{"id":10388,"date":"2020-02-18T16:57:08","date_gmt":"2020-02-18T15:57:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10388"},"modified":"2020-02-18T16:57:08","modified_gmt":"2020-02-18T15:57:08","slug":"bobin-christian-la-part-manquante-1989","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10388","title":{"rendered":"Bobin, Christian \u00abLa part manquante\u00bb (1989)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Auteur<\/strong>&nbsp;: n\u00e9 le 24 avril 1951 au Creusot en Sa\u00f4ne-et-Loire o\u00f9 il demeure, est un \u00e9crivain et po\u00e8te fran\u00e7ais. \u00c0 la fois po\u00e8te, moraliste et diariste, il est l&rsquo;auteur d&rsquo;une \u0153uvre fragmentaire o\u00f9 la foi chr\u00e9tienne tient une grande place, mais avec une approche distanci\u00e9e de la liturgie et du clerg\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gallimard \u2013 01.06.1989 \u2013 112 pages \/&nbsp; Folio \u2013 09.04.2001 \u2013 99 pages<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: C&rsquo;est par incapacit\u00e9 de vivre que l&rsquo;on \u00e9crit. C&rsquo;est par nostalgie d&rsquo;un Dieu que l&rsquo;on aime. Un livre, c&rsquo;est un \u00e9chec. Un amour, c&rsquo;est une fuite. Nous ne pouvons entreprendre que de biais, nous ne pouvons vivre que de profil. Nous ne sommes jamais o\u00f9 nous croyons \u00eatre. Notre d\u00e9sir est vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;errance. Notre volont\u00e9 est sans poids. Parfois quand m\u00eame, on approche quelque chose. Parfois quand m\u00eame on re\u00e7oit des nouvelles de l&rsquo;\u00e9ternel.<br \/>Le battement des lumi\u00e8res sur un visage. La tomb\u00e9e de la foudre dans une encre.<br \/>\u00a0\u00bb Ce n&rsquo;est pas pour devenir \u00e9crivain qu&rsquo;on \u00e9crit. C&rsquo;est pour rejoindre en silence cet amour qui manque \u00e0 tout amour. \u00a0\u00bb C.B.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Cela faisait des ann\u00e9es que ce petit livre \u00e9tait dans la biblioth\u00e8que. Sans doute un des livres qui appartenait \u00e0 ma Maman\u00a0; et je l\u2019ai d\u00e9couvert\u2026 Jamais je n\u2019avais lu de livre de cet auteur, bien que j\u2019aie souvent pens\u00e9 \u00e0 le lire, surtout apr\u00e8s l\u2019avoir \u00e9cout\u00e9 lors de ses passages \u00e0 \u00ab\u00a0La Grande Librairie\u00a0\u00bb L\u2019\u00e9motion \u00e0 fleur de plume \u2026 Il nous parle de solitude, d\u2019absence, de l\u2019enfance, de la femme, de l\u2019amour, de la jalousie, de sentiments, de lecture et d\u2019\u00e9criture, de la croyance\u2026\u00a0 C\u2019est entre le po\u00e8te et le philosophe\u2026 les mots coulent comme l\u2019eau de la rivi\u00e8re, les pens\u00e9es caressent comme le souffle du vent\u2026 C\u2019est doux et profond, empreint de m\u00e9lancolie\u2026 la beaut\u00e9 des mots\u2026 hommage \u00e0 la nature.<br \/>On pourrait le rapprocher de Philippe Delerme\u00a0: \u00a0\u00a0des r\u00e9flexions, des pens\u00e9es, des textes sur le quotidien\u00a0: \u00a0des sensations, des instantan\u00e9s, des souvenirs, des mots \u2026 Est-ce narratif\u00a0? sans doute\u00a0; mais c\u2019est plut\u00f4t de la po\u00e9sie \u00e0 l\u2019\u00e9tat brut, la sensibilit\u00e9 affleure. Mais j\u2019avoue que Delerme a en plus l\u2019enchantement des \u00e9tincelles de joie et de bonheur, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, ce qui manque singuli\u00e8rement chez Bobin .<br \/>J\u2019ai d\u00e9couvert un artisan des mots. J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 mais \u00e0 petite dose. C\u2019\u00e9tait son premier livre et je pense que je vais prochainement faire un saut dans le temps pour voir si la beaut\u00e9 de son \u00e9criture me ravit toujours, passant au-dessus des th\u00e8mes \u00e9voqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec l&rsquo;enfant commence la solitude des jeunes femmes. Elles seules connaissent ses besoins. Elles seules savent le prendre au secret de leurs bras.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a les enfants et puis il y a le mari, l&rsquo;enfant vieilli, l&rsquo;enfant suppl\u00e9mentaire. Il y a toutes ces vies \u00e0 mener en m\u00eame temps, et aucune n&rsquo;est la v\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Choisir Dieu ou le vide, le travail ou le ch\u00f4mage, le d\u00e9sespoir ou l&rsquo;ennui, choisir. Seulement voil\u00e0, on a trouv\u00e9 autre chose, on a trouv\u00e9 les livres, avec les livres on ne choisit plus, on re\u00e7oit tout. La lecture c&rsquo;est la vie sans contraire, c&rsquo;est la vie \u00e9pargn\u00e9e. On lit sous les draps, on lit sous le jour, c&rsquo;est comme une r\u00e9sistance, une lecture clandestine, une lecture de plein