{"id":11138,"date":"2020-06-25T11:09:00","date_gmt":"2020-06-25T09:09:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11138"},"modified":"2024-09-28T15:24:48","modified_gmt":"2024-09-28T13:24:48","slug":"de-vigan-delphine-rien-ne-soppose-a-la-nuit-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11138","title":{"rendered":"de Vigan, Delphine \u00abRien ne s\u2019oppose \u00e0 la nuit\u00bb (2011)"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Auteure\u00a0<\/strong>: N\u00e9e le 1er mars 1966 \u00e0 Boulogne, Delphine de Vigan est une romanci\u00e8re et r\u00e9alisatrice fran\u00e7aise. Apr\u00e8s avoir accumul\u00e9 divers petits emplois, elle a atterri sur un poste de cadre dans un institut de sondage \u00e0 Alfortville. M\u00e8re de deux enfants, l\u2019\u00e9crivain ne vit que de sa plume depuis 2007..<\/p>\r\n<p><b>Ses romans<\/b>\u00a0: 2001 : Jours sans faim (sous le pseudonyme de Lou Delvig) \u2013 2005 : Les Jolis Gar\u00e7ons, \u2013 2005 : Un soir de d\u00e9cembre \u2013 2007 : <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=20792\">No et moi<\/a> <\/span>(Prix des libraires 2008 \u2013 Prix du Rotary International 2009) \u2013 2008 : Sous le manteau \u2013 2009 : Les Heures souterraines \u2013 2011 : <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11138\">Rien ne s\u2019oppose \u00e0 la nuit<\/a> <\/span>\u2013 2015 : D\u2019apr\u00e8s une histoire vraie (prix Renaudot et le prix Goncourt des lyc\u00e9ens) \u2013 2018 :<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5478\">Les Loyaut\u00e9s<\/a><\/span> \u2013 2019 : Les Gratitudes \u2013 2021 : <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"De Vigan, Delphine \u00ab\u00a0Les enfants sont rois\u00a0\u00bb (2021) 368 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=20892\">Les enfants sont rois<\/a><\/span> &#8211;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u2013 \u00c9ditions JC Latt\u00e8s n : 17\/08\/2011 \u2013 436 pages \/ Livre de poche 30.01.2013 \u2013 400 pages &#8211; Prix du roman Fnac 2011, Prix Roman France T\u00e9l\u00e9vision 2011, Prix Renaudot des lyc\u00e9es 2011 et Prix des lectrices de Elle, son roman \u00ab Rien ne s\u2019oppose \u00e0 la nuit \u00bb d\u00e9voile l\u2019histoire de sa m\u00e8re Lucile qui est atteinte de trouble bipolaire avant de se donner la mort en 2008. C\u2019est aussi une \u0153uvre o\u00f9 Delphine de Vigan laisse manifester clairement son processus d\u2019\u00e9criture o\u00f9 les doutes et les angoisses se succ\u00e8dent et s\u2019entrem\u00ealent<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l&rsquo;\u00e9cho inlassable des morts, et le retentissement du d\u00e9sastre. Aujourd&rsquo;hui je sais aussi qu&rsquo;elle illustre, comme tant d&rsquo;autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dans une interview<\/strong>\u00a0: Le titre de votre roman, Rien ne s\u2019oppose \u00e0 la nuit, est tir\u00e9 de la chanson \u00abOsez Jos\u00e9phine\u00bb d\u2019Alain Bashung. Qu\u2019\u00e9voquent pour vous ces paroles?<br \/>Ce titre \u00e9voque pour moi \u00e0 la fois une certaine violence mais aussi une forme de douceur et d\u2019apaisement, ce qui correspond bien \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je me fais de ma m\u00e8re. Les paroles de la chanson \u00abOsez Jos\u00e9phine\u00bb \u00e9voquent la transgression, la libert\u00e9. Il y a dans ce texte une autre phrase que j\u2019aime beaucoup: \u00abet que ne durent, durent, que les moments doux\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec pudeur et infiniment de d\u00e9licatesse la romanci\u00e8re nous trace un parcours de vie difficile et \u00e9mouvant. Les rapports entre les g\u00e9n\u00e9rations, les relations compliqu\u00e9es avec une m\u00e8re fragile mentalement, qui est \u00e0 la fois lumineuse et emplie de t\u00e9n\u00e8bres.