Ekberg, Anna «La femme secrète» (2017)

Auteurs : un duo : Anders Rønnow Klarlund et Jacob Weinreich (qui a déjà travaillé ensemble sous le pseudo A. J. Kazinski.  1er roman sous ce pseudo (448 pages) Editions Cherche-Midi

Résumé :

Et si vous aviez l’occasion de devenir quelqu’un d’autre ?
Louise Andersen, la quarantaine, vit dans un petit village retiré sur l’île de Bornholm, au Danemark. Elle partage l’existence d’un écrivain, Joachim, de dix ans son aîné. Leur vie, sans histoires, est routinière. Jusqu’au jour où un homme, Edmund, arrive sur l’île et reconnaît Louise : c’est sa femme, Helene, disparue sans laisser de traces trois ans plus tôt. Il en est convaincu. Et tout porte à croire qu’il a raison. Louise, stupéfaite par cette confusion, va essayer d’en savoir plus sur Helene, dont la vie semble avoir été beaucoup plus mystérieuse et exaltante que la sienne. Mais si se mettre ainsi dans la peau d’une autre femme a quelque chose d’enivrant, on peut aussi y perdre la raison… voire bien plus.
En dire davantage serait criminel. L’intrigue magistrale mise en place par Anna Ekberg dans ce premier roman qui fera date déjoue en effet toutes les attentes et les suppositions du lecteur, au rythme de rebondissements incessants. Au-delà du suspense, à couper le souffle, elle nous livre un magnifique portrait de femme en perte de repères. Si vous avez déjà rêvé de changer de vie, ce livre est fait pour vous.

Mon avis :

Je continue sur le thème de la disparition après le livre « Summer » de Monica Sabolo…

C’est le commentaire de Sophie Peugnez de Zonelivre qui m’a donné envie de lire ce livre qu’elle a qualifié de « surprenant et captivant «  ( lire : https://nordique.zonelivre.fr/anna-ekberg-femme-secrete/ )

De plus en plus présente me semble-t-il dans les romans, l’amnésie… : parfois du côté des personnages et parfois des enquêteurs (Monk dans la série des romans de Anne Perry) ; Ingrid Desjours dans «La prunelle de ses yeux» en a fait également le sujet de l’un de ses romans, par le biais de la cécité de conversion…

J’ai beaucoup aimé ce livre. Je voudrais tout d’abord dire que le résumé est quelque peu réducteur… Ce n’est pas simplement une histoire de femme et de manque de repères… C’est les dessous d’une disparition… Effectivement l’histoire de la femme Louise/Hélène est au centre de l’intrigue mais plus Helene et Joachim vont tenter de percer le mystère, plus le passé va se dévoiler et plus le livre va devenir glaçant… Après les eaux du lac Léman de « Summer » de Monica Sabolo, les eaux danoises semblent aussi bien troubles… Suspense jusqu’au bout… et je ne vous en dirait pas davantage car je vous laisse vous enfoncer…

Extraits :

Ce doit être un mécanisme de survie de choisir de se concentrer sur une chose aussi minuscule et insignifiante alors que tout son monde est en train de s’écrouler.

Hemingway, Blixen… Tous les grands. Un amour déçu, voilà le seul fioul qui fait avancer les écrivains.

[…] ses tripes hurlent « non ». Il ne veut aucun détail. Tout ce qu’un homme a besoin de savoir, c’est que sa femme l’aime.

Elle était capable de leur parler de la pluie et du beau temps. Elle était capable de répondre à leurs questions inquiètes. Mais à l’intérieur, elle n’était qu’un vide retentissant, qu’elle palpait sous toutes les coutures sans parvenir à le comprendre.

La belle Hélène. Zeus, déguisé en cygne, mit Léda enceinte. Sa fille Hélène sortit donc d’un œuf, belle et blanche comme ce volatile. La plus belle de toutes les femmes.

Avec ou sans pilule, elle se fatigue très vite, elle a l’impression de vivre dans une horloge, ça résonne dans sa tête et elle ne peut pas en sortir. Ne supporte pas les questions, ne supporte pas de répondre.

Ce qu’ils sont en train de lui annoncer ne signifie qu’une chose : elle ne sait rien. Elle ne bouge pas. Ne dit pas un mot.  […] elle a beau être physiquement présente, elle disparaît. Elle cesse d’exister.

Sa voix n’a pas la force de porter tous ses mots et se brise à mi-chemin.

il s’agit d’une quête sans espoir. La Nasa a plus de chances de découvrir de la vie quelque part dans l’univers qu’elle n’en a, elle, de se retrouver. Peut-être n’a-t-elle d’ailleurs aucun « moi » à chercher en elle…

Il gesticule pour lui indiquer qu’il ne faut pas qu’elle utilise ses bras. Elle se remémore alors ce qu’il lui a expliqué : si les poissons n’en ont pas, c’est parce qu’ils ne servent à rien sous l’eau. Il faut qu’elle se dirige avec ses pieds.

Il n’y a que les poissons morts qui filent dans le sens du courant. Dans la vie, il faut le remonter, et chaque fois qu’on saute il faut y croire.

Il est libérateur de laisser le vin faire son travail, d’envoyer ses soucis au diable. De profiter de l’instant.

La maison de ville ressemble à toutes les autres demeures qui bordent l’étroite rue pavée : des bâtisses de pierre à trois étages qui se serrent les unes contre les autres comme si elles avaient besoin de soutien pour porter le poids de leur histoire.

Tant que tu n’auras pas connu le succès, tu resteras l’esclave de ce que les autres pensent. Ils te diront comment tu devrais te conduire, comment tu devrais vivre.

 

 

 

 

 

Penny, Louise «Un outrage mortel» (2017)

La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Tome 12 : Un outrage mortel (paru au Canada – Flammarion Québec – le 10 aout 2017)

Résumé : Quittant sa retraite de Three Pines, Armand Gamache accepte de reprendre du service à titre de commandant de l’école de police de la Sûreté. À cette occasion, Olivier lui offre une curiosité : une carte centenaire qui était emmurée dans la salle à manger du bistro du village. Il n’en faut pas plus pour mettre l’ancien enquêteur sur la piste d’un passé qu’il préférerait sans doute oublier. C’est alors qu’entrent en scène quatre étudiants de l’école de police et un professeur… découvert assassiné. Dans la table de nuit de la victime, une copie de la carte de Gamache fait peser de lourds soupçons sur ce dernier. D’autant que son comportement avec une recrue au profil inquiétant désarçonne tout le monde, y compris le fidèle Beauvoir. Le commandant a ses secrets, mais les outrages du passé ne sont-ils pas plus dangereux lorsqu’on veut les occulter ?

Mon avis : Alors moi.. je suis une inconditionnelle ! J’adore la famille Gamache et la bande de Three Pines… Le Commandant prend les rênes de l’Ecole de la Sureté. il n’est pas au bout de ses peines.. Lutter contre la corruption n’est pas chose facile… et réformer de l’intérieur n’est pas simple non plus.. Surtout quand personne ne comprend ou il veut en venir et que lui ne veut pas expliquer ces intentions… Faut dire qu’il ne cherche pas la facilité non plus… Et il doit en plus affronter le passé… Un roman sur l’endoctrinement des jeunes malléables, sur la peur de vivre et celle de mourir…

Certains ne voient pas ce que cette série a de fascinant et moi au contraire je suis admirative de ce personnage à la force tranquille, qui transforme ses doutes en certitudes, qui repousse les limites de la haine, aspire à voir le bien l’emporter sur le mal et veut toujours donner / laisser sa chance au plus démunis ….

Extraits :

Mais ce qu’il appréciait par-dessus tout, c’était la possibilité qu’il avait désormais de façonner l’avenir au lieu de simplement réagir au présent.

Malgré tout, certaines rides menaient ailleurs. Vers la cambrousse, vers la nature sauvage. Où de terribles événements s’étaient produits. Certaines des rides de son visage débouchaient sur des événements inhumains et abominables.

Et peut-être, lorsqu’ils seraient pareillement cartographiés, la bonté se lirait-elle sur leurs visages à eux aussi.

La force ou la faiblesse de toute chose est d’abord et avant tout humaine.

Dans la demi-obscurité, il ne distinguait que des livres. Les murs en étaient tapissés. Ils étaient empilés sur des tables. L’unique fauteuil, éclairé, était recouvert de livres ouverts. Capitonné de récits.

Elle aurait plutôt dû craindre les mots, les idées. Amelia le savait, elle. Et elle savait aussi que c’était ce qui rendait les drogues si dangereuses. Elles faisaient éclater l’esprit et non le cœur. L’esprit d’abord. Ensuite, le cœur. Enfin, l’âme.

« Ne croyez pas tout ce que vous pensez. »

Il éteignit les lumières et se dirigea d’un pas prudent vers la chambre en se demandant laquelle des deux gueules de bois, le matin venu, serait la plus pénible. Celle de l’alcool ou celle des émotions ?

Les mystères ne sont pas tous des crimes, répondit le commandant. Par contre, tout crime débute par un mystère. Un secret. Une réflexion ou un sentiment cachés.

