Collette, Sandrine «Les Larmes noires sur la terre» (2017 )

Auteur : Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique. Elle devient chargée de cours à l’université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

Elle décide de composer une fiction et sur les conseils d’une amie, elle adresse son manuscrit aux éditions Denoël, décidées à relancer, après de longues années de silence, la collection « Sueurs froides », qui publia Boileau-Narcejac et Sébastien Japrisot. Il s’agit « Des nœuds d’acier », publié en 2013 et qui obtiendra le grand prix de littérature policière ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le roman raconte l’histoire d’un prisonnier libéré qui se retrouve piégé et enfermé par deux frères pour devenir leur esclave. En 2014, Sandrine Collette publie son second roman : « Un vent de cendres » (chez Denoël). Le roman commence par un tragique accident de voiture et se poursuit, des années plus tard, pendant les vendanges en Champagne. Le roman revisite le conte La Belle et la Bête. Pour la revue Lire, « les réussites successives Des nœuds d’acier et d’Un vent de cendres n’étaient donc pas un coup du hasard : Sandrine Collette est bel et bien devenue l’un des grands noms du thriller français. Une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans « Six fourmis blanches »2015) « Il reste la poussière » obtient le Prix Landerneau du polar 2016. En 2017, elle publie « Les Larmes noires sur la terre ».

Editions Denoël, coll. « Sueurs froides », 336 pages, janvier 2017.

Résumé : Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix?
Après le magistral Il reste la poussière, prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette nous livre un roman bouleversant, planté dans le décor dantesque de la Casse.

Mon avis : Bluffée ! J’y allais a reculons car je n’avais pas été emballée par les deux premiers qui me mettaient mal à l’aise avec leur violence gratuite et une cruauté malsaine. J’avais dit que je n’allais pas lire d’autres livres de cette auteure.. J’ai eu tort et je vais lire ceux que j’ai ignorés 😉

Gros coup de poing et de cœur ! Ce n’est pas un polar mais un roman avec des personnages splendides. L’histoire de six femmes qui vont former une sorte de fratrie pour s’épauler dans une sorte de bidonville/camp de réfugiés prison dans un futur plus ou moins proche. Ce n’est pas de l’anticipation mais c’est ce qui pourrait bien se passer. Des personnages forts et faibles, qui se dévoilent peu à peu … Il faut se battre, il faut survivre, il faut y croire…à la fois dans le monde libre et en monde clos… Il ne faut pas se fier aux apparences, et quand petit à petit les filles se dévoilent. On ouvre les yeux sur la misère et la méchanceté… Sur la bonté et la solidarité aussi … Tout comme le magnifique Patrick Manoukian « Le échoués » un regard sur la société qui fait froid dans le dos et invite à tendre la main avant qu’il ne soit trop tard… et surtout il faut toujours aller de l’avant…

Extraits :

Pas de regrets, pas de remords, puisque de toute façon c’est trop tard.

Autant aller de l’avant. Regarder en arrière, écoute-moi bien : ça sert à rien.
Elle disait aussi : Faut réfléchir avant. Y a que ça.

L’enfant est un tableau endormi, se jouant des lumières de la nuit qui ne s’éteint pas, du jour qui ne se lève pas.

Elle sait à quel point les réveils sont douloureux, refuse de céder à la douceur des rêves. Dans son sommeil le chant des merles la poursuit, et le soleil sur l’herbe quand la rosée fait des milliers de perles. Elle tressaille, agite la main pour repousser les visions délicieuses ; cela ne sert à rien d’être heureux la nuit. Il sera temps, plus tard – quand elle sera sûre.

Bien, la chanson ou le passé, aucune d’elles ne le précise, quelle importance – la chanson ou le passé, cela s’est enfui. Et elles ont à nouveau le nez levé vers le ciel et les escarbilles, comme un quart d’heure auparavant, les mêmes filles exactement, sauf que tous les yeux sont brillants de larmes à présent. Une vieille nostalgie qu’il aurait mieux valu ne pas réveiller tant cela fait mal; mais se sentir humain, enfin.

Et elle l’a si mal enterré, son passé, qu’elle le traîne comme un boulet, à ruminer sur ce qui l’a amenée ici, et les erreurs, et les folies, et les directions manquées.

N’a pas sombré – ou pas au point que cela se voie, ou pas trop, ou peut-être certains soirs d’ivresse, quand le vide se fait trop crochu au fond du ventre, à vous empoigner et à vous tirer dans un coin de vous-même. Alors quand on se rend, une heure ou une nuit, on pourrait remplir l’univers de sa détresse, parfois cela est arrivé elle s’en souvient, et chaque fois elle a colmaté, avec de l’alcool et des sanglots, chaque fois repartie, au petit matin, au travail.

le souvenir de ces années de vagabondage se compte moins en argent qu’en rencontres, et c’est cela qu’elle se rappelle

Poser ses affaires, c’est renoncer. S’installer, c’est s’attacher

Quand tout va bien, ce à quoi tu penses, c’est que ça ne va pas durer.

il ne reste que la survie ; qu’on parle de gourmandise, d’envie et de paresse, du corps d’un homme, de la peau d’un bébé, elles ne le supportent pas, voudraient avoir tout

oublié pour ne pas sentir le manque jusqu’au fond de leurs entrailles, si seulement elles ne savaient pas.

rien n’est oublié, rien ne redeviendra comme avant, quand cela n’était pas advenu, il restera les traces, dans sa mémoire et dans son corps, et les cauchemars, et les peurs.

elle est devenue, un fantôme, une absente, quelqu’un qu’on n’entend pas quand il discute, qu’on ne remarque pas quand il se déplace – une transparence. Plusieurs fois depuis cette nuit-là, elle a fait l’expérience de ce terrible estompement, soit qu’on lui coupe la parole, exactement comme si elle n’était pas en train de parler, soit qu’on la bouscule parce qu’on ne l’a pas vue

Mais la méthode. Simuler.
Forcer le destin. À se remettre debout chaque fois en le regardant bien droit dans les yeux, même pas mal, il finira par se lasser, comme les massacres et les épidémies, à un moment tout s’arrête sans que personne ne sache pourquoi, tout reflue, la vie reprend.

— Mais ce sont des enfants…
— Non. La vie les a déjà corrompus. Ils sont plus proches des bêtes que des hommes, ne respectent que la loi du plus fort. Ne les regarde pas comme des enfants, ce serait une erreur.

Demain, ça ira mieux. Il faut se méfier de ces journées où on s’écroule, on fait des choses qu’on regrette toute sa vie.

C’est comme lire un livre ou aller au cinéma : après, il faut reprendre pied. On peut bien se couper du monde le temps d’une image ou d’une histoire, raconter mille fois le passé, le ressasser, le triturer dans tous les sens ; au bout du compte, il n’y a rien de pire que le présent.

Pauvre petite chose qui vit comme on remonte une vieille mécanique usée, obligée de bouger, saccadée, dévastée.

Interview : https://www.tdg.ch/culture/livres/Je-raconte-l-enfer-dune-societe-qui-existe-deja/story/21574298

 

 

Bannalec, Jean-Luc « Les Marais sanglants de Guérande » (2016)

Auteur : Jean-Luc Bannalec est le pseudonyme d’un écrivain allemand (Jörg Bong) qui a trouvé sa seconde patrie dans le Finistère sud. Après Un été à Pont-Aven (2014), il écrit la suite des aventures du commissaire Dupin dans Étrange printemps aux Glénan (2015), Les Marais sanglants de Guérande (2016) puis dans L’Inconnu de Port Bélon (2017). Tous ses romans ont paru aux Presses de la Cité.

Les aventures du commissaire Dupin – tome 3

Résumé : Meurtres à Guérande… et troisième enquête pour le commissaire Dupin, contraint de mettre son grain de sel pour résoudre ce nouveau mystère au coeur des marais salants, un mystère où chimie et biologie ne riment pas avec écologie…
En ce jour de fin d’été, le commissaire Dupin arpente les sentiers labyrinthiques de Gwen Rann, le Pays blanc, où s’étendent à perte de vue les marais salants de Guérande. C’est à la demande de Lilou Breval, journaliste d’investigation à Ouest-France, qu’il est venu fureter à la recherche de mystérieux barils. Soudain, Dupin est la cible d’une fusillade. Il se refugie in extremis dans un grenier à sel.
Le lendemain, la journaliste est injoignable… Dupin mène son enquête auprès de professionnels des marais salants, de la directrice du Centre du Sel et de Céline Cordier, jeune chimiste. Où sont les fameux barils ? Sont-ils destinés à porter atteinte au sel de Guérande ? A qui ce préjudice profiterait-il?
Epaulée par la fidèle Nolwenn, Dupin plonge une fois encore au coeur des mystères du pays breton et découvre les multiples enjeux de la récolte de l’or blanc… et les convoitises qu’il suscite.
« En grand amoureux de la Bretagne, l’auteur met un point d’honneur à dépeindre avec soin le paysage régional, ses coutumes et son quotidien. »Nora Moreau –Le Parisien

Mon avis : Je viens de découvrir le Commissaire Dupin et ses enquêtes bretonnes. Je pense que cette série devrait plaire aux amoureux de la Bretagne. Cette enquête est menée par deux Commissaires, et le suspense règne jusqu’à la fin. Les personnages sont sympathiques et j’ai beaucoup apprécié cette lecture.
Tout tout vous saurez tout sur le monde du sel, les marais salants, le gros sel, la fleur de sel, le tout saupoudré par des contes et légendes celtes… Bonne visite de Guérande et ses environs…

Extraits :

La fleur de sel est le sel le plus noble et le plus délicat du monde – le plus rare, aussi. Saviez-vous qu’elle était utilisée pour la conservation des sardines jusque dans les années 1980, et qu’on la considérait comme un produit de deuxième ordre ?

Elle formulait ces accusations comme s’il s’agissait de considérations météorologiques.

Un monde dur et, par conséquent, particulièrement humain

Un croisement séduisant entre Marie-Antoinette et un barracuda

le Men-er-Hroech’h. Ce menhir de vingt-cinq mètres de hauteur aurait été le plus grand du monde s’il ne s’était cassé en quatre morceaux, il y avait de cela des siècles et des siècles. La légende disait qu’il avait été brisé par les fées.

Le sable fin était parsemé de rochers noirs et pointus derrière lesquels s’élevaient des oyats, de hautes fougères et des pins, partout les pins

Le mot « abysse » l’avait toujours effrayé quand il était enfant, il l’associait à des monstres terrifiants vivant dans les tréfonds de la mer.

Il suffit parfois à un individu de franchir une limite souvent invisible pour qu’il ait l’envie ou l’audace d’aller plus loin. Et dès lors, tout lui semble étrangement dérisoire et cela entraîne aisément des dommages collatéraux.

Or chaque lieu-dit avait sa légende, puisque rien, dans l’univers celtique, n’existait sans raison.

L’île tout entière semblait somnoler paisiblement sous le soleil, tout était aérien, comme en suspens, en lévitation. L’azur du ciel, pur au point de paraître irréel au cours des jours et des semaines précédents, semblait décidé à ne pas se laisser troubler. Même sans l’exagération bretonne, un véritable parfum de Méditerranée flottait dans l’air.

