Piñeiro, Claudia «Une chance minuscule» (2017)

Auteur : Claudia Piñeiro est née en 1960 à Burzaco, dans la province de Buenos Aires. Elle est romancière, dramaturge et auteur de scénarios pour la télévision. Elle est publiée chez actes Sud : Les Veuves du jeudi (2009), Elena et le roi détrôné (2010), Bétibou (2013), À toi (2015) . Une chance minuscule  est sorti en mars 2017
(272 pages – Titre original : Una suerte pequeña (2015)

Résumé : Marilé Lauría, trentenaire blonde aux yeux clairs, vit dans une banlieue huppée de Buenos Aires. Elle a épousé un chirurgien, habite une résidence cossue au perron garni de rosiers, et fréquente les parents qui, comme elle, confient leur progéniture au sélect collège privé de la ville. Jusqu’au drame qui rebat les cartes de cette existence morne et futile et fait basculer sa vie. La voilà condamnée à fuir comme une voleuse afin de délivrer de sa présence l’être qu’elle aime plus que tout au monde.
Quelques vingt ans plus tard, Mary Lohan, une quinquagénaire rousse aux yeux de jais qui réside à Boston, prend l’avion pour l’Argentine, où l’appelle une mission professionnelle. Au terme du voyage: une petite ville qu’elle ne connaît que trop bien, le souvenir cuisant d’une faute jugée impardonnable qui l’a poussée à tout abandonner et un homme qu’elle craint par-dessus tout de rencontrer.
Probablement aussi la chance majuscule de pouvoir enfin “réparer” la femme rompue.
Cette poignante comédie dramatique explore les liens du sang, la culpabilité et les épouvantables ou merveilleuses facéties du hasard.

Revue de Presse :
Rémi Bonnet, La Montagne/ Le Populaire du Centre : « Ce personnage, sorti de l’imagination de la romancière argentine Claudia Piñeiro, c’est un peu le symbole de toutes ces vies brisées qui végètent dans le noir en attendant enfin de retrouver la lumière. » Entre des mains moins scrupuleuses, cette histoire aurait pu tomber dans le mélo, et tirer des larmes peu honnêtes. Mais l’auteur avance avec une grande pudeur, reconstituant petit à petit les fragments d’une existence éparpillée en mille morceaux. Bouleversant. »
Virginie Bloch-Lainé, Libération : « Dans le cinquième roman de Claudia Piñeiro traduit en français, chance et malchance se partagent le travail. (…). Malgré l’accident, ce livre n’est pas sombre, mais plein de nouveaux départs et de bons compromis. C’est l’histoire d’un couple et le portrait d’un fils solide et confiant. »

Mon avis : Affronter les fantômes de son passé. L’auteur nous entraine dans un voyage dans le temps ; elle retourne sur les lieux de son passé, vingt ans après. Veut-elle vraiment s’y confronter ? Attend-elle que le passé la heurte de plein fouet pour y être obligée ? C’est un roman noir, un roman psychologique ; elle affronte sa culpabilité et va essayer d’expliquer le « pourquoi » de sa fuite. A qui l’explique-t-elle ? à elle ? à d’autres ? Pour qui un auteur écrit-il ? pour lui ? pour une personne en particulier ? La vie est comme l’Histoire avec un grand H : les choses s’enchainent et il n’y a ni destin ni hasard. Analyse de l’âme humaine, portrait psychologique et social. Peut-on oublier en se cachant derrière une autre vie, une autre identité ? Un roman sur la fuite, la solitude aussi. Peut-on enterrer le passé et faire comme s’il n’existait pas ? On plonge dans l’émotionnel. Les personnages sont forts et fragiles à la fois. C’est dès le début la lutte entre le conscient et l’inconscient. Mary retourne au pays en souhaitant ne pas être reconnue mais en même temps elle voudrait bien que sous Mary Lohan on reconnaisse l’ancienne Marilé Lauría

Ecriture intéressante et extrêmement fluide. Une belle réflexion sur les mots et la langue aussi. Le drame est présenté en plusieurs fois… par une entame de chapitre qui revient et s’étoffe à chaque fois.. Elle dose l’information et nous la livre au compte-goutte. Et elle m’a bien accrochée…

Une fois encore, comme dans le livre de Hegland, Jean «Dans la forêt», le nom de l’auteur Alice Munro refait surface… Prix Nobel 2013.. je n’ai jamais rien lu de cet écrivain canadien..

Gros coup de cœur pour ce livre.

Extraits :

Je récite cette définition de mémoire, et je la leur fais apprendre de mémoire. By heart, comme on dit en langue anglaise. Une traduction qui n’est pas littérale, bien au contraire. La mémoire versus le cœur.

J’essaie avec l’une puis avec l’autre. La troisième personne éloigne, elle crée une distance protectrice. La première m’approche du bord de l’abîme, elle m’invite à sauter. La troisième me permet de me cacher, de rester deux pas plus en retrait, de ne pas regarder le vide, même lorsque je l’évoque.

Mais pas mon rêve à moi, car je n’avais pas de rêves personnels. Alors je m’étais approprié les rêves des autres. En fin de compte, ce rêve n’était pas si mal, qu’y avait-il à attendre de plus de la vie ?

En général je ne suis pas pressée. Cela fait bien longtemps que j’ai perdu l’habitude d’être pressée. Pressée pour quoi faire ? Pressée d’arriver où ?

“Agréable”, c’est un mot tiède, qui ne dit pas grand-chose. Mais je n’en trouve pas d’autre. Comme pour nice en anglais. Deux mots pratiques mais dépourvus d’enthousiasme.

