{"id":11275,"date":"2020-07-16T11:15:15","date_gmt":"2020-07-16T09:15:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11275"},"modified":"2021-02-20T11:39:32","modified_gmt":"2021-02-20T09:39:32","slug":"lucarelli-carlo-almost-blue-2001","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11275","title":{"rendered":"Lucarelli, Carlo \u00ab Almost blue \u00bb (2001)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> : Carlo Lucarelli (n\u00e9 le 26 octobre 1960 \u00e0 Parme) est un \u00e9crivain, sc\u00e9nariste, journaliste et animateur t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 italien qui vit dans la province de Bologne. Il est connu essentiellement pour ses romans policiers mettant en sc\u00e8ne le commissaire De Luca et les inspecteurs Coliandro et Grazia Negro. &#8211; il est aussi auteur de com\u00e9dies, metteur en sc\u00e8ne de vid\u00e9o-clips, sc\u00e9nariste de bandes dessin\u00e9es, chroniqueur de romans noirs et cofondateur du Groupe 13, qui r\u00e9unit quelques-uns des meilleurs \u00e9crivains de romans noirs italiens.<\/p>\n<p><strong>S\u00e9rie<\/strong>\u00a0: <em>L\u2019ispettore Grazia Negro<\/em> : <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11289\">Lupo mannaro<\/a> \u2013\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11275\">Almost blue<\/a> \u2013 Un giorno dopo l\u2019altro (Einaudi \u2013 2013 \u2013 520 pages \u2013 en italien) : Trois romans magistraux, dans lesquels aucune v\u00e9rit\u00e9 ne semble tenir la route et o\u00f9 toute certitude est renvers\u00e9e. Trois enqu\u00eates qui ont donn\u00e9 naissance au d\u00e9tective le plus coriace du noir italien.\u00a0Sur les traces de ces trois tueurs en s\u00e9rie \u00ab animaux \u00bb une femme, d\u2019apparence fragile mais d\u00e9termin\u00e9e: Grazia Negro.<br \/>\n<strong>S\u00e9rie :\u00a0<\/strong> <em>Commissaire De Luca<\/em> : Carte blanche, suivi de L\u2019\u00e9t\u00e9 trouble (1999) \u00a0et Via delle Oche (1999) &#8211; Une affaire italienne (2021)<br \/>\n<strong>Autres Romans<\/strong>\u00a0\u2013 Phalange arm\u00e9e (1996),\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11275\">Almost blue (1997)<\/a>, Le jour du loup (1997), Guernica (1998),\u00a0 , L\u2019\u00cele de l\u2019Ange d\u00e9chu (2002), Laura de Rimini (2003 Loup-garou (2003), La Huiti\u00e8me vibration (2008), Albergo Italia (2016), Le Temps des hy\u00e8nes (2018)<\/p>\n<p>Gallimard, La Noire \u2013 15.05.2001 \u2013 202 pages (paru en\u00a01997\u00a0chez\u00a0Einaudi, dont la traduction fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en\u00a02001\u00a0par\u00a0Gallimard)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Simon, l&rsquo;aveugle, \u00ab\u00a0sent\u00a0\u00bb et scrute la vie de Bologne la nuit, reconstituant sa propre g\u00e9ographie du monde \u00e0 travers les scanners sur lesquels il est branch\u00e9 : taxis de nuit, voitures de police, CB de routiers, t\u00e9l\u00e9phones portables. Il reconna\u00eet les voix, attribue \u00e0 chacune une personnalit\u00e9, une couleur : une voix douce et chaude sera bleue, une voix \u00e2cre et rude rouge, etc. Grazia, une jeune inspectrice, enqu\u00eate sur des crimes en s\u00e9rie qui s\u00e8ment la panique \u00e0 Bologne.<br \/>\nL&rsquo;assassin op\u00e8re dans le milieu \u00e9tudiant. Il est insaisissable : il tue ses victimes chez elles, les laisse enti\u00e8rement nues et horriblement mutil\u00e9es. Mais l&rsquo;ordinateur r\u00e9v\u00e8le que chaque nouvelle victime dont la mort remonte \u00e0 plusieurs mois ou \u00e0 plusieurs ann\u00e9es est en fait \u00ab\u00a0la m\u00eame\u00a0\u00bb que la pr\u00e9c\u00e9dente. La jeune femme comprend que l&rsquo;assassin est un loup-garou, un \u00ab\u00a0iguane\u00a0\u00bb qui chaque fois prend la peau de sa derni\u00e8re victime&#8230;<br \/>\nEn d\u00e9pit de ses transformations, une seule personne dans la ville est capable d&rsquo;identifier l&rsquo;iguane \u00e0 la voix verte : Simon l&rsquo;aveugle&#8230;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Cela faisait un moment que je voulais lire cet auteur. Je vous le dis tout de suite\u00a0: je ne vais pas m\u2019arr\u00eater l\u00e0. Une jeune inspectrice, femme, qui