{"id":1118,"date":"2014-09-15T16:37:16","date_gmt":"2014-09-15T15:37:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1118"},"modified":"2014-09-15T17:01:42","modified_gmt":"2014-09-15T16:01:42","slug":"davrichewy-kethevane-quatre-murs-02-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1118","title":{"rendered":"Davrichewy, K\u00e9th\u00e9vane  \u00abQuatre murs\u00bb (02.2014)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Quatre Murs. La maison familiale est trop vaste pour une femme seule. En ce jour de d\u00e9m\u00e9nagement, les quatre enfants, devenus adultes, s&rsquo;y retrouvent pour la derni\u00e8re fois. Leur p\u00e8re est mort. Dans les pi\u00e8ces vides qui r\u00e9sonnent, les propos en apparence anodins se chargent de sous-entendus. Ces quatre-l\u00e0 se connaissent trop pour donner le change, d&rsquo;autant que leur m\u00e8re, profitant qu&rsquo;ils soient pour une fois ensemble sans enfants ni conjoints, soul\u00e8ve la question de l&rsquo;h\u00e9ritage. Deux ans plus tard, rien n&rsquo;est r\u00e9solu : les fr\u00e8res et s\u0153urs ne se parlent plus gu\u00e8re, et surtout pas de leur pass\u00e9. Sur l&rsquo;insistance de leur m\u00e8re, ils ont pourtant accept\u00e9 de se retrouver en Gr\u00e8ce, le pays de leur origine, dans la maison o\u00f9 l&rsquo;a\u00een\u00e9 vient de s&rsquo;installer. Ce voyage est, pour chacun d&rsquo;eux, l&rsquo;occasion de revenir sur l&rsquo;ambivalence de leurs relations. Comment en sont-ils arriv\u00e9s l\u00e0, eux qui \u00e9taient tout les uns pour les autres ? Excellant \u00e0 pointer la dissonance dans les voix de ses quatre protagonistes, qui chacun livre sa version des faits, K\u00e9th\u00e9vane Davrichewy, comme si elle assemblait les pi\u00e8ces d&rsquo;un puzzle, r\u00e9v\u00e8le petit \u00e0 petit les motifs d&rsquo;un drame familial, et propose une belle variation sur la perte de l&rsquo;innocence.<\/p>\n<p><strong>Analyse (\u00e9tay\u00e9e par l&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;une interview de l&rsquo;auteur) et avis<\/strong>\u00a0 : Deuxi\u00e8me livre que je lis avec beaucoup de plaisir de cette romanci\u00e8re. \u00ab\u00a0Quatre murs\u00a0\u00bb ce titre ne fait pas uniquement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la maison\u00a0; cela fait aussi r\u00e9f\u00e9rence aux murs qui se sont \u00e9rig\u00e9s entre les quatre membres d\u2019une fratrie. Un voyage g\u00e9ographique deviendra le pr\u00e9texte \u00e0 un voyage int\u00e9rieur. C\u2019est un r\u00e9cit \u00e0 quatre voix. Le livre se divise en 4 parties. (Le prologue et 3 chapitres) Comme dans le pr\u00e9c\u00e9dent roman que j\u2019ai lu d\u2019elle, les th\u00e8mes principaux sont les liens et la rupture, la cassure qui intervient entre des \u00eatres\u00a0: l\u2019amiti\u00e9, la fratrie.. C\u2019est une fois encore l\u2019apprentissage de la perte. La vie est faite de ruptures et de pertes\u00a0; nous sommes habit\u00e9s par des souvenirs. La question qui se pose ici est \u00ab\u00a0Que faire de cette identit\u00e9 commune qu\u2019est la fratrie\u00a0? Faut-il casser cette entit\u00e9 pour vivre sa propre vie\u00a0? Et que fait-on de ce qu\u2019on laisse de c\u00f4t\u00e9\u00a0? Le roman est fait d\u2019interrogations.. pas de solution, pas de jugement, pas de morale. Tout est dans l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, le ressenti plut\u00f4t que dans les faits. Les choses ne sont pas dites, on les devine, on les comprend. C\u2019est le domaine du non-dit, de l\u2019ellipse.