{"id":10203,"date":"2020-01-18T18:42:56","date_gmt":"2020-01-18T17:42:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10203"},"modified":"2026-03-31T15:53:32","modified_gmt":"2026-03-31T13:53:32","slug":"banville-john-la-guitare-bleue-2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10203","title":{"rendered":"Banville, John \u00abLa guitare bleue\u00bb (2018)"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><b>Auteur<\/b> : N\u00e9 \u00e0 Wexford, en Irlande, le 8 d\u00e9cembre 1945, John Banville vit \u00e0 Dublin. Depuis ses d\u00e9buts, l\u2019\u0153uvre de cet\u00a0 \u00bb orf\u00e8vre des mots\u00a0 \u00bb a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9e par de nombreux grands prix litt\u00e9raires. Avec <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=635\"><i>La Mer<\/i><\/a>,<\/span> pl\u00e9biscit\u00e9e par la critique et le public anglais, publi\u00e9e dans une trentaine de pays, il a remport\u00e9 le plus prestigieux d\u2019entre eux : le Booker Prize. Ses derniers romans, L\u2019intouchable (1998),\u00a0 Eclipse (2002), Impostures (2003) ,<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=635\"><i>La Mer<\/i><\/a><\/span>, \u00a0Ath\u00e9na (2005), \u00a0Infinis (2011), <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17922\">La lumi\u00e8re des \u00e9toiles mortes<\/a><\/span> (2014), <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10203\">La guitare bleue<\/a> <\/span>(2018 ), <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17239\">Neige sur Ballyglass House<\/a><\/span> (2022)<\/p>\r\n<p>Il est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des auteurs vivants les plus importants de langue anglaise. Il est laur\u00e9at d&rsquo;un prix Booker [ <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=635\"><i>La Mer<\/i><\/a>,<\/span>] et il a re\u00e7u en 2014 le c\u00e9l\u00e8bre prix Prince des Asturies pour l\u2019ensemble de son \u0153uvre romanesque, publi\u00e9e en grande partie chez Robert Laffont, dans la collection \u00ab Pavillons \u00bb.<\/p>\r\n<p>Passionn\u00e9 de litt\u00e9rature polici\u00e8re des ann\u00e9es 50, il \u00e9crit \u00e9galement des romans noirs \u2013 <strong><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5309\">S\u00e9rie <i>Quirke<\/i><\/a><\/span><\/strong> \u2013\u00a0 sous le pseudonyme de \u00ab\u00a0Benjamin Black\u00a0\u00bb : <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5312\">Les Disparus de Dublin<\/a><\/span> \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5342\">La Double Vie de Laura Swan<\/a><\/span>\u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5393\">La Disparition d\u2019April Latimer<\/a><\/span> \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5416\">Mort en \u00e9t\u00e9<\/a> <\/span>\u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6145\">Vengeance<\/a> <\/span>\u2013\u00a0<i>Holy Orders (2013)<\/i> &#8211; <i>Even the Dead (2016)<\/i> &#8211; Le printemps basque d&rsquo;April Latimer (2025) (<i>April in Spain (2021) &#8211;\u00a0<\/i><i><\/i><\/p>\r\n<p><b>Autre roman <\/b>(traduit) : \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Black, Benjamin (Banville, John ) \u00ab\u00a0La Blonde aux yeux noirs: Le Retour de Philip Marlowe\u00a0\u00bb (2015) 377 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24083\">La Blonde aux yeux noirs: Le Retour de Philip Marlowe\u00a0<\/a><\/span>\u00bb (2016) ressorti en 2023 sous le titre \u00ab\u00a0Marlowe\u00a0\u00bb . (Nouveau titre suite \u00e0 la sortie du film<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span><b><i>Marlowe<\/i><\/b><i> ou D\u00e9tective Marlowe au Qu\u00e9bec, une coproduction internationale r\u00e9alis\u00e9e par Neil Jordan et sorti en 2022<\/i><i>. Le sc\u00e9nario, sign\u00e9 William Monahan, est adapt\u00e9 du roman The Black-Eyed Blonde de John Banville qui met en sc\u00e8ne le personnage de Philip Marlowe cr\u00e9\u00e9 par Raymond Chandler.