Vous avez un don pour les signes, j’en suis sûre. C’est ça, l’essence des Bretons. Ils se repèrent dans le monde comme dans une forêt hantée. Chaque objet, chaque individu cache un sens, un secret.

La réalité scientifique ne laissait subsister aucun doute : la caféine était une bénédiction, une consommation régulière diminuait les risques de démence, de migraine, d’un certain type de diabète et bien d’autres menaces. Rares étaient les produits dotés d’autant de vertus bienfaisantes, hormis peut-être le chocolat et le vin, pour lesquels Dupin nourrissait des sentiments similaires. Au fond, ces substances n’étaient rien d’autre que des médicaments.

le sel avait surtout été le moyen de conserver les aliments jusqu’à l’invention de la conserve au début du XIXe siècle

Il était amusant de voir une personne inflexible se plaindre de l’intransigeance d’une autre.

Il existait tant de mobiles pour les meurtres : les drames humains dans toute leur variété, les blessures, les passions tragiques, l’envie, la vengeance – toutes ces émotions « à chaud » pas toujours détectables d’emblée. Et puis il y avait les assassins froids, calculateurs, sans scrupules, prêts à piétiner autrui pour parvenir à leurs fins. Ils poursuivaient leurs intérêts rationnellement, les victimes n’étaient pour eux que des dommages collatéraux qu’il fallait accepter si on voulait réussir. Ils existaient, ces individus sans conscience.

Amoz, Claude « La Découronnée » (2017)

 

Auteur : Née en 1955, Claude Amoz, de son vrai nom Anne-Marie Ozanam, est agrégée de lettres classiques, professeur de chaire supérieure en khâgne et en chartes au Lycée Henri-IV. Elle a notamment participé à l’édition de La Germanie — Vie d’Agricola de Tacite (1998), des Vies parallèles de Plutarque (2002) et des Portraits de philosophes de Lucien de Samosate (2008) aux éditions des Belles Lettres. En tant que romancière, elle a choisi le pseudonyme androgyne de Claude Amoz pour éviter que ses romans ne soient d’emblée qualifiés de « féminins », avec tous les a priori qui accompagnent cette étiquette. Elle ferait volontiers sienne la formule de Flaubert : « L’écrivain ne doit laisser derrière lui que ses œuvres. Sa vie importe peu » Elle écrit des romans noirs dans lesquels les personnages sont confrontés à « un passé qui ne passe pas » et qui a toujours des conséquences plus ou moins graves. Ses thèmes favoris sont les blessures d’un passé douloureux, la fragilité de la mémoire, la recherche d’identité, la vérité, le désir, la famille, l’Histoire. Elle a déjà publié plusieurs romans noirs remarqués dont Bois-Brûlé, prix Mystère de la critique, et Etoiles cannibales, prix du Polar SNCF.

Paru chez  Rivages – 300 pages – Avril 2017 – Sélectionné pour le Grand Prix de Littérature Policière 2017

Résumé : Viâtre, une ville au bord du Rhône. Ce sont les vacances d’été, la chaleur est étouffante. Johan et Guy Mesel sont frères mais tout les oppose: Johan est un universitaire brillant et un passionné d’escalade alors que Guy, complexé par sa petite taille et dévoré par l’eczéma, est agent technique dans un lycée professionnel en montagne. Ils décident d’échanger leurs appartements pour la durée des vacances et c’est ainsi que Guy s’installe dans le logement que Johan vient d’acheter à Viâtre, dans la montée de la Découronnée. Il est saisi par l’atmosphère qui y règne et s’aperçoit que les lieux portent encore la trace des précédents occupants, en particulier un coffre à jouets dans une alcôve. Dans la même ville, Habiba est employée aux cuisines d’un foyer pour SDF sur lequel règne un prêtre tyrannique. La fille d’Habiba, Zahra, partage la vie du père de Camille, une adolescente qui a perdu sa mère dix ans plus tôt. La famille habitait dans la montée de la Découronnée et Camille garde en mémoire des souvenirs flous de scènes violentes entre ses parents. Un mystère plane sur les circonstances de la mort de sa mère dont elle a conservé des photos. Il y a aussi la vieille Maïa, qui a élevé les frères Mesel, et un détective privé pas forcément très doué pour les enquêtes. Tous ces personnages semblent liés d’une façon ou d’une autre à la montée de la Découronnée et aux drames qui s’y sont déroulés…

Mon avis : Une magnifique découverte que cet auteur. Du noir dans la touffeur de la canicule, dans une ville imaginaire des bords du Rhône (Viâtre : ce nom est-il en rapport avec le mot latin Viator qui signifie voyageur, celui qui voyage – en philosophie l’être humain comme un être toujours en devenir, « en route vers », tendu vers un idéal ou à la poursuite de ses désirs ?) Des enquêtes qui vont laisser subsister des zones d’ombre, des personnages attachants de par leurs fêlures ou fractures qui ont tous commencé leur vie avec des « blancs » qu’il va s’agir de combler. Il va leur falloir fouiller et affronter des souvenirs enfouis. Tant que le passé ne refait pas surface, il est impossible de vivre.

Le point de départ : un échange d’appartement entre deux frères pendant les vacances. Une femme qui veut se rapprocher de ses fils adoptifs. Et la quête du passé… un enfant disparu, une mère décédée, des doutes et des soupçons… Les mystères des lieux vont-ils permettre aux images de remonter à la surface ? En s’abritant derrière des prénoms et des déguisements, certains personnages essaient de se protéger pour avancer. Les enquêtes s’apparentent à des fouilles archéologiques et on creuse en profondeur pour ramener à la surface des petits bouts d’informations et faire revivre le passé. Et plus on se penche sur des faits lointains, plus c’est difficile de retrouver des traces… Sensible, émouvant, attachant, profond, bien écrit..

Tout ce que j’aime. Je vous le conseille vivement.

Extraits :

Les vacances d’été, un temps de loisir auquel chacun aspire, mais pour lui, cette année, le mot a retrouvé son sens premier.
Vacances, vacuité, vide.
Un vide dangereux.

les cimes qui enserrent la vallée de l’Arve ne lui inspirent que de l’effroi. De la tristesse aussi, quand le soleil disparaît derrière les parois rocheuses, si tôt. Le ciel est encore bleu, mais d’un bleu glacial, qui serre le cœur.

Ses ambitions se bornent à passer laborieusement d’aujourd’hui à demain, d’une semaine à l’autre.

Encore quelques phrases, puis elle a raccroché, selon l’expression qu’on utilise encore, alors que les appareils ont perdu leur crochet depuis longtemps, avant même d’abandonner leur fil.

« Clair et net » : l’expression le ravit ; il la répète plusieurs fois, d’un ton pénétré. Elle finit par entendre « clarinette ».

Deux vagabonds, chacun aidant l’autre à lancer des racines dans un sol nouveau. Deux boiteux faisant béquille commune. Mais il était impossible d’aller plus loin dans le partage.

cette intuition vient du fait que sa tante ne sait pas lire : elle est ainsi beaucoup plus réceptive aux signes inconscients par lesquels les gens trahissent des vérités qu’ils ignorent parfois eux-mêmes.

Rapetasserun des mots préférés de Sol.
« Réparer, ce serait trop prétentieux. Je les raccommode comme je peux, avec mes outils et mes doigts. Mais elles gardent leurs cicatrices. »

J’ai l’impression que ma mémoire est pleine de trous.
– Vaut mieux pas de souvenirs que des mauvais. »

Tant de choses qu’elle ne peut confier à personne, même à sa propre conscience.

Il dort dans le berceau d’osier qu’on appelle ici un moïse. Et l’histoire de Moïse lui revient.

Cette femme porte une absence en elle, comme une blessure.

Un tesson à côté du tesson qu’il faut, une confidence confrontée à une autre, qui la complète exactement, des rapprochements patients, et la vérité se retrouvera.

Le temps est une illusion, tout dépend de l’intensité avec laquelle tu le vis : quelques minutes peuvent être beaucoup plus riches que des années d’indolence.

la misère a changé de visage. Les pauvres ne sont plus squelettiques, mais boursouflés. Et c’est pareil pour le teint. Autrefois, les riches se protégeaient du soleil tandis que les paysans étaient tannés par les travaux du dehors : maintenant bronzage et minceur sont signes de réussite.

Les choses qu’on essaie d’enfouir finissent toujours par remonter.

Tout fils qui naîtra, jetez-le au fleuve… ordonne Pharaon.
Le Nil… Le Rhône

En hébreu, on ne dit pas la mer Morte, mais la mer de sel. Yam hamelahr.
Le sel, les larmes.

Le jour est levé, mais on dirait qu’il n’y a pas eu de nuit. Les corps ont de plus en plus de mal à supporter cette chaleur qui ne leur laisse aucun répit, même pendant l’obscurité.

Les gens à la dérive ont besoin de croyances, et plus celles-ci sont étranges, plus elles les rassurent.

le pont Noyé. Un symbole de solitude. Ne dit-on pas que les gens qui renoncent à communiquer coupent les ponts ?

Voilà ce qu’elle a gagné à fouiller dans le passé : réveiller les vieilles peurs, se retrouver fragile, nue.

Dehors, la chaleur semble encore plus violente, comme si l’absence du soleil lui conférait une existence autonome.

Ces derniers temps, elle se plaint de voir les objets lui échapper, c’est le mot qu’elle emploie. »

Les choses lui échappent, la vie lui échappe – cette phrase triste qui leur vient à l’esprit à tous deux, aucun ne la prononce.

Infos : ( pas trouvé de Fort de Dun en France)

Fort de Dun : Dun Aengus ou Dun Aonghus (Dún Aonghasa en irlandais) se situe sur Inis Mór, une des Îles d’Aran, au nord-ouest de l’Irlande. Dún Aengus est un site archéologique important, qui offre un panorama spectaculaire. Dún Aengus a été appelé « le monument barbare le plus magnifique d’Europe ». Le nom de Dún Aengus signifie « le fort d’Aengus », dun signifie « forteresse » en gaélique. Dans la mythologie celtique irlandaise, Aengus ou Oengus est un dieu solaire fils du Dagda. Ce nom pourrait avoir été celui du chef des Fir Bolg réfugiés dans l’île après leur défaite dans la guerre qui les opposa aux Tuatha Dé Danann selon le Lebor Gabála Érenn.

Giacometti – Ravenne « L’Empire du Graal » (2016)

Giacometti – Ravenne « L’Empire du Graal »  (2016)

11ème enquête du Commissaire Antoine Marcas :  Voir sujet global : « Série Commissaire Antoine Marcas »

Résumé : Oubliez tout ce que vous savez sur le Graal.