<br \/>C\u2019est un livre poignant et d\u00e9chirant mais empli de lumi\u00e8re aussi. Et apr\u00e8s avoir lu ce livre, on comprend la fa\u00e7on qu\u2019\u00e0 l\u2019auteur d\u2019aborder les th\u00e8mes sensibles dans ses autres \u00e9crits. Un personnage tr\u00e8s attachant que celui de Lucile, qui traverse la vie en funambule, toujours sur le fil\u2026 \u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En plus du titre tir\u00e9 de la chanson de Bashung, il y a dans ce livre un passage o\u00f9 l\u2019autrice les paroles de Mouloudji (les pav\u00e9s) et les paroles d\u2019une chanson de Barbara\u00a0:<br \/><em>Regarde, quelque chose a chang\u00e9, l\u2019air semble plus l\u00e9ger, c\u2019est ind\u00e9finissable.<br \/>Regarde, sous le ciel d\u00e9chir\u00e9, tout s\u2019est ensoleill\u00e9, c\u2019est ind\u00e9finissable.\u00a0<br \/>Un homme, une rose \u00e0 la main, a ouvert le chemin, vers un autre demain\u2026<br \/>On a envie de se parler, de s\u2019aimer, de se toucher.<br \/>Et de tout recommencer.<\/em><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019existait pas. Je n\u2019avais que des morceaux \u00e9pars et le fait m\u00eame de les ordonner constituait d\u00e9j\u00e0 une fiction. Quoi que j\u2019\u00e9crive, je serais dans la fable.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que cherchais-je au fond si ce n\u2019\u00e9tait approcher la douleur de ma m\u00e8re, en explorer le contour, les replis secrets, l\u2019ombre port\u00e9e\u00a0?<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9criture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d\u2019interroger la m\u00e9moire.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle r\u00eavait de devenir invisible\u00a0: tout voir, tout entendre, tout apprendre, sans que rien de palpable ne signal\u00e2t sa pr\u00e9sence. Elle ne serait plus qu\u2019une onde, un souffle, un parfum peut-\u00eatre, rien qu\u2019on p\u00fbt toucher ou attraper.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme c\u2019est le cas dans bon\u00a0nombre de familles, les \u00e9poques se r\u00e9sument au lieu qui les contient.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0La derni\u00e8re \u00e0 se lever de son lit, tout simplement, comme si la vie enti\u00e8re \u00e9tait contenue dans les pages des livres, comme s\u2019il suffisait de rester l\u00e0, \u00e0 l\u2019abri, \u00e0 contempler la vie de loin.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucun prince, aucune r\u00e9ussite ne peuplaient ses r\u00eaves, simplement le temps \u00e9tal\u00e9 devant elle dont elle pouvait disposer selon sa volont\u00e9 propre, un temps contemplatif qui la tiendrait \u00e0 l\u2019abri.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les choses se perp\u00e9tuaient, se transmettaient, c\u2019\u00e9tait le propre des familles nombreuses.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0un chagrin que ses parents avaient su transformer en cadeau. Un cadeau qui prenait beaucoup de place.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils \u00e9taient rentr\u00e9s de vacances quelques jours plus t\u00f4t, elle aimait prolonger cet \u00e9tat de latence, d\u2019engourdissement, ne rien pr\u00e9voir, laisser aller les choses comme elles venaient, accueillir l\u2019\u00e9tirement du temps.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je per\u00e7ois chaque jour qui passe combien il m\u2019est difficile d\u2019\u00e9crire ma m\u00e8re, de la cerner par les mots, combien sa voix me manque.\u00a0\u00a0Lucile nous a tr\u00e8s peu parl\u00e9 de son enfance. Elle ne racontait pas. Aujourd\u2019hui, je me dis que c\u2019\u00e9tait sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la mythologie, de refuser la part de fabulation et de reconstruction narrative qu\u2019abritent toutes les familles.