Quand deux personnes qui se connaissent à peine se rencontrent, les silences sont difficiles à supporter ; je n’ai jamais bien saisi pourquoi, mais c’est comme si l’air qui flotte entre leurs deux corps devenait pesant.

Mais je ne suis pas forte, je ne l’ai jamais été et je ne le suis pas davantage aujourd’hui malgré la carapace que j’ai mise autour de moi, alors que je me suis blindée pour ne plus souffrir autant.

J’ai effacé beaucoup de souvenirs de ces années. Par tous les efforts déployés pour oublier ce qui me faisait souffrir, j’ai oublié des détails inutiles mais inoffensifs du quotidien, des noms de rues, de magasins, de relations, des liens de parenté. Malgré tout, ces efforts se sont avérés inefficaces car, bien que soulagée de certains souvenirs, ma blessure reste, ce qui ne la rend que plus cuisante, comme si elle occupait une scène vide et que tous les projecteurs convergeaient sur elle.

j’ai tout fait pour les oublier, je les ai tués en moi ; mais eux, m’ont-ils tuée ? N’y a-t-il donc personne qui me voie ?

J’aime l’histoire, c’est ma passion, comprendre le pourquoi des choses, leurs causes et aussi leurs conséquences. Enfin, surtout leurs causes.

Il y a des actions qui ne sont pas dignes qu’on leur cherche des raisons. Il y a des actes qu’aucune raison ne peut justifier.

Je parviens ainsi à me vider la tête pendant quelques instants et à me reposer. À penser sans ressentir.

C’est peut-être ce que font beaucoup d’écrivains, ils s’inventent un lecteur anonyme, pour ne pas se sentir intimidés par les gens qui vont les lire et les juger, pour échapper à la tentation de renoncer à écrire pour éviter de trop s’exposer. Ils se convainquent de cet anonymat du lecteur car, même si à l’autre bout de l’écriture il y a bien quelqu’un, il peut s’avérer préférable de ne pas savoir qui est réellement cette personne.

Quand on vide une maison, qu’il s’agisse de la nôtre ou de celle de quelqu’un d’autre, on a de fortes chances de réveiller de vrais fantômes, de découvrir des secrets qui n’étaient pas si bien gardés, d’être bouleversé par une révélation, ébranlé par un objet qui prend soudain une signification différente.

La maternité, si vous ne la prenez pas comme quelque chose de naturel, d’irrémédiable, elle vous inspire trop de questions.

Sa présence pesait toujours, comme un silence

Des actes apparemment insignifiants auxquels on ne prêterait aucune attention si leur enchaînement ne causait pas des malheurs.

Pour quelle raison. Pour quoi faire. Pour quelle finalité. Il n’y a pas de réponse. Pas d’issue. La feuille de route de notre vie indique cette étape, quelque part sur notre chemin et, quoi que nous fassions, nous devrons quand même l’affronter.

Quels ravages peut bien laisser en nous un chagrin bien réel mais que l’on nous interdit de laisser paraître et de ressentir ouvertement ? D’immenses ravages. Car ce chagrin silencieux et clandestin blesse plus que celui que l’on peut laisser éclater au grand jour.

Il existe différentes sortes de mères. Il y en a qui, lorsqu’elles se rendent compte qu’elles peuvent gâcher la vie de leurs enfants, cherchent une façon de l’éviter.

Mais le suicide était une mort très particulière, qui n’est pas sans effets pour ceux qui restent. Une mort qui porte une dédicace, qui les fait se sentir responsables d’avoir été si près, de ne pas s’être rendu compte de ce qui était sur le point d’arriver et de n’avoir pu l’éviter.

Si quelqu’un dépend de la gentillesse d’un inconnu, c’est que ceux qui l’entourent ne sont pas des gens sur lesquels il a pu compter.

Ce qui s’est passé, les faits en eux-mêmes, ne peuvent en effet être réparés. Ils sont bien là, ils sont arrivés, on n’y peut rien changer. Ils existent pour toujours. Mais dans le passé. Aujourd’hui, demain et l’année prochaine dépendront de la façon dont vous allez vivre et de ce que vous comptez faire à partir de maintenant. Le mal est là, la douleur est bien là, mais ce qui vous attend dépendra des chemins que vous choisirez d’emprunter. Vous ne pourrez pas éradiquer ce mal, mais vous pourrez faire de cette douleur qui vous empêche de vivre aujourd’hui une douleur apaisée, de plus en plus facile à supporter, à accepter, une douleur qui deviendra un vague à l’âme que vous traînerez toujours mais qui vous laissera continuer de vivre. Une douleur qui se rappellera de temps en temps à votre bon souvenir, comme dit Munro, mais qui, un beau matin, vous laissera sortir faire un tour sans se sentir obligée de vous accompagner.

Nous parvînmes à une communion qui un jour nécessita que nous nous embrassions et que nos corps s’unissent ; si l’inverse s’était produit, cela n’aurait peut-être pas fonctionné.

Bien qu’il ne soit plus là, je crois que je le connais un peu plus chaque jour. Et je souris en réalisant, alors qu’il est pourtant mort, à quel point il continue de m’accompagner, de faire des choses pour moi, pas depuis l’au-delà auquel je ne crois pas, mais à travers ces choses qu’il a faites et laissées ici, en ce bas monde, avant de s’en aller, ces choses que je ne parviens à distinguer que maintenant.

Tous les gens réagissent de façon différente devant l’abîme qui s’ouvre un jour devant eux, ils savent qu’ils ne peuvent plus faire un pas en avant, sinon ils tomberaient, mais les options, les différents chemins qui s’offrent à ceux qui se trouvent au bord du précipice sont généralement beaucoup plus nombreux qu’ils ne se l’imaginent.