Palais pontifical de Castel Gandolfo. Sur ordre du pape, les cinq cardinaux les plus influents du Vatican prennent connaissance d’un rapport explosif rédigé par Titanium, le leader mondial des algorithmes. Le compte à rebours de l’extinction de l’Église catholique a commencé.
Paris, Hôtel des ventes de Drouot. En remontant une filière de financement du terrorisme, Antoine Marcas, le commissaire franc-maçon, assiste à la mise aux enchères d’un sarcophage du Moyen Âge. Un sarcophage unique au monde, car il contient selon le commissaire-priseur, les restes d’un… vampire.
C’est le début de la plus étrange aventure d’Antoine Marcas.
Une enquête périlleuse qui va le mener, en France et en Angleterre, sur la piste de la relique la plus précieuse de la chrétienté.
Le Graal. Une enquête aux frontières de la raison qui ressuscite Perceval, le roi Arthur et la geste légendaire des chevaliers de la Table ronde.

Mon avis : Et c’est parti pour un, non deux voyages… La quête du Graal de Marcas et une plongée dans la quête de Perceval ! Bienvenue en forêt de Brocéliande… J’ai adoré. Si le monde continue comme maintenant, la foi catholique sera prochainement réduite à une peau de chagrin et l’Islam gouvernera le monde. Mais jusqu’où l’Eglise est-elle prête à aller pour triompher ? Entre thriller ésotérique, guerre de religions, fable et légende… Amour entre père et fils, entre mari et femme, fidélité chevaleresque, un petit zeste d’Indiana Jones … du glauque, de la quête, du merveilleux, du rêve et du cauchemar… et aussi beaucoup d’informations historiques, des précisions sur les apports des maçons dans la culture actuelle (la manière de marcher des tailleurs de pierre – les chiffres le 3, le 5, le 7) et petits détails intéressants, un cours sur l’héraldique …Une fois encore sous le charme des aventures du Commissaire Marcas. La chasse au Graal est ouverte…. Et une belle révision de Chrétien de Troyes en prime…Mais je pense que certains vont trouver la légende arthurienne un peu trop présente..

Extraits :

Il m’a parlé d’ours polaires assis sur la banquise. Avec le réchauffement climatique, ces plantigrades voient leur territoire se réduire d’année en année, plaque de glace après plaque de glace, et finissent par couler dans l’océan. Ce rapport lui inspirait la même crainte, ce serait l’équivalent d’un réchauffement climatique pour l’Église.
Albertini devint livide.
— Soyez précis.
— C’est pourtant limpide. L’Église est un ours, assis sur une vaste banquise, une banquise durcie par la foi de plus d’un milliard de fidèles.

La pluie et le vent torturaient son parapluie avec un sadisme inhabituel en cette période de l’année.

ses parents lui avaient inoculé le virus d’une merveilleuse maladie. Une fièvre qui donnait à celui qui en était frappé la faculté de remonter le temps. La maladie de l’histoire.

N’écoute jamais les adultes. Il faut toujours croire aux contes de fées.

Sa vie affective était devenue plus désertique que le Sahara et le Gobi réunis. Comme le chevalier du conte…

Elle lui lança un regard aussi acéré que le gros couteau de boucher avec lequel elle s’apprêtait à découper la chair tendre et rosée.

Les hommes veulent du merveilleux.

l’Église est empoisonnée par le rationalisme et que l’antidote consiste à injecter du merveilleux à haute dose. En l’occurrence le Graal.

Eh bien Star Wars, c’est la Force, l’Église catholique, c’est la Foi. À la différence que vous, ça fait deux mille ans que vous projetez le même film. Malheureusement pour vous, vous avez zappé les effets spéciaux.

Chrétien de Troyes publie son Conte du Graal autour de 1190, or à cette époque l’Occident subit de graves revers en Terre sainte. À la tête de ses armées, Saladin prend Jérusalem et la plupart des places fortes de la région. Les chrétiens sont expulsés, massacrés ou envoyés en esclavage. Il ne reste plus que quelques bastions comme Tyr et Antioche. Face à la catastrophe, le pape Grégoire VIII lance la troisième croisade. Le Graal est une magnifique parabole d’une nouvelle quête, celle de la reconquête de la Terre sainte. Ce n’est pas un hasard si les écrivains continuateurs de Chrétien de Troyes vont tous axer la quête du Graal dans une optique de plus en plus chrétienne.

je place la science au firmament, non pas comme une idole, mais comme une manifestation de l’esprit de Dieu.

on ne faisait plus rêver en parlant de l’odeur de vieux cuir des reliures et du plaisir sensuel à tourner les pages de papier.

Une uchronie, c’est quand tu modifies le sens des événements, que tu imagines un autre destin à l’Histoire. Que se serait-il passé si César avait échappé au poignard de Brutus ? Si Napoléon l’avait emporté à Waterloo ?

Un monde sans couleur est un monde sans âme. Un esprit sans couleur est un esprit sans vie.

la tradition ésotérique française. Une tradition souvent dédaignée au pays de Descartes et de Voltaire, mais fondatrice, car elle plongeait ses racines dans un incroyable terreau imaginaire, historique et culturel. Où se retrouvaient dans une chaîne séculaire aussi bien l’alchimiste Nicolas Flamel, les fées de Brocéliande, le dernier grand maître des Templiers, Jacques de Molay, ou les énigmatiques Cathares hérétiques de Montségur. La substantifique moelle de ses best-sellers mondiaux se nourrissait, sans état d’âme, de ce fabuleux patrimoine légendaire.

Quelle est cette couleur qui baigne notre cerveau, fruit de millions d’années d’évolution ? Il fut un temps où nous avions un arc-en-ciel en tête : nous avions foi en l’avenir, dans le progrès. Nous rêvions d’utopie, d’un monde plus juste, plus beau. Eh bien, en ce troisième millénaire, cette couleur a viré au gris. Un gris sans âme, sans rêve, sans espoir. Et ce gris se densifie jusqu’à devenir noir. Un noir de peur, de méfiance, d’intolérance propagées par les journaux, la télévision, la radio et les réseaux sociaux. Les politiques ne nous apportent aucune espérance. L’insécurité, le chômage et le terrorisme ont tout gangrené. Nos cerveaux ont pris la couleur de la nuit.

Le bleu des nuits célestes, l’orange des aubes d’été, le vert naissant des printemps, l’or jaune du soleil, le rouge des passions. Des teintes éclatantes pour colorer à nouveau le cerveau des hommes. C’est ce que j’essaye de faire humblement dans mes romans. Je ne suis qu’un modeste peintre qui redonne de l’éclat à l’imaginaire des hommes. Tel est mon but, réveiller en vous le sens du merveilleux… ou du conte de fées. Appelez ça comme vous voudrez.

Ré-enchanter le monde, voilà l’enjeu de ce troisième millénaire. Sinon, nous laisserons à nos enfants un monde en gris et en noir.

Pour cette église du polar, le genre repose sur deux piliers d’airain. Le style, l’écriture si tu préfères, et la dénonciation de l’injustice sociale. Or, je n’ai ni la prétention d’avoir une plume dorée à l’or fin, ni le désir, et encore moins le talent, d’imiter les grands du genre, un Manchette, un Ellroy, un Burke ou un Pouy. Le polar marque le quotidien au fer rouillé du réel, alors que le thriller ésotérique le sublime. Je ne suis pas non plus Umberto Eco… Moi, je succombe avec délices aux sortilèges de l’ésotérisme ! Je ne suis qu’un modeste romancier qui veut faire rêver ses lecteurs. Mais ce rêve n’entre pas dans les canons de l’orthodoxie…

Best-seller ! Chut… malheureux ! Tu abordes un autre tabou. Tu prononces le mot honni. Dans les cénacles élitistes littéraires, plus tu as de lecteurs plus tu deviens suspect. Très… français comme vision. Mon Dieu, cachez ces chiffres de vente ! Haro sur ces engeances littéraires souillées de marketing, véritables insultes à la pureté originelle du livre !

Il fut un temps où les vampires et les morts-vivants étaient tout aussi réels pour nos ancêtres que la pluie ou le soleil.

Le vampire, le mort-vivant, qu’il soit d’origine démoniaque ou issu du corps d’un mortel, a traversé et influencé toutes les civilisations. Qu’importe son nom ou ses incarnations. Incubes et succubes chez les Mésopotamiens, Lamia et Empusa pour les Grecs, Stryges dans la Rome impériale, Aluka pour les juifs, Dhampires en Bohême, Nosferat ou Strigoïs en Roumanie, toutes ces créatures ont toujours infesté les campagnes à la tombée de la nuit pour puiser leur vie dans le sang.

Ainsi, en Irlande, il fallait éviter de croiser le Dearg-Dul au coin d’une forêt sombre, les soirs de pleine lune. Les Écossais, eux, craignaient la Baobhan Sith, une fée à l’allure envoûtante qui hurlait à la mort dans la lande. Et parfois même, les vivants buvaient le sang des défunts afin de s’approprier leur force et leur courage, comme certaines tribus vikings du Danemark.

Le symbole de l’homme qui marche pourrait indiquer cette progression. Il sort de la tombe de l’ignorance pour aller vers la lumière. Vers le Graal.

— « La souffrance a ses limites, pas la peur. » Arthur Koestler

Tout est symbole. Si le langage parle à l’esprit, le symbole, lui, parle à l’âme. Là où les mots renvoient à des choses ou à des concepts, par le biais de la raison, le symbole, lui, fait appel à l’émotion ; il fait vibrer en chacun des sensations inconnues, des souvenirs oubliés et il en dévoile les correspondances profondes et véritables

— Mais c’est la vérité.
— La vérité de la raison, oui. Mais celle de l’imaginaire est tout autre.

Une pénombre diffuse colorait en sombre toute la partie inférieure de la construction.

L’héraldique, les hiéroglyphes de la féodalité, comme le disait votre bon vieux Victor Hugo.

Un blason se décrypte en fonction de quatre éléments fondamentaux. La couleur, la partition, les pièces et les meubles. La combinaison de ces quatre éléments explique l’extraordinaire variété des armoiries.

Ici, commençait un château obscur et merveilleux où seuls les chevaliers archivistes et paléographes pouvaient chevaucher entre les murailles de papier.

Mille vies n’auraient pas suffi pour dévorer les quatre-vingt-cinq kilomètres de linéaires entreposés dans ce royaume souterrain. Un royaume peuplé de fantômes parcheminés.

(Les archives) : C’est le cœur nucléaire des origines du christianisme – et, comme dans les centrales atomiques, il faut se protéger de sa radioactivité.

Vous lisez le français ?
— Oui, n’est-ce pas la langue de la diplomatie vaticane ?

À Brocéliande, continua l’écrivain, Morgane fut recueillie par Merlin qui lui apprit les secrets de la magie, puis lui confia la tâche de mettre à l’épreuve les chevaliers qui se lançaient dans la quête du Graal.

— C’est la Grande Ourse, reconnaissable entre toutes : elle a la forme d’une casserole.
— Exact. Ursa Major. C’est fascinant.
— Je ne vois pas en quoi, répliqua Antoine, c’est la constellation la plus banale de la voûte étoilée.
— Pour toi, mais dans la tradition celtique, elle est connue sous un autre nom bien plus mystérieux : Karr Arzhur, le Chariot d’Arthur. Parce que le nom d’Arthur vient du mot « ours », Arzhen breton ou Arth en gallois… Voilà pourquoi le plantigrade orne son blason et que le surnom d’Arthur est le roi des ours.

