{"id":10259,"date":"2020-01-29T12:35:12","date_gmt":"2020-01-29T11:35:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10259"},"modified":"2020-01-29T12:37:36","modified_gmt":"2020-01-29T11:37:36","slug":"valentiny-caroline-il-fait-bleu-sous-les-tombes-rlh2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10259","title":{"rendered":"Valentiny, Caroline \u00abIl fait bleu sous les tombes\u00bb (RLH2020)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Autrice&nbsp;: <\/strong>Caroline Valentiny est une autrice belge. Professeure de langue, elle est titulaire d&rsquo;un master en psychologie. Elle est psychologue au sein de l\u2019Universit\u00e9 catholique de Louvain.<br \/>Elle a publi\u00e9 un r\u00e9cit dans lequel elle raconte sa d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re \u00e0 la fin de l\u2019adolescence, \u00ab\u00a0Le jour o\u00f9 ma t\u00eate est tomb\u00e9 dans un trou\u00a0\u00bb (2009) r\u00e9\u00e9dite sous le titre \u00ab\u00a0Voyage au bord du vide\u00a0\u00bb (2015), et un essai philosophique, \u00ab\u00a0Schizophr\u00e9nie, conscience de soi, intersubjectivit\u00e9\u00a0\u00bb (De Boeck, 2017). \u00ab\u00a0Il fait bleu sous les tombes\u00a0\u00bb est son premier roman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Albin Michel \u2013 02.01.2020 \u2013 184 pages<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>&nbsp;:&nbsp; \u00ab\u00a0Enfant, lorsqu&rsquo;il \u00e9tait en vie, il se couchait dans l&rsquo;herbe, le soir, pour observer le ciel. Aujourd&rsquo;hui, depuis son carr\u00e9 d&rsquo;herbe \u00e9tanche \u00e0 la lumi\u00e8re, il a beau plisser les yeux, il ne peut plus rien voir\u00a0\u00bb. Jusqu&rsquo;il y a peu, Alexis \u00e9tait vivant. A pr\u00e9sent, il ne sait plus. Il per\u00e7oit encore la vie alentour, le bruissement des feuilles, le pas des visiteurs, et celui, sautillant, de sa petite s\u0153ur qui vient le visiter en cachette.<br \/>Il se sent plut\u00f4t bien, mais que fait-il l\u00e0 ? Il ne sait plus. Ses proches n&rsquo;y comprennent rien non plus. Quel est le myst\u00e8re d&rsquo;Alexis ? Qu&rsquo;a-t-il voulu cacher \u00e0 en mourir ? Caroline Valentiny explore le clair-obscur de l&rsquo;existence dans un premier roman d&rsquo;une subtilit\u00e9 et d&rsquo;une douceur impressionnantes.<br \/>Elle explore le clair-obscur de l&rsquo;existence dans un premier roman d&rsquo;une subtilit\u00e9 et d&rsquo;une douceur impressionnantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: \u00a0Rien ne pr\u00e9parait la famille au suicide du jeune gar\u00e7on de 20 ans. D\u2019ailleurs on peut \u00e9galement se poser la question de savoir ce qui a amen\u00e9 le jeune gar\u00e7on \u00e0 passer \u00e0 l\u2019acte et si c&rsquo;est bien ce qu&rsquo;il souhaitait.<br \/>Ce roman tout en d\u00e9licatesse et magnifiquement \u00e9crit d\u00e9crit ce qui se passe dans la famille et l\u2019entourage du jeune disparu et aussi dans la t\u00eate de celui-ci. Un livre sur l\u2019adolescence, le mal-\u00eatre des jeunes trop sensibles qui se r\u00e9fugient dans leur monde, la solitude, la nature, qui sont le soupir du violoncelle qui laisse \u00e9chapper ses plaintes\u2026 Il donne principalement la parole au jeune homme, \u00e0 sa petite s\u0153ur, \u00e0 son p\u00e8re, \u00e0 sa m\u00e8re, \u00e0 son amie d\u2019enfance qui continuent \u00e0 tisser des liens et refusent de se s\u00e9parer m\u00eame apr\u00e8s la mort.<br \/>Il y a ceux qui communiquent en se rendant sur sa tombe, comme son amie d\u2019enfance et surtout sa petite s\u0153ur, qui continue \u00e0 lui parler, lui rendre visite et \u00e0 vouloir qu\u2019il revienne.<br \/>Il y a le p\u00e8re qui se noie dans le quotidien et doit se montrer actif pour que la vie continue.<br \/>Il y a la m\u00e8re vit dans le vide de son absence\u00a0et veut marcher dans les pas de son fils, aller l\u00e0 o\u00f9 il a disparu, se fondre dans ses pens\u00e9es et ses derni\u00e8res traces ; elle veut comprendre, elle se sent coupable et ne vit que pour lui maintenant qu\u2019il n\u2019est plus l\u00e0. Elle revit toute la courte existence de son fils, depuis sa conception \u00e0 son envol\u2026 et envol est le terme appropri\u00e9. Elle se demande pourquoi, si c\u2019est par amour ou par manque d\u2019amour, tente de communier avec lui&#8230;<br \/>Et il y a lui, qui continue d\u2019observer de sous la terre, comme il le faisait sur terre quand il \u00e9tait encore en vie. Il \u00e9tait mal sur terre mais se sent mal sous terre aussi ; il continue de relier la nature et le vivant, \u00e0 associer vie et mort, lui qui est en partance mais encore pr\u00e9sent\u2026 Vivant, il \u00e9tait r\u00eaveur, musicien, solitaire, aimait la nature, l&rsquo;eau, l\u2019obscurit\u00e9 et les \u00e9toiles\u2026 \u00a0Il ne pourra trouver le vrai repos que quand tout le monde aura trouv\u00e9 une certaine paix \u2026<br \/>Une tr\u00e8s belle lecture sur le deuil, l\u2019amour maternel et l\u2019amour fraternel, le mal-\u00eatre de l\u2019adolescence et ces adolescents fragiles qui ne se sentent pas comme les autres, le mal \u00e0 s&rsquo;accepter et \u00e0 accepter les autres aussi. Bien que les th\u00e8mes abord\u00e9s soient des th\u00e8mes difficiles et poignants, le roman est bleu et non noir, baign\u00e9 par les