{"id":10144,"date":"2020-01-05T12:42:39","date_gmt":"2020-01-05T11:42:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10144"},"modified":"2025-02-17T17:25:04","modified_gmt":"2025-02-17T15:25:04","slug":"cournut-berengere-de-pierre-et-dos-29-08-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10144","title":{"rendered":"Cournut, B\u00e9reng\u00e8re \u00abDe pierre et d\u2019os\u00bb (RL2019)"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Autrice<\/strong>\u00a0: B\u00e9reng\u00e8re Cournut est n\u00e9e en 1979. Ses premiers livres exploraient essentiellement des territoires oniriques, o\u00f9 l&rsquo;eau se m\u00eale \u00e0 la terre (L&rsquo;\u00c9corcobaliseur, Attila, 2008), o\u00f9 la plaine fabrique des otaries et des renards (Nanoushka\u00efa, L&rsquo;Oie de Cravan, 2009), o\u00f9 la glace se pique \u00e0 la chaleur du d\u00e9sert (Wendy Ratherfight, L&rsquo;Oie de Cravan, 2013). D&rsquo;une autre mani\u00e8re, B\u00e9reng\u00e8re Cournut a poursuivi sa recherche d&rsquo;une vision alternative du monde : en 2017, avec N\u00e9e contente \u00e0 Oraibi (Le Tripode), roman d&rsquo;immersion sur les plateaux arides d&rsquo;Arizona, au sein du peuple hop ; en 2019, avec <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10144\">De pierre et d&rsquo;os<\/a><\/span> (Le Tripode, prix du roman Fnac), roman empreint \u00e0 la fois de douceur, d\u2019\u00e9cologie et de spiritualit\u00e9, qui nous plonge dans le destin solaire d\u2019une jeune femme eskimo. Elle a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 pour ce roman d&rsquo;une r\u00e9sidence d&rsquo;\u00e9criture de dix mois au sein des biblioth\u00e8ques du Mus\u00e9um national d&rsquo;Histoire naturelle. Entretemps, un court roman \u00e9pistolaire lui est venu, Par-del\u00e0 nos corps, paru en f\u00e9vrier 2019. (<em>source\u00a0: Editions Le tripode<\/em>)<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le tripode \u2013 29.08.2019 \u2013 219 pages \u2013 Prix du Roman Fnac 2019 . Le roman est \u00e9galement s\u00e9lectionn\u00e9 pour le prix JDD-France inter, pour le prix Bl\u00f9 Jean-Marc Roberts, pour le prix des lecteurs Escale du livre.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0Les Inuit sont un peuple de chasseurs nomades se d\u00e9ployant dans l\u2019Arctique depuis un millier d\u2019ann\u00e9es. Jusqu\u2019\u00e0 tr\u00e8s r\u00e9cemment, ils n\u2019avaient d\u2019autres ressources \u00e0 leur survie que les animaux qu\u2019ils chassaient, les pierres laiss\u00e9es libres par la terre gel\u00e9e, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d\u2019animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les \u00e9l\u00e9ments. L\u2019eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu\u2019accompagne parfois le battement des tambours chamaniques.\u00a0\u00bb (note liminaire du roman)<br \/>Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise s\u00e9pare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, plong\u00e9e dans la p\u00e9nombre et le froid polaire. Elle n\u2019a d\u2019autre solution pour survivre que d\u2019avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extr\u00eames, le chemin d\u2019une qu\u00eate qui, au-del\u00e0 des vastitudes de l\u2019espace arctique, va lui r\u00e9v\u00e9ler son monde int\u00e9rieur.<br \/>Deux ans apr\u00e8s son roman<em>\u00a0N\u00e9e contente \u00e0 Oraibi<\/em>, qui nous faisait d\u00e9couvrir la culture des indiens hopis, B\u00e9reng\u00e8re Cournut poursuit sa recherche d\u2019une vision alternative du monde avec un roman qui nous am\u00e8ne cette fois-ci dans le monde inuit. Empreint \u00e0 la fois de douceur, d\u2019\u00e9cologie et de spiritualit\u00e9,\u00a0<em>De pierre et d\u2019os\u00a0<\/em>nous plonge dans le destin solaire d\u2019une jeune femme eskimo.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: \u00a0Un livre magnifique, qui met en parall\u00e8le des le d\u00e9but la vie des personnages et la vie de la nature\u2026 Une famille va \u00eatre coup\u00e9e en deux quand la banquise se scinde en deux. C\u2019est \u00e0 la fois un livre sur la survie, sur la vie, sur les conditions de vie des Inuits, sur la nature, sur les traditions, sur le rapport nature\/\u00eatre humain\/animal\/monde des vivants\/ monde des morts\/ monde des esprits. \u00a0C\u2019est au d\u00e9part un roman qui met en lumi\u00e8re une vie de femme, mais aussi la vie d\u2019une communaut\u00e9, la vie d\u2019un peuple\u00a0: Les Inuits.