{"id":1110,"date":"2014-09-13T14:32:07","date_gmt":"2014-09-13T13:32:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1110"},"modified":"2014-09-13T14:48:10","modified_gmt":"2014-09-13T13:48:10","slug":"sorman-joy-la-peau-de-lours-082014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1110","title":{"rendered":"Sorman, Joy  \u00ab\u00a0la peau de l\u2019ours\u00a0\u00bb (08\/2014)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Le narrateur, hybride monstrueux n\u00e9 de l&rsquo;accouplement d&rsquo;une femme avec un ours, raconte sa vie malheureuse. Ayant progressivement abandonn\u00e9 tout trait humain pour prendre l&rsquo;apparence d&rsquo;une b\u00eate, il est vendu \u00e0 un montreur d&rsquo;ours puis \u00e0 un organisateur de combats d&rsquo;animaux, traverse l&rsquo;oc\u00e9an pour int\u00e9grer la m\u00e9nagerie d&rsquo;un cirque o\u00f9 il se lie avec d&rsquo;autres cr\u00e9atures extraordinaires, avant de faire une rencontre d\u00e9cisive dans la fosse d&rsquo;un zoo. Ce roman en forme de conte, qui explore l&rsquo;inqui\u00e9tante fronti\u00e8re entre humanit\u00e9 et bestialit\u00e9, nous convie \u00e0 un singulier voyage dans la peau d&rsquo;un ours. Une mani\u00e8re de d\u00e9r\u00e9gler nos sens et de porter un regard neuf et troublant sur le monde des hommes.<\/p>\n<p><strong>Avis<\/strong>\u00a0: Que c&rsquo;est long parfois 160 pages\u00a0! Nettement suffisant pour moi\u00a0! Je ne suis pas du tout entr\u00e9e dans le livre\u00a0! Mal \u00e0 l\u2019aise du d\u00e9but \u00e0 la fin, jamais trouv\u00e9 le ton juste\u2026Mais je suis \u00e0 contre-courant de l\u2019avis g\u00e9n\u00e9ral je crois. Je n\u2019ai jamais trouv\u00e9 la \u00ab\u00a0magie\u00a0\u00bb du conte. Dans ce livre les \u00ab\u00a0personnages\u00a0\u00bb qui ont des sentiments sont les animaux et pas les humains. Le but est de d\u00e9montrer que les hommes sont des b\u00eates et les animaux sont humains\u00a0; rechercher la b\u00eate qui est dans l\u2019homme, montrer \u00e0 quel point les animaux sont affect\u00e9s par la m\u00e9chancet\u00e9, pouss\u00e9s \u00e0 la m\u00e9lancolie et \u00e0 la d\u00e9pression. L\u2019ours, pr\u00e9dateur sexuel va porter un regard d\u00e9cal\u00e9 et ext\u00e9rieur sur le genre humain. L\u2019auteur explique que depuis le Moyen Age, l\u2019ours est per\u00e7u comme le pr\u00e9dateur, sous des dehors \u00ab\u00a0nounours\u00a0\u00bb\u00a0: on gardait les jeunes filles \u00e0 la maison lors du passage du montreur d\u2019ours car l\u2019animal \u00e9tait per\u00e7u comme le concurrent de l\u2019homme en mati\u00e8re de sexualit\u00e9. Dans le roman la mal\u00e9diction vient de l\u2019ours\u00a0; il enl\u00e8ve une femme, la viole et la femme est consid\u00e9r\u00e9e comme une sorci\u00e8re et non comme une victime. L\u2019enfant qui nait de cette union contre-nature, mi-ours comprend vite que pour survivre il doit se soumettre \u00e0 l\u2019homme et ne jamais se r\u00e9volter\u00a0; tout au long de sa vie il s\u2019aplatira devant les hommes. Il sera b\u00eate de foire, animal de cirque, animal de zoo\u2026 Seuls rapports doux\u00a0: avec des femmes faisant partie de la galerie des ph\u00e9nom\u00e8nes de foire. L\u2019id\u00e9e est int\u00e9ressante\u00a0: le rapport animal\/homme m\u2019a fait penser au rapport esclave\/ma\u00eetre.. Mais m\u00eame si le sujet m\u2019a plu, les descriptions trop dures m\u2019ont mis en retrait. Je n\u2019ai jamais ressenti d\u2019empathie, je suis rest\u00e9e semi spectatrice d\u2019un spectacle qui ne m\u2019a ni plu ni convaincu.. \u00a0aucun personnage ne m&rsquo;a sembl\u00e9 vraisemblable&#8230;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Le