C’est peut-être cela, le bonheur, un instant où l’on est là, tout simplement, un moment quelconque où les mots sont de trop car il en faudrait trop pour le raconter.

 

 

 

 

 

 

 

Guez, Olivier «La disparition de Josef Mengele» RL2017

Auteur : Basé à Paris depuis 2009, après avoir vécu Berlin, Londres, Bruxelles et Managua, il travaille régulièrement pour plusieurs grands médias internationnaux dont le New York Times, Le Monde, Frankfurter Allgemeine Zeitung, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Politique Internationale, Der Freitag, Der Tages Anzeiger, Das Magazin et Il Foglio.
Il a par ailleurs collaboré à Foreign Policy édition française, L’Arche, Transfuges, L’Histoire, Books, Le Meilleur des Mondes, Cicero, die Jüdische Allgemeine en Allemagne, Le Temps en Suisse, Gazeta Wyborcza en Pologne.
Entre 2000 et 2005, il fut reporter au service service Economie Internationale de la Tribune. Enquêtes et reportages sur l’Europe centrale, l’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Union européenne, la géopolitique du pétrole.
Précédemment, il a travaillé à Bruxelles pour Libération et effectué des reportages en Amérique latine, en Europe et au Moyen-Orient.
Auteur de plusieurs essais (La Grande Alliance. De la Tchétchénie à l’Irak, un nouvel ordre mondial 2003 – L’Impossible Retour. Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 2007 – La Chute du mur 2009 – American Spleen. Un voyage d’Olivier Guez au cœur du déclin américain 2012 – Éloge de l’esquive 2014 ) et de deux romans : « Les Révolutions de Jacques Koskas », éditions Belfond, 2014, 331 p. et La Disparition de Josef Mengele, éditions Grasset et Fasquelle, 2017, 240 p.

Prix Renaudot 2017

Résumé : Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Mon avis : Ce livre complète des livres j’ai déjà chroniqués : le 5ème tome des enquêtes de la Série Bernhard Gunther (Bernie) de Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010) et le livre de Vuillard, Eric « L’ordre du jour » (2017). Un livre sur celui qui représente le mal absolu. Cet homme inhumain avait-il une part d’humanité ? Le portrait par l’auteur Mengele révèle un être plein de contradictions (mains de travailleur manuel et ongles impeccables – être délicat mais capable des pires choses). Mengele est un nazi asservi à Hitler, obéissant aux ordres, ambitieux, dénué de compassion et qui ne s’intéresse qu’à lui. A la fin de la guerre, il va tenter de se créer une nouvelle identité , une nouvelle vie mais il ne connaitra jamais de repos, traqué par le Mossad en premier lieu puis par le célebre chasseur de nazis, Simon Wiesenthal qui contribuera a créer le mythe du meurtrier insaisissable. Si il n’a pas été rattrapé par un procès, il est loin d’avoir vécu la vie idyllique à laquelle il aspirait, toujours aux aguets et terrorisé par la perspective d’être reconnu et/ou trahi..
Le point de départ de la disparition sera le labyrinthe portègne (des habitants de Buenos-Aires). Lors de la fuite de Mengele on croisera/évoquera d’autres nazis (Eichmann, Herbert Cukurs,  « le bourreau de Riga »..) .. et on va parcourir d’autres pays d’Amérique du Sud qui ont été des refuges pour les criminels nazis (Argentine avec entre autres un petit tour aussi par une partie de la Patagonie qui est devenue un vrai petit coin allemand ( Bariloche, lacs Nahuel Huapi et Moreno )Paraguay, Brésil …) On y découvre L’Argentine de Perón, qui pense que « L’Allemagne et l’Italie défaites, l’Argentine va prendre leur relève et Perón réussir là où Mussolini et Hitler ont échoué : les Soviétiques et les Américains ne tarderont pas à s’anéantir à coups de bombes atomiques. » jusqu’à l’accession au pouvoir d’Aramburu.
Un roman (une biographie ?) de la fin de Mengele, passionnante, extrêmement documentée. Un style fluide qui nous fait pénétrer le cerveau du médecin chef d’Auschwitz, connu sous le nom de « Lange de la mort ». Vie sinistre, personnage sinistre qui n’aura jamais ni regrets ni remords, n’aura de pitié que pour lui et trouvera toujours son action totalement justifiée par sa loyauté à la nation allemande et au Fuhrer..
Le plus incroyable est le soutien de sa famille, par peur des représailles et du qu’en dira-t-on..
Un livre à lire, extrêmement instructif qui donne froid dans le dos.

Faut-il lire « la Disparition de Josef Mengele », d’Olivier Guez ? –> Ecoutez

Extraits :

Ne jamais s’abandonner à un sentiment humain. La pitié est une faiblesse

Gardien de la pureté de la race et alchimiste de l’homme nouveau : une formidable carrière universitaire et la reconnaissance du Reich victorieux le guettaient après guerre.

À son entrée dans la SS, en 1938, il a refusé de se faire tatouer son numéro de matricule sous l’aisselle ou sur la poitrine comme l’exigeait le règlement

Longtemps, l’ingénieur de la race aryenne s’est demandé quelle était l’origine de son mystérieux nom. Mengele, cela sonne comme une sorte de gâteau de Noël ou d’arachnide velue.

À Buenos Aires voisinent palais et taudis, le théâtre Colón et les bordels de La Boca.

