{"id":11316,"date":"2020-07-24T16:11:40","date_gmt":"2020-07-24T14:11:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11316"},"modified":"2025-09-18T10:27:46","modified_gmt":"2025-09-18T08:27:46","slug":"salvayre-lydie-marcher-jusquau-soir-2019","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11316","title":{"rendered":"Salvayre, Lydie \u00abMarcher jusqu&rsquo;au soir\u00bb (2019)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Autrice <\/strong>: N\u00e9e en 1946 d\u2019un p\u00e8re Andalou et d\u2019une m\u00e8re catalane, r\u00e9fugi\u00e9s en France en f\u00e9vrier 1939, Lydie Salvayre passe son enfance \u00e0 Auterive, pr\u00e8s de Toulouse.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une Licence de Lettres modernes \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toulouse, elle fait ses \u00e9tudes de m\u00e9decine \u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Toulouse, puis son internat en Psychiatrie. Elle devient p\u00e9dopsychiatre, et est M\u00e9decin Directeur du CMPP de Bagnolet pendant 15 ans. Lydie Salvayre est l\u2019auteur d\u2019une vingtaine de livres traduits dans de nombreux pays et dont certains ont fait l\u2019objet d\u2019adaptations th\u00e9\u00e2trales.<\/p>\n<p><b>Publications<\/b> : \u00ab\u00a0La D\u00e9claration\u00a0\u00bb (1990) est salu\u00e9e par le Prix Herm\u00e8s du premier roman. En 1991 elle publie \u00ab\u00a0La vie commune\u00a0\u00bb, en 1993 \u00ab\u00a0la m\u00e9daille\u00a0\u00bb, en 1995 \u00ab\u00a0la puissance des mouches\u00a0\u00bb,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>\u00ab\u00a0La Compagnie des spectres\u00a0\u00bb (1997) re\u00e7oit le prix Novembre (aujourd\u2019hui prix D\u00e9cembre), en 1997 \u00ab\u00a0Quelques conseils aux \u00e9l\u00e8ves huissiers\u00a0\u00bb, en 1999 \u00ab\u00a0La conf\u00e9rence de Cintegabelle\u00a0\u00bb, en 2000 \u00ab\u00a0 les belles \u00e2mes\u00a0\u00bb, en 2001 \u00ab\u00a0le vif du vivant\u00a0\u00bb, en 2002 \u00abEt que les vers mangent le b\u0153uf mort\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Contre\u00a0\u00bb, en 2003 \u00ab\u00a0Passage \u00e0 l\u2019ennemie\u00a0\u00bb, en 2005 \u00ab\u00a0La M\u00e9thode Mila\u00a0\u00bb, en 2006 \u00ab\u00a0Dis pas \u00e7a\u00a0\u00bb,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>en 2007 \u00ab\u00a0Portrait de l\u2019\u00e9crivain en animal domestique\u00a0\u00bb, en 2008 \u00ab\u00a0Petit trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation lubrique\u00a0\u00bb, en 2009 \u00a0\u00ab\u00a0BW\u00a0\u00bb(le prix Fran\u00e7ois-Billetdoux), en 2011 \u00ab\u00a0Hymne\u00a0\u00bb, en 2013 \u00ab\u00a0Sept femmes\u00a0\u00bb, en 2014 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1170\">Pas pleurer<\/a><\/span> (r\u00e9compens\u00e9 par le prix Goncourt 2014), en 2017, elle publie \u00ab<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5369\"><span style=\"color: #0000ff;\">Tout homme est une nuit<\/span><\/a>\u00bb, en 2019 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11316\">Marcher jusqu&rsquo;au soir<\/a><\/span>\u00bb, en 2021 \u00ab\u00a0R\u00eaver debout\u00a0\u00bb, en 2023 \u00ab\u00a0Irr\u00e9futable essai de successologie\u00a0\u00bb, en 2024 \u00abDepuis toujours nous aimons les dimanches\u00a0\u00bb, \u00abL\u2019honneur des chiens\u00a0\u00bb, \u00a0\u00ab\u00a0Lydie Salvayre &#8211; \u00c9crire entre deux langues (Collectif)\u00a0\u00bb, en 2025 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Salvayre, Lydie \u00ab\u00a0Autoportrait \u00e0 l\u2019encre noire\u00a0\u00bb (RL2025) 224 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=22902\">Autoportrait \u00e0 l\u2019encre noire<\/a><\/span>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: L&rsquo;humeur railleuse et le verbe corrosif, Lydie Salvayre se saisit du pr\u00e9texte d&rsquo;une nuit pass\u00e9e au mus\u00e9e Picasso pour questionner le milieu artistique et ses institutions. Se tournant vers son enfance de pauvre bien \u00e9lev\u00e9e et abordant sans masque son lien \u00e0 un p\u00e8re redout\u00e9 et redoutable, elle essaie de comprendre comment s&rsquo;est constitu\u00e9 son rapport \u00e0 la culture et \u00e0 son pouvoir d&rsquo;intimidation, tout en faisant l&rsquo;\u00e9loge de Giacometti, de sa radicalit\u00e9, de ses \u00e9checs revendiqu\u00e9s et de son infinie modestie.<\/p>\n<p>Stock \u2013 03.04.2019 \u2013 224 pages \/<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : Le titre du livre est tir\u00e9 du po\u00e8me de Baudelaire \u00ab La mort des pauvres \u00bb dont voici la premi\u00e8re strophe:<br \/>\n\u00ab\u00a0C&rsquo;est la Mort qui console, h\u00e9las ! et qui fait vivre ;<br \/>\nC&rsquo;est le but de la vie, et c&rsquo;est le seul espoir<br \/>\nQui, comme un \u00e9lixir, nous monte et nous enivre,<br \/>\nEt nous donne le coeur de marcher jusqu&rsquo;au soir ;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un \u00ab\u00a0voyage int\u00e9rieur\u00a0\u00bb que cette nuit au Mus\u00e9e. Qui nous parle \u00e0 la fois d\u2019art, de Giacometti, de Picasso mais dans lequel Lydie Salvayre l\u00e2che prise et laisse remonter toutes ses peurs et ses angoisses.<br \/>\nPasser une nuit seule dans un mus\u00e9e, pouvoir d\u00e9ambuler \u00e0 sa guise, avoir les \u0153uvres pour soi tout seul\u2026 A premi\u00e8re vue, cela semble juste magique\u00a0; mais l\u2019exp\u00e9rience peut aussi virer au cauchemar\u2026 \u00a0faire resurgir les peurs enfouies\u2026 La libert\u00e9 se transformer en cage, le silence en oppression, les sculptures en silhouettes angoissantes, le silence en vide, et l\u2019envie qui submerge tout est celle de sortir de cette prison qu\u2019est le mus\u00e9e, pour \u00eatre \u00e0 nouveau dans le bruit, la vie, le vivant\u2026<br \/>\nA partir de la statue de l\u2019homme qui marche \u2013 que Giacometti a cr\u00e9\u00e9e six ans avant de mourir, Lydie Salvayre recr\u00e9e l\u2019univers du peintre\u00a0; la silhouette de l\u2019homme qui marche exprime l\u2019acharnement de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 avancer, \u00e0 continuer de vivre, pas apr\u00e8s pas, m\u00eame si c\u2019et pour aller vers la mort, comme les espagnols qui ont fui l\u2019Espagne lors de la \u00ab\u00a0retirada\u00a0\u00bb. Dans le livre, la vie de l\u2019autrice se confond par avec sa fa\u00e7on d\u2019appr\u00e9hender les sculptures.<\/p>\n<p>Elle nous livre une r\u00e9flexion sur la mort et le vivant, fait s\u2019opposer Picasso (Artiste refusant la mort) \u00e0 Giacometti (artiste tendant vers la mort). Pour Giacometti, les \u0153uvres sont fig\u00e9es et bien moins int\u00e9ressantes que les vivants ; il vit pour cr\u00e9er et non pour les bienfaits et les richesses que pourrait lui apporter la cr\u00e9ation. C&rsquo;est aussi une superbe analyse de Giacometti, tant la personne que sa mani\u00e8re de concevoir la vie et son \u0153uvre.