Nous enquêtons sur des crimes, mais d’abord sur des personnes. Sur ce qu’elles nous cachent. Les secrets ne sont pas des trésors, vous savez. Ils ne vous confèrent pas de pouvoirs. Ils vous affaiblissent. Ils vous rendent vulnérables.

Comment ferez-vous pour chercher la vérité chez les autres si vous n’acceptez pas d’être vous-même ?

Les premières cartes étaient celles des cieux, vous savez. Ce que les anciens pouvaient voir. Là où habitaient leurs dieux. Toutes les cultures ont cartographié les étoiles. Ensuite, elles ont baissé les yeux. Sur le monde qui les entourait.

Un meurtrier se nourrit du chaos, de la division et de la diversion. Des querelles intestines, en somme. Il vous distrait, sape votre énergie. Vous devez apprendre à collaborer. Avec tout le monde. Sans exception.

Les professionnels savent que l’arme, dès qu’un crime est commis, cesse d’être un fusil, un couteau ou un gourdin et devient un nœud coulant. Elle s’accroche au meurtrier. Il se croit malin en l’emportant avec lui, mais il est plus difficile de s’en débarrasser qu’on l’imagine parfois. Plus longtemps il la garde en sa possession, plus le nœud se resserre, et plus la chute est terrible.

l’enfant maltraité cherche désespérément à plaire à l’agresseur. Il veut l’apaiser. Il apprend, très tôt et très vite, que, dans le cas contraire, il y a un prix à payer. Aucun enfant ne court le risque de mécontenter le parent qui le maltraite.

Notre histoire, notre cuisine, nos chansons et nos récits sont issus de l’endroit où nous vivons.

L’histoire d’un lieu est tributaire de sa géographie. Si le terrain est montagneux, par exemple, il est plus difficile à conquérir. Les habitants sont plus indépendants, mais aussi plus isolés. Il est entouré d’eau ? Dans ce cas, il est sans doute plus cosmopolite.

Une fille percée, rapiécée. Comme l’Homme de fer-blanc dans Le magicien d’Oz. À la recherche d’un cœur.

Elle frappait à la porte. Réclamait la vérité. Exigeait de connaître les alliés et les ennemis.
Une autre guerre mondiale. Son monde à elle. Sa guerre.

Les vrais criminels, les pires criminels, ne se trouvaient pas dans les ruelles glauques. Ils étaient assis dans nos cuisines, à nos tables.
Peu spectaculaires et toujours humains.

Quelques années plus tôt, il aurait été consterné par des échanges comme celui-là, mais, maintenant qu’il avait appris à connaître les autres villageois, il n’était plus dupe : c’était simplement une sorte de pas de deux verbal.

Un portrait révèle la vie intérieure, la vie secrète d’une personne. C’est ce que les peintres s’efforcent de saisir. Le faire pour d’autres, c’est une chose ; retourner l’arme contre soi, c’en est une autre.

Être perdu est beaucoup plus difficile que de suivre le mauvais chemin. C’est pour cette raison que tant de gens refusent de s’en écarter.

Il y a toujours un chemin de retour. À condition d’avoir le courage de le chercher et de l’emprunter. « Je m’excuse. Je me suis trompé. Je ne sais pas. »

Elle avait peint la force de la jeunesse. Fragilisée, affaiblie par la peur. Par la stupidité des vieux, leur cruauté et leurs décisions.

 

Penny, Louise : La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

 

 

Dufourmantelle, Anne «L’Envers du feu» (2015)

Auteur : Anne Dufourmantelle, née le 20 mars 1964 à Paris1 et morte le 21 juillet 2017 à Ramatuelle, est une psychanalyste et philosophe française. a publié de nombreux essais, entre autres, De l’hospitalité, avec Jacques Derrida, mais aussi En cas d’amour, L’Éloge du risque, et le dernier Défense du Secret (2015), tous chez Payot . Elle meurt le 21 juillet 2017 des suites d’un arrêt cardiaque, en tentant de sauver l’enfant d’une amie de la noyade sur la plage de Pampelonne. Les notions de risque et de sacrifice étaient au cœur de sa pensée.

Albin-Michel, aout 2015, 352 pages

Résumé : « Les grands incendies sont une espèce en voie de disparition. Ils se propagent à la vitesse du vent et de la nuit. Leur souveraineté soumet l’espace. Pareils aux météorites et au désir, leur dangerosité, leur degré de combustion, leur trajectoire sont imprévisibles.
Dévastation. Régénération.
Nous sommes de même nature ; des feux. »
Thriller psychanalytique, roman initiatique, histoire d’une passion, quête de soi, labyrinthe de mensonges et de faux-fuyants, de souvenirs écrans, ce suspense qui emprunte les arcanes de l’analyse nous mène de Brooklyn jusqu’aux confins du Caucase à la poursuite d’une mystérieuse disparue.
Le premier roman de l’auteur de « En cas d’amour et de Défense du secret » nous fascine et nous trouble jusqu’au vertige.

Mon avis : Excellent ! Si cette dame n’était pas décédée en portant secours à des enfants, je ne crois pas que j’aurais entendu parler du livre. Et je serais passée à côté d’un roman comme je les aime. Un vrai roman psychologique avec un rôle de psy plus que convainquant (ce qui semble logique au vu de la profession de l’auteur) mais pas que… Une écriture fluide et agréable, une construction efficace, rythmée par les séances chez le psy… une histoire qui fait remonter le passé (refoulé) et la mémoire…

Alors suicide ? meurtre ? disparition ? enquête ? à quête de soi ? inconscient ? quête des autres ? souvenirs d’enfance ? fuite ? reconstitution ? amour ? amitié ? trahison ? confiance ? Toute une vie remise en question ; les fondements et les certitudes s’effondrent… Le personnage principal va voir sa vie s’écrouler et se décomposer autour de lui.. A qui faire confiance? A ces amis? mais sont-ils ses amis? A son père? à des rencontres de passage? Par moments il se croit libre, d’autres fois il se sent observé, surveillé… Vérité ou paranoïa? Est-ce une simple disparition? A-t-il mis les pieds là ou il n’aurait pas dû ? Je vous laisse en compagnie d’Alexeï.. Je ne vous raconte rien… j’ai beaucoup aimé et je le recommande.

Extraits :

Les livres n’appartiennent à personne, les conserver ne m’est jamais venu à l’esprit. Ils sont faits pour passer de main en main, de vie en vie. J’aime les déplacer, en dérober un comme ça, pour l’abandonner ensuite dans un endroit public.

Ce n’est pas tant les espaces qui me fascinent que l’histoire dont ils gardent la trace, ou celle qu’ils annoncent en secret.

Les détails me rassurent, ils s’opposent à l’oubli. Je revois ma déambulation, les pièces entre-vues, les recoins, les objets.

Ce qu’on oublie est un choix, pas un accident, encore moins une faiblesse. Mais tout ne s’efface pas, il y a des îlots qui échappent au refoulement.

un état somnambulique peut être une forme de veille paradoxale. Les vigilances se créent parce qu’un jour elles ont été prises en défaut

Qu’est-ce qu’un serment, sinon la possibilité d’une future trahison ?

Je voudrais échapper à l’inquiétude que je devine en elle. J’ai assez de la mienne.

La nostalgie n’est pas mon élément. Je ne veux rien d’autre que le présent.

– Une fugue ?
– J’ai passé l’âge.
– L’âge n’a pas d’importance, c’est l’intention.

– La mort appartient à celui qui meurt, personne ne peut s’arroger le droit d’en questionner les derniers instants.

Sa musique infuse comme une rivière inconnue que l’on découvrirait dans un lieu familier, une eau tumultueuse qui se serait frayé seule un passage.

Il s’est dit quelque chose d’important, d’essentiel même, qui peut les guider. C’est comme une phrase musicale qui serait là, invisible, soutenant la mélodie.

Les grands rêves sont des trésors qui, s’ils ne sont pas captés, peuvent devenir toxiques.

Il faut accompagner les morts une partie du chemin et puis leur dire adieu quand le temps est venu. Et alors savoir qu’une part de nous est partie avec eux, et l’honorer, pour qu’ils ne reviennent pas nous hanter.

C’est comme ces chevaliers dans les livres que je lisais enfant, dont l’idéal guidait les actes : cela ne leur rendait pas la guerre plus douce ou le voyage plus sûr, mais ils servaient une noble cause.

La psychanalyse est une étrange fabrique de secrets destinés à lever d’autres secrets.

Elle voulait sortir du jeu définitivement. S’éclipser. Ce mot lui plaisait, il signifiait d’abord le mouvement par lequel la lune ou le soleil se rendent invisibles.

Personne remplace personne. Ça fait un trou, basta.

Couper court et faire silence. Mais ne serait-ce pas déserter face à un adversaire qui n’est autre que lui-même, quoi qu’il se raconte ?

L’inconscient n’oublie rien, dit-elle. Chaque événement passé poursuit son devenir en nous. Notre psyché contient toutes les mémoires qui nous ont traversés, et pas uniquement la nôtre.

Écrire à la main déjà lui paraît d’un autre âge. Une archiviste de la vie des autres.

La moitié de notre vie est dédiée à enregistrer la plainte venue de nos rêves d’enfant, de nos désirs sacrifiés.

ces bribes d’enfance qui remontent, c’est comme le retour du sang après une gelure. C’est douloureux mais vivant.

