{"id":10298,"date":"2020-02-04T15:30:40","date_gmt":"2020-02-04T14:30:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10298"},"modified":"2020-02-04T15:31:36","modified_gmt":"2020-02-04T14:31:36","slug":"mukasonga-scholastique-la-femme-aux-pieds-nus-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10298","title":{"rendered":"Mukasonga, Scholastique \u00abLa femme aux pieds nus\u00bb (2008)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Autrice<\/strong>\u00a0: Scholastique Mukasonga est une \u00e9crivaine franco-rwandaise n\u00e9e en 1956 dans la province de Gikongoro au Rwanda. D\u00e8s l\u2019enfance, son existence se trouve profond\u00e9ment marqu\u00e9e par la violence des conflits ethniques qui secouent son pays. En 1960, sa famille est d\u00e9plac\u00e9e dans une r\u00e9gion insalubre. En 1973, elle part en exil au Burundi.<br \/>Son premier ouvrage, <em>Inyenzi ou les Cafards(2006) <\/em>, a obtenu la reconnaissance de la critique et touch\u00e9 un large public ; le deuxi\u00e8me, <em><a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10298\">La Femme aux pieds nus<\/a><\/em>, a remport\u00e9 le prix S\u00e9ligmann 2008 \u00ab\u00a0contre le racisme, l&rsquo;injustice, et l&rsquo;intol\u00e9rance\u00a0\u00bb; Deux recueils de nouvelles \u2013 <em>L\u2019Iguifou <\/em>(2010, prix Renaissance de la nouvelle et prix de l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences d\u2019Outre-Mer) et <em>Ce que murmurent les collines<\/em> (2014, Grand Prix SGDL de la nouvelle) \u2013 et deux romans \u2013 <em>Notre-Dame du Nil <\/em>(2012, prix Ahmadou Kourouma &#8211; Kourouma <em>(r\u00e9compense une \u0153uvre consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019Afrique &#8211; Salon international du livre et de la presse de Gen\u00e8ve (Suisse<\/em>) \u00a0\u00a0et prix Renaudot) . Finaliste en 2015 du Dublin Literary Award et du Los Angeles Times Book Prize.\u00a0 Suivent <em>C\u0153ur tambour<\/em> (2016) et <em>Un si beau dipl\u00f4me (2018)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gallimard \u2013 Continents noirs \u2013 28.02.2008 \u2013 143 pages \/ Folio \u2013 08.03.2012 \u2013 170 pages &#8211; Prix Seligman contre le racisme et l&rsquo;intol\u00e9rance 2014 et en 2015 par le prix Soci\u00e9t\u00e9 des gens de lettres pour la nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>&nbsp;: Cette femme aux pieds nus qui donne le titre \u00e0 mon livre, c&rsquo;est ma m\u00e8re, Stefania. Lorsque nous \u00e9tions enfants, au Rwanda, mes s\u0153urs et moi, maman nous r\u00e9p\u00e9tait souvent : Quand je mourrai, surtout recouvrez mon corps avec mon pagne, personne ne doit voir le corps d&rsquo;une m\u00e8re. Ma m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9e, comme tous les Tutsi de Nyamata, en avril 1994 ; je n&rsquo;ai pu recouvrir son corps, ses restes ont disparu. Ce livre est le linceul dont je n&rsquo;ai pu parer ma m\u00e8re. C&rsquo;est aussi le bonheur d\u00e9chirant de la faire revivre, elle qui, jusqu&rsquo;au bout traqu\u00e9e, voulut nous sauver en d\u00e9jouant pour nous la sanglante terreur du quotidien. C&rsquo;est, au seuil de l&rsquo;horrible g\u00e9nocide, son histoire, c&rsquo;est notre histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong>&nbsp;: Dans un article paru dans le Monde (06.09.2019) j\u2019ai appris l\u2019origine de son nom&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mukasonga. Votre pr\u00e9nom rwandais est devenu un nom de famille en France. Il vient Du cri de ras-le-bol pouss\u00e9 par mon p\u00e8re \u00e0 ma naissance. Mukasonga est un pr\u00e9nom qui signifie en kinyarwanda&nbsp;: \u00ab&nbsp;Encore une fille&nbsp;!&nbsp;\u00bbJ\u2019arrivais apr\u00e8s deux filles, ce qui n\u2019est pas la meilleure place dans une fratrie. Au Rwanda, avoir une fille est souhait\u00e9 \u00e0 deux places bien pr\u00e9cises&nbsp;: au rang d\u2019a\u00een\u00e9e, pour qu\u2019elle aide la maman au quotidien, et comme petite derni\u00e8re, car on esp\u00e8re qu\u2019elle deviendra le b\u00e2ton de vieillesse des parents. En kinyarwanda, <em>\u00ab&nbsp;muka&nbsp;\u00bb<\/em> signifie \u00ab&nbsp;femme de&nbsp;\u00bb et <em>\u00ab&nbsp;songa&nbsp;\u00bb<\/em> d\u00e9signe le point culminant de la colline&nbsp;\u00bb.