Seul le péronisme surpassera l’individualisme et le collectivisme. C’est un catéchisme simple et populaire qui offre un compromis inédit entre le corps et l’âme, le monastère et le supermarché.

en Argentine, terre de fuyards grande comme l’Inde, le passé n’existe pas

Le volcan Hitler hypnotise les masses : l’Histoire devient théâtre, la volonté triomphe, et comme dans Tempête sur le mont Blanc et L’Ivresse blanche, les films avec Leni Riefenstahl que Perón découvre à l’occasion de son pèlerinage allemand, le courage et la mort fraternisent. La lave hitlérienne détruira tout sur son passage.

Perón ouvre les portes de son pays à des milliers et des milliers de nazis, de fascistes et de collabos ; des soldats, des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens et des médecins ; des criminels de guerre invités à doter l’Argentine de barrages, de missiles et de centrales nucléaires, à la transformer en superpuissance.

À la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l’ordre noir déchu.

« Le châtiment correspond à la faute : être privé de tout plaisir de vivre, être porté au plus haut degré de dégoût de la vie. » KIERKEGAARD

Quel pays en ce bas monde punit ses plus zélés serviteurs et ses meilleurs patriotes ? L’Allemagne d’Adenauer, c’est un ogre qui dévore ses enfants. Nous y passerons tous, les uns après les autres, pauvres de nous…

S’il méprisait les Argentins, il honnit les Brésiliens, métis d’Indiens, d’Africains et d’Européens, peuple antéchrist pour un théoricien fanatique de la race, et regrette l’abolition de l’esclavage.

Le métissage est une malédiction, la cause du déclin de toute culture.

Mengele, maniaque, éprouve un dégoût pathologique pour la saleté

Il avait eu le courage d’éliminer la maladie en éliminant les malades, le système l’y encourageait, ses lois l’autorisaient, le meurtre était une entreprise d’État.

En travaillant main dans la main à Auschwitz, industries, banques et organismes gouvernementaux en ont tiré des profits exorbitants ; lui qui ne s’est pas enrichi d’un pfennig doit payer seul l’addition

« J’ai obéi aux ordres parce que j’aimais l’Allemagne et que telle était la politique de son Führer. De notre Führer : légalement et moralement, je devais remplir ma mission.

la conscience est une instance malade, inventée par des êtres morbides afin d’entraver l’action et de paralyser l’acteur

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

 

INFO : Hanté par la mort et les camps nazis, Tinguely a composé son Mengele – danse macabre voir : https://www.myswitzerland.com/fr-ch/mengele-totentanz.html

https://www.youtube.com/watch?v=DKdTF77RoxU

 

 

 

 

Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

5ème enquête de Bernie

Série Bernhard Gunther (Bernie)
(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)
L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48

La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
La Dame de Zagreb (en français 2016) – se déroule en 1942
Les Pièges de l’exil (en français 2017) – se déroule dans les années 1950
Prussian Blue (2017 en anglais)

Résumé : 1950. À la fin de La Mort, entre autres, embarqué sous un faux nom pour l’Argentine avec Adolf Eichman, Bernie Gunther va y retrouver le gratin des criminels nazis en exil. Ayant révélé sa véritable identité au chef de la police de Buenos Aires, il constate que sa réputation de détective l’y a précédé. Une jeune fille est assassinée dans des circonstances atroces, et Bernie se dit que cette affaire ressemble étrangement à une enquête non élucidée qui lui avait été confiée lorsqu’il était flic à Berlin sous la république de Weimar. Soupçonnant l’un des très nombreux nazis réfugiés dans sa ville, le chef de la police, sollicite l’aide de Bernie qui accepte sans grand enthousiasme. Une série de flash-backs nous ramènent à Berlin en 1932, éclairant les progrès de ses investigations, qui posent d’embarrassantes questions sur les rapports entre le gouvernement de Perón et les nazis.

Mon avis : Bienvenue à Buenos-Aires ! Dans l’Argentine de Juan et Evita Perón. On continue notre périple en compagnie de Bernie. On se retrouve en Argentine et Bernie va mener l’enquête. De fait des crimes qui ressemblent diablement à une enquête non élucidée se produisent. Quel est le criminel qui a traversé les océans pour continuer ses méfaits. Un criminel reste un criminel. Ce n’est pas le fait de changer de nom qui va changer le bonhomme… Et comme c’est la suite du précédent, nous savons bien qu’il a fui l’Allemagne pour l’Argentine en empruntant la filière nazie mais qu’il est loin d’en être un. J’ai beaucoup aimé ce livre qui éclaire à la fois les politiciens argentins et les anciens SS qui ont fui l’Allemagne. Mengele, Adolf Eichmann, Kammler : des hommes qui nous font frémir… Bernie lui est pareil à lui-même, il ne change pas beaucoup avec les années… toujours aussi incisif, caustique, attachant, et imprévisible ( j’ai halluciné en lisant la scène de la bagarre au concombre…) Historiquement parlant, l’auteur est toujours aussi intéressant à lire. Décidemment j’aime revivre l’histoire avec Bernie. Et comme en fin de livre il quitte l’Argentine, je me réjouis de visiter d’autres pays en sa compagnie…

Extraits :

Quelque part au fond du fleuve, près de Montevideo, gisait l’épave du Graf Spee, un cuirassé de poche invinciblement sabordé par son capitaine en décembre 1939 pour éviter qu’il ne tombe aux mains des Britanniques. À ma connaissance, c’était la seule et unique incursion de la guerre en Argentine.

Pour pratiquer la langue de Gœthe et de Schiller, vous avez intérêt à aiguiser vos voyelles avec un taille-crayon.

L’humour n’est pas la qualité première des Argentins. Ils sont beaucoup trop soucieux de leur dignité pour rire de grand-chose, sans parler d’eux-mêmes.