doit se battre pour \u00eatre autre chose qu\u2019une dame et \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une inspectrice. Et quelle inspectrice\u00a0! d\u00e9termin\u00e9e et intuitive\u00a0! Grazia \u2013 envoy\u00e9e de Rome \u2013 parvient \u00e0 faire le lien entre plusieurs meurtres et en d\u00e9duit qu\u2019un tueur en s\u00e9rie s\u00e9vit \u00e0 Bologne et qu\u2019il attaque aux \u00e9tudiants. Trois personnages principaux \u2013 m\u00eame quatre si on compte la ville de Bologne\u00a0: l\u2019inspectrice Grazia, Simone, le jeune aveugle et l\u2019Iguane, le tueur. C\u2019est un roman sur la solitude aussi. Les trois protagonistes principaux, tous introvertis, sont emmur\u00e9s dans leur condition sociale, dans une vie o\u00f9 ils sont seuls \u2013 ou presque. Simone est isol\u00e9 du fait de sa c\u00e9cit\u00e9, l\u2019Iguane a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame d\u00e8s l\u2019enfance, Grazia est seule femme dans un environnement machiste.<br \/>\nGrazia\u00a0: jeune femme mal dans sa peau et seule dans un monde d\u2019hommes cherche \u00e0 faire entendre sa voix et ses convictions. Sa voix \u00ab\u00a0bleue\u00a0\u00bb va mettre Simone en confiance et il va la contacter suite \u00e0 un appel \u00e0 t\u00e9moins sur les ondes\u2026 Car les voix ont des tonalit\u00e9s, des couleurs\u2026 elles peuvent \u00eatre bleues, mais aussi rouges, jaunes, violettes, roses (comme celle de Piaf) et m\u00eame vertes\u2026<br \/>\nSimone\u00a0: \u00a0jeune non-voyant qui passe son temps \u00e0 utiliser un scanner radio et \u00e0 \u00e9couter ce qui se passe sur les ondes de la ville. Il ne voit personne \u00e0 part sa m\u00e8re et son monde est fait de sons, de couleurs, d\u2019odeurs. Pour lui les couleurs ont des formes, des significations, des sonorit\u00e9s et son monde m\u2019a totalement conquise\u00a0; la musique aussi fait partie de ses rep\u00e8res. D\u2019ailleurs le titre du roman fait r\u00e9f\u00e9rence au morceau Almost Blue de Chet Baker, lui-m\u00eame inspir\u00e9 du morceau \u00e9ponyme de Elvis Costello. Pour lui la musique est principalement le jazz. C\u2019est un personnage fascinant, qui bien que non voyant, per\u00e7oit les \u00eatres mieux que les voyants.<br \/>\nL\u2019Iguane\u00a0: lui sa musique, c\u2019est du Metal, de la musique violente\u00a0; \u00e0 l\u2019image de sa vie\u00a0; abandonn\u00e9 par sa m\u00e8re, \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la dure dans des institutions qui sont tout sauf \u00e0 m\u00eame de prodiguer de la tendresse ou de l\u2019attention, et qui va devenir psychotique par la force des choses\u2026<br \/>\n\u00ab\u00a0Presque bleu\u00a0\u00bb est un excellent \u00ab\u00a0giallo\u00a0\u00bb italien.\u00a0 Une \u00e9criture incisive, pas de temps morts, une ambiance particuli\u00e8re, un hommage aux cinq sens et \u00e0 la musique.<br \/>\nPar chance j\u2019ai la possibilit\u00e9 de pouvoir lire le roman qui pr\u00e9c\u00e8de \u00ab Lupo mannaro \u00bb ( Loup-garou) en version originale (je ne crois pas qu\u2019il soit traduit) et je vais m\u2019y plonger imm\u00e9diatement\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>M\u00eame les couleurs pour moi ont une autre signification. Elles ont une voix les couleurs, un son, comme toutes les choses. Un bruit qui les distingue et que je peux reconna\u00eetre. Et comprendre. Le bleu, par exemple, avec ce\u00a0<em>l<\/em>\u00a0au milieu, c\u2019est la couleur du\u00a0<em>l<\/em>ait, des\u00a0<em>l<\/em>oups et des\u00a0<em>libellules<\/em>. Les\u00a0<em>v<\/em>ases, les\u00a0<em>v<\/em>enelles et les\u00a0<em>v<\/em>aches sont\u00a0<em>v<\/em>iolets et le\u00a0<em>j<\/em>aune est la couleur aigu\u00eb d\u2019un\u00a0<em>j<\/em>appement. Et le\u00a0<em>n<\/em>oir, je n\u2019arrive pas \u00e0 l\u2019imaginer mais je sais que c\u2019est la couleur de\u00a0<em>n<\/em>ulle part, du\u00a0<em>n<\/em>\u00e9ant, du vide. Mais ce n\u2019est pas seulement une question d\u2019assonance. Il y a des couleurs qui pour moi signifient quelque chose par l\u2019id\u00e9e qu\u2019elles contiennent. Par le\u00a0<em>bruit<\/em>\u00a0de l\u2019id\u00e9e qu\u2019elles contiennent. Le vert, par exemple, avec ce\u00a0<em>r<\/em>tra\u00eenant qui accroche, d\u00e9mange et \u00e9corche la peau, c\u2019est la couleur d\u2019une chose qui br\u00fble, comme le soleil. Toutes les couleurs qui commencent par\u00a0<em>b<\/em>, au contraire, sont\u00a0<em>b<\/em>elles. Comme le\u00a0<em>b<\/em>lanc ou le\u00a0<em>b<\/em>lond. Ou le\u00a0<em>b<\/em>leu, qui est tr\u00e8s beau. Pour moi, par exemple, un belle fille, pour \u00eatre tr\u00e8s belle, devrait avoir la peau blanche et les cheveux blonds.