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai aucun souvenir que ma m\u00e8re m\u2019ait donn\u00e9 \u00e0 entendre de sa bouche les diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements qui ont marqu\u00e9\u00a0<em>son<\/em>\u00a0enfance, je veux dire qu\u2019elle les ait \u00e9voqu\u00e9s dans un r\u00e9cit \u00e9nonc\u00e9 au\u00a0<em>je<\/em>, qui nous aurait donn\u00e9 acc\u00e8s, au moins en partie, \u00e0 sa vision des choses. Ce qui me manque au fond, c\u2019est son point de vue \u00e0\u00a0elle, les mots qu\u2019elle e\u00fbt choisis, l\u2019ordre d\u2019importance qu\u2019elle e\u00fbt attribu\u00e9 aux faits, les d\u00e9tails qui lui eussent appartenu.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le silence n\u2019offrait pas de prise. \u00c0 mesure que le temps passait, elle semblait mener une vie parall\u00e8le et secr\u00e8te, \u00e0 laquelle il n\u2019avait pas acc\u00e8s.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loin de l\u2019effervescence, elle allait pouvoir inventer son propre espace et se mouvoir dans le silence. Jusqu\u2019\u00e0 ce jour, elle n\u2019avait jamais su imaginer son avenir, lui attribuer une forme, une couleur. Elle n\u2019avait jamais su se projeter dans une autre vie, inventer de nouveaux paysages. Parfois, elle en avait conclu que ses r\u00eaves \u00e9taient si grands, si d\u00e9mesur\u00e9s, qu\u2019ils n\u2019entraient m\u00eame pas dans sa propre t\u00eate.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que s\u2019est-il pass\u00e9, en raison de quel d\u00e9sordre, de quel poison silencieux\u00a0? La mort des enfants suffit-elle \u00e0 expliquer la faille, les failles\u00a0? Car les ann\u00e9es qui ont suivi ne peuvent se raconter sans les mots drame, alcool, folie, suicide, qui composent notre lexique familial au m\u00eame titre que les mots f\u00eate, grand \u00e9cart et ski nautique. Au cours des entretiens que j\u2019ai men\u00e9s, certains parlent de d\u00e9sastre, y compris parmi les plus concern\u00e9s, et il me semble que ce mot est le plus juste\u00a0si l\u2019on consid\u00e8re que sur toute ruine on peut reconstruire \u2013 ce que chacun, \u00e0 notre mani\u00e8re, nous avons fait.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">la rencontre de deux grandes souffrances, et contrairement \u00e0 la loi math\u00e9matique qui veut que la multiplication de deux nombres n\u00e9gatifs produise un nombre positif, de cette rencontre ont surgi la violence et le d\u00e9sarroi.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">j\u2019\u00e9cris ce myst\u00e8re qu\u2019elle a toujours \u00e9t\u00e9 pour moi, \u00e0 la fois si pr\u00e9sente et si lointaine<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu\u2019ai-je vu du haut de mes six mois, de mes quatre ans, de mes dix ans (et m\u00eame de mes quarante)\u00a0? Rien. Et pourtant je continue de d\u00e9rouler l\u2019histoire de ma m\u00e8re, je m\u00eale \u00e0 mon regard d\u2019enfant celui de l\u2019adulte que je suis devenue, je m\u2019accroche \u00e0 ce projet ou bien il\u00a0s\u2019accroche \u00e0 moi, je ne sais lequel de nous deux est le plus encombrant.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parfois je r\u00eave que je reviens \u00e0 la fiction, je me roule dedans, j\u2019invente, j\u2019\u00e9lucubre, j\u2019imagine, j\u2019opte pour le plus romanesque, le moins vraisemblable, j\u2019ajoute quelques p\u00e9rip\u00e9ties, m\u2019offre des digressions, je suis mes chemins de traverse, je m\u2019affranchis du pass\u00e9 et de son impossible v\u00e9rit\u00e9.<br \/>Parfois je r\u00eave au livre que j\u2019\u00e9crirai\u00a0<em>apr\u00e8s<\/em>, d\u00e9livr\u00e9e de celui-ci.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0l\u2019adjectif italien\u00a0<em>morbido<\/em>\u00a0qui, contrairement \u00e0 ce que l\u2019on imagine lorsqu\u2019on ne parle pas cette langue (ce qui est mon cas), ne signifie pas\u00a0<em>morbide,<\/em>\u00a0mais\u00a0<em>doux<\/em>.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La coordination est \u00e0 l\u2019\u00e9criture ce que le montage est \u00e0 l\u2019image. Telles que j\u2019\u00e9cris ces phrases, telles que je les juxtapose, je donne \u00e0 voir ma v\u00e9rit\u00e9. Elle n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 moi.