{"id":10288,"date":"2020-02-02T17:28:16","date_gmt":"2020-02-02T16:28:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10288"},"modified":"2020-02-02T17:28:44","modified_gmt":"2020-02-02T16:28:44","slug":"manoukian-pascal-le-cercle-des-hommes-rlh2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10288","title":{"rendered":"Manoukian, Pascal \u00abLe cercle des hommes\u00bb (RLH2020)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: Pascal Manoukian, journaliste et \u00e9crivain, a t\u00e9moign\u00e9 dans de nombreuses zones de conflits. En 2013, il a publi\u00e9 \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4592\">Le Diable au creux de la main<\/a>\u00bb, un r\u00e9cit sur ses ann\u00e9es de guerre d\u00fbment salu\u00e9 par la critique. Ancien reporter de guerre et directeur de l\u2019agence de presse CAPA, Pascal Manoukian s\u2019est tourn\u00e9 vers le roman en publiant en 2015 \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2843\">Les \u00c9chou\u00e9s<\/a>\u00a0\u00bb. En 2017 il publie \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5611\">Ce que tient ta main droite t\u2019appartient<\/a>\u00a0\u00bb. A la rentr\u00e9e 2018 il publie \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6890\">Le paradoxe d\u2019Anderson<\/a>\u00bb aux Editions du Seuil et d\u00e9but 2020 parait \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10288\">Le cercle des hommes<\/a>\u00a0\u00bb<br \/>\u00ab\u00a0J\u2019ai compris que la litt\u00e9rature avait un pouvoir plus fort que le journalisme. C\u2019est un acte entier :\u00a0on emporte ce livre et cette histoire chez soi, et ces personnages que je fais vivre entre les pages deviennent plus familiers. Les gens sont souvent plus touch\u00e9s et \u00e7a les fait plus r\u00e9fl\u00e9chir qu\u2019un simple article\u00a0\u00bb confie-t-il lors d\u2019une interview.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Editions du Seuil \u2013 02.01.2020 \u2013 328 pages<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>&nbsp;: L&rsquo;Amazonie. Perdue sous la canop\u00e9e, une tribu d&rsquo;Indiens isol\u00e9s, fragilis\u00e9s, menac\u00e9s par les outrages faits \u00e0 la for\u00eat. Au-dessus de leurs t\u00eates, un homme d&rsquo;affaires seul et press\u00e9, aux commandes de son avion, survole l&rsquo;immense cercle form\u00e9 par la boucle du fleuve d\u00e9limitant leur territoire. Une rencontre impossible, entre deux mondes que tout s\u00e9pare. Et pourtant, le destin va l&rsquo;organiser. A la d\u00e9couverte de la \u00a0\u00bb Chose \u00ab\u00a0, tomb\u00e9e du ciel, un d\u00e9bat agite la tribu des Yacou : homme ou animal ? C&rsquo;est en essayant de leur prouver qu&rsquo;il est humain que l&rsquo;industriel finira par le devenir.<br \/>Le Cercle des Hommes n&rsquo;est pas seulement un puissant roman d&rsquo;aventures, d&rsquo;une richesse foisonnante, c&rsquo;est aussi un livre grave sur le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et notre rapport \u00e0 la nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois encore l\u2019auteur a su trouver un sujet d\u2019actualit\u00e9 extr\u00eamement sensible et important. Il ne s\u2019agit pas seulement de la d\u00e9forestation mais de l\u2019\u00e9radication d\u2019un peuple et d\u2019une culture ancestrale.<br \/>Apr\u00e8s les Conquistadors, les Nazis sous la direction d\u2019Heinrich Himmler pendant la Pr\u00e9sidence de G\u00e9tulio Vargas, les exterminateurs red\u00e9barquent en Amazonie, une fois encore avec la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019Extr\u00eame-droite au pouvoir, en la personne de Jair Bolsonaro pour d\u00e9truire l\u2019Amazonie et les indiens qui vivent encore sur les lieux.