{"id":11229,"date":"2020-07-07T17:18:43","date_gmt":"2020-07-07T15:18:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11229"},"modified":"2024-01-09T13:28:20","modified_gmt":"2024-01-09T11:28:20","slug":"de-giovanni-maurizio-lenfer-du-commissaire-ricciardi-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11229","title":{"rendered":"De Giovanni, Maurizio \u00abL&rsquo;Enfer du commissaire Ricciardi\u00bb (2019)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> : Banquier, il remporte en 2005 le prix national Tiro Rapido avec la nouvelle I vivi e i morti (Les vivants et les morts) qui servira de base au L\u2019Hiver du commissaire Ricciardi (Il senso del dolore. L\u2019inverno del commissario Ricciardi), publi\u00e9 en 2007. Depuis, auteur de plusieurs romans policiers se d\u00e9roulant \u00e0 Naples, il partage un temps sa vie entre ses occupations professionnelles \u00e0 la banque et l\u2019\u00e9criture. La s\u00e9rie ayant le commissaire Ricciardi pour h\u00e9ros compte une dizaine de titres.<br \/>\nIl est \u00e9galement devenu commentateur des grands journaux nationaux et de productions au th\u00e9\u00e2tre. Grand sportif et partisan de l\u2019\u00e9quipe de football de Naples, il publie plusieurs ouvrages sur son \u00e9quipe. Il travaille maintenant pour des journaux de sa ville natale et est r\u00e9guli\u00e8rement invit\u00e9 par le r\u00e9seau des sports de la Rai.<br \/>\nEn 2012, il fait para\u00eetre La M\u00e9thode du crocodile (Il metodo del coccodrillo), laur\u00e9at du prix Scerbanenco et premier roman d\u2019une s\u00e9rie consacr\u00e9e aux enqu\u00eates du commissaire Lojacono. En janvier 2017, la Rai 1 diffuse I bastardi di Pizzofalcone, une mini-s\u00e9rie en 6 \u00e9pisodes r\u00e9alis\u00e9e par Carlo Carlei, avec Alessandro Gassmann dans le r\u00f4le du commissaire Lojacono.<\/p>\n<p><strong>S\u00e9rie : Commissaire Ricciardi (Naples 1931)<\/strong><strong><br \/>\n7\u00e8me enqu\u00eate<\/strong><\/p>\n<p>Editions Rivage \u2013 05.06.2019 \u2013 475 pages \/ Poche \u2013 03.06.2020 \u2013 509 pages<strong><br \/>\n<\/strong>L&rsquo;Inferno del commissario Ricciardi\u00a0(2014) &#8211; traduit par Odile Rousseau<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: <\/strong>Au beau milieu d&rsquo;une canicule estivale, alors que Naples se pr\u00e9pare \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la Madonna del Carmine, un c\u00e9l\u00e8bre chirurgien est d\u00e9fenestr\u00e9 depuis son bureau. Pour le commissaire Ricciardi et le brigadier Maione, c&rsquo;est le d\u00e9but d&rsquo;une enqu\u00eate qui les confrontera aux passions les plus torrides. Au fil des t\u00e9moignages et des aveux, l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 et l&rsquo;amour se confondent au point de semer le doute dans l&rsquo;\u00e2me des deux policiers, compromettant leurs propres tentatives sentimentales.<br \/>\nAng\u00e9liques, infernales et passionn\u00e9es, les notes d&rsquo;une chanson napolitaine planent sur les destins de chacun, alors que tous risquent de basculer dans l&rsquo;ab\u00eeme. Car la chaleur, la vraie chaleur, vient de l&rsquo;enfer.<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0: <\/strong>Et\u00e9 caniculaire \u00e0 Naples. Avec le Commissaire Ricciardi et le brigadier Maione parcourons les ruelles de Naples, sous un soleil de plomb et dans une chaleur suffocante. Faisons connaissance avec la \u00abr\u00e8fola<strong>\u00bb<\/strong>. Le Commissaire Ricciardi, c\u2019est comme le Commissaire Soneri de Valerio Varesi, je ne sais pas ce qui m\u2019int\u00e9resse le plus\u00a0: le personnage ou ses enqu\u00eates. Et chaque tome est meilleur que le pr\u00e9c\u00e9dent.<br \/>\nJ\u2019ai retrouv\u00e9 avec infiniment de tendresse le Commissaire et ses doutes sentimentaux et le brigadier Maione en proie \u00e0 la jalousie. Ajoutons \u00e0 cela que Rosa, la gouvernante de Ricciardi est en train de vivre ses derniers instants et qu\u2019il est totalement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.