<\/p>\n<p>La caisse de la batterie, le tom et les cymbales circulent \u00e0 toute allure dans ma t\u00eate comme la langue d\u2019un reptile, la guitare est une rafale \u00e9lectrique de pluie, la basse un tonnerre hyst\u00e9rique qui roule de plus en plus pr\u00e8s et la voix est un \u00e9clair qui traverse le ciel comme un hurlement funeste.<\/p>\n<p>La sourdine \u00e9touffe les notes de la trompette, les dilate comme de la gaze et au milieu s\u2019accroche le rythme bas et constant et intemporel des synth\u00e8ses vocales.<\/p>\n<p>Ron Carter. Une contrebasse tordue et dissonante qui arrive \u00e0 l\u2019improviste. D\u2019habitude c\u2019est tr\u00e8s beau, violet tirant sur le bleu mais aujourd\u2019hui elle s\u2019emm\u00eale \u00e0 la voix de la synth\u00e8se vocale et devient verte.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9coute.<br \/>\nVoix jaune, aigu\u00eb, liquide et coll\u00e9e avec des syllabes qui s\u2019allongent, li\u00e9es les unes aux autres.<br \/>\nVoix rouge, grosse et pleine. Basse et grasse. \u00c9paisse.<br \/>\nVoix bleue, avec des z qui s\u2019\u00e9gr\u00e8nent et se fondent, ronflent et se fanent jusqu\u2019\u00e0 devenir presque des <em>esse<\/em>.<br \/>\nVoix orange, \u00e2pre comme du citron, \u00e2pre comme une orange quand elle crispe les glandes et br\u00fble, dure, derri\u00e8re les m\u00e2choires.<br \/>\nVoix violette, voil\u00e9e et fastidieuse, lancinante comme un peu de fi\u00e8vre, juste un peu, qui vibre dans les os et ne s\u2019en va pas.<br \/>\nVoix rose, l\u00e9g\u00e8re et sifflante, qui tra\u00eene un peu au fond de la gorge et glisse doucement hors de la bouche, comme si elle se collait, lentement, entre les l\u00e8vres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La couleur d\u2019une voix est donn\u00e9e par la respiration de la personne. Par la puissance de cette respiration. Si elle est basse alors elle est humble, triste, anxieuse, implorante. Si elle est haute elle est sinc\u00e8re, ironique ou d\u00e9bonnaire. Si elle est plate elle est indiff\u00e9rente ou d\u00e9finitive. Si elle est forte, d\u2019un seul jet, elle est mena\u00e7ante, vulgaire ou violente. Si elle monte et descend et s\u2019arrondit sur les bords, elle est affectueuse, malicieuse ou sensuelle.<\/p>\n<p>Je voulais dire que je me tiens \u00e0 l\u2019\u00e9cart comme un scorpion cach\u00e9 sous une pierre, toujours pr\u00eat \u00e0 me d\u00e9fendre de tout et de tous. Je blesse pour ne pas \u00eatre bless\u00e9. Quelquefois, pourtant, je me sens seul.<\/p>\n<p>J\u2019ai r\u00eav\u00e9 d\u2019elle comme je r\u00eave des choses, ondes de chaleur vigoureuses qui glissent sur moi, sur mon visage et mes doigts. Odeurs qui s\u2019enroulent et tournent autour de moi. Saveurs aussi, dans lesquelles je me d\u00e9place et que je peux prendre et serrer dans les mains. Mais surtout les sons, le son de sa voix bleue qui fond lentement dans ma t\u00eate, comme de la neige gard\u00e9e dans la paume de la main. Mais pas froide, chaude. Et douce sur la langue. Et dans les narines cette odeur de fer et de fum\u00e9e, forte, ouverte et fra\u00eeche de certains matins \u00e0 travers une grande fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Il y a des rues, dans le centre de Bologne, qui ont une \u00e2me cach\u00e9e et que tu ne peux voir que si quelqu\u2019un te la montre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : Carlo Lucarelli (n\u00e9 le 26 octobre 1960 \u00e0 Parme) est un \u00e9crivain, sc\u00e9nariste, journaliste et animateur t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 italien qui vit dans la province de Bologne. 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