Elle essaie de penser, c’est sa seule dissidence, mais il n’y a pas d’abri possible pour la pensée

Lacan disait de l’ignorance que c’était une passion au même titre que l’amour et la haine. Elle engendrait des monstres.

 

Higashino, Keigo « La prophétie de l’abeille » (2013)

Auteur : Keigo Higashino né le 4 février 1958 à Osaka sur l’île d’Honshū, est un écrivain japonais, auteur de romans policiers.

Il est l’auteur d’une série qui met en scène le Physicien Yukawa : Le Dévouement du suspect X (2011) , Un café maison (2012), L’Équation de plein été (2014).

Et de plusieurs autres romans : La Maison où je suis mort autrefois (2010)La Prophétie de l’abeille (2013) – La Lumière de la nuit (2015)La Fleur de l’illusion (2016)

Résumé : Un matin d’été, la voiture de l’ingénieur Yuhara pénètre dans le complexe de Nishiki Heavy Industries. C’est aujourd’hui que l’hélicoptère sur lequel il travaille depuis des années doit être livré à son commanditaire, l’Agence de défense du Japon. Sa femme et son fils l’accompagnent pour assister à la démonstration de vol. Yuhara se rend dans son bureau tandis que sa famille l’attend à la cafétéria en compagnie de l’épouse d’un collègue et de son petit garçon. Les deux enfants vont jouer dehors et réussissent à se glisser dans le hangar où se trouve l’hélicoptère, et même à bord de l’appareil. L’un des deux est encore dedans lorsque celui-ci se met à bouger. Bientôt, sous les yeux terrifiés de son compagnon de jeu, l’hélicoptère prend son envol. D’abord stupéfaits, les ingénieurs comprennent bientôt que l’appareil a été manipulé à distance. Moins d’une heure plus tard, l’hélicoptère s’immobilise au-dessus d’un réacteur nucléaire. Les autorités reçoivent un message signé de « l’Abeille du ciel » : l’appareil, chargé d’explosifs, s’écrasera sur le réacteur quand il aura épuisé son carburant si toutes les centrales du Japon ne sont pas mises immédiatement hors d’état de fonctionner… Dans ce thriller magistral publié pour la première fois au Japon en 1998, Keigo Higashino décrit en temps réel la menace d’une catastrophe nucléaire. Alliant l’art du rebondissement à l’intelligence des situations, il compose une intrigue imparable, portée par la prescience du désastre à venir.

Mon avis : Une fois encore j’ai apprécié l’écriture de cet auteur, tout en finesse. Toujours intelligent et sans violence, tout est fondé sur le savoir, les connaissances et l’analyse des situations. Les personnages sont intéressants, les motivations se dévoilent ; ä la fin du livre, j’ai pourtant une petite indigestion de technique ! Très documenté, et pour moi trop documenté. Un peu moins d’informations sur le nucléaire et un peu plus d’enquête ne m’aurait pas déplu. Mais en cette période ou le débat sur le danger des centrales est au centre des préoccupations c’est intéressant de se documenter en lisant un roman.

Extraits :

le Japon, malgré son expertise technologique, n’est pas un pays avancé sur le plan de l’aéronautique, une situation due en grande partie au mémorandum du Commandement suprême des forces alliées qui interdisait au Japon, pendant une période déterminée, de développer, tester ou produire des avions.

Il comprenait que la situation était grave sans arriver à se persuader de la réalité du problème.

Son état d’esprit l’inquiétait.

Rien ne justifiait son optimisme. Il était fondé sur une illusion : « Si tout allait bien jusqu’à hier, il n’y a aucune raison que cela change aujourd’hui et demain. » Il s’en rendait compte et cela le troublait.

Ressentir de l’inquiétude vis-à-vis d’une situation imprévue lui paraissait indigne d’un esprit scientifique.

Le bâtiment réacteur de forme ronde, où se trouvait l’enceinte de confinement, était entouré de plusieurs constructions, les bâtiments annexes, qui composaient un rectangle autour de lui. L’ensemble faisait penser au drapeau japonais, avec son point rouge au centre.

Les hommes, à la différence des femmes, n’oublient jamais leur ancien métier.

Si personne ne veut du nucléaire, il faut arrêter les centrales nucléaires. Et accepter de vivre en utilisant moins d’électricité.

Il appartenait à ces gens qu’enthousiasme l’idée de devenir plus fort en surmontant la souffrance et la peur, un tempérament commun à tous les sauveteurs

Son sentiment était que les choses entre eux avaient suivi leur cours naturellement. Et qu’ils étaient devenus amants parce qu’il ne lui avait posé aucune question indiscrète. Elle en avait fait autant. C’était un peu triste, mais confortable.

« Il existe dans la vie des choses dont tout le monde a besoin mais que personne n’aime voir. L’énergie nucléaire en fait partie. »

Mey, Louise «Embruns» (2017)

Auteur : Après Les Ravagé(e)s (2016), elle vient de publier son deuxième roman Embruns (voir article) . La suite de « Les Ravag(é)es est prévue pour 2018
Paru chez Fleuvenoir – 336 pages

Résumé : Béa, Chris et leurs deux rejetons de presque vingt ans sont charmants, sportifs, talentueux et, surtout, ils forment une équipe complice.

Voilà une famille qui a le bon goût dans le sang, chérit les matières nobles, les fruits du marché, le poisson jeté du chalutier, la tape amicale dans le dos des braves. Voilà une team unie qui porte haut les valeurs d’authenticité, d’équité, d’optimisme. Les Moreau – c’est leur nom – ne perdent pas une miette de leur existence. Ils sont insupportablement vivants.
Et comme le veut l’adage, les chiens ne font pas des chats : Marion et Bastien sont les dignes héritiers de leurs parents. Ils ne les décevront pas.
Pour l’heure, tous les quatre se sont réfugiés le temps du pont du 14 Juillet sur une île de Bretagne. Un coin de paradis si prisé qu’il est impossible d’y séjourner sans passe-droit. Mais, même l’espace d’un week-end, impossible n’est pas Moreau.
Seulement, quand au retour d’une balade Béa, Chris et Bastien trouvent la maison vide, la parenthèse enchantée prend soudain l’allure d’un huis clos angoissant. La petite île, devenue terrain boueux d’une battue sous la pluie pour retrouver Marion, va révéler un autre visage : celui d’une étendue de terre entourée d’eau où vit une poignée d’individus soudés comme des frères et aguerris aux tempêtes.

 

Mon avis : Alors bienvenue en Bretagne : sauvagerie garantie à tous les niveaux…
Un suspense magistral, un presque huis-clos angoissant au possible, machiavélique à souhait. Je l’ai dévoré, pas lâché… totalement happée par l’histoire. Je ne vous en dot pas plus…
Et immédiatement, je me suis fait prêter le précédent par la copine : je replonge dans l’univers de cette jeune romancière française .

Extraits :

Comme les doigts d’une même main, dont les gestes se complétaient, fluides, assurés.

« La seule surconsommation qui ne me dérange pas, déclarait Chris, c’est celle de la culture. »

— Franchement, sur l’échelle du danger, ce type est entre le hamster et le concombre de mer.

Entre les rafales de vent frais, le soleil chauffait la peau.
— Polaire et coups de soleil, de vraies vacances bretonnes.

C’était l’heure blanche, ce moment suspendu avant que le jour ne se retire complètement, où les teintes claires jaillissent du décor, amplifiées par un étrange effet d’optique.

— Bienvenue en Bretagne. Là où il fait beau plusieurs fois par jour.

À deux mètres, la vue se brouillait sous la violence de la pluie. On aurait dit que le ciel s’était posé par terre.

Le Goulet, ben voyons. Pourquoi pas la Pointe du Pendu ou le Pic aux Écorchés ? Pourquoi les coins pourris ont toujours des noms pourris ? Pourquoi on fait pas des camps de torture qui s’appelleraient Aux lilas bleus ? »

il savait que se heurter à ses peurs pouvait marcher. Il s’agissait de volonté.

Ils se regardèrent, et plus rien n’exista. Ils se regardèrent comme si tout en ce monde s’écoulait loin d’eux, comme s’il ne restait sur un radeau perdu dans l’univers que leurs visages tournés l’un vers l’autre.

Ensemble. Cette joie sauvage de s’être trouvés qui battait en eux comme un cœur unique, depuis le début.

Sa bouche devint acide. Elle choisit ses mots avec attention, cobra en équilibre.

Elle piétinait tout sur son passage. Le pouvoir corrosif qui s’écoulait tranquillement hors d’elle, comme un collier de perles rondes et régulières, déchirait tout ce qui pouvait être déchiré, et cela lui procurait un plaisir infini.

On ne soigne pas les sociopathes. On ne leur apprend pas la compassion, l’empathie.

L’eau semblait l’appeler, l’inviter, avec les mouvements souples d’un rideau de velours sombre. Elle l’imaginait tiède et moelleuse, comme un immense oreiller de plumes, comme un sommeil profond. Elle se laissait porter, avec une légèreté d’innocente, savourant pour la première fois l’abandon, ses muscles apaisés.