vent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On lit sans ordre, sans raison. La lecture ne peut se commander. Personne ne peut en d\u00e9cider \u00e0 votre place. Il en va de la lecture comme d&rsquo;un amour ou du beau temps : personne ni vous n&rsquo;y pouvez rien. On lit avec ce qu&rsquo;on est. On lit ce qu&rsquo;on est. Lire c&rsquo;est s&rsquo;apprendre soi-m\u00eame \u00e0 la maternelle du sang, c&rsquo;est apprendre qui l&rsquo;on est d&rsquo;une connaissance inoubliable, par soi seul invent\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;enfance fait comme un courant profond dans la rivi\u00e8re du jour. Vous y revenez souvent, comme on revient chez soi apr\u00e8s beaucoup d&rsquo;absence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est long de recopier un livre. Il y faut une patience enfantine, un grand oubli de soi. Les copistes attiraient sur eux la m\u00eame puissante col\u00e8re. Ils \u00e9crivaient quand m\u00eame : il y a des choses plus durables que la mort, il y a des amours bien plus clairs que de vivre. Le livre, on le d\u00e9couvre peu \u00e0 peu. On le tra\u00eene avec soi depuis trois ans, on ne l&rsquo;a pas termin\u00e9. On l&#8217;emm\u00e8ne en vacances, on l&rsquo;ouvre au ciel d&rsquo;\u00e9t\u00e9, de pr\u00e9f\u00e9rence. Comme si, pour le lire, il fallait retrouver une grandeur qui ne se montre dans aucun emploi contraint du temps<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On pourrait recenser les livres suivant l&#8217;embarras d&rsquo;en parler. Il y a ceux engorg\u00e9s de pens\u00e9e, de savoir. Tous ces livres ensabl\u00e9s dans l&rsquo;eau morte des id\u00e9es. Les gens qui vous en parlent vous sont tr\u00e8s vite insupportables. M\u00eame quand ils lisent beaucoup ils ne lisent pas : ils confortent leur intelligence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont les hommes du s\u00e9rieux, les hommes sans ombre. L&rsquo;\u00e9clat de l&rsquo;argent \u00e9galise leurs traits. On dirait le m\u00eame homme \u00e0 chaque fois, la m\u00eame absence hautaine, la m\u00eame ruine de toute aventure personnelle, singuli\u00e8re. On les trouve par milliers dans les bureaux, les a\u00e9roports et les restaurants chics.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils mettent de l&rsquo;ordre. Ils mettent le vide, croyant mettre de l&rsquo;ordre. Ils jettent. C&rsquo;est une mani\u00e8re de fun\u00e9railles, une fa\u00e7on d&rsquo;apprivoiser l&rsquo;absence &#8211; comme de ratisser le gravier d&rsquo;un chemin par o\u00f9 mourir viendra. Et il y a ceux qui gardent. Ils entassent dans un tiroir, dans une parole, dans un amour. Ils ne perdent rien. Ils disent : on ne sait jamais. M\u00eame s&rsquo;ils savent, ils ne savent jamais. M\u00eame s&rsquo;ils savent que jamais ils ne reviendront aux lettres anciennes, aux bo\u00eetes rouill\u00e9es, aux vieux m\u00e9dicaments et aux vieilles amours. Tant pis, ils gardent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a toujours une chose qu&rsquo;on ne jette dans aucun cas. Ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement une chose. Ce peut \u00eatre une lumi\u00e8re, une attente, un seul nom. Ce peut \u00eatre une tache sur un mur, un arbre \u00e0 la fen\u00eatre ou m\u00eame une heure particuli\u00e8re du jour. C&rsquo;est une chose dont on s&rsquo;\u00e9prend sans raison, sans besoin. C&rsquo;est une fid\u00e9lit\u00e9 silencieuse \u00e0 ce qui passe et demeure. C&rsquo;est un amour taciturne, immobile : il se d\u00e9pose au fond de l&rsquo;\u00e2me comme au fond d&rsquo;un creuset.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La jalousie est un sentiment d&rsquo;enfance. C&rsquo;est une violence simple comme enlever quelques herbes d&rsquo;un seul geste, et ce sont les racines qui viennent avec, et toute la part de terre, et un grand bloc de ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la jalousie vous acc\u00e9dez \u00e0 la plus grande connaissance de vous-m\u00eame, \u00e0 la connaissance d\u00e9chir\u00e9e de la d\u00e9chirure, au savoir de l&rsquo;amour comme illusion merveilleuse, comme \u00e9chec n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps passe d\u00e9sormais sans vous, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne passe plus. Il s&rsquo;entasse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur&nbsp;: n\u00e9 le 24 avril 1951 au Creusot en Sa\u00f4ne-et-Loire o\u00f9 il demeure, est un \u00e9crivain et po\u00e8te fran\u00e7ais. \u00c0 la fois po\u00e8te, moraliste et diariste, il est l&rsquo;auteur d&rsquo;une \u0153uvre fragmentaire o\u00f9 la foi chr\u00e9tienne tient une grande place, mais avec une approche distanci\u00e9e de la liturgie et du clerg\u00e9. 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