contrat interdisant aux ours de s\u2019approcher des enfants avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu aux jeunes filles, leur attirance r\u00e9ciproque, depuis longtemps suspect\u00e9e et redout\u00e9e par les\u00a0hommes, mettant en p\u00e9ril la survie de la communaut\u00e9, le maintien de l\u2019ordre et la bonne moralit\u00e9 des femmes, dont il ne faut pas exciter le d\u00e9sir<\/p>\n<p>un enfant-ours, mi-homme mi-b\u00eate, au visage rose, poupin et lisse \u2014\u00a0des pommettes, un nez et des yeux d\u2019ange cercl\u00e9s d\u2019une fourrure l\u00e9g\u00e8re comme de la mousse\u00a0\u2014, petit gar\u00e7on dodu et vo\u00fbt\u00e9, muscl\u00e9 et \u00e9pais, couvert de poils aux reflets roux<\/p>\n<p>Une folle doubl\u00e9e d\u2019une sorci\u00e8re qui a couch\u00e9 avec un ours, une cr\u00e9ature du diable encha\u00een\u00e9e \u00e0 ses instincts les plus vils, une d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e sexuelle qui copule avec les b\u00eates et pervertit la marche du monde<\/p>\n<p>Mais \u00e0 mesure que le souvenir de l\u2019enfant velu s\u2019\u00e9loigne en moi la m\u00e9lancolie gagne, c\u2019est le sentiment acide d\u2019une disparition, d\u2019un destin escamot\u00e9, comme si l\u2019\u00e9paisseur de mes poils avait d\u00e9finitivement recouvert la possibilit\u00e9 de vivre ma vie. Pourtant je me laisse conduire par mon ma\u00eetre de place en place<\/p>\n<p>je me suis r\u00eav\u00e9 ours, celui qui peuple la montagne immense, qui hante la for\u00eat, noire et dense comme une nuit sans lune, mais en moi la vengeance a reflu\u00e9, la lassitude a vitrifi\u00e9 chaque recoin de mon c\u0153ur.<\/p>\n<p>Le sanglier est maintenant mon complice, il n\u2019affrontera pas un adversaire r\u00e9ticent car les animaux ont le sens de la loyaut\u00e9 et du spectacle<\/p>\n<p>D\u2019abord la mer qui se tait, l\u2019air qui se fige, le ciel de midi qui vire au vert sombre puis \u00e0 un noir de lave, la nuit qui tombe d\u2019un coup, rideau de mort, un immense voile s\u2019abat sur la totalit\u00e9 de l\u2019horizon, la vigie frissonne en haut du m\u00e2t, aper\u00e7oit un arc \u00e9lectrique au bout de sa longue-vue et donne l\u2019alerte \u2014\u00a0tout a sombr\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 et des crevasses d\u2019eau s\u2019ouvrent devant nous. Le vent se r\u00e9veille, un g\u00e9ant surgi des fonds marins, il s\u2019emballe, la mer grossit et se fend, les nuages gris cr\u00e8vent en cascade<\/p>\n<p>La r\u00e9bellion a une fois de plus d\u00e9sert\u00e9 mon corps, fi\u00e8vre qui d\u00e9c\u00e9l\u00e8re, col\u00e8re \u00e9vanouie \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 l\u2019homme dispara\u00eet de mon champ de perception, son existence brumeuse imm\u00e9diatement dissip\u00e9e.<\/p>\n<p>je leur trouve un air de f\u00eate et d\u2019impatience<\/p>\n<p>\u00e0 nouveau changer de terre et de vie, les hommes ne nous laisseront donc jamais en paix, ils ne songent qu\u2019\u00e0 nous d\u00e9placer, nous acheter et nous vendre, nous charger et nous d\u00e9charger. Mais eux que fuient-ils\u00a0? La guerre, la peste, la ruine\u00a0? Ils ont l\u2019air si press\u00e9s de partir \u2014\u00a0leurs peaux h\u00e2l\u00e9es et \u00e9paisses, leurs cheveux longs et poussi\u00e9reux, leurs paupi\u00e8res lourdes. Ont-ils boucl\u00e9 leurs malles \u00e0 la va-vite alors que le ciel s\u2019assombrissait, rattrap\u00e9s par des dettes ou de vieilles querelles\u00a0? \u00c0 moins qu\u2019\u00e9ternels vagabonds ils soient incapables de se fixer, de s\u2019installer. Ou qu\u2019ils aient pris la route pouss\u00e9s par une lassitude devenue trop vive, parce que rien ne les retenait et alors \u00e0 quoi bon rester<\/p>\n<p>Une f\u00e9rocit\u00e9 mal plac\u00e9e et c\u2019est la mort, un geste mena\u00e7ant, une attitude non r\u00e9pertori\u00e9e dans leurs manuels de dressage et ils n\u2019h\u00e9siteront pas \u00e0 nous tuer.