Je ne suis pas un génie, moi, mais pendant l’année, je ne suis pas non plus ici à manger des racines.

Les feuilles des arbres semblaient avoir été tracées par un enlumineur précautionneux, soucieux du détail

 

Scerbanenco, Giorgio «Le Sable ne se souvient pas» (2003)

L’auteur : (Source Wikipédia) Giorgio Scerbanenco, né Volodymyr-Djordjo Chtcherbanenko (en ukrainien : Володимир-Джорджо Щербаненко) à Kiev le 27 juillet 1911 et mort à Milan le 27 octobre 1969, est un écrivain de polar italien. Il est né en Ukraine, à Kiev, de mère italienne et de père ukrainien. Il arrive en Italie, à Rome, avec sa mère à l’âge de six mois. En 1917, lors de la révolution russe, tous deux retournent en Russie pour retrouver leur mari et père, mais celui-ci a été fusillé par les bolcheviques. Il rentre donc avec sa mère en Italie, d’abord à Rome puis, à seize ans, à Milan. Il est alors orphelin. Il arrête très tôt ses études pour des raisons financières. Sans diplôme, il gagne sa vie péniblement en acceptant des emplois mal payés de manœuvre, de balayeur ou de magasinier. Les privations, la malnutrition et une santé très fragile entraînent son hospitalisation dans un sanatorium à Sandrio, près de la frontière suisse. C’est pendant ce repos forcé qu’il se met à l’écriture de plusieurs nouvelles publiées à partir de 1933. Auparavant, il commence à collaborer à des journaux féminins, d’abord comme correcteur, puis comme auteur de nouvelles et de romans à l’eau de rose, ainsi qu’au courrier du cœur. Il écrira également des westerns et de la science-fiction.
Il publie son premier roman policier Sei giorni di preavviso en 1940, c’est le premier d’une série qui sera republiée dans Cinque Casi per l’Investigatore Jelling.
En 1943, il se réfugie en Suisse où il restera jusqu’en 1945. Il passe d’abord par le camp de réfugiés de Büsserach puis est accueilli, dans le canton du Tessin, par des amies suisses de son épouse, Teresa. Pendant son exil il écrit un roman Non rimanere soli qui en transpose l’expérience bien qu’il ait dû, comme il l’écrit lui-même dans l’avis au lecteur (al lettore) qui précède le roman, obéir aux prescriptions minutieuses de la police du pays dans lequel il a passé ses années d’exil et se contraindre à une neutralité hypersensible (ipersensibile neutralità) et donc à changer les noms des personnes et des lieux. C’est également en Suisse qu’il écrira Lupa in convento, Annalisa e il passagio a livello, Tecla e Rosellina ainsi qu’un roman de science-fiction — qualifié de sombre (cupo) par sa fille Cecilia dans l’avant-propos du recueil intitulé Annalisa e il passagio a livello contenant la nouvelle de même titre et Tecla e Rosellina, publié en 2007 par Sellerio à Palerme.
La renommée internationale intervient avec la série des Duca Lamberti — quatre romans dont Vénus privée, adapté à l’écran par Yves Boisset sous le titre Cran d’arrêt en 1970. Il y dépeint une Italie des années 1960 difficile, parfois méchante, désireuse de se développer mais désenchantée, loin de l’image édulcorée et brillante de l’Italie du boom économique.
Il obtient le grand prix de littérature policière en 1968.
Il peut être considéré comme un des maîtres des écrivains italiens de romans noirs à partir des années 1970.
Depuis 1993, le prix Scerbanenco récompense le meilleur roman policier ou noir italien publié l’année précédente. Ce prix est décerné lors du Festival du film noir de Courmayeur.
Depuis 2001, Laurent Lombard (université d’Avignon) a proposé en traduction des textes inédits en France aux éditions Rivages/noir : (La trilogie de la mer : Le Sable ne se souvient pas, Mort sur la lagune, Les Amants du bord de mer) ainsi qu’une nouvelle traduction de la série Duca Lamberti en cours de parution chez le même éditeur.

La trilogie de la mer : (1) La sabbia non ricorda (1961) – Publié en français sous le titre Le Sable ne se souvient pas, Paris, Payot & Rivages, Rivages/Noir no 464, 2003. – 368 pages)

Résumé : Été 1960. Dans l’aube naissante, un homme est étendu sur une plage du Nord de l’Italie. Il a une blessure à la gorge. Debout, une jeune femme contemple son cadavre. « Ça devait arriver », pense-t-elle. Elle ramasse un couteau, l’arme du crime, et le jette à la mer, puis elle prend la fuite. Elle repart chez elle, en Allemagne. Quelques heures plus tard, des carabiniers trouvent le corps du jeune sicilien. Le vent a déjà effacé les empreintes de pas sur le sable. Le sable ne garde rien en mémoire. Le sable ne se souvient pas…

Publié en 1961 dans une revue féminine, Le Sable ne se souvient pas est un inédit de Scerbanenco. Considéré comme le père du roman noir italien grâce à la série dont le héros est Duca Lamberti, l’auteur excelle dans la peinture sociale de son pays et met ici en lumière le contraste entre une Sicile pauvre et arriérée, et une Italie du Nord bourgeoise et complexée.

« Toutes les qualités de Scerbanenco, disparu prématurément en 1969 alors qu’il promettait de devenir l’égal transalpin d’un Simenon, se retrouvent dans ce récit. » ( Le Canard Enchaîné)
« L’un des chefs-d’œuvre du père du roman noir en Italie. » ( Le Nouvel Observateur)
« Une réussite exemplaire, parfaitement représentative de cette fantastique ‘machine à raconter des histoires’ que fut l’inépuisable Scerbanenco. » (Christian Gonzalez, Le Figaro Madame)

Mon avis : Un très gros merci à Fouad pour m’avoir suggéré de lire cet auteur. Je ne vais pas m’arrêter après ce premier … c’est certain. Un excellentissime conseil. L’Italie du Sud qui s’oppose à celle du Nord. D’un côté les pauvres, de l’autre les nantis. La femme soumise contre la femme libérée. Il y a le coté policier, le coté sociétal et le coté psychologique. En effet bon nombre de personnages ont des personnalités bien différentes et vivent avec des angoisses, des peurs, un passé qui leur colle à la peau et les empêche de vivre. Il y a à la fois des réflexions style délit de sale gueule (Autrefois, les délinquants, les assassins avaient un physique de délinquant ou d’assassin) et images stéréotypées et à la fois des analyses très fouillées, sensibles, délicates. Tous les personnages ont un rôle à jouer et tous sont vivants et extrêmement bien décrits. Tous ont leur coté ombre et leur part de lumière. Et le suspense est total… Il y a des pistes à suivre, plusieurs coupables possibles… et on est tenus en haleine jusqu’au bout… En plus de Fouad , j’avais lu que Valerio Varesi était un admirateur de cet auteur : j’ai compris pourquoi 😉

Extraits :

Elle regarda autour d’elle : personne. On pouvait même dire : rien, parce qu’à cette heure-là, dans la couleur grise qui confondait toute chose, c’était comme si le néant l’entourait. Un ciel sans étoiles, et sans soleil, comme un vide.

Mais à l’intérieur, elle était vide. Enfin, presque, car il lui restait un lac d’angoisse qui lui ôtait toute force physique et la faisait paniquer pour un rien, pour ce qui bougeait comme pour ce qui était immobile

Il comprenait qu’elle n’allait pas bien, qu’elle s’était arrêtée ; ni en vie, ni sans vie.

Ce n’était pas un visage : c’était un livre. N’importe qui pouvait le lire.

— Ce n’est pas du silence ça, écoutez.
Il se tut un instant, pour lui faire comprendre que ça, ce n’était pas du silence.
— Ça, c’est le néant, vous avez entendu ? On a l’impression d’être dans le néant et d’être anéanti.

Elle savait ce qu’étaient les idées fixes, les obsessions, les angoisses, c’est pourquoi elle arrivait à le comprendre. On n’échappe pas à quelque chose qu’on a à l’intérieur de soi.

Elle savait ce qu’étaient les idées fixes, les obsessions, les angoisses, c’est pourquoi elle arrivait à le comprendre. On n’échappe pas à quelque chose qu’on a à l’intérieur de soi.

Les femmes sont nées pour attendre, croyait-elle sans être capable de le penser, et elle aimait ça, attendre, parce que, elle, c’était une vraie femme.

Et tout comme son fils dont il suffisait de regarder le visage pour y lire ce qu’il pensait, il suffisait de suivre le déplacement et le froissement de ses rides pour connaître chacune de ses pensées et chacun de ses sentiments.

Tout le monde doit se convaincre par soi-même, et non parce qu’on force votre volonté.

J’ai changé d’idée, et un homme n’aime pas tellement changer d’idée. Peut-être qu’une femme ne peut pas le comprendre.

C’était une statue, à un point tel que l’habiller, c’était comme mettre un tailleur à Aphrodite

Elle fut la première à se défaire de l’embrassade, comme si elle se défaisait d’une partie vivante d’elle-même.

il comprit que durant toutes ces années où il avait été loin d’elle, il avait souffert, même s’il n’en avait pas eu conscience, même s’il croyait qu’il souffrait pour d’autres raisons.

il savait que personne n’effraierait cette fille au visage haineux.
La haine n’a peur de rien.