De tous les feux qui enflamment l’esprit, l’imagination est le plus puissant, déclara Theobald, surtout quand on fait souffler le vent dans le bon sens. Déjà nos spécialistes travaillent à préparer l’opinion, à l’orienter… croyez-moi, aujourd’hui, entre les algorithmes et le Big Data, jamais la science n’a été aussi proche de Dieu.

L’imaginaire ! Les hommes en ont aussi sûrement besoin que l’air, l’eau ou la foi. L’Église a commis une faute impardonnable en abandonnant l’imaginaire des hommes à l’industrie du divertissement culturel. Et aux autres religions. Nous devons à nouveau offrir du rêve à nos fidèles.

Était-il possible que l’on puisse abuser les hommes jusqu’à leur faire croire tout et son contraire ? Ou alors la science de manipulation avait-elle atteint un tel point qu’elle servait les intérêts de Dieu ?

Fort est celui qui assume ses faiblesses, faible est celui qui les nie.

Chacun est parti affronter la Quête, son arme favorite à la main. Qui, son courage légendaire, qui, sa volonté de fer, qui, son intelligence hors pair. Et pourtant, tous ont échoué. Parce que tous ont cru que le Graal était une conquête, alors qu’il est un destin. Et un destin ne se conquiert pas, il se mérite.

Le miracle est dans l’œil de celui qui le vit

Si ce que nous savons nous élève, c’est ce que nous ignorons qui nous révèle.

… l’adversaire intérieur. C’était bien l’homme qui le nourrissait par ses frayeurs irrépressibles, qui lui donnait corps par ses peurs incontrôlées.

Il est plus facile de tuer un démon que vaincre sa peur du démon

Pour l’enfant de Cornouailles, où chaque arbre a une âme et chaque pierre sa légende, le merveilleux était aussi quotidien que la rosée du matin. Toutefois, il avait appris à se méfier de ses propres impulsions. L’intelligence du cœur n’est pas innée. À chaque intuition, il fallait une pierre d’angle.

L’art des signes n’a rien à voir avec la magie. C’est une haute science : là où les hommes aveuglés par eux-mêmes ne voient que passer le hasard, celui qui connaît l’alphabet du destin peut lire dans le grand livre de la vie.

Son caractère était pareil à un paysage qui se dévoilait progressivement : peu à peu surgissaient des parcelles inattendues.

l’important n’est pas de connaître son avenir, l’important c’est d’y participer en pleine confiance.

Savez-vous qu’en latin gauche se dit sinister ?
— Comme sinistre ?
— Exactement, dans la science des signes visibles, tout ce qui va vers la gauche est mauvais présage.

le visage figé par une douleur devenue muette d’être trop vive. Il ne sentait plus ni son corps ni sa vie. La souffrance ne brise pas la volonté, non, elle la broie, l’émiette au vent et il n’en reste que cendres.

La logique est une folle boussole dans les champs magnétiques du merveilleux.

Infos :

Mythologie :

Asmodée, gardien des trésors enfouis : Le nom Asmodée viendrait de l’altération du nom d’un démon avestique, Aešma-daeva, littéralement démon de la colère qui pourrait aussi signifier en hébreu « celui qui fait périr ». Il est mentionné dans le livre de Tobit, III.8, chassé du corps de Sara par l’archange Raphaël. Traduit en latin par Asmodeus, sa signification est « Le souffle ardent de Dieu ». ( voir sur wikipédia)

Visite de Paris :
– La rue Henry-de-Jouvenel est la plus courte de Paris. Elle ne compte que trois numéros dont le premier a été donné à ce long mur de pierres, gravé en lettres noires, « Bateau ivre » de Rimbaud.
– la rue Férou. C’est là qu’Alexandre Dumas, dans Les Trois Mousquetaires, place la demeure d’Athos.
– Galerie Vivienne : L’escalier monumental du numéro 13 conduit à l’ancienne demeure de Vidocq après sa disgrâce

Les chiffres : le 3, le 5, le 7 …
En symbolique, le cinq représente l’être humain – les cinq sens, les cinq doigts de la main qui servent à saisir la matière. C’est aussi l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci, celui qui a les bras et les jambes écartés dans un pentagone. Et en hébreu, la signification du chiffre 5 est : « saisissement ».Voltaire : — Ce chantre des Lumières, franc-maçon sur le tard, grand pourfendeur de l’Église toute sa vie, termine sa lettre « en baisant humblement les pieds » du Saint-Père.

 

Fulda, Anne «Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait» (2017)

Auteur : Anne Fulda est grand reporter et responsable de la rubrique Portraits au Figaro. Elle a publié Un président très entouré (Grasset) et François Baroin, le faux discret (JC Lattès).

 

Résumé : Anne Fulda brosse un portrait intime et inédit de ce don Juan atypique pour lequel l’esprit de conquête s’apparente à un besoin de plaire et de convaincre, quitte à rêver sa vie.

Depuis qu’il est enfant, Emmanuel Macron – ce candidat aux allures de Petit Prince virtuel – a toujours été désigné et reconnu comme le meilleur.

Il a trouvé dans le regard des autres, et plus spécifiquement de ses aînés, l’admiration, l’encouragement, la bienveillance. Il y a eu, longtemps, le regard de sa grand-mère, fondateur et essentiel, avec laquelle il a entretenu des liens exclusifs, presque passionnels, qui ont même influé sur sa relation avec François Hollande. Il y a eu le regard de ses professeurs, puis de tous ses « parrains », qui, tout au long de sa carrière, l’ont toujours épaulé et qu’il a souvent subjugués par son intelligence et son empathie. Il y a bien sûr le regard de Brigitte, son épouse, avec qui il forme un couple dont la singularité ne tient pas à leur différence d’âge mais au fait qu’elle est l’unique femme qu’il aime depuis qu’il a seize ans. Et il y a maintenant le regard des Français, qu’il entend séduire avec la même détermination, en bousculant les convenances et en leur déclarant qu’il les aime…

Mon avis :

Chevalier des temps moderne, la fleur au fusil, il part à la conquête de l’impossible : Brigitte, puis la France… La presse en a fait un héros des temps modernes, en lui créant une vie qui n’est pas tout à fait la sienne… Personnage hors-norme, héros de roman, solaire, positif, déterminé, atypique…

Deux femmes : Sa grand-mère, Manette, et son épouse Brigitte. Des amours exclusives, inébranlables, totales. Un seul Ami. Les autres personnes de sa vie semblent être plus ou moins de la déco, interchangeables. Bien sûr il a eu des parents aimants mais la fusionalité (oups ?) de ses rapports avec les deux femmes de sa vie laisse peu de place aux autres. Quant à se demander si le jeune Emmanuel n’a pas été étouffé par l’amour d’une mère qui avait eu un premier enfant mort-né et a de ce fait privilégié un rapport différent avec une personne le protégeant différemment (c’est mon idée ??) ? Origine pyrénéenne, une arrière-grand-mère illettrée, une grand-mère enseignante, des parents médecins… Manette et Brigitte lui ont donné les armes pour poursuivre son chemin… quel que soit le chemin… Elles ont créé une sorte de cape d’invincibilité, un bouclier d’amour autour de lui. Les deux femmes sont semble-t-il des professeurs qui captent l’intérêt des jeunes et les poussent vers le haut… Leurs forces conjuguées ont donné à Macron l’invincibilité. S’il est convaincu de son bon droit, il fonce ; les critiques et les regards en coin : il s’en moque. Il avance. J’ai ressenti un homme qui roule pour lui-même, qui séduit et se sert (il ne trahit pas car il ne promet rien) ; de fait, les gens sentent qu’ils risquent bien de se faire doubler, mais ils donnent quand même, en connaissance de cause. Un homme que beaucoup font l’erreur de sous-estimer ; et ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Un homme qui ne dément pas, ne confirme ni n’affirme ; si les autres tirent des conclusions erronées, ce n’est pas lui qui va les détromper si cela peut lui servir. Un homme qui est passé de l’enfance à l’âge adulte, qui a besoin de fréquenter des personnes qui peuvent lui apprendre et lui apporter quelque chose et qui ne voit pas l’intérêt de bavardouiller et d’affronter pour le plaisir avec des gens de son âge… D’ailleurs les confrontations ne l’intéressent pas. Il a un but, il trace sa route pour y arriver, et ce qui lui importe c’est d’arriver au bout. S’il croit en une chose, il y va et il est au-dessus de la mélée. Mesquinerie et étroitesse d’esprit sont des choses qu’il semble ne pas supporter. Il veut, il construit, il conquiert. Comme un alpiniste qui veut gravir un sommet : un objectif , une route tracée et il ne musarde pas en chemin. Ce qu’il veut : plaire, séduire, convaincre mais séduire intellectuellement ( pour le reste il a Brigitte et n’a pas envie d’une autre femme) … et faire comprendre ses points de vue. Un homme qui admet dificilement l’echec. Il semble aimer être entouré, mais à distance… On a l’impression qu’il n’a pas de temps pour des futilités, des intermèdes. Un homme qui aime les valeurs sures, tant en littérature qu’en chansons… Il faut qu’il puisse s’appuyer sur des rocs, du solide, du beau. Ce qui ne veut pas dire qu’il boude ses plaisirs : il aime la bonne chère, est joyeux et ouvert.

Il donne l’impression d’avoir du temps pour tout le monde, il est disponible, charismatique ; il est empathique, et a la faculté de faire ressentir à son interlocuteur qu’il est une personne importante ; de plus il semble avoir la manière de faire avec les personnes plus âgées : est-ce du fait de sa relation si particulière avec sa grand-mère ?

Il m’a donné envie de lire : « Journal de deuil » de Roland Barthes

 

Extraits :

Il est comme une construction en trompe l’œil, un édifice bâti sur des bases mouvantes, une histoire personnelle mise au service d’une ambition évidente. Quitte à être un peu retouchée.

Macron a aussi un rapport au temps étonnant. Il ne semble jamais pris de court. Jamais pressé. Toujours prêt à donner son temps, comme une preuve d’amour, d’attention. Un élément de séduction parmi d’autres.

« Les gens sont durs dans la finance, mais on y respecte quelques règles, alors qu’en politique aucun coup n’est interdit. »

Emmanuel n’a besoin de personne. C’est une éponge. Il reçoit, il absorbe, mais s’il en est arrivé là, il ne le doit qu’à lui et à sa grand-mère », juge Brigitte Macron

Attirée par ce qui brille, Brigitte Macron ? Ce serait trop simple. Peut-être plutôt par ce qui vit. Crépite

Il y a cette enfance qu’il dit avoir passée dans les livres, « un peu hors du monde », vivant « largement par les textes et par les mots ».

« impossible d’établir un lien entre le réel et la transcendance sans passer par l’écriture ».

Il voit dans chaque être humain une promesse.

Il pense vraiment que le grand sens du progrès est lié à la culture. La culture c’est être plus grand que soi. C’est l’inverse de la dépression.

la littérature lui offrant des modèles de héros qui ont rêvé leur vie comme lui aimerait rêver la sienne !