<\/p>\n<p>Le prologue\u00a0: Suite au d\u00e9c\u00e8s du p\u00e8re une ann\u00e9e auparavant, la m\u00e8re d\u00e9cide de vendre la maison familiale et convoque les 4 enfants dans la maison pour finir de la vider et s\u2019y retrouver une derni\u00e8re fois. Les 4 enfants ( 2 adultes de plus de 40 ans qui ont r\u00e9ussi leur vie professionnelle et 2 jumeaux \u00e0 la ramasse ) se tiennent aux 4 coins de la pi\u00e8ce.. Dans une ambiance pesante et o\u00f9 l\u2019on sent la distance qui s\u00e9pare les 4 enfants, la m\u00e8re aborde le sujet d\u00e9licat de l\u2019h\u00e9ritage du p\u00e8re en annon\u00e7ant qu\u2019elle a d\u00e9cid\u00e9 de favoriser ceux qui ont moins bien r\u00e9ussi. Cela cr\u00e9e une tension suppl\u00e9mentaire. D\u2019embl\u00e9e, on ressent une fracture, des \u00eatres \u00e9loign\u00e9s. Cet adieu \u00e0 la maison est un basculement dans leur vie, une rupture avec l\u2019enfance et fait remonter les souvenirs de cette p\u00e9riode o\u00f9 ils s\u2019entendaient si bien\u2026 Le prologue est le seul moment du roman ou les personnages se parlent, font entendre leur 4 voix, juxtapos\u00e9es les unes aux autres. Le malaise est profond et le refuge est le retrait dans leur moi intime.<\/p>\n<p>2 ans apr\u00e8s, la m\u00e8re souhaite r\u00e9unir la fratrie une fois encore. Ce sera en Gr\u00e8ce, dans le pays dont la famille \u00e9tait originaire. Deux personnages secondaires et pourtant principaux.. Le p\u00e8re, d\u00e9c\u00e9d\u00e9, l\u2019absent. Et la m\u00e8re qui depuis le d\u00e9c\u00e8s du p\u00e8re souhaite reconstruire l\u2019\u00e9quilibre de la famille, telle la louve qui veut rameuter ses petits. Le terme rameuter \u00e9tant intentionnel, le p\u00e8re parlait de la meute de ses enfants.<\/p>\n<p>3 chapitres\u00a0: Le 1<sup>er<\/sup> est la voix de Saul (le fr\u00e8re ain\u00e9) qui parle avec son psy\u00a0; ensuite vient le monologue (\u00e0 la 3<sup>\u00e8me<\/sup> personne) de la s\u0153ur H\u00e9l\u00e8ne. Puis un 3<sup>\u00e8me<\/sup> chapitre ou les 2 jumeaux \u2013 Rena et Elias &#8211; dialoguent entre eux.<\/p>\n<p>Saul est en rupture dans sa vie personnelle, il se remet en question. Il utilise le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb de l\u2019introspection. Il a du mal a parler, les mots lui \u00e9chappent. Pour lui une fratrie est un non-dit. Elle ne s\u2019explique pas. Il parle \u00e0 son psy, il a d\u00e9cid\u00e9 de partir, de rompre avec une vie de mots (il est journaliste et patron d0un grand groupe de presse), de s\u2019\u00e9chapper pour revenir au pass\u00e9, aux valeurs familiales (\u00e9b\u00e9nisterie). Il va vers lui-m\u00eame, une sorte de lib\u00e9ration pour lui, retourne \u00e0 ses racines, \u00e0 la Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p>Helene est le personnage le plus lib\u00e9r\u00e9 des liens familiaux\u00a0; elle a su prendre de la distance bien qu\u2019elle soit hant\u00e9e par son enfance et par des secrets et des drames que je ne vais pas d\u00e9voiler ici. Se retrouver dans la maison de son fr\u00e8re avec sa m\u00e8re la fait replonger dans le pass\u00e9, la fait r\u00e9gresser en quelque sorte et elle ne sait plus o\u00f9 est sa place. Dans sa vie, Helene est un\u00a0\u00ab\u00a0nez\u00a0\u00bb\u00a0; elle cr\u00e9e des parfums et est coupable (ou se sent coupable) de piller les senteurs de la famille, de voler les odeurs de la fratrie, de se les approprier, et d\u2019imposer ensuite sa perception des choses.<\/p>\n<p>Les jumeaux\u00a0: Rena et Elias sont sur le bateau qui les am\u00e8ne en Gr\u00e8ce, dans la maison de leur fr\u00e8re Saul. Le fr\u00e8re souhaite dormir, ne pas parler, ne pas se retourner vers le pass\u00e9\u00a0; de fait il cherche \u00e0 retrouver le pass\u00e9 dans le pr\u00e9sent, \u00e0 travers sa fille mais ne veut pas regarder en arri\u00e8re. Rena, elle, veut parler du pass\u00e9, partager..