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant de commencer l\u2019\u00e9criture de ce livre, dans cette p\u00e9riode singuli\u00e8re et pr\u00e9cieuse o\u00f9 le texte se pense, se fantasme, sans qu\u2019aucun mot, aucune musique ne soient encore pos\u00e9s sur le clavier [\u2026]<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00e9moire enregistre tout, et le tri s\u2019effectue apr\u00e8s coup, une fois la crise pass\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019avais jamais mis en mots le 31\u00a0janvier, ni dans le journal intime que je tenais \u00e0 l\u2019\u00e9poque (je n\u2019en ai pas eu le temps ou pas le courage), ni dans les lettres \u00e9crites \u00e0 mes amies dans les jours qui ont suivi, ni, plus tard, dans mon premier roman. Aujourd\u2019hui, la fin du mois de janvier est pour moi un genre de p\u00e9riode \u00e0 risque [\u2026]. C\u2019est quelque chose qui est ancr\u00e9 dans la m\u00e9moire du corps.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne me suis jamais vraiment int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la psychog\u00e9n\u00e9alogie ni aux ph\u00e9nom\u00e8nes de r\u00e9p\u00e9tition transmis d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 une autre qui passionnent certains de mes amis. J\u2019ignore comment ces choses (l\u2019inceste, les enfants morts, le suicide, la folie) se transmettent.<br \/>Le fait est qu\u2019elles traversent les familles de part en part, comme d\u2019impitoyables mal\u00e9dictions, laissent des empreintes qui r\u00e9sistent au temps et au d\u00e9ni.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le moment o\u00f9 je passe de l\u2019inconscient au conscient est un d\u00e9chirement.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le je\u00fbne est une drogue puissante et peu on\u00e9reuse, on oublie souvent de le dire. L\u2019\u00e9tat de d\u00e9nutrition anesth\u00e9sie la douleur, les \u00e9motions, les sentiments, et fonctionne, dans un premier temps, comme une protection. L\u2019anorexie restrictive est une addiction qui fait croire au contr\u00f4le alors qu\u2019elle conduit le corps \u00e0 sa destruction.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">d\u00e8s lors que la famille \u00e9tait rassembl\u00e9e, l\u2019air se chargeait d\u2019abord d\u2019une \u00e9lectricit\u00e9 joyeuse qui ne tardait pas \u00e0 se transformer en courant haute tension.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ennui n\u2019est jamais passager. Il y a bien un rem\u00e8de \u00e0 cet ennui, mais il est radical et d\u00e9sagr\u00e9able pour les autres (certains vieilliront, d\u2019autres mourront).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0J\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019\u00eatre adulte ne pr\u00e9munissait pas de la peine vers laquelle j\u2019avan\u00e7ais, que ce n\u2019\u00e9tait pas plus facile qu\u2019avant, quand nous \u00e9tions enfants, qu\u2019on avait beau grandir et faire son chemin et construire sa vie et sa propre famille, il n\u2019y avait rien \u00e0 faire, on venait de l\u00e0, de cette femme\u00a0; sa douleur ne nous serait jamais \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je sais bien que \u00e7a va vous faire de la peine mais c\u2019est in\u00e9luctable \u00e0 plus ou moins de temps et je pr\u00e9f\u00e8re mourir vivante.<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteure\u00a0: N\u00e9e le 1er mars 1966 \u00e0 Boulogne, Delphine de Vigan est une romanci\u00e8re et r\u00e9alisatrice fran\u00e7aise. Apr\u00e8s avoir accumul\u00e9 divers petits emplois, elle a atterri sur un poste de cadre dans un institut de sondage \u00e0 Alfortville. M\u00e8re de deux enfants, l\u2019\u00e9crivain ne vit que de sa plume depuis 2007.. 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