<br \/>Roman autobiographique, hommage \u00e0 sa famille, en particulier \u00e0 sa m\u00e8re Stefania, aux disparus du Rwanda et tout particuli\u00e8rement de Nyamata. C\u2019est un devoir de m\u00e9moire si je puis dire. Dans ce livre elle nous parle de sa m\u00e8re et de sa pr\u00e9occupation premi\u00e8re&nbsp;: tout faire pour prot\u00e9ger et cacher ses enfants en cas d\u2019attaque, assurer la survie de ses enfants.<br \/>Dans ce roman elle nous d\u00e9crit la vie dans les camps, les travaux des champs, la culture et les multiples utilisations du sorgho blanc ou rouge,( la bi\u00e8re, les montures de lunettes, les poup\u00e9es,), le respect des traditions ancestrales, la peur des soldats, la perdurance des valeurs fondamentales, les plantes m\u00e9dicinales, les recettes et les formules pour soigner; l\u2019importance des voisins et des voisines, la culture locale, les traditions relatives au mariage. L\u2019importance donn\u00e9e aux vaches, au pain.. La fa\u00e7on dont Stefania a construit son \u00ab&nbsp;inzu&nbsp;\u00bb pour vivre comme avant. Elle nous parle du r\u00f4le de la m\u00e8re dans la famille traditionnelle, la fa\u00e7on de vivre, les coutumes, les croyances, la communication avec les esprits. &nbsp;Elle fait revivre le Rwanda d\u2019avant le g\u00e9nocide, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la guerre entre les Tutsis et les Hutu \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e, ses souvenirs d\u2019enfance. C\u2019est aussi la transmission orale faite par sa m\u00e8re \u00e0 ses enfants, comme c\u2019\u00e9tait la coutume. Elle souligne la qualit\u00e9 de conteuse, de passeuse d\u2019histoire de sa m\u00e8re. Sa m\u00e8re \u00e9tant une \u00ab&nbsp;marieuse&nbsp;r\u00e9put\u00e9e\u00bb, elle explique aussi les traditions relatives au mariage et au choix de l\u2019\u00e9pouse&nbsp;; les crit\u00e8res de beaut\u00e9 sont extr\u00eamement int\u00e9ressants (la vache est la r\u00e9f\u00e9rence) et j\u2019ai aussi ador\u00e9 le passage sur l\u2019importance des pieds.&nbsp;<br \/>C\u2019est aussi la description de la fa\u00e7on dont les blancs se conduisent&nbsp;; si tu ne te convertis pas au catholicisme, pas de pr\u00e9nom chr\u00e9tien et donc&#8230; pas d\u2019\u00e9cole.<br \/>Malgr\u00e9 le th\u00e8me dur et dramatique, c\u2019est une vie familiale qui transpire l\u2019amour que nous transmet une survivante. &nbsp;Superbe t\u00e9moignage qui a de plus un caract\u00e8re particulier car elle emploie les mots de l\u00e0-bas et que cela cr\u00e9e toute l\u2019ambiance. Acheter le kalifuma chez le magendu\u2026 (le kalifuma ou <em><strong>Mirabilis jalapa<\/strong><\/em> ou la Belle de nuit a&nbsp; des <em><strong>propri\u00e9t\u00e9s<\/strong><\/em> antispasmodiques anti-fongique, antibact\u00e9rien, antimicrobien et anti-virale)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ni mon p\u00e8re ni ma m\u00e8re ne song\u00e8rent jamais \u00e0 s\u2019exiler. Je crois qu\u2019ils avaient choisi de mourir au Rwanda. Ils s\u2019y feraient tuer, ils s\u2019y laisseraient assassiner. Mais les enfants, eux, devaient survivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Savoir \u00e9crire, c\u2019\u00e9tait dangereux quand on a un p\u00e8re qui s\u2019est exil\u00e9 au Burundi. On vous soup\u00e7onne aussit\u00f4t de correspondre avec les Tutsi qui pr\u00e9parent leur retour au Rwanda, d\u2019\u00eatre une espionne qui renseigne ceux qui pourraient tenter des coups de main de ce c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En saison s\u00e8che, la floraison \u00e9clatante d\u2019une \u00e9rythrine proclamait la pr\u00e9sence de Ryangombe, le ma\u00eetre des Esprits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On aurait dit que, gr\u00e2ce \u00e0 sa maison, Stefania avait retrouv\u00e9 le prestige et les pouvoirs que la tradition rwandaise attribue \u00e0 la m\u00e8re de famille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019urugori \u00e9tait le signe de la souverainet\u00e9 maternelle que Stefania exer\u00e7ait \u00e0 pr\u00e9sent sur l\u2019inzu et tous ceux qui y habitaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">un beau champ de sorgho, c\u2019\u00e9tait un talisman contre la famine et les calamit\u00e9s, un signe de fertilit\u00e9 et d\u2019abondance et, pour nous les enfants, un dispensateur g\u00e9n\u00e9reux de d\u00e9lices et de jeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019umuganura, c\u2019\u00e9tait une f\u00eate familiale. Les voisins n\u2019\u00e9taient m\u00eame pas invit\u00e9s. On la c\u00e9l\u00e9brait dans l\u2019intimit\u00e9 de l\u2019enclos. Chacun chez soi. C\u2019est peut-\u00eatre pour cela que la f\u00eate avait \u00e9chapp\u00e9 aux anath\u00e8mes des missionnaires&nbsp;; on n\u2019avait m\u00eame pas cherch\u00e9 \u00e0 la christianiser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Beaucoup pensaient que c\u2019\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux missionnaires, qu\u2019avec les lunettes ils lisaient dans les pens\u00e9es, traquaient jusqu\u2019au tr\u00e9fonds de nos \u00e2mes les p\u00e9ch\u00e9s qu\u2019on s\u2019effor\u00e7ait de leur dissimuler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand je fus admise \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019assistantes sociales de Butare, je fus bien \u00e9tonn\u00e9e de constater que les \u00e9l\u00e8ves avaient du pain \u00e0 leur petit d\u00e9jeuner. Le pain quotidien que l\u2019on demandait \u00e0 Dieu dans la pri\u00e8re, cela existait donc. Les bons p\u00e8res ne nous avaient pas tromp\u00e9s&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, l\u2019arri\u00e8re-cour constitue le domaine des femmes. C\u2019est l\u00e0 que se trouve la cuisine en plein air, abrit\u00e9e sous un auvent de paille et prot\u00e9g\u00e9e du vent par des parois en terre battue. Les femmes s\u2019y rencontrent, bavardent en grillant des \u00e9pis de ma\u00efs. Les hommes n\u2019y sont pas admis, ils n\u2019ont d\u2019ailleurs rien \u00e0 y faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En France, quand j\u2019ai visit\u00e9 les jardins des ch\u00e2teaux d\u2019autrefois, je me suis dit que les rois faisaient tailler leurs buis comme nous le faisions pour nos cheveux. Je n\u2019ai pas os\u00e9 faire part de ma comparaison au guide trop savant qui parlait d\u2019un certain jardinier qui s\u2019appelait Le N\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">les pieds des M\u00e8res-Nourrici\u00e8res qui ont l\u2019Afrique pour enfant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle en remerciait la Vierge Marie et tout autant Ryangombe, le ma\u00eetre des Esprits. Bien que bonne chr\u00e9tienne, ma m\u00e8re disait qu\u2019il ne fallait n\u00e9gliger personne et surtout pas les Dieux des anc\u00eatres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Blancs, ils pr\u00e9tendaient savoir mieux que nous qui nous \u00e9tions, d\u2019o\u00f9 nous venions. Ils nous avaient palp\u00e9s, pes\u00e9s, mesur\u00e9s. Leurs conclusions \u00e9taient sans appel&nbsp;: nos cr\u00e2nes \u00e9taient caucasiques, nos profils s\u00e9mitiques, nos statures nilotiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Esprits des morts nous parlent-ils \u00e0 travers nos r\u00eaves&nbsp;? Je voudrais tant le croire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0: Scholastique Mukasonga est une \u00e9crivaine franco-rwandaise n\u00e9e en 1956 dans la province de Gikongoro au Rwanda. D\u00e8s l\u2019enfance, son existence se trouve profond\u00e9ment marqu\u00e9e par la violence des conflits ethniques qui secouent son pays. En 1960, sa famille est d\u00e9plac\u00e9e dans une r\u00e9gion insalubre. 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