<br \/>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 enchant\u00e9e par le genre litt\u00e9raire choisi par l\u2019auteur pour nous sensibiliser \u00e0 cette opposition entre deux mondes&nbsp;: d\u2019un cot\u00e9 la nature, les croyances, l\u2019entraide, la fusion, le respect des autres, l\u2019instinct, la m\u00e9moire ancestrales, les valeurs. De l\u2019autre le pouvoir, l\u2019app\u00e2t du gain, la futilit\u00e9, la violence, la technologie, le non-respect de la vie et de la nature.<br \/>C\u2019est un livre sensible, f\u00e9d\u00e9rateur, qui tente de redonner sa place \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. Il allie conte et l\u00e9gendes (les l\u00e9gendes li\u00e9es \u00e0 Madame Lune et \u00e0 sa fa\u00e7on de cr\u00e9er la terre), met le rapport avec les \u00e9l\u00e9ments et la terre au centre de la vie, donne du pouvoir au chamanisme. Dans ce monde aux quatre univers (le monde des racines souterraines \u2013 le monde vert &#8211; le monde englouti des fleuves &#8211; les rivi\u00e8res flottantes) il met en garde contre les personnes qui ne respectent rien ni personne, met en lumi\u00e8re les ravages de la civilisation et du racisme, remet le rire et les relations humaines au centre de l\u2019existence, et recentre la vie sur le moment pr\u00e9sent et le respect du pass\u00e9 et des anciens. Pendant tout le r\u00e9cit on se demande quel monde triomphera au final&nbsp;: celui des vraies valeurs et de l\u2019amour ou le monde mat\u00e9rialiste de la course contre le temps et pour l\u2019argent.<br \/>Revenez avec les Yacou, des personnages tellement attachants,  aux origines de la vie et laissez vous porter par le monde des origines. Un magnifique plaidoyer pour la nature, pour la vie, pour la libert\u00e9 et contre notre monde qui ne respecte plus rien. Tendez la main et soyez heureux, n\u2019enviez rien ni personne et ne laissez pas le mat\u00e9rialisme prendre le pas sur l\u2019amour et la joie.<br \/>Un \u00e9norme coup de c\u0153ur, comme les pr\u00e9c\u00e9dents livres de cet auteur qui nous fait vivre une aventure universelle et hors du temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez les Yacou, il existait cinquante-sept mots d\u00e9crivant tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment chaque nuance de vert, mais aucun pour dire le profit, la science ou le bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La veille, le Br\u00e9sil avait fait un immense bond en arri\u00e8re en s\u2019offrant un pr\u00e9sident nostalgique de l\u2019ordre et de la dictature militaire. L\u2019Amazonie et toute l\u2019industrie du pays \u00e9taient \u00e0 vendre. Premiers arriv\u00e9s, premiers servis, \u00ab&nbsp;les meilleures affaires se font \u00e0 l\u2019ouverture&nbsp;\u00bb, disait son p\u00e8re, tant pis pour les travailleurs sans terre, l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, les esp\u00e8ces menac\u00e9es et les Indiens. Les conquistadors \u00e9taient de retour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le clan n\u2019obligeait personne \u00e0 rien, mais chacun se sentait son oblig\u00e9. Tout devait \u00eatre mis en commun et tir\u00e9 au sort. Avec le rire, c\u2019\u00e9tait l\u2019autre fa\u00e7on d\u2019apaiser les tensions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi vivaient les Yacou, connect\u00e9s entre eux mais d\u00e9connect\u00e9s du reste du monde, dans le bonheur de leur d\u00e9nuement, convaincus intuitivement que moins \u00e9tait mieux, plus supportable pour tous, les hommes, les plantes, les b\u00eates et la branche fragile sur laquelle ils s\u2019\u00e9taient \u00e9tablis, un territoire grand comme le Luxembourg \u00e0 la fronti\u00e8re du Br\u00e9sil et de la Guyane. Un monde circulaire, sans angle, sans commencement ni fin, un mouvement perp\u00e9tuel, une boucle parfaite, calqu\u00e9e