de Vigan, Delphine «Les Loyautés» (2018)

de Vigan, Delphine «Les Loyautés» (2018)

Auteure : une romancière et réalisatrice française née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt. Elle est l’auteur de huit romans dont « D’après une histoire vraie » en 2015 qui a été couronné par le prix Renaudot, le prix Goncourt des lycéens.

Littérature française – Éditions JC Lattès / Le Masque Parution : 03/01/2018 – 208 pages

Résumé :

« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révèlerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »

Mon avis : Je fais connaissance avec cette romancière.

Plongée dans les problèmes familiaux, les drames de l’adolescence. Le monde des adultes, le monde des ados… Problème de communication entre ces deux mondes. Défiance.
Les personnages principaux : Deux adolescents : Théo et Mathis, son meilleur ami.  Une prof, Helène. Une mère, Cécile.
Théo, l’enfant du divorce qui subit la garde partagée, entre deux univers totalement distincts, deux camps en guerre.  Il cristallise la haine que sa mère voue à son père qu’elle abhorre depuis qu’il l’a laissé tomber… Deux mondes, un mur infranchissable entre les deux : impossible de communiquer. Il ne parle pas, ne raconte pas, garde tout pour lui, cloisonne sa vie et ses pensées. Ce n’est pas pour autant qu’il est du genre à se laisser faire. Les loyautés qui emmurent le jeune Théo dans le silence, sorte de bouclier derrière lequel il se protège et qui protège également les autres. Loyauté envers son père qui est en pleine déconfiture … Mais à treize ans, on a beau vouloir être loyal et tenter de tout occulter, c’est dur de tout enfouir en soi… alors il va se se réfugier là où il peut, dans l’alcool…
Mathis, un enfant seul et vulnérable, soulagé de se sentir sous la protection physique de Théo et qui veille sur lui en retour…
Cécile, la mère de Mathis. Une femme qui se méfie de Théo et craint l’influence qu’il pourrait avoir sur son fils. Une femme coupée de sa famille, qui a petit à petit remplacé la communication avec ses proches par un dialogue avec elle-même et qui va voir un psychiatre en cachette et va découvrir la face cachée de son mari qu’elle croyait connaitre. Sa loyauté de couple va-t-elle voler en éclats ? Une femme au foyer qui bien que solitaire en a assez de n’être qu’une potiche transparente…
Hélène, la prof, loyale envers une promesse faite à elle-même : ne pas laisser les jeunes vivre une enfance aussi difficile que la sienne. Son enfance maltraitée remonte…  Elle croit déceler un problème et va s’investir envers et contre tout / tous pour tenter de sauver le jeune adolescent.
Elles sont multiples les loyautés : à la famille, à soi-même, à ses amis, à son environnement, à son milieu social…
J’ai beaucoup aimé sa manière d’écrire, d’aborder avec sensibilité des personnages cabossés. Des sujets très importants sont abordés :le mal-être des adolescents, leur sens de la responsabilité vis-à-vis de leurs parents, le rôle des enseignants,  l’alcoolisme chez les ados – de plus en plus jeunes – qui vivent mal leur présent et ne voient pas d’avenir, pour tenter de fuir leur quotidien
Ce qui est certain : je vais lire d’autres livres de cette romancière !

 

Extraits :

Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves.

Je les observe par la fenêtre quand ils sont dans la cour, ils forment un seul corps, farouche, une sorte de méduse qui se rétracte d’un coup lorsqu’on l’approche, puis s’étire de nouveau une fois le danger passé.

Il marche sur un tapis liquide aux motifs géométriques, sur la pointe des pieds, il se sent en dehors de lui-même, juste à côté, comme s’il avait quitté son corps mais qu’il continuait de lui tenir la main.

J’ignore combien de temps cela a duré, dans ma tête les mots se bousculaient – parents, maison, fatigue, tristesse, tout va bien ? –, mais aucun n’aboutissait à la formulation d’une question que j’aurais pu m’autoriser à lui poser.