S’il n’avait pas l’air d’un commissariat, il en avait indéniablement l’odeur. Tous les commissariats sentent la merde et la peur.

Un homme ne devient pas un psychopathe rien qu’en endossant un uniforme, par conséquent on peut supposer que beaucoup de psychopathes ont trouvé, dans la SS et la Gestapo, un abri douillet en tant qu’assassins et tortionnaires patentés.

Ils ont de nouveaux noms, de nouveaux visages pour certains. Nouveaux noms, nouveaux visages et amnésie. I

Ses sarcasmes étaient aussi caustiques que de l’acide de batterie et, avec un entourage aux capacités intellectuelles inférieures aux siennes, cela faisait fréquemment des éclaboussures.

Difficile de  persuader un homme de nous parler une fois qu’on lui a tranché la tête !

Tous les journaux sont fascistes par nature, Bernie. Quel que soit le pays. Tous les rédacteurs en chef sont des dictateurs. Tout journalisme est autoritaire. Voilà pourquoi les gens s’en servent pour tapisser les cages à oiseaux. »

Parfois, il vaut mieux ne pas lâcher la proie pour l’ombre. C’est ce qu’on appelle la politique.

Romulus et Rémus ont été abandonnés non pas parce qu’ils étaient malades, mais parce que leur mère était une vestale qui avait violé son vœu de chasteté.

« Qu’est-ce que prétend Hitler ? demandai-je. Que la force réside non dans la défense mais dans l’attaque ? »

Mais je suis du genre optimiste. Il faut ça pour être flic. Et quelquefois, il suffit de suivre son instinct.

« Oh, je ne suis pas un hitlérien fervent, mais je crois en Hermann Gœring. C’est un personnage beaucoup plus imposant que Hitler.
— En diamètre, c’est sûr. » Ce fut à mon tour de sourire de ma petite plaisanterie.

Si je n’étais pas flic, je croirais peut-être aux miracles. Mais je le suis et je n’y crois pas. Dans ce boulot, on rencontre des fainéants, des idiots, des pervers et des je-m’en-foutistes. Hélas, c’est ce qu’on appelle un électorat ! »

Et de vous à moi ? Je n’aime pas les nazis. C’est juste que j’aime les communistes un peu moins.

« Ça ne t’arrive jamais d’avoir mal à la bouche ? Avec toutes les saloperies qui en sortent ?

« Et ce n’est pas que j’adore les Juifs. C’est juste que j’adore les antisémites un petit peu moins. »

Voilà le problème d’être un espion. On a vite fait de se croire espionné soi-même.

En Argentine, il vaut mieux tout savoir plutôt que d’en savoir trop.

J’ai été flic, vous vous souvenez ? Nous faisons tout ce que font les criminels, mais pour beaucoup moins d’argent. Ou même pour rien, dans le cas présent.

Je sais la boucler.
— Tout le monde, répondit Skorzeny. Le truc, c’est de le faire et de rester en vie en même temps. »

Mon espagnol s’était beaucoup amélioré, mais il tombait en pièces comme un costume bon marché dès qu’il affrontait l’argot local.

Mais, alors que Berlin faisait étalage de son vice et de sa corruption, Buenos Aires cachait son goût pour la dépravation comme un vieux prêtre qui dissimule une bouteille de cognac dans sa poche de soutane.

Tout le monde disparaît à un moment ou à un autre en Argentine. C’est un passe-temps national.

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

Photo : Argentine – Buenos Aires . Casa Rosada

Argemi, Raùl «Patagonia Tchou Tchou» (2010)

Argemi, Raùl « Patagonia Tchou Tchou » (2010)

L’Auteur : Issu d’un milieu prolétaire et anarchiste, Raul Argemi a longtemps mené la double activité de journaliste écrivain en Argentine. Il vit aujourd’hui à Barcelone et s’affirme comme l’un des auteurs les plus créatifs du roman noir latino-américain.

Résumé : Deux hommes embarquent à bord de « La Trochita », un train antédiluvien qui parcourt la Patagonie argentine à petite allure. Haroldo, un ancien marin qui se prétend le descendant de Butch Cassidy, a entraîné son ami d’enfance Genaro, ex-conducteur de métro, dans une aventure risquée : les deux compagnons projettent de prendre en otages les passagers du train pour libérer « Beto », le frère d’Haroldo, prisonnier en transit. En outre, ils comptent bien profiter de l’occasion pour mettre la main sur les sacs de billets qui se trouvent dans l’un des wagons.

Cependant, rien ne se passe comme prévu. Il n’y a pas grand monde dans le train – une femme enceinte et son mari, des touristes – et la prise d’otages tourne court : le conducteur de la locomotive y voit même une diversion ! S’ensuit alors une série d’événements qui va faire de ce voyage une odyssée surréaliste…

Raul Argemi embarque son lecteur dans un voyage romanesque long de quatre cents kilomètres et réussit le tour de force de combiner le roman d’aventures, le roman noir et la fable. On retrouve tous les ingrédients caractéristiques de son univers : humour, rebondissements, folie et violence, ce qui n’exclut pas la satire sociale et politique.