sur les troncs, la lune, le soleil, le ventre des m\u00e8res et les ronds dans l\u2019eau, un monde o\u00f9 le carr\u00e9 aust\u00e8re n\u2019existait pas et o\u00f9 les Yacou s\u2019interdisaient de l\u2019inventer, pour ne pas rompre l\u2019harmonie, l\u2019unit\u00e9 parfaite entre les \u00eatres, et garder le Cercle intact, comme Madame Lune leur en avait arrach\u00e9 la promesse le jour o\u00f9, pour leur \u00e9viter d\u2019enfanter la terre, elle leur avait offert la chose la plus pr\u00e9cieuse au monde&nbsp;: la femme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il r\u00eavait d\u2019une douche et d\u2019un jambon-beurre. Voil\u00e0 \u00e0 quoi il r\u00e9duisait cent si\u00e8cles d\u2019\u00e9volution apr\u00e8s une semaine de privations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait ce qu\u2019il aimait dans le mental&nbsp;: aucune crampe, jamais, aucune contrainte \u00e0 l\u2019entra\u00eenement. Alors, puisque son esprit devait tra\u00eener un corps, il l\u2019obligeait depuis toujours \u00e0 repousser ses limites.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son monde \u00e0 lui r\u00e9duisait le temps, pensant le ma\u00eetriser. Les sandwichs avaient remplac\u00e9 les repas, les tweets l\u2019\u00e9criture, les mails la lecture, les week-ends selfies et bagages cabine les voyages au long cours. Le temps ne s\u2019\u00e9tirait plus jamais, il se r\u00e9tractait&nbsp;sans cesse, et avec lui la capacit\u00e9 de comprendre et de r\u00e9fl\u00e9chir, donc de d\u00e9cider. L\u2019instantan\u00e9it\u00e9 prenait le pouvoir, on r\u00e9agissait plus qu\u2019on n\u2019agissait, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, en direct, en deux cent quatre-vingts caract\u00e8res, en nourrissant les r\u00e9seaux de photos toutes plus inint\u00e9ressantes les unes que les autres, en inventant des anti-langues sans grammaire ni orthographe, en r\u00e9duisant les \u00e9motions \u00e0 des petits visages jaunes, en pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019insulte \u00e0 l\u2019argument.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre d\u00e9couverte \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 l\u2019absence totale de technologie. Rien pour \u00e9crire, rien pour noter, rien \u00e0 lire, rien \u00e0 consulter. Aucun support \u00e0 l\u2019apprentissage. La m\u00e9moire uniquement. L\u2019inverse de son monde, o\u00f9 elle disparaissait, assist\u00e9e en permanence d\u2019\u00e9crans, de claviers, de sites, d\u2019encyclop\u00e9dies en ligne, consultables n\u2019importe o\u00f9 n\u2019importe quand.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une vie \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de mousse battue \u00e0 la main, sans additif ni colorant, sans rajouts inutiles, un fragile m\u00e9lange d\u2019\u00c9den et de communisme mont\u00e9 en neige.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se souvint d\u2019une phrase d\u2019Einstein, lue un jour dans le magazine d\u2019une compagnie a\u00e9rienne entre Doha, Manille et trois whiskys&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout le monde est un g\u00e9nie. Mais si on juge un poisson sur sa capacit\u00e9 \u00e0 grimper \u00e0 un arbre, il passera sa vie \u00e0 croire qu\u2019il est stupide.&nbsp;\u00bb La pens\u00e9e s\u2019appliquait \u00e0 lui et aux Indiens. On est toujours le poisson de quelqu\u2019un.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Pascal Manoukian, journaliste et \u00e9crivain, a t\u00e9moign\u00e9 dans de nombreuses zones de conflits. En 2013, il a publi\u00e9 \u00ab\u00a0Le Diable au creux de la main\u00bb, un r\u00e9cit sur ses ann\u00e9es de guerre d\u00fbment salu\u00e9 par la critique. 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