<\/p>\n<p>C\u2019est au cirque que je vais enfin approcher et conna\u00eetre les femmes, celles auxquelles je suis irr\u00e9m\u00e9diablement attach\u00e9, condamn\u00e9 par la l\u00e9gende et mon histoire, celles que les hommes ont toujours tenues loin de moi.<\/p>\n<p>Les hommes cherchent leur b\u00eate, h\u00e9sitent entre le violent et le doux, l\u2019indomptable et la soumission, le cruel et le sage<\/p>\n<p>ici rien n\u2019\u00e9tonne, aucun \u00eatre vivant aussi curieux soit-il n\u2019attire l\u2019attention, nous sommes tous des rebuts de la nature, n\u00e9s d\u2019un orage, de l\u2019accouplement d\u2019une sorci\u00e8re et d\u2019un ange. \u00c0 mesure que je m\u2019enfonce dans les d\u00e9dales de la galerie surgissent sous mes yeux une multitude de personnages prodigieux qui me mettent en joie, l\u2019ambiance est festive, chaleureuse et bruyante, je me fonds dans ce peuple de l\u2019extraordinaire et j\u2019observe.<\/p>\n<p>Sa vue m\u2019arrache des soupirs nostalgiques d\u2019un temps que je ne sais pourtant pas identifier, d\u2019un temps que je n\u2019ai m\u00eame pas connu<\/p>\n<p>Il faut attendre le noir complet, infiltr\u00e9 dans chaque repli du ciel, il faut attendre les \u00e9toiles comme des signaux \u2014\u00a0la voie est libre\u00a0: le silence nous saisit, \u00e9pais, fig\u00e9 comme de la glace, un manteau de silence qui nous emprisonne aussi s\u00fbrement que la banquise, ce silence comme une profonde inspiration avant le cri<\/p>\n<p>me laisse faire \u2014\u00a0laisser les hommes croire en leur puissance pour avoir la paix<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu mes r\u00e9flexes s\u2019\u00e9teignent, je ne suis plus que la comm\u00e9moration de moi-m\u00eame<\/p>\n<p>Avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la condamnation \u00e0 mort, avoir arpent\u00e9 des continents, travers\u00e9 un oc\u00e9an, avoir montr\u00e9 l\u2019\u00e9tendue de mon talent, fait preuve de docilit\u00e9 et d\u2019intelligence, m\u2019\u00eatre adapt\u00e9 \u00e0 toutes les situations et toutes les g\u00e9ographies, avoir collabor\u00e9 avec les hommes, travaill\u00e9 \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s pour pr\u00e9server ma vie, mon secret, pour ne pas finir une balle dans la t\u00eate, sur un billot, dans un foss\u00e9.<\/p>\n<p>N\u2019\u00eatre d\u2019aucun monde, ni de celui-ci ni d\u2019un autre, n\u2019\u00eatre d\u2019aucun bord et attendre. Il me semble que l\u2019espace n\u2019existe plus, que seul subsiste le temps, une dur\u00e9e \u00e9paisse et collante comme de la m\u00e9lasse<\/p>\n<p>Et si l\u2019espace est un drame parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 aboli, le temps l\u2019est parce qu\u2019il ne conna\u00eet plus de bornes, s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019infini, aussi extensif que les lieux sont racornis.<\/p>\n<p>survivre est l\u2019affaire des hommes, le destin qu\u2019ils se sont invent\u00e9<\/p>\n<p>le temps est un pr\u00e9sent qui n\u2019en finit pas, alourdi par la perspective lointaine de la mort<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Le narrateur, hybride monstrueux n\u00e9 de l&rsquo;accouplement d&rsquo;une femme avec un ours, raconte sa vie malheureuse. 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