilleuls prend enfin le dessus sur les gaz d’échappement, où le Tibre n’est plus une boue qui s’écoule paresseusement vers la mer mais un ruban d’or qui emballe un cadeau. Les étoiles étaient toutes là, et même la lune.

Il se sentait observé par ses ombres, par ce brouillard qui ne paraissait pas vouloir s’en aller de son esprit ni de sa maison, par les années passées qui pesaient tels des blocs de pierre sur ses épaules et sur ses yeux.

 

(peut-être pour le challenge de lecture J’ai lu « un livre mentionné dans un autre livre »
« Qu’est-ce que tu lis ?
— Carl Hiaasen. Tu connais ?
— L’Arme du crocodile… Non, jamais lu. C’est comment ?
— Pas mal du tout…

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