<\/i>)<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Janvier 2018, 324 pages, Editeur Robert Laffont \u2013 Collection Pavillons (traductrice\u00a0: Mich\u00e8le Albaret-Maatsch)<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Oliver Orme, vous le savez sans doute, est un peintre dont le talent est reconnu dans le monde entier. Ce que vous ignorez encore, c&rsquo;est qu&rsquo;il a cess\u00e9 de peindre, en proie \u00e0 des doutes esth\u00e9tiques. Et qu&rsquo;il a pass\u00e9 sa vie \u00e0 voler des choses de valeurs diverses \u00e0 son entourage, non par cupidit\u00e9 mais par go\u00fbt, \u00e9prouvant un plaisir quasi \u00e9rotique \u00e0 subtiliser des objets. L&rsquo;un de ces objets subtilis\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres, en l&rsquo;occurrence \u00e0 son ami Marcus, est Polly, dont il fait sa ma\u00eetresse. Mais, tout comme il a fui son \u00e9pouse Gloria, il finit par la laisser un jour o\u00f9 il ressent le besoin de se r\u00e9fugier dans sa maison natale, aussi d\u00e9labr\u00e9e soit-elle. Or bient\u00f4t Polly le retrouve, et leur histoire d&rsquo;amour rena\u00eet de ses cendres. Entre passion, d\u00e9sillusion, jalousie et \u00e9go\u00efsme, Oliver d\u00e9verse le flux de ses pens\u00e9es comme il brossait autrefois ses toiles, cherchant toujours le mot juste, pour \u00eatre le plus vrai possible, si tant est que le vrai existe en ce monde.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<br \/>J\u2019avais d\u00e9couvert l\u2019auteur avec son magnifique \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=635\"><em>La Mer<\/em><\/a><em>\u00a0\u00bb.<\/em> Je retombe sous le charme de son \u00e9criture (et mention sp\u00e9ciale \u00e0 la traductrice\u00a0qui a fait un travail remarquable)<br \/>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un homme qui avait deux centres d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0: voler (pour le plaisir) et peindre. Mais attention le vol comme il le con\u00e7oit est un art et il se doit de respecter certaines r\u00e8gles pour qu\u2019il en ressorte la jouissance qu\u2019il en attend. Et cela va loin\u2026 car en plus du vol d\u2019objet, il y a aussi le vol de la femme de son ami\u2026 D\u2019ailleurs le but ultime, tant en ce qui concerne la peinture et le vol, c\u2019est de s\u2019approprier les objets ou les \u00e9l\u00e9ments, de les assimiler, et dans le cas de la peinture, de les int\u00e9grer et de les faire revivre diff\u00e9remment.<br \/>Mais c\u2019est surtout le portrait d\u2019un homme qui n\u2019a plus go\u00fbt \u00e0 rien, qui est tortur\u00e9, qui est d\u00e9chir\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et qui traine sa vie derri\u00e8re lui comme d\u2019autres trainent leur ennui. Son couple n\u2019en est plus un, il a perdu sa petite fille, rien ne va plus avec sa maitresse, il a perdu le go\u00fbt de peindre\u2026 C\u2019est le portrait d\u2019un homme rong\u00e9 par la culpabilit\u00e9, qui n\u2019a plus go\u00fbt \u00e0 rien.<br \/>L\u2019auteur peint avec des mots l\u2019\u00e2me tortur\u00e9e de son personnage, il emprunte ses couleurs \u00e0 la nature et ses descriptions aux peintres. Le personnage principal \u00e9tant un peintre ayant abandonn\u00e9 ses pinceaux,, le roman est parsem\u00e9 d\u2019\u00e9vocations de peintres (Tiepolo, Manet, Daumier, Courbet, Poussin, Matisse \u2026 )<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Magnifique portrait d\u2019un homme en perdition. L&rsquo;auteur est un peintre des \u00e9motions, de l&rsquo;intime\u2026 L\u2019histoire est un peu longuette par moment, mais l\u2019important c\u2019est la plume et non les petits ( et grands) drames qui se succ\u00e8dent au fil des pages.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne vole pas par int\u00e9r\u00eat financier. Les objets, les artefacts que je subtilise \u2013\u00a0en voil\u00e0 un joli mot, guind\u00e9, corset\u00e9\u00a0\u2013\u00a0n&rsquo;ont dans l&rsquo;ensemble que peu de valeur. Bien souvent, leurs propri\u00e9taires ne s&rsquo;aper\u00e7oivent m\u00eame pas qu&rsquo;ils ne les ont\u00a0plus. Ce qui me d\u00e9range et me place devant un dilemme.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 quoi bon voler, je vous le demande, si personne, \u00e0 l&rsquo;exception du voleur, n&rsquo;a conscience qu&rsquo;il y a eu vol\u00a0?<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De quoi parlaient-ils\u00a0? De rien. N&rsquo;est-ce pas toujours ce dont parlent les gens quand il y a des tiers pour \u00e9couter ce qu&rsquo;ils se disent\u00a0?<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant \u00e0 mes cheveux, ils se situent entre le roux fonc\u00e9 et le laiton ultra-terne et, par temps de pluie ou bien en bord de mer, ils frisottent en bouclettes aussi serr\u00e9es que des fleurets de choux-fleurs et r\u00e9sistent furieusement aux peignes les plus combatifs.