Mon avis : De retour du bout du monde ( la Patagonie donc) rien de plus normal que de lire des livres d’auteurs argentins… Alors en avant ! Et pour ce voyage, prenons le train.. Au menu : une attaque de train.. le but de cette attaque : libérer un détenu et de se faire de l’argent. Nous grimpons à bord en compagnie de ces deux amis d’enfance et le voyage commence… dans une partie du monde où tout peut arriver…et tout arrivera… C’est de fait un roman déjanté et absurde, ou rien ne se passe comme il le faudrait.  Tout va de travers… Les personnages sont totalement à la masse, les situations tragi-comiques s’enchainent. On assiste à un match de football entre les argentins et les touristes allemands qui est totalement hallucinant… Beaucoup d’humour dans ce récit avec en toile de fond une Argentine en mal de vivre… On visite la Patagonie au rythme lent d’un tortillard à deux wagons qui monte des pentes escarpées et se confronte à la rudesse du climat, on passe du calme au vent tempétueux, de la neige au soleil… et on disjoncte… J’ai bien aimé. Et je me dis qu’entre lui et Carlos Salem, les écrivains argentins qui viennent du journalisme et qui résident en Espagne sont sacrément allumés..

Extraits :

Ces gens, ils vivent pour quoi ? S’ils n’ont pas la radio, c’est sûr qu’ils n’ont pas non plus la télévision.

— Ni téléphones portables… Ils sont en Patagonie, Bairoletto. Ils ont le privilège d’entendre le silence de la nature à l’état pur. Pourquoi voudraient-ils la télévision ?

le désert et la mer sont comme des frères : horizons, deux, lointains…
— Ça va comme ça. N’en rajoute pas, cela me donne envie de vomir. Jamais je n’ai vu autant de néant à la fois.

À perte de vue, la neige tombait, semblable à une pluie de plumes de colombe, et estompait les limites du désert.

Los Ñires était un peu plus que rien, une intention de village née d’un fantasme.

Par les pans de sa chemise entrebâillée, son nombril velu épiait le monde, tel un kangourou dans sa poche.

on est en Argentine, El Maitén c’est l’Argentine. Ici tout a un avenir. Ce qui n’existe pas, c’est le présent.

Le monde est, de plus en plus, un monde unique, une boucherie généralisée où l’on vend la chair des travailleurs. Amis, dans ce village mondial, dans ce navire spécial appelé Terre, les vautours du sommet ne se lassent pas de nous dévorer le foie.

— Vous savez que c’est un endroit bizarre, la Patagonie ? répondit-il, en retournant la question. C’est plein de morts vivants.
— Eh ! Ce n’est pas comme Buenos Aires ! Qui est plein de parvenus vivants.

Depuis l’entrée dans la précordillère, l’environnement se faisait sans cesse plus montagneux et plus vert. De hauts arbres s’appuyaient sur le sous-bois pour escalader les versants.

— Un microclimat ?
— Ecoutez, dit l’autre, narquois, nous ne comprenons pas grand-chose aux micros ici, mais pour ce qui est des climats, nous en avons plus qu’il n’en faut.

Et quelque part une fenêtre s’ouvrit pour s’entrebâiller sur l’enfer.

Un vent qui hurlait comme cent âmes en peine s’abattit sur l’esplanade, entraîna la neige, arracha des branches, coucha les roseaux presque jusqu’au sol.

Le vent s’abattit sur le wagon comme une énorme bête affamée, et les premières minutes de son assaut effrayèrent tout le monde. Son hurlement résonnait avec tant de malveillance que certains se mirent à crier à tue-tête pour le contrecarrer, tandis que d’autres se turent complètement.

Sur un des côtés, la paroi se dressait sur plusieurs mètres, en une montrée presque verticale. De l’autre, à quelques pas à peine du convoi, le précipice s’adoucissait pour s’achever dans le lit d’un torrent à sec. Un peu au-delà, s’élevait l’autre paroi. Une superposition d’argile aux strates multicolores s’étageait jusqu’à la corniche finale. Des arbustes de terrain aride, des buissons de ronces et quelques petits arbres chétifs s’accrochaient à la pente du mieux qu’ils pouvaient.

Tout en haut, un soleil fatigué, accompagné de quelques nuages effilochés en cavale vers le nord, commençait à décliner. En Patagonie, l’hiver raccourcit les journées, et les nuits peuvent être interminables.

Quand un homme est absent longtemps, son pays meurt et il ne peut plus y retourner.

Del Árbol, Victor «La víspera de casí todo» (2016) / La veille de presque tout (01-2017)

Résumé : Germinal Ibarra est un policier désenchanté poursuivi par les rumeurs et par sa propre conscience. Il y a trois ans il a demandé sa mutation dans un commissariat de La Corogne après avoir résolu le meurtre de la jeune Amanda. Mais il est brutalement sorti de son refuge et de son anonymat quand une femme qui vient d’être hospitalisée pour coups et blessures le demande..

Une mystérieuse Paola qui tente d’échapper à ses propres fantômes a fait son apparition il y a trois mois dans le lieu le plus reculé de côte galicienne Elle s’installe chez Dolores, une femme sensible et torturée, qui l’accueille sans poser de questions.

Prix Nadal de littérature espagnole 2016 ( plus ancien prix espagnol – équivalent du Goncourt)
Prix Transfuge Magazine de la rentrée littéraire d’hiver 2017 – Meilleur polar étranger

Mon avis :

La vie, la mort, les racines et le passé. Les thèmes chers à Victor del Arbol sont là.

C’est l’histoire de personnages qui luttent pour continuer/recommencer à vivre malgré le passé. Et plusieurs histoires parallèles, comme dans les romans précédents. De fait au moins sept histoires se croisent et se mêlent : Paola, Germinal, Dolores, Mauricio, Oliverio , Martina, Daniel … On peut aussi ajouter un autre personnage : le lieu où va se dérouler le roman.. Le bout du monde… le paysage, les éléments, le ciel, les étoiles (filantes ou absentes) quand il fait noir dans le cœur, les étoiles ne brillent pas dans le ciel… L’idée d’aller au bout du monde pour recommencer sa vie n’est pas anodine.