Emmanuel est quelqu’un qui faisait les choses sérieusement sans se prendre au sérieux

En Marche : C’est une allusion à une phrase de Saint-Exupéry dans Vol de nuit : “Dans la vie, il n’y a pas de solution. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent.” »

C’est aussi une référence à la sculpture de Giacometti, « L’homme qui marche »

 

 

Vargas, Fred « Temps glaciaires » (2015)

Auteur : Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’histoire, Fred Vargas est chercheuse en Histoire et Archéologie au CNRS. Primés à plusieurs reprises, adaptés au cinéma (Pars vite et reviens tard) et à la télévision, traduits dans plus de quarante langues, ses romans policiers sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie. Son dernier opus, Quand sort la recluse, a été publié en 2017 chez Flammarion.

Les enquêtes du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg (11ème)

Jean-Baptiste Adamsberg : « L’homme aux cercles bleus » – 1991 / « L’homme à l’envers » – 1999 / « Les quatre fleuves » – 2000 / »Pars vite et reviens tard » – 2001 / « Sous les vents de Neptune » – 2004 / « Dans les bois éternels » – 2006 / « Un lieu incertain » – 2008 / « L’armée furieuse » – 2011 / « Temps glaciaires » – 2015 /  » Quand sort la recluse – 2017

Résumé : « Adamsberg attrapa son téléphone, écarta une pile de dossiers et posa les pieds sur sa table, s’inclinant dans son fauteuil. Il avait à peine fermé l’œil cette nuit, une de ses sœurs ayant contracté une pneumonie, dieu sait comment. — La femme du 33 bis ? demanda-t-il. Veines ouvertes dans la baignoire ? Pourquoi tu m’emmerdes avec ça à 9 heures du matin, Bourlin ? D’après les rapports internes, il s’agit d’un suicide avéré. Tu as des doutes ? Adamsberg aimait bien le commissaire Bourlin. Grand mangeur grand fumeur grand buveur, en éruption perpétuelle, vivant à plein régime en rasant les gouffres, dur comme pierre et bouclé comme un jeune agneau, c’était un résistant à respecter, qui serait encore à son poste à cent ans. — Le juge Vermillon, le nouveau magistrat zélé, est sur moi comme une tique, dit Bourlin. Tu sais ce que ça fait, les tiques ? »

Mon avis : Grand écart entre l’Islande et la Révolution française. J’ai retrouvé avec plaisir la fine équipe (pas assez de Violette à mon gout) . Le mode de fonctionnement si particulier d’Adamsberg se marie à la perfection aux brumes d’un ilot rocheux perdu au large de l’Islande. Et j’ai adoré voir l’équipe plongée dans la vie de Robespierre, Danton, Desmoulins et autres… Les monstres se suivent et les folklores se visitent … après l’Armée furieuse et sa « mesnie », c’est au tour de «l’afturganga» ; pour ce qui est des époques, après le Moyen-Age, on vit la Commune de Paris et la Terreur de l’intérieur.
Je me suis régalée. Et j’ai adoré l’arrivée du nouvel ami d’Adamsberg, Marc, que je vous laisse découvrir.

Extraits :

S’il y avait réellement un fond de l’air, comment appelait-on l’autre partie ? Le dessus de l’air ?

Elle avait commencé un puzzle immense, une œuvre de Corot. Elle espérait bien finir le ciel avant son départ. Le ciel, c’est ce qu’il y a de plus difficile. À faire comme à atteindre, je la cite encore.

Son influence était sournoise comme une inondation, et il devait, c’est exact, y prendre garde. Se tenir loin des berges glissantes de son fleuve.

— Comment veux-tu qu’on s’éloigne de quelque chose quand on ne sait pas où on est ?

Elle portait sur son bras le gros chat blanc de la brigade qui, amorphe, reposait sur elle comme un linge propre plié en deux, détendu et confiant, ses pattes ballottant d’un côté et de l’autre.

Et en protection, continua Adamsberg, car on ne sait jamais en effet, cinq avec moi sur les arrières. C’est-à-dire vous seule, Retancourt.

Consigne surprenante de la part d’Adamsberg, qui avait tout de l’éponge dérivante et rien d’un coquillage « collé », plaqué obstinément sur son rocher.

La mémoire du commandant Danglard, confirma Adamsberg, est un abîme surnaturel où mieux vaut ne pas mettre les pieds.

Le rire est une défense contre ce qui impressionne.

Château souffrait et sa douleur se diffusait comme un parfum toxique dans la petite pièce, touchant chacun des hommes.

Depuis deux jours, il vivait au XVIIIe siècle, auquel il prenait goût peu à peu. Non, il ne prenait pas goût, il s’habituait, voilà tout.

On va de tous côtés, on dérape comme des billes sur du verglas. On a perdu le chemin. Ou plutôt, on ne l’a jamais trouvé.

C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

Parce qu’une tornade qu’on sent approcher à pas de loup effraie bien plus qu’une trombe qui vous submerge brutalement.

Et à la brigade, chacun savait ce que ce brouillage signifiait. Errance, vapeurs, pelletage de nuages en trois mots.

Un enfant abandonné se voit attribuer trois prénoms, dont le dernier sert de nom de famille.

Adamsberg tenait de sa mère une prudence excessive quant à l’expression des sentiments qui, disait-elle, s’usent comme un savon et tournent en débandade si on en parle trop.

C’est juste une cuite éclair. Il est tombé dans la bouteille de porto, il faut qu’il sèche, c’est tout.

L’alcool sucré monte au cerveau avec la célérité d’un acrobate sur un fil.

Je n’ai jamais cru que l’alcool accouchait de la vérité. Des douleurs, sans aucun doute.
— En ce cas pourquoi l’avez-vous poussé à boire ?
— Pour qu’il lève les freins et dévale aussi loin que possible sur la route. Ce qui ne veut pas dire qu’il a été jusqu’au bout. Même abruti, même les barrières fracassées, inconscient veille sur ses biens les plus précieux

On ne se vouvoie pas sous la Révolution. Nous sommes égaux

Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable ; car jamais l’innocence ne redoute la surveillance publique.

Si tu annules, ça va s’infecter. Et tu pleureras. Quand le bagage est fait, l’homme ne se retourne pas.

C’est que l’Islande, c’est noir et blanc, vous voyez ? Roche volcanique et neige et glace. Alors les couleurs, ça va bien avec. Tout va avec le noir, c’est ce que disent les Français. Mais attendez de voir le bleu du ciel. Jamais vous avez vu un bleu pareil, jamais.

Comme s’il avait guillotiné, non pas des hommes, mais des concepts : le vice, la trahison, l’hypocrisie, la vanité, le mensonge, l’argent, le sexe.

Détail inutile dans son mensonge, donc détail véridique.

S’ennuyer comment ?
— C’est sans doute une des seules choses valables que je t’aie données. Même quand tu ne fais rien, tu ne t’ennuies pas.

Ralentis, rien ne presse, ralentis. Mais cette vitesse, si rare chez lui, convenait au défilement disparate de ses pensées, des phrases et des images. Comme si la vitesse allait les lisser toutes ensemble, comme on bat des œufs.

 

 

 

 

 

Viel, Tanguy «Article 353 du code pénal» (2017)

Auteur : Après une enfance en Bretagne, Tanguy Viel vit successivement à Bourges, Tours puis Nantes avant de venir s’installer près d’Orléans.

Il a été pensionnaire de la Villa Médicis en 2003-20042. Publié dès son premier ouvrage par les éditions de Minuit, il a reçu le prix Fénéon et le prix littéraire de la vocation pour son roman L’Absolue Perfection du crime et le Grand prix RTL-Lire pour Article 353 du Code pénal3. Il est l’un des 3 finalistes du Prix du Public Salon du Livre Genève 2017 :

176 pages – Editions de Minuit –

Petit conseil: C’est le premier livre que je lis de cet auteur : bouleversant, prenant, à lire absolument ! Gros coup de cœur. C’est en voyant qu’il était parmi les trois finalistes du Prix du Salon du livre de Genève que j’ai décidé de le lire. J’ai juste voulu savoir qui serait « en face » de la Baleine Thébaïde de Raufast (et je pense aussi lire La Sonate à Bridgetower d’Emmanuel Dongala) .  si je puis vous donner un conseil… ne lisez pas le résumé du livre ( raison pour laquelle exceptionnellement le résumé est après mon ce petit conseil)  .. Lisez ce petit livre qui est un gros coup de cœur et seulement après lisez le résumé et mon commentaire.. .. c’est un roman qui devrait plaire à Laurence, CatW , Corinne, Marie-Josèphe, Béabab et aussi à ceux qui aiment les romans de société. Plongez d’abord et lisez les critiques après… Donc STOP et rendez vous après la lecture…

Résumé : Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu’il soit construit.

Mon avis : En lisant le titre j’avais pensé petit coté polar… et bien non. Roman psychologique, social, sur la lutte des classes, sur le rapport père/fils, riche/ouvrier. Tout en finesse. De fait un sujet sur les réactions des braves gens face à des promoteurs véreux. Sur le sens de l’honneur, la honte, la crédulité, sur l’hermétisme des marins bretons. C’est le cheminement sinueux intérieur d’un homme. Deux personnages : un juge à l’écoute et la confession d’un homme qui se fait piéger par un rêve au-dessus de sa condition, mais c’est moins un échange qu’un monologue. C’est un livre sur la confiance… le style est en adéquation avec le mental du meurtrier. je n’en dis pas plus car je ne veux rien déflorer…

Extraits :

tout, à cet instant, s’écrivait à l’encre noire dans l’œil d’un autre.

Je crois que c’est à ce moment-là qu’il a commencé à pleuvoir un peu, une bruine sans vent qui ne fait pas de bruit quand elle touche le sol et même enveloppe l’air d’une sorte de douceur étrange à force de pénétrer la matière et comme la faisant taire.

un couteau dans une plaie qu’il rouvrait en moi sans que je distingue s’il le faisait par amusement ou si seulement il suivait la ligne droite des faits, si la ligne droite des faits, c’était aussi la somme des omissions et renoncements et choses inaccomplies, si la ligne droite des faits, c’était comme l’enchaînement de mauvaises réponses à un grand questionnaire.

elle a commencé à trouver que je passais trop de temps à la maison, comme quoi nous, les hommes, il vaut mieux qu’on soit très occupés, sinon visiblement on devient insupportables, en tout cas les femmes elles nous trouvent vite insupportables

si on pouvait seulement entrevoir le démon dans le cœur des gens, si on pouvait voir ça au lieu d’une peau bien lisse et souriante, cela se saurait, n’est-ce pas ?

alors il s’est débrouillé avec ce qu’il pouvait, avec des « c’est-à-dire », des « enfin » et des « vous voyez », pourvu qu’à la fin, je comprenne que « servitude », ça ne voulait peut-être pas dire esclave, mais enfin ça voulait quand même dire « épine dans le pied ».

ce n’est jamais bon signe de croiser deux fois dans la même journée un gars qu’on ne connaissait pas la veille.

le premier qui s’approche et rompt la solitude, on s’en fiche de savoir qui c’est, pourvu que tout s’engouffre et s’encastre en vous comme une pièce de puzzle que vous auriez découpée exprès pour qu’elle épouse les contours de votre âme.