<\/p>\n<p>Au final une conclusion ouverte\u00a0: Reconstitution de la fratrie suite \u00e0 enlacement ou envol dans le vide ? A vous de lire, \u00e0 vous de juger.<\/p>\n<p>J\u2019ai\u00a0\u00e9norm\u00e9ment aim\u00e9 ce livre.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>C\u2019est une de ces journ\u00e9es o\u00f9 les heures s\u2019\u00e9coulent, on est comme anesth\u00e9si\u00e9, ni dedans, ni dehors, au milieu, en terrain mouvant mais neutre. Un temps insaisissable, un ciel cotonneux, ni froid, ni chaleur, ni pluie, ni soleil. Rien qui d\u00e9termine le mois dans l\u2019ann\u00e9e<\/p>\n<p>Ils voudront graver les secondes, se souvenir d\u2019une chose essentielle, ils ne parviendront qu\u2019\u00e0 se rem\u00e9morer un d\u00e9tail, ou une succession de d\u00e9tails qui, juxtapos\u00e9s les uns aux autres, ne leur \u00e9voqueront rien, ne les toucheront pas, alors qu\u2019ils sont le c\u0153ur m\u00eame d\u2019un chagrin qui ne finira pas.<\/p>\n<p>Son absence les enveloppe comme une pr\u00e9sence<\/p>\n<p>Ils voudraient se parler mais ne trouvent rien \u00e0 dire. Ils sont trop fatigu\u00e9s pour les banalit\u00e9s d\u2019usage.<\/p>\n<p>Vous me croyez d\u00e9pressif, je n\u2019en suis pas certain. Une lassitude plut\u00f4t. Ou une immense tristesse. C\u2019est aussi b\u00eate que \u00e7a. Je voudrais l\u00e2cher prise. Prendre une autre route.<\/p>\n<p>\u00c7a ne m\u2019\u00e9tait jamais arriv\u00e9, ne plus lire. Lire m\u2019a fa\u00e7onn\u00e9, m\u2019a nourri, port\u00e9. Toujours inform\u00e9. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 professeur, puis journaliste. Aujourd\u2019hui, rien ne m\u2019int\u00e9resse, ne retient mon attention.<\/p>\n<p>Les habitudes familiales doivent-elles cesser \u00e0 un certain point de notre existence\u00a0? Le peuvent-elles\u00a0? Ou faut-il renoncer, prendre de la distance au risque de se perdre\u00a0? Je n\u2019ai plus donn\u00e9 d\u2019avis. La distance s\u2019est install\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame<\/p>\n<p>je rentrais fatigu\u00e9\u00a0\u2013 je me voyais de loin, un homme avachi, se jetant sur la t\u00e9l\u00e9commande, zappant sans d\u00e9sir ni plaisir. Je hais cet homme-l\u00e0. Mais quel genre d\u2019homme suis-je\u00a0? Quel est celui qui vous parle aujourd\u2019hui\u00a0?<\/p>\n<p>On courait vers moi \u00e0 chaque blessure, j\u2019\u00e9tais celui qui consolait. Qui me consolait\u00a0? Aurais-je voulu \u00eatre consol\u00e9 parfois\u00a0? La consolation panse les plaies<\/p>\n<p>Voir un \u00eatre se d\u00e9sint\u00e9grer, vous savez ce que c\u2019est\u00a0? On \u00e9tait seuls les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres. Comme s\u2019il \u00e9tait le tronc d\u2019un arbre, nous les branches \u00e9parses tendant dans des directions divergentes.<\/p>\n<p>Le manque n\u2019existe pas, il s\u2019\u00e9vapore aussi. Les \u00eatres proches, vivants ou morts, sont \u00e0 la fois absents et omnipr\u00e9sents, on ne se d\u00e9fait jamais tout \u00e0 fait de leur influence.<\/p>\n<p>Ma vie s\u2019\u00e9tiole. Les sensations se d\u00e9robent, les morceaux diss\u00e9min\u00e9s tissent une toile d\u2019araign\u00e9e dans laquelle je suis pris.