Tu sais, personne n’accorde de crédit à certaines femmes, même si elles disent la vérité.

Ses yeux, deux pierres dures noires de haine, s’adoucirent, s’arrondirent, et se transformèrent sur son visage en deux océans de lumière.

Les mots n’avaient jamais aucune importance, pensa-t-il, ce sont les faits qui comptent.

un policier, avant d’arriver à la vérité, travaille presque toujours sur du vide, jusqu’à ce que, une fois écarté un tas de riens, il trouve la bonne piste.

son regard bleu se posa sur elle ; tout ce que le bleu de ses yeux pouvait avoir d’angélique et de naïf se transforma subitement en un bleu d’acier glacial qui la pénétra et accrut son appréhension

Sa générosité envers elle avait toujours été délicate : nul cadeau, aucun geste banal et futile, mais toujours des attentions subtiles et profondes à son endroit.

Oh ! ma pauvre chérie, tu as la chair de poule, lui dit-il en lui passant une main sur le bras, mes paroles ne te réchauffent pas assez.

Il avait compris que l’arme la plus puissante d’un policier était de penser que les mystères les plus enchevêtrés pouvaient se résoudre simplement en réfléchissant.

Un Allemand sérieux est rigide, dur et inexpressif comme un tank à l’arrêt.

Certains névrosés ne vivent plus dans le présent, ils attendent le futur, le lendemain, l’heure prochaine, la minute qui va arriver, et ils vivent toujours dans la peur de cet avenir, pour voir ce qui se passera, s’il porte toutes les angoisses qu’ils redoutent. Ce sont des êtres qui ont toujours peur de tout, de la lumière et de l’obscurité, de la foule et de la solitude, du silence et du vacarme et qui finissent par exploser dans un acte de violence

On peut mourir de bien des façons tout en continuant à rester en vie.

À un certain âge, l’expression ne change plus, on peut être mort à l’intérieur – lui aussi devait être mort – sans que cela se voie.

Info : Giannuzzo, de même que Giovanuzzo, est un diminutif, plutôt peu raffiné, du prénom Giovanni. Il est usité couramment et principalement en Sicile.

Martel, Corinne «Et tu vis encore» (2016)

Auteur : Romancière française, Né(e) à : Paris en 1969
Passionnée par l’écriture, Corinne Martel est rapidement remarquée puis récompensée de nombreuses fois pour ses essais en poésie et littérature.
Après avoir réalisé ses études et obtenu ses diplômes dans un institut supérieur de gestion et de commerce, Corinne Martel embrasse une carrière orientée dans les jeux vidéos et activités pour enfants qu’elle exerce toujours à l’heure actuelle.
Fascinée par la littérature imaginaire, elle décide de s’inspirer de ses expériences ludiques pour écrire son premier roman, « Et tu vis encore » (IS Édition, collection « Sueurs glaciales », 2016), un thriller énigmatique doté d’un suspense et scénario à couper le souffle qui laisse entrevoir une carrière prometteuse.

167 pages – IS Editions – 2016

Résumé : Alice, une jeune star de la chanson, a de mystérieux secrets qu’elle nomme le « Plan A ».
Marc, un écrivain de polars, appelle les siens le « Plan B ». En panne d’inspiration, il passe son temps à visiter des sites monstrueux qui troublent son équilibre mental.
Quant à Pierre, il réussit à obtenir la direction d’une nouvelle prison composée de trente-huit détenus très spéciaux : des tueurs en série enfermés à vie. Sur son bureau, une chemise grise, nommée le « plan C ».
L’atmosphère est bien trop angoissante pour ce si petit village du Vercors…
L’heure des choix ne serait-elle pas prématurée ? Ils le savent bien, la mise en place de leurs plans va bouleverser le cours de leurs vies et les conséquences seront irréparables.
Et vous, à leur place, qu’auriez-vous fait..?
Meurtres, secrets de famille, suspense… L’énigmatique thriller de Corinne Martel est un bijou de ruses et double sens qui ne laissera aucun lecteur indemne.

Ce qu’ils en ont pensé :

« « Et tu vis encore » est une intrigue très prenante, une excellente idée de base avec une histoire dont on ne voit pas défiler les pages. » Kerry Legres, « Les Perles de Kerry » (blog littéraire)
« Émouvant, addictif, des coups au cœur au fil des mots et cette question qui nous taraude et qui prend tout son sens lorsque l’on referme le livre… Une lecture bouleversante et une vague d’émotions, de pages en pages. » Catherine Sicsic (correctrice littéraire)
« Frais, rapide et très rythmé, ce roman Feel good m’a fait passer un bon moment. » Matthieu Biasotto (auteur de thrillers)
« J’ai trouvé le livre bouleversant et la phrase de fin permet une remise en question de nos propres codes, de notre façon de penser et de voir les choses. Merci pour ce moment de lecture. » Cécile Quidé, « Mordus de thrillers » (groupe de lecture)

Mon avis : Petit roman qui m’a été conseillé par une amie et qui m’a beaucoup plu mais pas coup de cœur. Une histoire de famille, de clan, de vie et de mort… Le malaise pour moi vient de la question : qui est-on pour juger de la valeur de la vie ? Je le recommande sans hésiter car il tient en haleine… L’idée du scénario est originale et formidable… mais peut-être mon bémol est au niveau de l’empathie avec les personnages… L’auteur les a décrit mais je n’ai pas eu le déclic du cœur… et je me rend compte que c’est souvent le cas quand je lis des romans courts… pas assez le temps de faire connaissance … Comme c’est un premier roman, je suis curieuse de lire le prochain..

Extraits :

Est-ce d’ailleurs avoir le choix que de devoir choisir entre le pire et… le pire ?

Le contraste entre le froid du dehors et la chaleur de la boutique contribue un peu plus à cette ambiance hors du temps que procurent les fêtes de Noël.

Pour elle, la retraite, c’est une longue descente vers la fin, c’est se retrouver dans une maison vide, mais remplie de souvenirs.

Son foyer est tellement silencieux qu’elle entend le bruit assourdissant du temps qui passe.

Comme dans le conte de Lewis Carroll, il n’y a pas qu’un pays des merveilles, il y a aussi celui de l’autre côté du miroir…

Non ! Je ne peux pas utiliser le passé, pas encore, pas maintenant, je n’y arrive pas, je veux continuer au présent !
Le présent.
Le temps des vivants !

Ses yeux ont dû verser des torrents de larmes tellement ils ont l’air délavés.

Il est où mon Harrison Ford ? De la dernière croisade, on est passé à l’arche perdue !

Je vois pas tes yeux, mais j’imagine qu’ils sont éteints ; la noirceur a pris le pouvoir, tout est noir, en dedans comme en dehors

J’étais morte de trouille.
J’étais morte, mais j’étais vivante.

il n’avait jamais réussi à savoir pourquoi, mais ce n’était pas de la distance de désamour, plutôt un respect des zones obscures de l’un et de l’autre.

l’homme était encore parti, laissant place à l’animal et son instinct premier.

Elle voulait hurler de douleur, mais tout restait à l’intérieur.
Crier dans le silence, crier que c’était ici et maintenant.

Comment prendre soin de soi quand tout à l’intérieur n’est que questions, doutes, peurs et remords ?

il faut bien chercher des réponses à ses « pourquoi ? ». On veut absolument chercher une raison, une source au mal.
Un coupable !

Parfois, il vaut mieux agir sans savoir que savoir et ne plus vouloir agir.

C’est un truc de malade ! Bon, d’un autre côté, un truc de malade pour quelqu’un qui est à l’hôpital… Tiens, voilà que je me remets à faire de l’humour ! Oui, bon, pas terrible, mais ça revient !

Adler-Olsen, Jussi «Selfies» (2017)

Auteur : Carl Valdemar Jussi Adler-Olsen, né le 2 août 1950 à Copenhague, est un écrivain danois. Depuis 2007, Jussi Adler-Olsen s’est spécialisé dans une série de romans policiers dont Dossier 64, qui a été la meilleure vente de livres en 2010 au Danemark ; ainsi il a reçu cette année-là la distinction du meilleur prix littéraire danois, le prix du club des libraires : les boghandlernes gyldne laurbær ou « lauriers d’or des libraires ».

Série Les Enquêtes du département V :  : MiséricordeProfanationDélivranceDossier 64L’effet PapillonPromesseSelfies

la 7ème enquête du Département V…

Résumé : Elles touchent les aides sociales et ne rêvent que d’une chose : devenir des stars de reality-show. Sans imaginer un instant qu’elles sont la cible d’une personne gravement déséquilibrée dont le but est de les éliminer une par une.

L’inimitable trio formé par le cynique inspecteur Carl Mørck et ses fidèles assistants Assad et Rose doit réagir vite s’il ne veut pas voir le Département V, accusé de ne pas être assez rentable, mettre la clé sous la porte.