Parce que c’est un problème insoluble, de savoir quand quelqu’un comme lui s’approche de vous, de savoir à quel instant la piqûre a eu lieu.

Il y a eu une faille en moi et il y est entré comme le vent, parce qu’il soufflait autant que le vent, toujours prêt à se jeter dans toute brèche ou fissure du faux mur que j’avais pourtant essayé de faire passer pour de la brique, mais enfin je ne suis pas en granit.

c’est comme si le capitaine qui était censé habiter avec moi dans mon cerveau, c’est comme s’il avait déserté le navire avant même le début du naufrage.

Ce n’est pas qu’il y ait long en distance du cerveau vers les lèvres mais quelquefois quand même ça peut vous paraître des kilomètres, que le trajet pour une phrase, ce serait comme traverser un territoire en guerre avec un sac de cailloux sur l’épaule, au point qu’à un moment la pensée pourtant ferme et solide et ruminée cent fois, elle préfère se retrancher comme derrière des sacs de sable.

Maintenant je demande : est-ce que le silence, c’est comme l’obscurité ? Un trop bon climat pour les champignons et les mauvaises pensées ? Maintenant c’est sûr que je dirais volontiers ça, que les vraies plantes et les fleurs, elles s’épanouissent en plein jour, et qu’il faut parler, oui, il faut parler et faire de la lumière partout, oui, dans toutes les enfances, il ne faut pas laisser la nuit ni l’inquiétude gagner.

Peut-être que la mémoire ce n’est rien d’autre que ça, les bords coupants des images intérieures, je veux dire, pas les images elles-mêmes mais le ballottement déchirant des images à l’intérieur de nous, comme serrées par des chaînes qui les empêchent de se détacher, mais les frottements qui les tendent et les retiennent, ça fait comme un vautour qui vous déchire les chairs, et qu’alors s’il n’y a pas un démon ou un dieu pour vous libérer, le supplice peut durer des années.

Les gens comme moi, ils ont besoin de logique, et la logique voudrait qu’un gars méchant soit méchant tout le temps, pas seulement un tiers du temps.

l’alcool et le vent qui faisaient comme deux serre-livres qui nous maintenaient droits, parfaitement droits dans la nuit claire.

Il y a toujours cela, un jour et une heure où les choses basculent et alors on ne peut plus faire comme si – je veux dire, comme si ça n’avait pas eu lieu. Ce n’est peut-être qu’un grain de plus qui tombe dans le sablier, mais enfin c’est le grain de trop, après quoi plus rien n’est pareil, tout s’écroule ou se succède, les événements tombent les uns sur les autres comme les vers d’un poème.

je n’ai pas tourné la tête d’un centième vers lui quand dans le silence on partageait bien assez nos pensées, quand le langage lui-même est un luxe inutile, puisqu’il n’y avait rien de plus à dire, rien de plus à comprendre, du moins si comprendre c’est faire une phrase qui justement s’articule et s’éclaire avec des « donc » et des « alors »

j’ai essayé de faire le point comme on peut faire quelquefois dans sa vie, à vouloir en reprendre toutes les coordonnées, comme au compas sur une carte marine mesurer les distances des amers et conclure d’une petite croix faite au crayon de papier « voilà, j’en suis là »

 

Photo : mouette (Lago Nahuel Huapí / Patagonie)

Lanez, Emilie «La garçonnière de la République» (2017)

Auteur : Émilie Lanez, journaliste au Point, est l’auteur de Même les politiques ont un père (Stock, 2015) et d’Addict, avec Marie de Noailles (Grasset, 2016).

Résumé : Caché par des arbres centenaires, protégé par des dizaines de caméras à infrarouge, le petit palais est invisible. Ce qui se trame au fond du parc de Versailles nous échappe : la royauté a des charmes que la démocratie ignore…
Ceux qui ont été invités à La Lanterne affectent d’avoir tout oublié. François Hollande lui-même, pourtant prolixe, fait répondre qu’il peut parler de tout, tout… sauf de La Lanterne, le lieu le plus secret de la République.
Quand ils s’y installent, nos élus se croient à l’abri des regards. Maîtresses, courtisans, copains, chanteurs, argent liquide et toiles de maître, ils s’adonnent ici à mille caprices, abusent de leurs privilèges et s’enivrent de ne pas avoir à rendre compte.
Dans ce décor charmant, les personnages s’appellent Cécilia et Carla Sarkozy, Valérie Trierweiler et Julie Gayet, François Mitterrand, Jacques Chirac, André Malraux, sans oublier les jardiniers, serveurs, cuisiniers et gardes du corps. Les réveillons du président, les serviettes armoriées pour les amis, les visiteurs du dimanche, et les draps blancs froissés au petit matin… Cinquante ans de vie politique française dévoilés.

Avis : 160 pages.. vite lu… et édifiant… La monarchie n’existe plus en France mais les rêves de grandeur et les comportements qui vont avec ne semblent pas avoir totalement disparu… Le peu qui nous est dévoilé montre l’opacité de certains et de certaines… Les amours se nouent et se dénouent, les femmes abandonnées s’abandonnent, les mariages se célèbrent… et l’argent du contribuable sert à nourrir et à délecter le palais de ceux qui fréquenter ce 6 Etoiles grand luxe avec grands crus . Ce qui choque également est de voir le monde qui sépare les personnes qui s’occupent de l’entretien dans des logis à peine isolés (la Poulinière et La Ménagerie) et « La Lanterne » chauffée même quand elle est vide (au cas où…)

Et certains, de gauche comme de droite ne sont pas présentés sous un jour très favorables. Si les Chirac, les Jospin, les Balladur, les Villepin semblent avoir des comportements corrects, certains comme Mme Fabius se montrent sous un jour bien désagréable et méprisant. On notera aussi ceux qui se servent de cet endroit pour le travail, pour les vacances, pour festoyer au frais des contribuables (Rocard y prend largement ses aises). On verra comment la culture sera remplacée par le show-business avec l’arrivée au pourvoir de Sarkozy, qui mettra la main sur le lieu en en changeant le bénéficiaire avant même son accession au pouvoir. Peintres et écrivains cèdent la place aux chanteurs et aux acteurs…

Un peu d’histoire, mais trop peu à mon gout. On y apprend quand même pourquoi elle s’appelle « la lanterne » ; j’ai bien aimé les quelques lignes qui traitent de la « Laiterie », de « l’Ecurie ». Le Chapitre 7 est je pense celui qui m’a le plus intéressé, pour le côté historique des bâtiments : naissance, vécu, restauration après les bombardements de la Deuxième Guerre Mondiale pour être rendue au Public.. et puis non…

Voilà un endroit ou la transparence – financière au moins – ne serait pas un luxe… Car coté gestion… beaucoup de liquide, pas ou peu d’informations transmises par le pouvoir… le flou total.. Va savoir de qui elle dépend … de la Culture, de Matignon, de l’Elysée, de l’Intérieur… Bonjour l’embrouille…

 

Extraits :

La jolie bâtisse XVIIIe commence son existence sous le signe, prophétique, du caprice de Cour. Le prince de Poix est un personnage, sous Louis XV, « le maître tout-puissant du domaine »

Réminiscences de la Cour, vestiges de l’absolutisme versaillais, La Lanterne prolonge l’héritage, elle incarne notre identité politique irrésolue. À La Lanterne, nos élus vivent comme des rois.

Nicolas Sarkozy est heureux d’être arrivé dans cette résidence incarnant mieux qu’aucune autre l’essence monarchiste du pouvoir à la française.

À Versailles, le chef de l’État se repose, il se promène, il se délasse, il reçoit et, surtout, il dépense sans rendre compte. La République et son exigence de transparence comptable ne franchissent pas le mur d’enceinte du pavillon du prince de Poix.

l’écurie, transformée sous Malraux en « écuriethèque ». Le ministre des Affaires culturelles de De Gaulle obligeait, chaque dimanche, son épouse pianiste, Madeleine, et Alain, le fils de celle-ci, à ranger dans l’ordre alphabétique les piles de livres reçus. Depuis, les lignées d’étagères en bois brut ont été enlevées, et d’ailleurs la maison ne contient aucune bibliothèque, à croire qu’on n’aime point y lire.

 

Info : J’ai découvert  les aquarelles intérieures de Mattei Popovici …

Balen, Noël – Barrot, Vanessa «Mortelle fricassée» (2016)

Série : « Crimes gourmands » 04

Les auteurs : Noël Balen, écrivain et musicien, partage son temps entre sa table d’écriture, les studios d’enregistrement et les fourneaux de la cuisine familiale.

Vanessa Barrot, avocate d’affaires, avoue un goût immodéré pour les saveurs du palais et confesse un appétit peu raisonnable pour les nourritures livresques.

Résumé : L’Auberge de la Tante Adèle est une des tables incontournables du Périgord. Après plusieurs décennies passées devant ses fourneaux, la vénérable Adèle Calmette a rendu son tablier et confié à sa nièce Adeline tous ses secrets de cuisine, à l’exception du petit carnet qu’elle porte toujours sur elle et dont on ne sait quel mystère il recèle.

A l’occasion d’un reportage en Dordogne, Laure Grenadier, rédactrice en chef du magazine Plaisirs de table, accompagnée de son photographe Paco Alvarez, entend bien rendre visite à cette institution de la gastronomie locale. Mais le destin en aura voulu autrement…

Entre une communauté à l’ésotérisme douteux et quelques militants en croisade contre le foie gras, entre d’étranges recettes médiévales et des potions d’apothicaire, de vieilles rumeurs paysannes et des malveillances forestières, Laure et Paco finiront par dévoiler certaines des énigmes du pays sarladais.

Mon avis : Le tour de France continue… De quoi vous émoustiller les papilles …  Après Lyon, la Normandie et Paris, cap sur le Périgord Noir. L’origine des expressions, les vertus de l’ikebana, la cuisine du Moyen Age, la différence entre les châtaignes et les marrons, les spécificités des noix… La découverte des produits, foie gras, truffes, cèpes, châtaignes, noix, des recettes… Une petite mise au point sur le gavage des animaux… Vous savez, vous, ce que c’est que l’hypocras ? un vin … mais encore… Un petit tour sur les marchés… Comme les trois premières fois, la découverte du tueur est la chose la moins importante de l’échappée gastronomique… Alors on embarque dans le « pot de yaourt » et direction le Périgord noir, la Dordogne, Sarlat pour visiter chambres d’hôtes et restaurants et faire un reportage photo sur la région. Aucun temps noir et une virée qui donne envie de partir sur les traces de Laure et Paco…

Extraits :

Le bois travaille en cette saison, la maison respire à nouveau. Les premières froidures apaisent les feux de l’été. La charpente s’étire, le plancher se détend, les huisseries trop sèches s’amollissent.

– « Si les Anglais peuvent survivre à leur cuisine, ils peuvent survivre à tout. »

 Il y a bien sûr l’origine du mot « copain », la personne avec qui on partageait le pain,    ( je vous laisse découvrir la suite dans le livre )

  La noix est un mélange de fragilité et de robustesse. Avez-vous remarqué la forme si particulière de ce fruit ? On dirait la réplique du cerveau humain.