nuits \u00e9toil\u00e9es et les ambiances cr\u00e9pusculaires, douces et enveloppantes, les larmes de pluie. Bien s\u00fbr il y a des moments de doute et d\u2019incompr\u00e9hension mais au final c\u2019est sur une impression de calme, de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et de douceur qui se d\u00e9gage du r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le vide dans sa chambre, la semaine, \u00e9tait alors plein de promesses. \u00c0 pr\u00e9sent il vous happe comme un trou d\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Un silence embarrass\u00e9 s\u2019installa entre elles, l\u2019ombre, l\u2019envers, l\u2019obscur revers de la relation affectueuse et ais\u00e9e qu\u2019elles entretenaient depuis toujours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y aurait toujours cela, d\u00e9sormais&nbsp;: avant, apr\u00e8s, et la force de cette fronti\u00e8re d\u00e9chira l\u2019atmosph\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;La mort, c\u2019est un peu comme la connerie. Le mort, lui, ne sait pas qu\u2019il est mort\u2026 ce sont les autres qui sont tristes. Le con, c\u2019est pareil\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle serait incapable de se tenir dans la grande maison vide un jour de plus. L\u2019absence allait l\u2019avaler toute crue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle cherchait confus\u00e9ment un coupable, on n\u2019allait pas lui dire que la r\u00e9ponse \u00e9tait \u00e0 chercher \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son fils.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La voix chaude et dor\u00e9e du violoncelle. Un son qui faisait remonter les souvenirs, la vibration des cordes de cet instrument dont le timbre \u00e9tait, disait-on, le plus proche de la voix humaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme il aurait voulu vivre encore. Comme il aurait d\u00fb profiter, lorsqu\u2019il avait un corps. Lorsqu\u2019il \u00e9tait un corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se prit \u00e0 sourire aux questions soi-disant vitales des vivants. Combien plus vitales elles \u00e9taient ici, et combien plus frustrant le sentiment d\u2019impuissance. L\u00e0-haut, au moins, quand on \u00e9tait assailli par le doute, on pouvait marcher, courir, hurler, rire. Ici la boucle \u00e9tait sans fin, les id\u00e9es passaient puis resurgissaient et aucun espace n\u2019emmenait nulle part.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un monde s\u2019ouvre par l\u2019ab\u00eeme sans fond des id\u00e9es, par le silence de la solitude \u00e9toil\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">elle eut envie soudain que le temps se d\u00e9fasse, se tr\u00e9buche, oublie de se jeter en avant, et que plus personne, jamais, ne lui demande rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tait-ce possible qu\u2019il ait si bien fait semblant que ses parents n\u2019aient jamais su, ou \u00e0 peine, qu\u2019il \u00e9tait rempli de tous ces bris de verre&nbsp;? Que personne n\u2019ait vraiment compris que l\u2019eau de ses yeux, la lumi\u00e8re de sa musique, c\u2019\u00e9tait \u00e7a, c\u2019\u00e9tait le reflet des tessons de bouteille sous sa peau qui faisait chatoyer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aveuglement un genre de sur-conscience des choses&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 quelles ombres secr\u00e8tes, qui avaient aggrav\u00e9 l\u2019incertitude de ses gestes, fait fuir son regard, \u00e9viter les \u00e9changes&nbsp;? Que n\u2019avait-elle pas vu&nbsp;\u2013 s\u2019\u00e9tait-elle interdit de voir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce l\u2019amour, peut-\u00eatre le manque d\u2019amour. L\u2019appel int\u00e9rieur d\u2019une musique qu\u2019il ne parvenait pas \u00e0 jouer. L\u2019ennui. Ou la peur. Ou le bruit. Le silence. Il fallait qu\u2019elle lui laisse la r\u00e9ponse. Il avait \u00e9t\u00e9 aspir\u00e9 par l\u2019horizon, c\u2019\u00e9tait la seule v\u00e9rit\u00e9 accessible, il faudrait que cela lui suffise. Il avait emprunt\u00e9 les marches et s\u2019\u00e9tait jet\u00e9 dans le vide, elle devrait d\u00e9sormais vivre avec cet impossible-l\u00e0, cela n\u2019\u00f4tait rien \u00e0 la gr\u00e2ce de ce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9, \u00e0 la gr\u00e2ce infinie de ce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait n\u00e9\u2026 Il y avait eu le ciel, les rires, les soirs d\u2019hiver. Il y avait eu la musique et les caresses. Il y avait eu les livres et leurs tr\u00e9sors. Il y avait eu les peurs et les doutes. Il y avait eu tant et tant. Il avait tout re\u00e7u, une conscience, un corps, les battements de son c\u0153ur. Les odeurs, les d\u00e9tresses, l\u2019amour. Tous ces instants d\u00e9sormais rassembl\u00e9s au creux de la terre qui poursuivraient leur m\u00e9moire, reli\u00e9s au soleil, \u00e0 sa s\u0153ur, \u00e0 ses proches, au bois des violoncelles, aux pages des histoires et comme tout le reste \u00e0 l\u2019univers immense.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice&nbsp;: Caroline Valentiny est une autrice belge. Professeure de langue, elle est titulaire d&rsquo;un master en psychologie. 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