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame que l&rsquo;art \u00e9puise ses mat\u00e9riaux en les absorbant int\u00e9gralement dans l&rsquo;\u0153uvre, ainsi que le professe Collingwood\u00a0\u2013\u00a0un tableau consume et la peinture et la toile tandis qu&rsquo;une table est \u00e0 jamais le bois qui la constitue\u00a0\u2013, l&rsquo;acte, l&rsquo;art de voler transmue aussi l&rsquo;objet vol\u00e9. Avec le temps, la plupart des biens perdent de leur lustre, se ternissent et sombrent dans l&rsquo;oubli\u00a0; une fois vol\u00e9s, ils reprennent vie et recouvrent l&rsquo;\u00e9clat de leur singularit\u00e9. Dans cette optique, le voleur ne rend-il pas\u00a0service aux objets en leur donnant une nouvelle vie\u00a0?<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la premi\u00e8re phase du vol, le voleur ne se permettra qu&rsquo;une sorte de respect feutr\u00e9 pour l&rsquo;objet de son d\u00e9sir, non seulement pour des raisons de strat\u00e9gie et de s\u00e9curit\u00e9, mais parce que diff\u00e9rer la gratification est un gage de plaisir accru, comme le sait tout h\u00e9doniste qui se respecte.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est \u00e7a le hic avec la culpabilit\u00e9, un des hics\u00a0: pas moyen d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 son \u0153il\u00a0; il me suit partout dans la pi\u00e8ce, dans le monde, bouffi, sceptique, entendu, arrogant et bien trop c\u00e9l\u00e8bre, comme celui de la Joconde.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La technique, \u00e7a peut s&rsquo;acqu\u00e9rir, la technique, \u00e7a peut s&rsquo;apprendre avec du temps et des efforts, mais qu&rsquo;en est-il du reste\u00a0? L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment qui compte r\u00e9ellement, d&rsquo;o\u00f9 vient-il\u00a0?<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon objectif dans l&rsquo;art du vol, de m\u00eame que dans l&rsquo;art de peindre, c&rsquo;est l&rsquo;absorption du monde dans le moi. L&rsquo;objet vol\u00e9 ne devient pas seulement mien, il devient moi et prend ainsi une vie nouvelle, celle que je lui donne.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">qu&rsquo;elles \u00e9taient tendres et h\u00e9sitantes, ces\u00a0premi\u00e8res heures d&rsquo;exploration pass\u00e9es ensemble\u00a0\u2013, je nous ai vus comme une sc\u00e8ne de genre, un dessin d&rsquo;\u00e9tude de Daumier par exemple, ou m\u00eame un croquis \u00e0 l&rsquo;huile de Courbet, illustration des splendeurs et mis\u00e8res de la <em>Vie de boh\u00e8me<\/em>.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0La nuit derni\u00e8re, j&rsquo;ai fait un r\u00eave bizarre, bizarre et fascinant, qui refuse de se dissiper et dont les bribes s&rsquo;attardent encore dans les recoins de mon esprit, telles des ombres bris\u00e9es.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais quelle perversit\u00e9 que de redouter son destin tout en tendant la main avec empressement pour qu&rsquo;il se rapproche.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nuages se d\u00e9chiraient et, en tendant un peu le cou en avant et en levant haut la t\u00eate, j&rsquo;ai pu voir une tache de bleu pur automnal, ce bleu vibrant et d\u00e9licat que Poussin adorait, alors, en d\u00e9pit de tout, une bouff\u00e9e de joie m&rsquo;a saisi, comme chaque fois que le monde ouvre grand son innocent regard bleu.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un boa constrictor, c&rsquo;\u00e9tait moi, \u00e9norme gueule grande ouverte avalant lentement, lentement, essayant d&rsquo;avaler, s&rsquo;\u00e9touffant sur cette \u00e9normit\u00e9.\u00a0Peindre, comme voler, \u00e9tait un effort qui n&rsquo;en finissait pas en vue de poss\u00e9der et je n&rsquo;en finissais pas d&rsquo;\u00e9chouer.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il soufflait un grand vent d\u00e9capant et \u00e0 pr\u00e9sent on avait partout un ciel \u00e0 la Poussin, d&rsquo;un bleu intense, avec de majestueuses n\u00e9buleuses blanc de glace, gris meurtri, cuivre dor\u00e9. Pour ma part, j&rsquo;aurais utilis\u00e9 un l\u00e9ger badigeon cobalt et, pour les nuages, d&rsquo;\u00e9pais glacis de blanc de zinc \u2013\u00a0oui, ma vieille sp\u00e9cialit\u00e9\u00a0!\u00a0\u2013, de gris cendr\u00e9 et, pour les contours cuivr\u00e9s et lumineux, un peu d&rsquo;ocre jaune rehauss\u00e9, disons, d&rsquo;une pointe de rouge indien.