À condition que Rose, plus indispensable que jamais, ne se laisse pas assaillir par les fantômes de son propre passé…

Mon avis : Une fois encore le plaisir de retrouver Mørck et son équipe. Et j’ai beaucoup plus aimé que le tome 6 qui m’avait semblé un  petit cran en-dessous des autres.  Dès le début, on voit qu’une fois encore les collègues de la Crim danoise n’ont qu’une envie : faire fermer le département V. Vont-ils y arriver ? Suspense… J’aime tout autant suivre la vie des personnages que les crimes à élucider. Une plongée dans le passé de Rose et dans ses démons, et en parallèle l’enquête, ou plutôt les enquêtes… Et une fois encore, il n’y a pas que l’équipe qui débloque complètement. On fait la connaissance d’une belle brochette de nanas totalement déconnectées de la réalité… Entre l’assistante sociale qui pète les plombs et les bimbos assistées qui voient la vie en grand… Je vous laisse plonger dans la vie de tout ce petit monde… et vous laisser rattraper par le passé…Un seul petit regret : Assad commence à parler de mieux en mieux le danois et il y a de moins en moins de citations approximatives…

Extraits :

Elle observa pendant un long moment la circulation pareille à un mouvement incessant de dominos. Le bruit sourd de dizaines de moteurs, le kaléidoscope des véhicules de toutes les couleurs lui donnaient des sueurs froides.

elle avait aussi la sensation que son corps était trop petit pour y mettre tout ce qu’il était supposé contenir. De même qu’il aurait fallu plusieurs cerveaux pour y entreposer ses innombrables pensées qui, de toute façon, restaient confuses. Si le disjoncteur central ne sautait pas et si elle ne trouvait pas un moyen pour gérer les black-out, elle allait finir par imploser.

… n’avait jamais été très douée pour lire le compas de l’existence, comme son père avait coutume d’appeler le destin.

Ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour lui rendre la vie le plus simple possible, comme ces types qui balayent devant la pierre de curling pour qu’elle glisse bien

Alors qu’il détestait tout travail de bureau, hormis celui qui consistait à poser les pieds sur le sien en fumant cigarette sur cigarette.

Fumer à en mourir et permettre à son âme meurtrie de quitter son corps.

il savait que ce n’étaient pas les affaires élucidées qui venaient vous hanter aux petites heures de la nuit, mais celles qui ne l’avaient jamais été.

elle avait plongé, telle un Mister Hyde au féminin, dans ses plus sombres instincts et trouvé le chemin de sa nouvelle et probablement courte vie.

Les parfums des femmes avec qui elle avait grandi avaient toujours eu cet effet-là sur elle. Quand elle était enfant, elle mettait alternativement le N° 5 de Chanel et de l’eau de Cologne sur ses poignets pour devenir sa mère ou sa grand-mère et plus tard dans la vie, elle avait fait la même chose avec les parfums de ses sœurs.

un déguisement pouvait avoir le même effet que l’alcool. L’un comme l’autre favorisaient la confiance en soi et laissaient apparaître au grand jour des traits de caractère qu’en temps normal on préférait dissimuler.

Le destin avait uni la victime et son bourreau dans cette symbiose orgasmique. L’une en donnant sa vie, l’autre en la recevant.

« Comment faut-il vous le dire, Mørck ? Par lettre anonyme avec des mots découpés dans un journal ? En lettres de néon ? Par hiéroglyphes gravés dans le marbre ou sous forme de sculpture moderne représentant une pyramide de lettres géantes ? PRENEZ LA VOIE HIÉRARCHIQUE, OK ! »

Elle adorait le ronronnement puissant de ce moteur, il évoquait l’action. Le vol d’un hélicoptère de combat au-dessus d’une jungle dense devait résonner de même. Ce bruit de rotor et de mort avait été le pouls de la guerre du Vietnam. Poétique, régulier et rassurant, à condition d’être du bon côté du front.

Il n’y avait rien de plus sexy que le rire d’une femme.

Pas de problème. La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt, comme on dit !
– Non, on dit l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt.
– L’avenir ? » Il regarda Carl d’un air incrédule. « Pas là d’où je viens, en tout cas.

Il sentit à nouveau chez elle cette fragilité et cette tristesse qui rend la peau comme translucide et marque un visage à force d’espoirs déçus et d’occasions manquées.

« C’est vrai qu’il est chiant, mais au moins il est juste.
– Ah bon ? Pourquoi tu dis ça, Assad ?
– Parce qu’il est chiant avec tout le monde. »

Pour avoir l’air plus fatigué que maintenant, il aurait fallu qu’il soit mort

il vit le monde à travers un film de larmes qui lui donnait une apparence irréelle.

Les émotions passaient sur son visage comme des nuages dans le ciel, son regard était intense et ses mains gesticulaient avec passion.

Bell, David «Fleur de cimetière» (2013)

Auteur : David Bell né en 1969, a exercé de multiples boulots avant de devenir écrivain. Il vit aujourd’hui à Bowling Green, dans le Kentucky, où il enseigne l’écriture. Quand il n’écrit pas, il aime se promener dans le cimetière, près de sa maison.

Après « Fleur de cimetière » (Prix Cognac du Polar International 2013 013) et « Un lieu secret (2015) , il revient avec « Ne reviens jamais » (mai 2017) Actes Noirs de Actes Sud . Il a aussi publié « La cavale de l’étranger » en 2015 chez Ombres noires

Résume de l’éditeur : Tom et Abby Stuart avaient tout pour être heureux : un mariage parfait, une vie confortable et une merveilleuse petite fille de douze ans, Caitlin. Jusqu’à ce que Caitlin disparaisse sans laisser de traces. Pendant un temps, le couple s’accroche à tous les espoirs, toutes les fausses pistes, mais cette vaine attente et le poids de la culpabilité finissent par avoir raison de leur union.

Quatre ans plus tard, au lendemain des funérailles organisées en sa mémoire, Caitlin réapparaît – sale, hirsute, étrangement calme. La jeune fille refuse d’expliquer ce qui lui est arrivé. Et lorsque la police arrête un suspect lié à l’affaire, Caitlin refuse de témoigner contre lui, laissant les Stuart face à une seule alternative : abandonner l’espoir que justice soit faite ou prendre les choses en main. Tom se lance dans une quête obsessionnelle de la vérité, mais rien de ce qu’il a vécu jusqu’alors ne l’a préparé à ce qu’il est sur le point de découvrir.

Savez-vous réellement qui sont vos enfants ? Croyez-vous sincèrement pouvoir les protéger ? Êtes-vous vraiment ce qu’il y a de mieux pour eux ? Avec ce premier roman, David Bell signe un suspense psychologique implacable en forme de huis clos familial et s’affirme d’emblée comme un maître du polar en chambre froide.

Mon avis : Pas de sang, pas de violence visible mais beaucoup de violence psychologique. Nous sommes ici dans un huis clos sous le signe du syndrome de Stockholm.. L’important c’est l’ambiance, l’atmosphère, le ressenti et le vécu.. ce n’est pas la traque au pédophile, même si elle existe en arrière-plan. Une jeune fille réapparait après 4 ans d’absence et refuse de parler. Son absence a détruit le couple que formaient ses parents, a jeté la suspicion sur les proches. Son retour ne va rien arranger. Ce roman illustre les relations familiales en cas de crise. La question est « Pourquoi la jeune fille est-elle revenue ? » et quelle est la meilleure chose pour lui assure le bonheur ? Faut-il la faire parler, la bousculer, la consoler, tenter d’être présent ? Faut-il agir en adultes pour son bien ? Sommes-nous responsables des réactions de nos enfants ? Faut-il respecter ses souhaits ? Quel est le rôle de la police, des psy.. . Peuvent-ils arranger les choses ? Une fillette de 12 ans a disparu, une jeune fille de 16 ans réapparait. Ce n’est plus la même personne.. Et si le temps c’est arrêté pour les parents, la petite elle a vécu des choses importantes pendant ses 4 années. Un polar que j’ai bien aimé, même si des fois, il était un peu lent..

Extraits :

Il faut que tu y ailles , ils ont besoin d’un parent , d’un visage humain pour donner plus d’impact à l’histoire.

Tackian, Niko «Toxique» (01.2017)

Auteur : né en 1973, est un scénariste, réalisateur et romancier français. Il a notamment créé avec Franck Thilliez la série Alex Hugo pour France 2. Son premier roman «Quelque part avant l’enfer» paru en 2015, a reçu le Prix Polar du public des bibliothèques au Festival Polar de Cognac. En 2016 il publie «La nuit n’est jamais complète» . Toxique est son troisième roman, publié chez Calmann-Levy – janvier 2017 – 306 pages

Résumé : Elle aime saboter la vie des autres, vous l’avez peut-être déjà rencontrée. Elle est toxique.

Mais ça, Tomar Khan, un des meilleurs flics de la Crim, ne le sait pas. Nous sommes en janvier 2016. La directrice d’une école maternelle de la banlieue parisienne est retrouvée morte dans son bureau.

Dans ce Paris meurtri par les attentats de l’hiver, le sujet des écoles est très sensible. La Crim dépêche donc Tomar, chef de groupe de la section 3, surnommé le Pitbull et connu pour être pointilleux sur les violences faites aux femmes.

À première vue, l’affaire est simple, « sera bouclée en 24 heures », a dit un des premiers enquêteurs, mais les nombreux démons qui hantent Tomar ont au moins un avantage : il a développé un instinct imparable pour déceler une histoire beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît.