<br \/>\nDans ce contexte, un docteur tr\u00e8s connu bascule par son balcon\u2026 Suicide\u00a0? meurtre\u00a0? Dans l\u2019enfer de la canicule, l\u2019enfer des morts et des vivants se confondent. Et derri\u00e8re chaque homme, chaque femme, il y a un c\u0153ur qui palpite, qui souffre\u2026\u00a0: les amours impossibles, la crainte d\u2019aimer, l\u2019envie d\u2019aimer, les obstacles \u00e0 aimer \u2026 il y a le pass\u00e9 de chaque personnage qui remonte, que ce soit celui des enqu\u00eateurs, des morts, des suspects, des coupables\u2026<br \/>\nEnrica, Livia, Modo, Bambinella, Rosa vous attendent\u2026 et ils ne sont pas les seuls\u2026 il y a aussi Sisinella, Ma\u00eetre Nicola Coviello, ma\u00eetre joailler\u2026<br \/>\nLes yeux verts de Ricciardi regardent au fond des \u00e2mes\u2026 et je ne peux que vous conseiller de lire ce roman tout en vous disant que je recommande vivement de lire cette s\u00e9rie dans l\u2019ordre.<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0: <\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>Voil\u00e0 la chaleur, clament alors les m\u00e9nag\u00e8res en \u00e9tendant gaiement leurs draps sur les cordes qui relient les balcons de deux immeubles en vis-\u00e0-vis ; elles le disent en \u00e9changeant des sourires, mais leurs voix laissent para\u00eetre une l\u00e9g\u00e8re inqui\u00e9tude. Parce qu\u2019elles savent que la chaleur, la vraie, est une affaire s\u00e9rieuse et terrible.<\/p>\n<p>Le premier jour de chaleur, le soleil fait une apparition redout\u00e9e. Il entre dans le ciel comme un navire de guerre dans un port, mena\u00e7ant et flamboyant.<\/p>\n<p>Les \u00e9glises tirent leur \u00e9pingle du jeu gr\u00e2ce \u00e0 la fra\u00eecheur de leurs nefs. Elles sont rapidement envahies par les bigotes et tous ceux qui, \u00e0 d\u2019autres p\u00e9riodes de l\u2019ann\u00e9e, sont plus occup\u00e9s \u00e0 p\u00e9cher qu\u2019\u00e0 se racheter.<\/p>\n<p>Quand arrive la chaleur, la vraie chaleur, un voile de silence et d\u2019inqui\u00e9tude tombe sur la ville parce que tout le monde est persuad\u00e9 qu\u2019elle ne finira jamais.<\/p>\n<p>La chaleur, la vraie chaleur, s\u2019insinue \u00e0 travers les pores de la peau et p\u00e9n\u00e8tre les recoins de l\u2019\u00e2me o\u00f9 se conservent les souvenirs, et les anciens sont ceux qui en poss\u00e8dent le plus. Ils se retrouvent face aux \u00e9v\u00e9nements des \u00e9t\u00e9s pass\u00e9s, aux visages souriants et aux chansons d\u2019amour oubli\u00e9es, aux promenades le long d\u2019une mer jadis encore plus bleue.<\/p>\n<p>Par amour on se tue, par amour on est tu\u00e9.<\/p>\n<p>Regarde-toi, impeccable comme d\u2019habitude. Ma parole, tu tiens du reptile, froid comme la glace. Tu ne transpires jamais. Celui qui transpire, il a du sang, par cons\u00e9quent un c\u0153ur, ce qui n\u2019est pas ton cas, toi qui me fais courir dans tous les sens \u00e0 des heures impossibles.<\/p>\n<p>Tu regardes devant toi, l\u00e0 o\u00f9 il y avait des jours, des nuits, des mois et des ann\u00e9es, et tout d\u2019un coup, plus rien. On dit que c\u2019est comme mourir, c\u2019est peut-\u00eatre vrai. C\u2019est quoi, la mort, si c\u2019est pas quand on te prive d\u2019avenir ?<\/p>\n<p>Je pleurais de rage, de douleur, d\u2019impuissance. La ville se d\u00e9ployait devant moi : la mer, les \u00e9glises, les monuments. Je pleurais les larmes que je ne voulais pas que tu pleures.<\/p>\n<p>Ils avaient d\u00e9couvert que le d\u00e9sespoir \u00e9tait une force immense, et que s\u2019ils l\u2019entretenaient, cette force, elle deviendrait d\u00e9termination puis succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Les gens cherchent continuellement \u00e0 para\u00eetre diff\u00e9rents de ce qu\u2019ils sont en r\u00e9alit\u00e9, et pour cela, ils accomplissent des gestes absurdes qui d\u00e9passent parfois l\u2019imagination. Je n\u2019ai pas l\u2019intention de me cacher derri\u00e8re un masque, m\u00eame pour m\u2019amuser.<\/p>\n<p>La r\u00e8fola est quelque chose de magique, un souffle enchant\u00e9 qui dispara\u00eet avant qu\u2019on ait eu le temps d\u2019identifier sa pr\u00e9sence. Une l\u00e9g\u00e8re conscience, peut-\u00eatre l\u2019\u00e9cho d\u2019un souvenir ou la pr\u00e9monition d\u2019un regret \u00e0 venir.<br \/>\nElle est un bref instant de fra\u00eecheur. Elle soulage, parle d\u2019endroits vent\u00e9s et de sommets enneig\u00e9s, d\u2019amandiers en fleurs et d\u2019\u00e9cume sur les rochers.<br \/>\nMais ce n\u2019est qu\u2019une illusion.<\/p>\n<p>La r\u00e8fola raconte, en une seconde, toutes les histoires que nous nous raconterions tout seul si nous en avions le courage.