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est vrai, il y a une distinction subtile entre saisir l&rsquo;occasion de voler quelque chose et laisser les circonstances vous pousser \u00e0 rafler ladite chose, n&#8217;emp\u00eache qu&rsquo;il ne faut pas n\u00e9gliger les distinctions, subtiles ou pas.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">j&rsquo;avais emport\u00e9, stock\u00e9es dans ma t\u00eate, certaines choses de choix afin de pouvoir les revisiter des ann\u00e9es apr\u00e8s sur les ailes du souvenir\u00a0\u2013\u00a0les ailes de l&rsquo;imagination plut\u00f4t<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est d&rsquo;abord le silence qui m&rsquo;a frapp\u00e9. Il s&rsquo;est abattu sur la maison \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une forte gel\u00e9e et dessous tout s&rsquo;est p\u00e9trifi\u00e9 et fig\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis, \u00e0 trois ou quatre heures du matin, mes paupi\u00e8res s&rsquo;ouvrent d&rsquo;un coup, tels des stores d\u00e9fectueux, et j&rsquo;\u00e9merge dans un \u00e9tat d&rsquo;alerte lucidit\u00e9 auquel je n&rsquo;ai apparemment jamais acc\u00e8s dans la journ\u00e9e. La p\u00e9nombre de ces heures-l\u00e0 est sp\u00e9ciale aussi\u00a0: plus qu&rsquo;une simple absence de lumi\u00e8re, elle ressemble \u00e0 un m\u00e9dium, \u00e0 une sorte de glaire noire fig\u00e9e dans laquelle je suis englu\u00e9, animal terrass\u00e9 et traqu\u00e9 par les chacals du doute, de l&rsquo;inqui\u00e9tude et d&rsquo;une terreur folle.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaillais d&rsquo;arrache-pied \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, \u00e9merveill\u00e9 par mon talent la moiti\u00e9 du temps et taraud\u00e9 l&rsquo;autre moiti\u00e9 par une terreur bleue de n&rsquo;arriver nulle part, tout en me racontant sottement qu&rsquo;il n&rsquo;en serait rien.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chagrin encourage le d\u00e9placement, pousse \u00e0 la fuite, cette qu\u00eate agit\u00e9e d&rsquo;horizons nouveaux.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que nous pleurions, c&rsquo;\u00e9tait tout ce qui ne serait pas et, croyez-moi, ce genre de vide engloutit toutes les larmes que vous avez \u00e0 verser.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien n&rsquo;est plus cruel que le soleil et la douceur de l&rsquo;air quand on souffre.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis un fils du Nord\u00a0: mes teintes, c&rsquo;est l&rsquo;or martel\u00e9 de l&rsquo;automne, le gris argent du dessous des feuilles par un printemps pluvieux, l&rsquo;\u00e9clat kaki des plages glac\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et les pourpres houleux de la mer en hiver, sa virescence acide.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ah. L&rsquo;amour. Oui. L&rsquo;ingr\u00e9dient secret que j&rsquo;oublie toujours et ne prends jamais en compte.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La femme, je m&rsquo;en suis rendu compte, est une l\u00e9gende, une illusion qui parcourt le monde et s&rsquo;arr\u00eate ici et l\u00e0 sur telle ou telle mortelle sans m\u00e9fiance qu&rsquo;elle transforme, bri\u00e8vement mais fondamentalement, en un objet de d\u00e9sir, de v\u00e9n\u00e9ration et de terreur.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On aurait dit que j&rsquo;avais v\u00e9cu ici il y a longtemps, pas dans mon enfance, mais dans une antiquit\u00e9 stylis\u00e9e, dans ce grand manoir aux relents de renferm\u00e9 plant\u00e9 au fond de mon esprit, lequel est le pass\u00e9, le pass\u00e9 in\u00e9vitablement imagin\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il m&rsquo;arrive parfois de penser que tout ce que je fais est le substitut d&rsquo;autre chose et que toutes les entreprises dans lesquelles je me lance visent\u00a0\u2013\u00a0en vain\u00a0\u2013\u00a0\u00e0 r\u00e9parer un truc que j&rsquo;ai pu faire ou que je n&rsquo;ai pas achev\u00e9\u00a0\u2013\u00a0ne me demandez pas d&rsquo;explications.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les autres sont des puzzles, un parent est un myst\u00e8re insondable.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trans-ceci et trans-cela, toutes les transes, voil\u00e0 ce que je recherchais, la m\u00e9tamorphose des choses, de tout, par la force de la concentration qui est, ne vous m\u00e9prenez pas, la force des forces.