<\/p>\n<p>Elle avait attendu la fin de la semaine avec la m\u00eame angoisse que le coucher de soleil quand elle \u00e9tait petite. Rev\u00eatir chaque minute d\u2019une saveur particuli\u00e8re, ne rien laisser filer, mais le jour finissait par d\u00e9cliner<\/p>\n<p>Ne rien esp\u00e9rer. Ou elle serait encore d\u00e9\u00e7ue. Mais, parfois, le simple fait de r\u00eaver ce qui pourrait arriver lui suffisait<\/p>\n<p>tu te caches derri\u00e8re une id\u00e9e de nous utopique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Devant cet \u00e9tranger d\u00e9j\u00e0 familier, elle s\u2019\u00e9tait sentie comme une funambule sans filet, tentant de jongler avec les mots. Et puis soudain, en apesanteur<\/p>\n<p>\u00c0 son retour, il \u00e9tait l\u00e0 comme une \u00e9vidence, ridiculisant ses craintes<\/p>\n<p>Avec quoi \u00e9tait-elle cens\u00e9e travailler\u00a0? Ses sensations \u00e9taient son mat\u00e9riau.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 affronter le pire, mais que signifiait le pire\u00a0? \u00c9tait-il devant eux ou derri\u00e8re eux<\/p>\n<p>Ce non-dit planait entre elles, se d\u00e9pla\u00e7ant comme un nuage dans un ciel instable, les emp\u00eachant de se rejoindre vraiment<\/p>\n<p>Tu veux dire moi, l\u2019inculte\u00a0?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Non, toi le terre \u00e0 terre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les mots qu\u2019elle pronon\u00e7ait n\u2019\u00e9taient pas ceux qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait formul\u00e9s \u00e0 elle-m\u00eame, inlassablement. Ceux-l\u00e0 venaient sans effort et sonnaient juste. Les seuls possibles<\/p>\n<p>Parfois, dire est inutile ou nocif<\/p>\n<p>Je ne crains pas la rupture. C\u2019est tout le contraire, j\u2019ai peur que rien ne change, que l\u2019amour dure toujours. Nous sommes les m\u00eames, sans passion depuis le d\u00e9but, on serait incapables de se quitter<\/p>\n<p>Elle l\u2019emmerdait, il ne voulait pas se souvenir, ni de leur fusion ni de leur s\u00e9paration<\/p>\n<p>c\u2019est inscrit en nous, on ne se d\u00e9barrasse pas de son pass\u00e9. Ne pas y penser ne veut pas dire que \u00e7a n\u2019existe pas, mais ne m\u2019oblige pas \u00e0 me retourner<\/p>\n<p>Il me semble que la famille peut nous rendre plus forts mais aussi nous affaiblir.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 sur les photos, je ne souriais pas. Tu y vois ce que tu as envie d\u2019y voir. Tu interpr\u00e8tes, on le fait tous. C\u2019est ce qui nous pla\u00eet dans les albums, on remue ce qui est fig\u00e9, on redonne vie en r\u00e9inventant le pass\u00e9<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je ne suis s\u00fbr de rien. Mais je compose avec ce que je peux. C\u2019est comme avec les pianos. Une touche cass\u00e9e, je ne peux pas la r\u00e9parer, juste essayer de la faire r\u00e9sonner, de restituer le son qu\u2019elle produisait. C\u2019est tout.<\/p>\n<p>Ma vie te surprendrait, il y a des angles morts, les relations sont parfois complexes.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comme les cicatrices, ces petits riens dureront, dit-il. Parfois, nos vies se creusent \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n<p>Est-ce qu\u2019on transforme le pass\u00e9 avec le temps\u00a0? Ou chacun le voit-il \u00e0 sa fa\u00e7on\u00a0?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0\u00c9videmment. Les souvenirs s\u2019enracinent diff\u00e9remment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Est-ce que tout ce que je vais vivre d\u00e9sormais sera int\u00e9rieur\u00a0?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Est-ce que tout ce que tu as v\u00e9cu ne l\u2019est pas\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Quatre Murs. La maison familiale est trop vaste pour une femme seule. 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