À huit stations de métro : une autre culture, d’autres mœurs, une autre langue. Il n’a que quelques minutes pour s’acclimater.

La marée noire du souvenir commençait à remonter vers la surface, les bruits d’abord, frigo déglingué, ronronnement asthmatique, jingles de télévision en fond sonore, rires, encouragements, applaudissements, et puis les images : rideaux jaunis par la nicotine, chaises bancales, bibelots ébréchés.

Je parle toute seule, oui, pour me rassurer, me consoler, m’encourager. Je me tutoie, parce que malgré tout les deux parties de moi-même se connaissent depuis longtemps.

C’était un homme usé, qui noyait dans l’alcool une sensibilité encombrante, inadaptée à son environnement.

C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsque enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire.

Quiconque vit ou a vécu en couple sait que l’Autre est une énigme. Je le sais aussi. Oui, oui, oui, une part de l’Autre nous échappe, résolument, car l’Autre est un être mystérieux qui abrite ses propres secrets, et une âme ténébreuse et fragile, l’Autre recèle par-devers lui sa part d’enfance, ses blessures secrètes, tente de réprimer ses troubles émotions et ses obscurs sentiments, l’Autre doit comme tout un chacun apprendre à devenir soi, et s’adonner à je ne sais quelle optimisation de sa personne, l’Autre-cet- inconnu cultive donc son petit jardin secret, mais oui, bien sûr, tout cela je le sais depuis longtemps, je ne suis pas tombée de la dernière pluie.

Jusqu’où peut-on être complice de l’autre ? Jusqu’où doit-on le suivre, le protéger, le couvrir, voire lui servir d’alibi ?

Cela s’appelle le coma éthylique.
Il aime ces mots, leur consonance, leur promesse : un moment de disparition, d’effacement, où l’on ne doit plus rien à personne.

Tout se passe comme si la femme au foyer était, par définition, assignée à résidence et que son cerveau, ayant souffert d’avoir été trop longtemps privé d’oxygène, fonctionnait au ralenti.

Parfois je me dis que devenir adulte ne sert à rien d’autre qu’à ça : réparer les pertes et les dommages du commencement. Et tenir les promesses de l’enfant que nous avons été.

Aujourd’hui, il sait que les photos sont des mystifications comme les autres.

7 Replies to “de Vigan, Delphine «Les Loyautés» (2018)”

  1. Et bien moi j’ai été terriblement déçue par la fin.
    Pourtant j’aime beaucoup ce qu’écrit cet auteure en général ( meme si pas toujours 🙂 )
    Mais là, vraiment, quelle désillusion !
    Et puis même si elle venait à nous proposer une suite, j’aime pas beaucoup ce procédé très commercial qui résulte a nous laisser sur notre faim afin que l´on achète le tome qui suit.
    C’est bien dommage car j’ai cependant beaucoup apprécié cette lecture tout le long…
    Bref, j’avais déjà écrit mon avis ici:
    https://www.facebook.com/leslecturesdelolomito/posts/1209841392481520

  2. J’avais pensé zapper ce roman après avoir lu l’avis de Laurence parce que j’ai horreur des films comme des livres qui se terminent en eau de boudin. Les fins ouvertes laissées à l’imagination du lecteur, ce n’est pas pour moi. Je suis lectrice, pas écrivain. Donc, Cat, j’aurais aimé avoir ton avis sur les dernières pages de ce roman.

    1. Le livre s’intitule les loyautés.
      Pour moi le livre finit sur deux loyautés : celle entre deux amis et celle de la prof ..
      Pour ce qui est de la dernière ligne, la toute fin donc, elle n’a pour moi aucune importance car ce n’est pas le but du livre… ce n’est pas comme un polar qui demande le nom du coupable … C’est pas une obligation de résultat mais l’importance de la démarche..

  3. J ai aimé… sujet délicat … plein de tristesse soit du côté d Hélène… écorchée de la vie… humiliée… maus bon sang faudrait que l homo sapiens puisse stopper ses pulsions…
    ce livre m a plu … secouée .., révoltée…

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