<br \/>Comment survivre seule dans un environnement hostile et glac\u00e9\u00a0? C\u2019est l\u2019importance des animaux, le respect des \u00e2mes et des esprits. Les animaux qu\u2019ils chassent pour survivre, qui sont leur principale ressource pour se nourrir, se chauffer, se v\u00eatir. C\u2019est aussi un livre qui nous apprend que dans la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle inuite, il y a aussi des femmes chamanes. En principe les r\u00f4les sont bien d\u00e9finis entre hommes et femmes mais la vie d\u2019Uqsuralik montre bien qu\u2019en cas de n\u00e9cessit\u00e9 les t\u00e2ches de l\u2019homme peuvent \u00eatre assum\u00e9es par les femmes.<br \/>Le rapport \u00e0 la mort et \u00e0 la survivance est tr\u00e8s pr\u00e9sent. Les personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es font partie de la vie et elles continuent \u00e0 exister car leur nom sera donn\u00e9 aux b\u00e9b\u00e9s qui naissent. Ainsi les parents renaitront dans les \u00e2mes des nouveau-n\u00e9s. C\u2019est l\u2019importance de la famille, de la vie en commun. \u00a0<br \/>Les esprits, les amulettes, les croyances fournissent \u00e0 ce roman sa partie onirique et po\u00e9tique. Les descriptions de la nature, de la p\u00eache, de la chasse, de la vie dans ce monde de glace donnent un \u00e9crin \u00e0 la fois angoissant et chaleureux aux relations entre les personnes et montrent \u00e0 quel point on ne peut survivre sans la pr\u00e9sence de l\u2019autre, m\u00eame si on connait sa dangerosit\u00e9 (le personnage du vieux en est l\u2019exemple frappant)<br \/>Le roman est \u00e0 la fois l\u2019histoire d\u2019Uqsuralik et un formidable document sur la vie des Inuits. C\u2019est La vie d\u2019une femme qui \u00e0 la fois lutte pour survivre et \u00e0 la fois accepte ce qu\u2019elle vit et accepterait de mourir pour ne pas entrainer les autres dans le malheur. Elle affronte ses propres peurs et laisse les esprits la guider.<br \/>Un roman tr\u00e8s po\u00e9tique aussi, rythm\u00e9 par des chants qui racontent le ressenti des personnages et leur histoire dans les moments cl\u00e9s de leur vie (la naissance, la mort, la trahison). Ces chants permettent aux personnages d\u2019expliquer leurs vies, de donner des \u00e9l\u00e9ments sur les rapports humains entre les \u00eatres qui forment les familles\u00a0; ils exposent les drames, les ressentis, les vies individuelles.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis certaine que ce livre est un livre que je ne vais pas oublier de sit\u00f4t. Et comme ceux qui me connaissent savent que j\u2019aime la mythologie, nul doute que je vais me documenter sur les traditions et le monde des Inuits. Un \u00e9norme coup de c\u0153ur pour ce roman qui m\u00eale r\u00eave, nature et r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais je ne sais pas quoi faire d\u2019autre. Les montagnes sont trop loin, je dois chercher \u00e0 rejoindre la c\u00f4te co\u00fbte que co\u00fbte. \u00c0 quelle distance se trouve-t-elle\u00a0? La banquise ne donne aucun indice. Elle se tord partout comme une onde tourment\u00e9e, n\u2019ouvre aucun chemin\u00a0\u2013\u00a0que des brisures.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00catre un poids pour la banquise, c\u2019est une chose\u00a0; \u00eatre un poids pour soi-m\u00eame et le groupe, c\u2019en est une autre \u2013\u00a0qui n\u2019est pas souhaitable.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de la baie, au pied des icebergs qui passent au large. Ces g\u00e9ants de glace sont comme des montagnes pos\u00e9es sur l\u2019eau. Aux heures o\u00f9 le soleil monte dans le ciel, ils sont \u00e9blouissants, on ne peut pas les regarder sans se blesser les yeux. Ils parlent une langue \u00e9trange\u00a0\u2013\u00a0de succion, d\u2019\u00e9coulements et de craquements. Ils sont plus impr\u00e9visibles encore que la banquise.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tu es d\u00e9j\u00e0 quelqu\u2019un d\u2019\u00e9trange, \u00e0 mi-chemin entre l\u2019homme et la femme, l\u2019orpheline et le chasseur, l\u2019Ours et l\u2019Hermine\u2026 Qui sait ce que tu peux encore devenir\u00a0?<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">un iceberg est un monde qui peut basculer \u00e0 tout moment.