Mon avis : Très bon thriller, redoutablement efficace, mais je suis un peu moins scotchée que mon amie Laurence qui me l’a recommandé (et qui va je l’espère vous faire part de son commentaire ci-après). Aux commandes : un flic du 36, qui vit avec un fardeau sur les épaules : son passé. On fait connaissance de sa famille, sa mère, une ancienne combattante Peshmerga, son frère qui est devenu prêtre, ses amis, et de son équipe (dont sa petite amie). On y découvrira (mais est-ce une découverte) que la frontière flic/voyou est poreuse.. Mais je n’ai pas boudé mon plaisir et j’espère que ce flic va continuer de résoudre des enquêtes et remettre de l’ordre dans sa vie..

Une fois encore l’enfance va déterminer la vie de l’adulte… C’est vrai que le danger est partout… et les enfants ne sont pas toujours en sécurité à l’école… Le flic mène l’enquête… Un bon polar avec de l’humanité dans un monde lisse en surface et glauque à souhait quand on se penche un peu à l’intérieur des êtres. Ne jamais se fier aux apparences. Cela se confirme. Manipulateurs et dangereuse prédatrice sociopathe au rendez-vous. Mais coté psychologique et « scotche » ma préférence va toujours à Ingrid Desjours…

Extraits :

c’était l’odeur d’une culture qu’il n’avait jamais réellement connue mais qui résonnait fortement en lui. On ne peut pas échapper à ses racines.

« Faut pas oublier tes racines, gamin, ce sont elles qui font de toi ce que tu es », était le genre de phrases qui lui avait rendu la fierté de sa culture kurde et l’envie de se battre.

Le vieux chêne au tronc lacéré par des générations de graffitis se dressait comme une sentinelle face à la Seine.

Il avait besoin de comprendre pour passer à autre chose. Une affaire, c’était comme un labyrinthe dont il fallait explorer toutes les galeries pour accéder à la sortie. Ces couloirs obscurs le hantaient encore et encore. Il avait besoin de porter la lumière partout.

ses yeux noirs pétillaient encore même si, parfois, ils se perdaient dans le lointain.

Son soleil à lui brillait d’une lumière noire et plus froide que les rayons de la lune.

C’était le jeu du chat et de la souris. Le chat laissait toujours sa proie courir pour lui donner l’illusion qu’elle pouvait s’échapper. Il ne l’attaquait jamais de front. Jusqu’au moment où elle se retrouvait dos à un mur.

Il ne faut jamais se moquer des petites filles qui jouent aux cow-boys, détestent la Reine des neiges et déchirent en cachette leurs vêtements roses en rêvant de conduire une voiture de police.

« Plus le garçon est manqué, plus la fille est réussie », avait-elle lu un jour sur la couverture d’un magazine.

La boxe est un sport de stratèges. Il y est question de maîtrise technique, de gestion de la distance et d’un bon sens du rythme. Les musiciens font de mauvais boxeurs, ils sont trop réguliers, trop prévisibles alors que les danseurs font des champions.

Certaines personnes avaient des amis, de la famille ou des gens proches qui les aimaient. Cela leur donnait une raison de s’accrocher à leur existence comme une moule à son rocher.

Elle l’avait jeté après utilisation mais il aurait pu continuer sa vie d’outil sans foutre un tel bordel !

Je ne vous demande pas de confidences sur lui, vous savez, je m’inquiète simplement…

— Je sais, mais pour comprendre la forme d’un arbre, il faut voir ses racines. On pousse tous en fonction de nos racines.

Ce type de personne a tout à fait conscience du mal qu’il fait mais cela n’évoque rien chez lui. Il faut voir la sociopathie comme une sorte d’immaturité figée. Ce sont des adultes qui ont les mêmes réactions qu’un enfant de cinq ans.

L’analogie au requin est souvent juste. Un sociopathe vous fixera toujours dans les yeux avec un regard sans expression, il peut être capable d’excès de fureur au-delà de la raison.

La souffrance transformait parfois les victimes au point de les rendre plus violentes que leurs bourreaux.

Les morts quittent notre monde et emportent avec eux leurs regrets et leurs déceptions. Mais qu’en est-il des vivants ?

 

 

 

Desjours, Ingrid «Sa vie dans les yeux d’une poupée» (2013)

Auteur : Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l’écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu’elle a profilés et expertisés l’inspirent aujourd’hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l’auteur excelle dans l’art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire? Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d’une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission « Au Field de la nuit » (TF1). Les Fauves (2015) ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. » «La prunelle de ses yeux» est sorti en 2016. Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome est paru en mai 2016. Elle vit actuellement à Paris.

 

Résumé : Deux écorchés vifs. Deux rêves de seconde chance. Un regard pour renaître…

Provocateur, cynique et misogyne, Marc est affecté à la brigade des mœurs après un grave accident.

Quand, dans le cadre d’une enquête, il croise la douce Barbara, le policier est troublé par son regard presque candide, touché par cette fragilité que partagent ceux qui reviennent de loin. Ému. Au point de croire de nouveau en l’avenir.

Mais il est aussi persuadé qu’elle est la pièce manquante, le pion à manipuler pour démasquer le psychopathe qu’il traque.

Et s’il se trompait ?

Le pire des monstres est parfois celui qui s’ignore, quand bien même il rêve sa vie dans les yeux d’une poupée…

 » Une aventure haletante, violente, psychologiquement marquante : du bon et vrai thriller !  » (Marina Carrère d’Encausse)

 

Pocket 2014 (352 pages)

 

Mon avis : Alors heureusement que ce n’est pas le premier livre de cette auteure que je lis car je ne sais pas si j’aurai continué car le début est d’une rare violence ! Dès les premières pages, on plonge dans l’horreur avec une scène de viol hyper réaliste et extrêmement brutale. Ce livre raconte la descente aux enfers d’une jeune femme qui est victime depuis toujours et qui, à force de solitude (ce n’est pas qu’elle est seule physiquement c’est qu’elle ne peut pas parler avec les personnes qui l’entourent), intériorise tout et arrange sa vie à sa sauce. Elle va traverser la vie en étant à la fois victime et bourreau (comme les autres personnages principaux du roman d’ailleurs qui ont tous un côté sombre et un coté paumé)

J’ai beaucoup apprécié la description de la colère (début du chapitre 8) ; une fois encore le livre est très psychologique et on voit les personnages avec et sans masque. Ce qui fait que les pires personnalités en deviennent attachantes car on ne s’arrête jamais à ce qu’on voit avec Ingrid Desjours . Et la face cachée n’est pas la plus noire… Car ce sont des personnages qui vivent avec un tel poids sur les épaules, un tel vécu. Tant Barbara que sa mère ou le flic sont des écorchés vifs, qui sont conditionnés par leur amours déçues et leur passé ; ils ont envie d’aimer et d’être aimés mais ils en ont une peur panique.  Alors ils se défendent en attaquant par peur d’avoir mal. Un roman dur, qui dérange, qui mêle folie et violence… et qui montre surtout que les maltraitances de l’enfance font des adultes déstabilisés, malheureux, imprévisibles et dangereux. Et cette part d’innocence qui fait qu’elle fait pitié, peur et horreur à la fois… Je n’ai pas regretté ma lecture même si faut s’accrocher avec les uppercuts qu’elle nous décoche.

Extraits :

Moi, je l’aime bien, cette odeur. Même si elle appartient déjà au passé… Peut-être pour ça, d’ailleurs. Elle est d’un autre temps, comme moi. D’un temps où on savait la patience, où l’attente était délicieuse, où il ne suffisait pas de mitrailler un sourire cent fois pour espérer tomber sur une perle… Un temps où la photogénie n’était pas affaire de probabilités.

Le temps s’est arrêté. Dans sa tête, ça bute, ça lutte, comme le diamant d’un tourne-disque arrivé en bout de course.

Seule compte sa réalité et qu’elle puisse s’y raccrocher, oublier sa peur et la douleur.

Elle avait poussé tant bien que mal, comme une rose bardée d’épines, comme un oiseau tombé du nid trop tôt et qui volait comme il pouvait.

Rien n’est jamais aussi désirable que ce qu’on est en train de perdre.

L’hiver a gelé ses espoirs, le printemps a grêlé ses envies, l’été a fini de l’assécher. Trois saisons déjà, et l’automne qui s’annonce aussi morne que le reste. Une année en quatre temps qui s’étirera avec la même implacable indifférence que les suivantes, une année après l’autre pour la faire valser sans passion jusqu’à sa tombe.

Notre petit secret. Ces trois mots lui faisaient un effet dingue. Ils étaient doux comme une promesse d’amour inconditionnel, et durs comme une plongée brutale dans une eau glacée, comme l’immersion prématurée d’une gamine dans le monde des adultes. Notre petit secret. Une formule si dangereuse et si familière…

Et lui c’était Patrik. Il disait que pour un flic, c’est mieux d’être sensé que sans cas.

Parce que finalement, même si la convalescence du cœur était possible, il n’en voudrait pas. De même, ses cicatrices, il y tient. Elles lui rappellent d’où il vient et ce qu’il a traversé. Ce qu’il ne veut plus jamais connaître

Elle a le regard vide des voyageurs qui prennent le train et choisissent d’ignorer le paysage.