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans mon esprit, les tableaux ont une existence liminaire, flottante. Ils s&rsquo;apparentent \u00e0 des images entrevues en r\u00eave, saisissants et n\u00e9anmoins d\u00e9nu\u00e9s de substance.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et l\u00e0, \u00e0 la fin, \u00e0 la fin des fins, j&rsquo;ai compris qu&rsquo;elle m&rsquo;avait quitt\u00e9 pour de bon.<br \/>Pour de bon\u00a0? Pour de mal.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lumi\u00e8re de la lampe brillait sur le sol \u00e0 nos pieds, la lumi\u00e8re des \u00e9toiles brillait \u00e0 la fen\u00eatre au-dessus de\u00a0nos t\u00eates. Nuit, vent de nuit et ballet de nuages. Un v\u00e9ritable orage, dehors et dedans.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me rends compte subitement que ce que j&rsquo;ai toujours fait, c&rsquo;est laisser mon \u0153il se promener au-dessus du monde comme le temps, en pensant que je le faisais mien, ou plus, que je le faisais moi, alors qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 je n&rsquo;avais pas plus d&rsquo;effet sur lui que le soleil, la pluie, l&rsquo;ombre d&rsquo;un nuage.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La v\u00e9rit\u00e9, je pense, c&rsquo;est qu&rsquo;au d\u00e9part je n&rsquo;ai jamais commenc\u00e9 \u00e0 vivre. J&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 sur le point de m&rsquo;y mettre.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une des choses que je regrette profond\u00e9ment du temps o\u00f9 je peignais, c&rsquo;est une certaine qualit\u00e9 de silence. \u00c0 mesure que ma journ\u00e9e de travail avan\u00e7ait et que je m&rsquo;enfon\u00e7ais de plus en plus dans les profondeurs de la surface peinte, le bavardage du monde c\u00e9dait, telle la mar\u00e9e qui reflue, et me laissait au centre d&rsquo;un grand vide de silence. C&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;une absence de sons\u00a0: on aurait cru qu&rsquo;un nouveau m\u00e9dium avait surgi, m&rsquo;avait envelopp\u00e9, quelque chose de dense et de lumineux, un air moins p\u00e9n\u00e9trable que l&rsquo;air, une lumi\u00e8re qui \u00e9tait plus que la lumi\u00e8re. Au milieu, j&rsquo;avais l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre en suspens, \u00e0 la fois en transe et \u00e0 vif, sensible \u00e0 la moindre nuance, aux plus subtils jeux de pigments, de traits et de formes.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est ainsi que les morts reviennent, via les vivants, pour nous entourer, p\u00e2les fant\u00f4mes d&rsquo;eux-m\u00eames et de nous.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">mais depuis quand les bonnes raisons constituent-elles de bonnes raisons pour faire quoi que ce soit\u00a0?<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : N\u00e9 \u00e0 Wexford, en Irlande, le 8 d\u00e9cembre 1945, John Banville vit \u00e0 Dublin. Depuis ses d\u00e9buts, l\u2019\u0153uvre de cet\u00a0 \u00bb orf\u00e8vre des mots\u00a0 \u00bb a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9e par de nombreux grands prix litt\u00e9raires. Avec La Mer, pl\u00e9biscit\u00e9e par la critique et le public anglais, publi\u00e9e dans une trentaine de pays, il a &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10203\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10204,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[520,27,31,105],"tags":[197,94,660,952,184,563,973,175,273,971,131,974,454,314,213,972],"class_list":["post-10203","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-520","category-irlande","category-litterature-irlandaise","category-roman","tag-amour","tag-art","tag-artiste","tag-chute","tag-creation","tag-culpabilite","tag-desesperance","tag-deuil","tag-passion","tag-peintre","tag-peinture","tag-plaisir","tag-portrait","tag-rapports-familiaux","tag-trahison","tag-vol"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10203","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10203"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10203\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":24097,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10203\/revisions\/24097"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/10204"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10203"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10203"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10203"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}