Tout ce que font les personnages est en relation avec leur enfance/jeunesse et les raisons d’agir sont la conséquence de ce qu’ils ont vécu. Le passé conditionne la vision du monde et justifie le présent. Le mal sans raison n’existe pas : il y a toujours une raison qui fait que… Une fois encore Victor del Arbol nous entraine dans le sillage de jeunes qui souffrent. Et dans l’Histoire : ici une incursion dans l’histoire de l’Argentine, la guerre des Malouines…

Je ne considère pas cet auteur comme un auteur de « romans noirs » ou de « polars » ; bien que le livre commence par un assassinat, il passe vite au second plan car en quelques pages on connaît le meurtrier et tout ce qui concerne l’assassinat est balayé. L’important ce sont les personnages, et, comme toujours l’adulte conditionné par son passé, par son enfance. On grandit mais les blessures de l’enfance façonnent la personne que nous devenons, elles font partie de nous. Pour continuer d’avancer, il faut prendre acte de ce que nous sommes, accepter nos blessures et notre passé.

Etre aux commandes de sa vie, et de sa mort. La liberté de choisir la vie ou la mort, de s’envoler pour la vie ou pour la mort.. . Un des thèmes abordé dans le livre est le suicide. Etre capable de supporter sa propre souffrance c’est une chose, supporter celle des gens qu’on aime en est une autre.

Non je ne vais pas vous raconter l’histoire… il vous faudra la vivre.. avec tristesse, douleur, révolte et rage… car elle est noire l’histoire… comme la vie.. elle est dure, inhumaine parfois.. Il faudra aller jusqu’au bout du livre pour comprendre… et surtout il vous faudra attendre 2016 si vous ne vous lancez pas dans le livre en espagnol (ou catalan) et que vous attendez la traduction française.

J’aime les références littéraires et musicales qui jalonnent le livre ; Zola, et « Germinal » (un policier dont le père était anarchiste et révolutionnaire) ; Virginia Woolf et Orlando ; les musiques – le Clair de lune de Debussy, Johnny Cash ; et je vais découvrir Juan Gelman (la dernière fois je m’étais replongée dans Maïakovski – mais lui je connaissais)

Notes :

Syndrome de Williams : Cette maladie génétique porte les noms du cardiologue néo-zélandais J.C.P. Williams (en), qui le premier identifia en 19612 cette maladie réunissant une malformation cardiaque (sténose aortique congénitale supra valvulaire), une déficience intellectuelle et des traits faciaux « elfiques » caractéristiques, et du pédiatre allemand A.J. Beuren (de l’université de Göttingen) qui décrivit indépendamment cette association en 19623.

Sa cause fut initialement attribuée à un surdosage en vitamine D4 mais son origine génétique est suspectée au début des années 19905. Il est alors démontré que la maladie correspond, non pas à une mutation, mais à une délétion d’au moins un gène6.

Tiresias : Dans la mythologie grecque, devin aveugle de Thèbes. Selon L’Odyssée, il garda le don de prophétie jusqu’aux Enfers où Ulysse alla le consulter. Il joua un rôle dans le drame thébain dont le roi Laïos et son fils Œdipe furent les héros. Des légendes plus tardives relatent qu’il vécut durant sept (ou neuf) générations et qu’il mourut après la guerre des Sept contre Thèbes ; on raconte également qu’il fut transformé en femme pour avoir tué la femelle d’un couple de serpents en train de s’unir ; il ne reprit son sexe premier que sept ans plus tard, après avoir tué le serpent mâle.

À la suite de cette expérience, il fut un jour consulté par Zeus et Héra qui ne parvenaient pas à se mettre d’accord : Héra soutenait contre Zeus qu’en amour les femmes ont moins de plaisir que les hommes ; Tirésias affirma que l’amour donnait aux femmes dix fois plus de plaisir qu’aux hommes. Furieuse de voir qu’il avait révélé le secret de son sexe, Héra frappa Tirésias de cécité, mais Zeus lui accorda en compensation le don de prophétie. D’autres encore prétendent que c’est Pallas Athéna qui l’avait aveuglé parce qu’il l’avait épiée tandis qu’elle se dévêtait pour prendre son bain.

Depuis l’Œdipe roi de Sophocle, le personnage de Tirésias réapparaît à diverses reprises dans la littérature européenne avec son double caractère de prophète et d’homme-femme, comme dans la pièce de Guillaume Apollinaire Les Mamelles de Tirésias (1928) et dans La Terre gaste (The Waste Land, 1922) de T. S. Eliot.

Ceibo : … Fleur nationale Argentine – appelée localement ceibo, seibo ou bucaré, est une espèce d’arbre de la famille des Fabaceae,

Juan Gelman (poète) : Né dans le quartier de Villa Crespo, Buenos Aires, quartier à l’identité juive fortement marquée, Juan Gelman est le troisième enfant (le seul né en Argentine) d’un couple d’immigrants juifs ukrainiens, Joseph Gelman et Paulina Burichson. Il apprend à lire à 3 ans et écrit ses premiers poèmes d’amour à huit ans ; il sera publié pour la première fois à onze ans (1941) par la revue Rojo y Negro. À quinze ans il adhère à la Federación Juvenil Comunista (Fédération des Jeunes Communistes). En 1948 il entreprend des études de chimie à l’Université de Buenos Aires mais les abandonne rapidement pour se consacrer pleinement à la poésie.