Une peur qui paralyse parce qu’elle est pleine de tristesse. Une peur qui désempare, qui donne envie de sangloter, de hurler STOP ! Pouce ! Comme quand on est enfant et que tous les problèmes s’effacent alors comme par magie.

J’ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j’ai essayé de remplacer des personnes irremplaçables et oublier des personnes inoubliables.

« L’humour est la politesse du désespoir », disait Boris Vian. Et le pli amer qui creuse chacune de ses joues en dit long sur la capacité d’autodérision qu’il lui faudra développer…

Plus que les coups, ce sont les mots qui lui font mal. Toujours les mêmes, injustes, insultants, remplis de haine.

Tous les tueurs ou violeurs en série commencent par s’exercer sur des animaux, ou des objets symboliques pour eux.

Oscar Wilde disait que les deux choses les plus émouvantes en ce monde sont la laideur qui se sait et la beauté qui s’ignore.

Mais au bout du compte elle sait bien qu’on passe sa vie à sauter d’un paquet de corvées et d’habitudes à l’autre, comme on joue à saute-mouton, jusqu’au bouquet final.

La colère, même rentrée, ça se nourrit de ce qu’on a en soi. Ça noircit tout, rend chaque chose aigre, vous fait cynique, agressif et violent.

L’espoir. C’est terrible, l’espoir. On s’y accroche de toutes ses forces parce que, au final, c’est tout ce qu’on a et que, sans ce sentiment pourtant si fragile qu’un simple silence peut le briser, on n’est rien, on est mort.

« Les morts sont des invisibles, ce ne sont pas des absents. »

 

 

Desjours, Ingrid «Echo» (2009)

Auteur : Ingrid Desjours est psychocriminologue. Après avoir exercé de nombreuses années auprès de criminels sexuels en Belgique, elle décide en 2007 de se retirer en Irlande pour écrire son premier thriller. Depuis, elle se consacre entièrement à l’écriture de romans et de scénarios pour des séries télévisées. Les nombreux psychopathes qu’elle a profilés et expertisés l’inspirent aujourd’hui encore. Outre ses tableaux cliniques pertinents, l’auteur excelle dans l’art de lever le voile sur la psychologie humaine et de faire ressentir au lecteur ce que vivent ses personnages, pour le meilleur et surtout pour le pire? Ses quatre premiers romans, Écho (2009), Potens (2010), Sa vie dans les yeux d’une poupée (2013) et Tout pour plaire (2014) ont été plébiscités tant par le public que par les libraires. Consécration : Tout pour plaire est en cours de développement pour une série TV par Arte. Elle a également animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission « Au Field de la nuit » (TF1). Les Fauves (2015) ouvre la nouvelle collection de polars et thrillers des éditions Robert Laffont : « La Bête noire. » «La prunelle de ses yeux» est sorti en 2016. Ingrid Desjours publie également chez le même éditeur des sagas fantastiques chez Robert Laffont sous le pseudonyme de Myra Eljundir : la trilogie Kaleb ainsi que Après nous, dont le premier tome est paru en mai 2016. Elle vit actuellement à Paris.

 

Résumé : Edité chez Plon (320 pages) et chez Pocket (2010)

Profiler chargée d’élucider la mort de deux vedettes du PAF, Garance Hermosa devine peu à peu que, loin d’être un tueur ordinaire, son adversaire a toutes les caractéristiques du mal absolu.
« Pervers polymorphe insaisissable, caméléon génial se métamorphosant à l’infini pour coller à un environnement en sables mouvants, je traque, j’épuise, je flatte et je frappe. »
Le star-system est en deuil depuis que les frères Vaillant, présentateurs adulés de l’émission du moment, ont été sauvagement assassinés. Appelée en renfort auprès du commandant Vivier, l’experte en sexo-criminologie Garance Hermosa établit vite que le crime, obéissant à un obscur rituel, est l’œuvre d’un esprit particulièrement sadique et torturé. Mais dans cet univers de strass et paillettes ou les volontés de nuire sont légion, tous ceux que croisent le policier et sa collaboratrice ont une personnalité assez perverse pour être suspects. Afin de démasquer le meurtrier, la jeune profiler à la vie chaotique devra s’en faire le miroir. Au risque d’épouser sa folie et de plonger au cœur du mal…

Mon avis : Après avoir fait connaissance de Garance Hermosa dans «Potens» , je remonte le fils du temps et je vis son entrée en scène. Voici donc le premier roman de cette romancière de thrillers psychologiques. Je trouve passionnant d’apprendre des choses sur la psychologie des tueurs (en série ou pas) et des psychologues « profilers ». Mais je suis contente de ne pas avoir commencé par celui-ci même si c’est bien de faire connaissance des personnages par le début. Je l’ai trouvé moins fluide et surtout j’ai moins aimé le contexte, trop pervers pour moi. Mais alors coté manipulation et mensonges… elle est forte ! Et le dénouement est extrêmement bien amené… je n’avais rien vu venir… Ingrid Desjours est une nouvelle fois la reine des fausses pistes ! J’aime bien sa façon d’écrire qui mêle humour et angoisse, et Garance devient de plus en plus attachante … Patrik aussi… La duplicité des personnages me plait bien. On découvre les failles et la force des deux enquêteurs et cela donne de l’humanité au roman. J’ai aussi apprécié le style qui change en fonction des supports et des médias les mails, le journal intime, les discussions). Et en plus le livre est aussi intelligent. J’ai toujours aimé les clins d’œil littéraires… Et comme j’ai toujours adoré la mythologie, j’aime bien le rapprochement fait entre l’enquête et la nymphe… Je vais continuer à me faire peur en découvrant les livres de cette auteure de thrillers machiavéliques…

Extraits :

Il n’était pas pour autant manichéen – il avait assisté à trop de drames pour cela – mais aimait à se dire qu’en se basant sur de mauvaises fondations, on construit un édifice peu solide.

Ils s’appréciaient beaucoup, au point de faire jaser leurs collègues, ce qui les faisait bien rire puisqu’elle se savait trop peu féminine pour lui et qu’il avait cru comprendre être trop masculin pour elle !

Mais comment échapper à la réalité juchée sur des talons de huit centimètres ? Elle se maudit d’avoir choisi ces chaussures. Elle maudit sa coquetterie, elle maudit sa taille, et elle maudit tous les chausseurs du monde entier.

Après tout, n’est-il pas préférable de prendre les compliments au premier degré et les insultes au second ?

On ne devient pas le roi des loups sans sacrifier d’agneaux.

C’est comme si y avait deux moi, ou même trois. Y a ce que les autres ils veulent que je sois et puis ma véritable identité comme les superhéros.

Elle était une glace sans tain, un miroir magique détectant instinctivement la vraie nature des gens, miroir sur lequel chacun projetait allègrement ses intentions, ses fantasmes. Et tandis que ses interlocuteurs croyaient découvrir en elle un alter ego, ils ne faisaient que s’abîmer dans la contemplation de leur propre reflet.

Le monde du show-business est un univers glauque et marécageux, lisse et brillant à la surface mais grouillant de vermine.

De toute façon « neutre et bienveillant » c’est antinomique. La neutralité c’est rester figé, immobile, c’est le contraire de la vie.

Calomniez, Calomniez, il en restera toujours quelque chose ! » (Beaumarchais)

En général j’accole plus facilement spiritueux que spirituel au mot flic !

Elle avait autant de charisme que les serpillières qu’elle tordait à longueur de journée.

D’où venait la résignation des esprits étriqués ? Comment se satisfaire d’une vie de télévision et de défis ménagers alors que le monde est si vaste ? Alors que l’on peut échanger, apprendre, évoluer. Alors que l’art existe pour transporter les âmes !

Prêter de fausses intentions à quelqu’un pour ensuite le culpabiliser, c’est très typique d’une personnalité perverse.

Garance piqua un sprint jusqu’à la station de taxi la plus proche, pria le saint patron des femmes en escarpins que les chauffeurs ne soient pas en grève, manqua se faire une triple entorse en accrochant un talon à une grille d’aération de métro, mais parvint finalement à se glisser sur la banquette arrière d’un véhicule qui n’attendait qu’elle.

[…]mademoiselle ?…
— Hermosa. Garance Hermosa.
Voilà que je me prends pour James Bond !
— Hum ! Tout un programme… qui me fait hésiter entre Bons baisers de Paris et La Psy qui m’aimait, plaisanta-t-il.

Le charme s’aiguise comme un outil et s’affûte comme une arme.

La mythologie m’en a aussi beaucoup appris. Les histoires sont non seulement très belles, mais elles sont également riches de sens. J’aime particulièrement celle d’Éros – Cupid en anglais… c’est tellement plus pertinent ! – et Psyché, cette âme maudite qui connaît mille tourments lorsqu’elle ouvre les yeux sur la beauté de son amant.

Qu’est-ce qu’un bouc émissaire, si ce n’est un élément si atypique qu’il met l’harmonie du troupeau en danger ?

Un sourire s’entend toujours au téléphone.

… un certain Nietzsche a dit un jour que tout esprit profond avance masqué !