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je crains aussi de chasser sur la toundra, car toutes les armes que je poss\u00e8de\u00a0\u2013\u00a0ma lance, mon couteau, mon harpon\u00a0\u2013\u00a0ont servi r\u00e9cemment \u00e0 tuer des animaux marins. Si je touche un animal terrestre avec \u00e7a, je vais mettre son esprit en col\u00e8re.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes \u00e0 peine assez de femmes pour d\u00e9pecer les phoques, tailler et cuire la viande, \u00e9piler, m\u00e2cher et coudre les peaux pour en faire des v\u00eatements.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 cause de Pilarngaq, le vent femme qui souffle depuis les grandes glaces tout l\u00e0-haut. Seuls les hommes sortent encore pour chasser, sans pouvoir rester longtemps dehors.<br \/>Pour l\u2019instant, ce n\u2019est pas tr\u00e8s grave, car nous avons beaucoup \u00e0 manger, mais si cela devait durer, il faudra demander \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019entre nous n\u00e9 un jour sans vent d\u2019argumenter avec Pilarngaq.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me demande parfois ce qu\u2019il se passerait si nous ignorions tous ces tabous.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne pronon\u00e7ons plus son nom pour la laisser voyager en paix, mais elle n\u2019est pas de ces morts dont on craint la mal\u00e9diction.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019instant en instant, le soleil faiblit. Des nuages \u00e9pais et noirs roulent dans le ciel. Ils sont forts, ils sont lourds\u00a0\u2013\u00a0ils aimantent mon regard. On dirait que la vo\u00fbte c\u00e9leste a d\u00e9cid\u00e9 de rejoindre la terre en se pliant et se repliant \u00e0 l\u2019infini. Mes entrailles elles-m\u00eames se serrent de plus en plus souvent autour de mon c\u0153ur.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il m\u2019est arriv\u00e9 souvent de capituler. Devant le temps qui passe et celui qu\u2019il fait. Il m\u2019est arriv\u00e9 d\u2019enfouir mon identit\u00e9 de chamane. Soit parce que d\u2019autres suffisaient \u00e0 la t\u00e2che, soit parce que j\u2019\u00e9tais fatigu\u00e9e de combattre. Les esprits m\u2019ont parfois quitt\u00e9e, d\u00e9laiss\u00e9e, abandonn\u00e9e. J\u2019ai attendu. J\u2019ai attendu longtemps. Chaque fois, ils sont revenus. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 ils m\u2019ont emport\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ainsi qu\u2019on me voit maintenant, depuis la c\u00f4te en hiver, depuis les lacs en \u00e9t\u00e9\u00a0\u2013\u00a0la femme de pierre, <em>inukshuk<\/em> \u00e0 jamais dress\u00e9 sur l\u2019horizon de la toundra tour \u00e0 tour fleurie et glac\u00e9e. Regardez-moi, si vous passez par l\u00e0\u00a0: je vous surveille. La femme de pierre au caract\u00e8re d\u2019ours, au nom d\u2019hermine. La femme de pierre \u2013\u00a0Uqsuralik.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Infos<\/strong> : Un inukshuk (ou inukshuk, au pluriel : inuksuit) est un empilement de pierres ou de rochers dont la fonction est de communiquer avec les humains pr\u00e9sents dans l\u2019Arctique. Il est construit par les peuples inuit et yupik dans les r\u00e9gions arctiques d&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, depuis l&rsquo;Alaska jusqu&rsquo;au Groenland, en passant par l&rsquo;Arctique canadien\u00a0 (Source : Encyclop\u00e9die Canadienne) \u00a0&#8211;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mythes et l\u00e9gendes des Inuits:<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La part du chamane ou le communisme sexuel inuit dans l&rsquo;Arctique central canadien (<span style=\"color: #800000;\"> <a style=\"color: #800000;\" href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/jsa_0037-9174_1989_num_75_1_1347\">voir article<\/a><\/span> )<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cosmologie et le chamanisme inuit\u00a0: ( <span style=\"color: #800000;\"><a style=\"color: #800000;\" href=\"https:\/\/www.inuitartzone.com\/blogs\/inuitartzone-com\/18467077-chamanisme-le-pouvoir-de-l-angakkuq?srsltid=AfmBOoqpPFOBmlu8WRABeqryWF1Ibli98Vf5wXvL1dpCNmuZ3vgaNB9X\">voir article<\/a><\/span> )<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Image\u00a0<\/strong>: Photo prise en Patagonie\u2026\u00a0 (oui je sais ce n\u2019est pas la r\u00e9gion des Inuits\u2026)<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0: B\u00e9reng\u00e8re Cournut est n\u00e9e en 1979. 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