Un petit progrès après une grande douleur peut sembler une oasis. Mais ce n’est que le premier pas et la route est longue, très longue.

Ils s’accrochent encore à des bribes de lumière, mais n’ont pas la force de regarder le soleil en face.

– Le châtaignier, poursuivit la journaliste, donne des châtaignes et des marrons. On les distingue en ouvrant la bogue… tu sais, la boule qui pique. S’il y a trois fruits à l’intérieur, c’est une châtaigne. S’il n’y en a qu’un, c’est un marron

L’œil vissé à son appareil, il travailla consciencieusement chacune des nuances dorées de la végétation, tour à tour irisées, diaprées ou moirées.

Le miel augmente le degré d’alcool et, à jeun, ce ne serait pas raisonnable.

vous pouvez aussi utiliser du savon à main liquide, en enduire un coton et le poser sur la tique quinze à vingt secondes. L’insecte va spontanément se détacher et se coller au coton quand vous le retirerez. Et surtout pas d’alcool ou d’éther !

 

Tome 1 « Petits meurtres à l’étouffée » 2014 (Série : »Crimes gourmands)
Tome 3  » Un cadavre en toque » 2015 (Série : »Crimes gourmands)
Tome 4 « Mortelle fricassée » 2015 (Série : »Crimes gourmands)

 

 

 

 

 

 

 

 

Piacentini, Elena «Le Cimetière des chimères» (2013)

Les polars du Nord – Série : Pierre-Arsène Leoni

Les enquêtes de Léoni : Les enquêtes de Léoni : Un Corse à Lille – Art brut – Vendetta chez les Chtis Carrières noires Le Cimetière des chimères Des forêts et des âmes – Aux vents mauvais (2017)

5ème enquête

Auteur : Elena Piacentini est née en 1969 à Bastia. Elle est la créatrice de Pierre-Arsène Leoni, un Corse, commandant de police à la PJ de Lille, capitale du Nord dans laquelle l’auteure vit aujourd’hui. Dans les enquêtes de ce meneur d’hommes soudé à son équipe, ses amis, sa famille, Elena Piacentini orchestre avec psychologie une humanité hétéroclite et malmenée, entre l’ombre et la lumière. Le Cimetière des chimères est son cinquième roman.

Résumé : Devant la tombe encore ouverte de Franck Bracco – jeune self-made-man en vue – une assemblée de notables, la mère et la compagne du mort se tiennent sous la neige qui recouvre Lille. Des coups de feu retentissent : le rédacteur en chef des Échos du Nord est tué, un ponte de l’immobilier blessé. Leoni et son équipe vont devoir fouiller la couche épaisse des affaires brassées par des hommes qui, en vertu de la tradition de leur caste, avancent en se serrant les coudes… Du moins lorsque tout va bien. Et l’illusion que le monde tourne rond est parfaite pour ceux qui considèrent leurs congénères comme des variables d’ajustement… Mais ce n’est pas le cas du Corse, ni des femmes qui l’entourent dans cette enquête, la légiste de son cœur et mémé Angèle en tête. Au prix de quels sacrifices, offrandes ou hécatombes, chacun des personnages de cette histoire pourra-t-il sauver ce qu’il a de plus cher ? Depuis le cimetière de l’Est, territoire d’un gardien singulier, Leoni se lance dans une traque aux faux-semblants haletante. Ce qui n’apaise pas se propres fantômes… (prix Calibre 47 []et prix Soleil noir 2014)

Mon avis : Alors j’avais bien aimé les précédents mais là, la romancière est passée à la vitesse supérieure. Pas un temps mort ; quand ce n’est pas l’action ou les descriptions imagées et percutantes, c’est l’analyse des personnages et des caractères. Je me suis régalée.

 

Extraits :

Rien n’imprime si vivement quelque chose à notre souvenance  que le désir de l’oublier. Montaigne

À l’étage, une fenêtre lança un couinement bref avant de s’ouvrir en crachant des bribes de peinture écaillée.

Le ciel gris cendre virait lentement au gris plomb. Depuis le matin, déjà, il crachotait de minuscules grains de neige.

Des invitations à dévider les pelotes de l’âme humaine, à marcher sur le fil des grandes salissures, des petites lâchetés, des illusions tranchées.

L’essentiel était là, dans ce geste miraculeusement intact, preuve que ses morts à elle revivaient de ces petits riens.

À son extrémité, une basket en fin de vie dont la semelle baillait à en gober les nuages. Elle reprit :

– Chaque fin de mois, mes parents, ils sont aussi usés que mes godasses.

 

– C’est un grand chat avec une toison grise, presque bleue. Et de grands yeux jaune orangé. Il est de la race des seigneurs.

La femme, elle, semblait pour l’heure imperméable à tout autre sentiment que celui de son propre désespoir.

J’ai tout prévu, vous savez. C’est fait pour ça les mères : prévoir et s’inquiéter de ce qu’elles ont oublié de prévoir.

– Le monde est tel qu’il est, mon ami. Il contient toutes les solutions. Si nous n’en avons qu’une poignée à notre disposition, c’est tout simplement que nous refusons de les voir toutes.

« Ce n’est pas le chemin que tu parcours qui compte, u mio figliolu, c’est comment tu observes ce qui t’entoure à chacun de tes pas. C’est comme ça que tu apprendras à connaître les bons endroits. »

si tu as quelque chose sur le cœur, autant le cracher tout de suite. Et moi, maintenant, je veux savoir parce que, ce que tu n’as pas dit, ça m’empoisonne déjà.

– J’ai l’impression que tu as pitié. Voilà. Et la pitié, c’est pire qu’une gifle !

Les mots furent expulsés dans un souffle, portés par un filet de voix.

C’est pas d’où tu viens qui compte, mais où tu veux aller. Et avec qui.

– Si la compétence était le critère principal d’avancement dans les entreprises, ça se saurait, non ? On y préférera toujours quelqu’un d’obéissant à quelqu’un d’intelligent.

à part des milliers de photos, ce type ne cachait rien d’autre chez lui que du vide et de la solitude.

Les pièges les plus sournois sont souvent ceux que l’on tisse avec le fil de ses propres illusions.

La vie de ce gus était d’une monotonie à faire pâlir de jalousie un moine bouddhiste.

– Je suis corse, pas suisse. Les demi-vérités ne sont rien d’autre que des demi-mensonges.

Quand tu n’es pas là, je suis comme de l’écume perdue dans le vent. Tu es ma vague et mon mouvement.

– Bah, les mots, ça n’est souvent que du bruit pour masquer l’essentiel.

On ne bâtit pas un temple avec des planches pourries au prétexte de le construire plus haut !

 

Lenormand, Frédéric «Le diable s’habille en Voltaire» (2013)

« Série Voltaire mène l’enquête »

Tome 3 : Le diable s’habille en Voltaire (2013)

Résumé : Voltaire a enfin trouvé un adversaire à sa mesure : le diable en personne ! Belzébuth sème des cadavres à travers Paris, au point que l’Église, soucieuse d’éviter tout scandale, fait appel au célèbre philosophe pour mener une enquête discrète en cachette de la police. Dans un Paris des Lumières encore très empreint de croyances irrationnelles, où vampires, démons et morts-vivants semblent se promener à leur gré, qui d’autre envoyer sur leurs traces qu’un philosophe connu pour ne croire à rien ? En échange, le cardinal de Fleury, qui gouverne la France, autorisera la publication des Lettres philosophiques, ce brûlot sulfureux. Il ne reste plus à Voltaire qu’à montrer ce que peut la philosophie contre la superstition. Et aussi à découvrir qui sème des morceaux de corps humains jusque dans le bain de l’écrivain, à percer le secret d’un mystérieux jupon convoité par un assassin, sans oublier de faire jouer sa nouvelle tragédie à la Comédie-Française, afin de révolutionner un art théâtral poussiéreux !

Mon avis :

Il n’y a pas à dire, le Voltaire de Lenormand est bondissant, sautillant, ingérable, savoureux ! Soyons honnêtes, je me fiche totalement des intrigues, j’aime l’atmosphère, l’écriture, les anecdotes, l’esprit de la série… Voltaire se met toujours dans des situations pas possibles et la peinture historique de l’époque est fidèle et pleine d’humour. Voltaire prend son bain… la scène est juste hallucinante ! La promenade nocturne au cimetière, la visite du Paris souterrain, les tripots clandestins, la mise en scène de sa pièce à la Comédie Française.

J’ai apprécié les citations d’époque et le petit guide final : « Comment devenir un philosophe voltairien, par l’auteur du présent ouvrage ». Et puis, moi qui n’ai jamais supporté Pascal (surtout après mon bac de Français ou l’examinateur m’a demandé « Vous préférez Rousseau ou Pascal ? J’ai dit Rousseau j’ai eu Pascal … » c’est toujours une joie de le voir se faire égratigner…

 

Extraits :

Il dut se rendre à l’évidence. Il n’avait mal nulle part, il allait presque bien. La nouveauté de cet accès de santé le désarçonnait, il fallait le dominer.

Comme quoi l’on pouvait être en avance sur son temps et s’habiller avec vingt ans de retard, ce qui avait l’avantage de vous faire remarquer à peu de frais.

Des gens pas comme les autres… qui prétendent penser par eux-mêmes…

Il se sentait l’intelligence aussi vive que lorsqu’il avait démontré l’ineptie des raisonnements de Pascal, ce grincheux à la réputation surfaite.

Dans son dos, l’assistant du bon Dieu le considérait avec un sympathique sourire de caïman.

La chambre mortuaire était un étalage de crucifix, de bibles, d’images pieuses, de médailles saintes réputées lutter contre le mauvais sort. La brave dame était confite en une dévotion tissée de peurs superstitieuses.

– Nos pieuses communautés ont toujours deux entrées, dit le père Pollet.
« Comme les maisons closes », compléta en lui-même son interlocuteur.

 

L’heureux auteur d’Adélaïde rentra chez lui à pied pour mieux méditer sur sa victoire. Le premier moment de jubilation passé, celle-ci lui devenait suspecte. Sans sa foi indéfectible en ses talents de poète, il eût mis en doute la qualité de sa tragédie. Seul un texte truffé de platitudes pouvait sauter l’obstacle administratif avec l’aisance d’un bouquetin pyrénéen.

Cependant, la découverte du valet-secrétaire-copiste installé dans ses pénates lui avait causé la même déconvenue qu’au lapin de la fable devant le museau de la belette émergeant de son terrier. Il avait assez d’expérience pour ne pas porter d’emblée ses récriminations devant le chat, Raminagrobis Voltaire étant aussi matois que son modèle par La Fontaine.

Tout écrivain doit se faire détester par une poignée d’imbéciles, sans quoi il manquerait quelque chose à sa réussite.

Se nettoyer sans se laver exigeait tout un art qui n’était pas la moindre réussite du XVIIIe siècle.

 

– Je suis davantage qu’un rimeur : je suis un penseur !
On eût aimé qu’il pût être les deux à la fois. La rime avait sur sa pensée un effet atrophiant.