<br \/>\nElle n\u2019a pas le temps de le faire enti\u00e8rement, et elle ne le voudrait m\u00eame pas. Elle sugg\u00e8re le d\u00e9but, la premi\u00e8re note d\u2019une chanson, l\u2019attaque d\u2019une symphonie connue.<br \/>\nLe c\u0153ur fait le reste.<\/p>\n<p>\u00c9tant du genre f\u00e9minin, la r\u00e8fola sait toujours ce qu\u2019elle fait. Elle ne se laisse pas distraire du devoir qu\u2019elle s\u2019est fix\u00e9.<br \/>\nFemme, elle s\u00e9duit volontairement, pas par hasard.<\/p>\n<p>Et la r\u00e8fola peut apporter tout le bien et tout le mal du monde, parce qu\u2019elle vous offre un r\u00eave dans l\u2019enfer de chaleur o\u00f9 vous \u00eates plong\u00e9s. Un seul r\u00eave, pas plus long qu\u2019un soupir.<\/p>\n<p>Pas la peine d\u2019expliquer \u00e0 des policiers, dont le c\u0153ur est endurci par la violence qu\u2019ils exercent et qu\u2019ils subissent, combien d\u2019amour est n\u00e9cessaire pour extraire de quelques grammes de m\u00e9tal un floril\u00e8ge de sentiments.<\/p>\n<p>Le joaillier, cher professeur, n\u2019est pas comme le chirurgien, bien qu\u2019ils aient en commun l\u2019habilet\u00e9 manuelle et la concentration, la gravit\u00e9 de l\u2019erreur et l\u2019\u00e9vidence du r\u00e9sultat. Vous autres chirurgiens, professeur, vous devez apporter autant de soin \u00e0 chaque partie du corps que vous \u00eates en train d\u2019op\u00e9rer, quel qu\u2019en soit le propri\u00e9taire. Le joaillier, au contraire, peut se permettre d\u2019accorder plus ou moins d\u2019attention \u00e0 son travail, si une commande lui tient plus \u00e0 c\u0153ur qu\u2019une autre. Vous \u00eates m\u00e9decins, professeur. Nous, nous sommes artistes.<\/p>\n<p>Nuit de col\u00e8re et de peur.<br \/>\nNuit sans lumi\u00e8re et sans esp\u00e9rance.<br \/>\nNuit qui semble poss\u00e9der les choses et les pens\u00e9es. Nuit comme un lac qui engloutit la ville et sa multitude de mouvements. Nuit qui craint le moindre souffle, nuit sans amour.<br \/>\nNuit qui change, qui ne sourit pas.<br \/>\nNuit sans caresses.<\/p>\n<p>Tout ce qui arrive, lui disait la tante, te laisse un cadeau : les choses belles et les vilaines choses. Et les meilleurs cadeaux te viennent des choses les plus vilaines, parce qu\u2019ils t\u2019apprennent comment les \u00e9viter. Les belles choses te laissent juste un souvenir agr\u00e9able et elles ne te seront pas d\u2019une grande utilit\u00e9.<\/p>\n<p>Si on te respecte seulement par peur, t\u00f4t ou tard, tu rencontres quelqu\u2019un de culott\u00e9 qui va te planter un couteau dans le dos. Mais si tu te fais respecter parce que tu es un homme juste, si tu aides sans rien demander en \u00e9change, alors les gens, tu les retrouves \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<p>Je pense que chaque amour est diff\u00e9rent des autres. L\u2019amour est comme un v\u00eatement. On le choisit sur mesure, on l\u2019endosse, et on peut le porter longtemps. Et puis un jour, on le regarde et on se demande pourquoi on l\u2019a choisi. Il ne vous ressemble plus. Le premier amour, celui de la jeunesse, est fait de peau et de sang. On ne le con\u00e7oit pas autrement, on est jaloux, on souffre, m\u00eame. Quand on est adulte, par contre, on raisonne. Avant tout, on raisonne.<\/p>\n<p>C\u2019est le risque principal de notre m\u00e9tier, non ? Le pr\u00e9jug\u00e9. Et aussi la perte de temps qui en d\u00e9coule, qui te fait faire des tonnes d\u2019erreurs parfois irr\u00e9parables.<\/p>\n<p>[\u2026] le c\u0153ur est un r\u00e9cipient plein de liquide : les choses lourdes se d\u00e9posent au fond, et ne se voient qu\u2019une fois qu\u2019on va les y chercher.<br \/>\nOu lorsque le r\u00e9cipient se brise.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Page sur la s\u00e9rie Les enqu\u00eates du Commissaire Ricciardi<\/strong>\u00a0:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3848\">http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3848<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : Banquier, il remporte en 2005 le prix national Tiro Rapido avec la nouvelle I vivi e i morti (Les vivants et les morts) qui servira de base au L\u2019Hiver du commissaire Ricciardi (Il senso del dolore. L\u2019inverno del commissario Ricciardi), publi\u00e9 en 2007. 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