Extraits : ( juste quelques phrases)

Esas cicatrices fascinaban a Daniel; eran como raíces secretas que ascendían hacia la superficie, o como dedos crispados de náufragos.

El tiempo se detuvo cuando el eco de la última nota se extinguió. Durante un instante, cada uno de los presentes se trasladó a un lugar distinto de sí mismo

Pero sus ojos eran un desierto de indiferentes piedras minerales, un espacio lunar barrido por el viento donde ella, «madre desnaturalizada» (así empezaron a llamarla cuando los rumores saltaron a la prensa rosa), vagaba sin voluntad

Hay algo bondadoso en las personas que duermen. Tanto da que sean asesinos, torturadores, soldados, viejos o niños. El sueño y su inconsciencia los aleja de su mundo cotidiano y eso los reconcilia con una humanidad primigenia. Cuando dormimos, todos somos inocentes

La gente debería aprender a ponerse en paz consigo mismo y con sus vicios. Una persona que niega lo que es no puede ser feliz de ningún modo

A veces hay que despertar y regresar a la realidad. Eso es todo

¿Volver a la realidad? ¿Dónde estaba el mapa con el camino de regreso?

Lo que no tiene remedio es el pasado. Pero la memoria es una forma de inventar el presente.

 

lien vers une interview ( en espagnol)  :  « Lecturafilia »

 

Quirós, Mariano « Rio Negro » (2014)

Résumé : Le río Negro, dont les flots autrefois sauvages inspiraient toutes sortes de légendes, n’est plus à présent que l’ombre de lui-même : ses eaux polluées se contentent de charrier péniblement déchets et cadavres. Un couple d’intellectuels reconnus est pourtant parvenu, durant une vingtaine d’années, à vivre paisiblement aux abords de cette rivière encombrée de secrets. Mais un jour, à vouloir « faire l’éducation » de leur fils, un adolescent aussi apathique qu’introverti, le père de cette petite famille sans histoire découvre que la mort peut surgir de sources étonnamment proches… Les deux hommes se trouvent alors pris dans un engrenage sanglant digne d’un film noir des frères Coen. Macabre et burlesque.

 

Mon avis : Dès le début, l’auteur pose la non relation entre le père et le fils. Mais quand la mère décide de les laisser seuls les deux une semaine, il faut bien tenter le rapprochement ! Déjà que la vie n’était pas géniale avant, il suffira qu’elle les laisse seuls pour que cela tourne au cauchemar. Une relation père-fils sous tension. Le père, un écrivain de 55 ans et le fils, un adolescent apathique qui n’a envie de rien et que rien n’intéresse. Conflit de génération. Le père voudrait faire bouger le gosse… un vrai désastre.. De plus, ni le père ni le fils ne sont des personnages sympathiques et aucun des deux n’est doué pour la communication. Chacun son monde et tout rapprochement est utopique ; un monde les sépare.. Le récit établit un parallèle nostalgique entre la vie du père et le fleuve. Avec les années, tout le charme a disparu, les rives du fleuve et l’esprit et la vie du personnage ont été pollués, l’espoir et le charme ont disparu. Le refus de prendre les choses en main et l’indécision fait que les choses s’enchainent très très mal… au gré des renoncements et des fuites..

En rentrant d’Argentine, j’ai eu envie de lire ce livre, car j’avais vu le « Rio Negro ».. Mais pas celui-là.. Moi j’ai vu le beau Rio Negro celui de Patagonie : pas celui-ci, du Nord du pays.

Je ne peux pas dire que c’est une lecture que j’ai aimée. Trop défaitiste et trop désenchanté pour moi.. Même si je ne déconseille pas le bain dans les eaux noires du fleuve..

Extraits :

On n’espérait rien, ni l’un ni l’autre ; et on ne s’est jamais déçus. Bref, on savait exactement ce qu’on pouvait attendre l’un de l’autre.

Parler avec mon fils, c’est marcher sur un fil de fer barbelé.

Ce qui me sauve, dans ces cas-là, c’est ma profession : être écrivain permet de se montrer impoli, d’afficher soudain un air méditatif ou de froncer les sourcils comme quand on cherche la solution d’une énigme.

L’unique ambition de ces jeunes, c’est la survie et cette survie implique de pourrir la vie des autres.

D’habitude, le silence qui règne à l’intérieur de la maison est agréable, mais là, c’est différent : on dirait qu’un ennemi, caché dans un coin, est prêt à me sauter dessus. C’est en partie à cause de ça que je marche sur la pointe des pieds, ou presque, et que je guette tout ce qui pourrait arriver d’un côté comme de l’autre.

Avant de me rouler un joint, je réfléchis aux avantages et aux inconvénients de le fumer maintenant : d’un côté, ça m’apaisera, mais d’un autre, ça me rendra plus lent et peut-être aussi plus maladroit. La seule chose de sûre, c’est que je vais le fumer quoi qu’il arrive, alors autant s’appliquer à se le rouler correctement, ce joint.

Nous raccrochons et mon thorax se contracte de douleur, comme si un vide me comprimait de l’intérieur.

Mon vieux a raison de dire que ceux qui se donnent des airs d’artiste sont tous les mêmes : quand il s’agit de jacasser, c’est à gauche mais dès qu’il faut palper du fric, ça vire à droite.

Il n’était pas plus de six heures du soir, mais il faisait déjà sombre, en partie à cause des arbres qui, de chaque côté de l’avenue, formaient une sorte de galerie gothique.

Ce qu’il y a de bien avec les motos, c’est qu’elles vous donnent la sensation d’être un homme libre, vous savez, un peu comme Che Guevara, James Dean ou Dennis Hopper, tous en quête de leur destinée.