– Ces messieurs de la police sont comme le reste de la société : il y a le bon, le pire, et la grosse épaisseur de médiocrité entre les deux.

– Méfiez-vous de ceux qui ont beaucoup d’amis, le plaisanta Voltaire : souvent, ils se révèlent plus sympathiques qu’il n’y paraît.

l’écrivain avait un don pour se créer des ennemis.
– Seuls les médiocres ne font pas d’envieux ! rétorqua le polémiste.

– Les femmes tombent amoureuses de nous sans que nous sachions pourquoi, puis nous les décevons sans comprendre comment, et elles se mettent à nous détester sans que nous sachions quoi faire.

 

Lien vers : présentation de la série « Voltaire mène l’enquête »

Lenormand, Fréderic «Série Voltaire mène l’enquête»

Spécialiste du XVIIIe siècle et de la Révolution, Frédéric Lenormand a publié chez Lattès les six premiers volumes des aventures de Voltaire (La baronne meurt à cinq heures, 2011, Meurtre dans le boudoir, 2012, Le diable s’habille en Voltaire, 2013, Crimes et Condiments, 2014, Élémentaire, mon cher Voltaire, 2015, Docteur Voltaire et Mister Hyde (2016).

«Ce diable d’homme.» Il faut dire qu’en son temps Voltaire incarnait pour certains le Malin. Il attaquait l’Eglise. Il sapait l’absolutisme royal. Et en plus, l’homme se révélait insaisissable. Un était jour ici, le lendemain ailleurs. Dès 1750, l’écrivain quitte du reste la France, où il ne reviendra que pour mourir en 1778. C’est durant les années 1730 que se situe la série «Voltaire mène l’enquête». Comme le titre l’indique, il s’agit de polars historiques. Le public les doit à Frédéric Lenormand. Né en 1964, l’homme a commencé par donner des ouvrages se situant à la fin du XVIIIe siècle, et en particulier sous la Révolution (source article Tribune de Genève)

Tome 1 : La baronne meurt à cinq heures (2011)
Voltaire est menacé. On a retrouvé sa protectrice, la baronne de Fontaine-Martel, assassinée dans son lit, et pour l’heure aucun suspect. S’il ne veut pas se retrouver à la rue en ce froid février 1733 (ou pire, à la Bastille !), il lui faut faire preuve de ressources et retrouver le criminel avant que celui-ci n’aille s’en prendre à d’autres honnêtes gens, lui par exemple… Heureusement, de ressources, Voltaire n’en manque pas. Car il sera bientôt rejoint par Émilie du Châtelet ! Brillante femme de sciences, enceinte jusqu’au cou, elle va l’accompagner dans son enquête, résolvant plus d’une énigme. Mais leur mission n’est pas sans dangers : il leur faudra affronter de redoutables héritières en jupons, des abbés benêts, des airs de flûte assassins, des codes mystérieux, et un lieutenant-général de police qui guette la première occasion d’embastillonner notre philosophe

Mon avis : (voir article)

Tome 2 : Meurtre dans le boudoir (2012)
Alors qu’il est sur le point de faire paraître ses Lettres philosophiques anglaises, écrit subversif qu’il nie avoir écrit, Voltaire s’empêtre à nouveau dans des crimes qu’il n’a pas commis. Un assassin s’en prend à des hommes d’importance, de préférence en aimable compagnie, et les élimine suivant des mises en scène inspirées d’ouvrages licencieux. Soucieux d’amadouer le lieutenant de police Hérault, voici Voltaire contraint de hanter les maisons de passe, les librairies clandestines et les bureaux de la censure sur les traces d’un illuminé qui qui semble s’être pris de haine pour les libertins. L’aide du bon abbé Linant et de la brillante Émilie du Châtelet ne sera pas de trop pour tenter de garder en vie l’esprit le plus pétulant de son siècle.

Mon avis : (voir article)

Tome 3 : Le diable s’habille en Voltaire (2013)
Voltaire a enfin trouvé un adversaire à sa mesure : le diable en personne ! Belzébuth sème des cadavres à travers Paris, au point que l’Église, soucieuse d’éviter tout scandale, fait appel au célèbre philosophe pour mener une enquête discrète en cachette de la police. Dans un Paris des Lumières encore très empreint de croyances irrationnelles, où vampires, démons et morts-vivants semblent se promener à leur gré, qui d’autre envoyer sur leurs traces qu’un philosophe connu pour ne croire à rien ? En échange, le cardinal de Fleury, qui gouverne la France, autorisera la publication des Lettres philosophiques, ce brûlot sulfureux. Il ne reste plus à Voltaire qu’à montrer ce que peut la philosophie contre la superstition. Et aussi à découvrir qui sème des morceaux de corps humains jusque dans le bain de l’écrivain, à percer le secret d’un mystérieux jupon convoité par un assassin, sans oublier de faire jouer sa nouvelle tragédie à la Comédie-Française, afin de révolutionner un art théâtral poussiéreux !

Mon avis : (voir article)

Tome 4 : Crimes et Condiments (2014)
En pleine révolution culinaire, Voltaire enquête sur les traces d’un assassin qui sème derrière lui tartes au cyanure et ragoûts à l’arsenic. L’aide de la brillante marquise du Châtelet, experte en recherches scientifiques, et de l’abbé Linant, fin gourmet, ne sera pas de trop pour rendre l’appétit aux gastronomes !
Après La baronne meurt à cinq heures (prix Historia, prix Arsène-Lupin et prix du Zinc de Montmorillon), Meurtre dans le boudoir et Le diable s’habille en Voltaire, une nouvelle aventure du philosophe truffée d’humour.

Mon avis : (voir article)

Tome 5 : Élémentaire, mon cher Voltaire ! (2015)
Qui en veut à la marquise du Châtelet ? Sa servante assassinée, la voilà aux prises avec la police. Voltaire vole à son secours pour dénouer une intrigue où s’entremêlent la couture, l’horlogerie et le commerce des poupées. Prêt à tout, virevoltant, multipliant les mots d’esprit, notre San Antonio des Lumières nous entraîne une nouvelle fois dans une folle sarabande. Depuis les salons parisiens jusque dans les taudis sous les ponts de la Seine, il déjoue la mécanique du crime, tire son épingle du jeu et démontre une fois de plus que, pour un philosophe comme lui, découvrir la vérité n’est qu’un jeu d’enfant.

Mon avis : (pas lu)

Novella : Querelle de Dieppe: Une enquête de Voltaire (2015)

A l’automne 1728, Voltaire ne connaît pas un retour d’exil triomphal. Il a décidé de passer l’hiver à Dieppe avant de se risquer à Paris. Habilement caché sous l’identité de « Sir Francis Volty, sujet de la couronne britannique », il s’installe chez l’apothicaire Tranquillain Féret. Il en profite pour s’initier à la médecine et pour essayer sur lui-même toutes sortes de médicaments dans l’espoir de guérir son « état de langueur ». En fait, les sujets d’intérêt ne manquent pas. Qui a tué cette jeune femme en capeline rouge dont il découvre le cadavre en bas de la falaise au cours d’une promenade de santé en chaise à porteurs ? Qui a fait disparaître le copiste chargé de multiplier ses brillants manuscrits philosophiques ? Que veut cet inquiétant vicomte dont le manoir normand ressemble au repaire d’un savant fou ? Il ne reste plus à notre philosophe, entre deux pilules, qu’à éclairer les Dieppois de ses Lumières.

Mon avis : (pas lu)

Tome 6 : Docteur Voltaire et Mister Hyde (2016)
Panique à Paris ! La peste est de retour ! Voltaire aussi !
Tandis qu’une maladie mystérieuse affole la capitale, le voilà coincé entre police, assassins, les médecins et son frère Armand, religieux intransigeant avec qui on le confond sans cesse. Déterminé à dissiper les brumes qui obscurcissent la raison et à éclairer l’intrigue de ses lumières, Voltaire prodigue aux populations effrayées les bienfaits de la philosophie en action. Hélas la police continue de penser que c’est encore la faute à Voltaire…
Nous voici à nouveau embarqués dans une réjouissante aventure policière du philosophe le plus pétulant de l’histoire de France. On se régale à le regarder faire preuve d’esprit et de férocité envers ses contemporains, en enquêteur égocentrique, persuadé de sa supériorité, jamais à court d’idées, mais toujours là pour faire surgir la vérité.
Impossible de coller une étiquette sur Frédéric Lenormand. Il n’est pas seulement auteur de romans policiers : c’est un romancier à part entière, capable dans un même récit de mélanger différents genres littéraires (polar, aventures picaresques, conte philosophique). C’est sous cet angle qu’il faut lire la série Voltaire mène l’enquête. On peut alors découvrir avec délectation une plume savoureuse. Mensonges en entrée, crime en plat principal, perfidies au dessert, c’est le menu très complet qu’il nous concocte pour nous servir les aventures d’un Voltaire capable de réjouir ceux qui l’aiment et ceux qui le détestent : un Voltaire délicieux, pimenté, irrésistible.

Mon avis : (pas lu)

Novella : Meurtre à langlaise (2016) 124 p
1726. Voltaire a traversé la Manche après un nouveau séjour à la Bastille à cause d’une fâcheuse histoire de coups de bâton assénés sur sa perruque à bouclettes. Miracle ! Il découvre à Londres une société idéale fondée sur le droit, sur le respect des concitoyens et des libertés publiques ! Hélas, comme aucun bonheur parfait ne saurait durer longtemps, les cadavres ne tardent pas à tomber autour de ses dentelles. Contraint à remonter ses finances, il accepte une place de conseiller auprès d’un policier britannique. Le voilà en visite dans tous les endroits louches de la capitale, dans les ruelles mal famées, dans les coffee-houses, dans les clubs les plus sélects, dans les manoirs des duchesses, dans les théâtres où Macbeth succède à Hamlet, plus déterminé que jamais à faire la lumière sur les turpitudes de son siècle, qu’elles soient saupoudrées d’arsenic ou nappées de sauce à la menthe. Avec cette novella, Frédéric Lenormand poursuit les aventures policières de son célèbre détective en perruque poudrée, digne prédécesseur d’Hercule Poirot.

Mon avis : (pas lu)

Tome 7 : Ne tirez pas sur le philosophe (2017)
Voltaire rentre d’un an d’exil en Lorraine, mais les Parisiens, peuple frivole, l’ont oublié : Les Lettres philosophiques, c’était l’année précédente, ils sont passés à autre chose. Aux grands maux les grands remèdes ! Notre philosophe décide de se refaire une réputation par la défense de belles causes. Le hasard place sur sa route une servante pendue pour vol qui s’est réveillée sur la table de dissection d’un chirurgien. Il faut l’innocenter, ou bien la justice du roi l’accrochera de nouveau à sa potence. Sauver l’orpheline injustement condamnée, voilà un défi à la mesure du plus brillant penseur du siècle des Lumières ! En San Antonio du thriller historique, Frédéric Lenormand crée des héros infatigables, hauts en couleur, qui caracolent au rythme d’un XVIIIe siècle plein de surprises. Cette nouvelle aventure de Voltaire est un dessert à la fois léger et subtil, moitié miel, moitié arsenic.

Mon avis : (pas lu)