<br \/>\nIl y a aussi la r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9lite, sur l\u2019Art r\u00e9serv\u00e9 aux riches, sur le poids de la condition sociale. Le poids du monde sur ses \u00e9paules, depuis sa plus tendre enfance, la difficult\u00e9 de s\u2019int\u00e9grer dans le monde malgr\u00e9 son \u00e9rudition, le fait de se sentir jug\u00e9e \u00ab modeste \u00bb car elle s\u2019efface dans le monde\u2026 Le poids qui se retrouve sur les \u00e9paules de l\u2019homme qui marche\u2026 Au fil des pages, l\u2019art de Giacometti et l\u2019\u00e2me de l\u2019autrice se confondent, se m\u00ealent.<br \/>\nEt la question ne peut que se poser\u00a0: Quel est notre rapport \u00e0 l\u2019art\u00a0? L\u2019Art est-il f\u00e9d\u00e9rateur\u00a0? Quelle est l\u2019utilit\u00e9 des mus\u00e9es\u2026<br \/>\nEt cette \u00e9criture flamboyante qui \u00e9pouse les sentiments, la r\u00e9volte, qui nous fait plonger dans ses \u00e9tats d\u2019\u00e2me\u2026 une fois de plus un livre qui m\u2019a pris aux tripes.<\/p>\n<p>Et l\u2019envie de d\u00e9couvrir la collection \u00ab Ma nuit au Mus\u00e9e \u00bb aux \u00e9ditions Stock\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Et cependant marchant, marchant, marchant, marchant, marchant, continuant de marcher, continuant bravement de marcher et de regarder droit devant, continuant de marcher d\u2019un grand pas, sans flancher, continuant de marcher dans un univers de d\u00e9combres, malgr\u00e9 le non-sens, malgr\u00e9 le peu d\u2019espoir, malgr\u00e9\u00a0l\u2019absurdit\u00e9, malgr\u00e9 l\u2019absolue solitude, malgr\u00e9 la violence des hommes, malgr\u00e9 la pr\u00e9carit\u00e9 des choses et malgr\u00e9 toutes les apocalypses annonc\u00e9es, continuant de marcher car cesser de marcher\u00a0voulait dire mourir,\u00a0<span id=\"page_20\" title=\"20\" role=\"doc-pagebreak\"><\/span>continuant de marcher contre\u00a0le vent et les d\u00e9faites, tout comme Giacometti, tout comme moi, tout comme nous.<\/p>\n<p>Mais le silence autour de moi devenait de plus en plus oppressant. Les objets qui m\u2019entouraient, tous les objets me semblaient \u00e0 pr\u00e9sent hostiles. J\u2019avais le sentiment qu\u2019ils m\u2019assaillaient.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais comme ce\u00a0Chien\u00a0de Giacometti que j\u2019avais aper\u00e7u de loin dans l\u2019une des salles du mus\u00e9e en me promettant d\u2019aller le revoir\u00a0: malheureux, mis\u00e9rable et compl\u00e8tement perdu.<\/p>\n<p>[\u2026] le mus\u00e9e c\u2019est en quelque sorte l\u2019\u00e9glise. On doit y affecter la m\u00eame d\u00e9f\u00e9rence religieuse, la m\u00eame solennit\u00e9 et la m\u00eame pi\u00e9t\u00e9, on se plie aux m\u00eames liturgies et aux m\u00eames g\u00e9nuflexions mentales, on y est c\u00e9r\u00e9monieux, on y parle bas, on menace d\u2019un chut quiconque ose \u00e9lever la voix, on y a l\u2019\u00e2me mystique, on s\u2019y recueille, on y est passif, on y est craintif, on se fait tout petit.<\/p>\n<p class=\"chp\" style=\"text-align: justify; margin: 0cm 12.0pt .0001pt 12.0pt;\"><span style=\"font-size: 13.0pt; color: #424242;\">J\u2019avais \u00e9crit \u00ab c\u2019est cette immense modestie de Giacometti \u00bb et non pas \u00ab Giacometti avait l\u2019air bien modeste \u00bb, avez-vous saisi la nuance ? Avez-vous per\u00e7u mes agneaux l\u2019inflexion de ma voix lorsque j\u2019\u00e9crivais \u00ab c\u2019est cette immense modestie \u00bb ? Avez-vous per\u00e7u le respect et l\u2019admiration que je glissais en ces deux mots?<\/span><\/p>\n<p class=\"chp\" style=\"text-align: justify; margin: 0cm 12.0pt .0001pt 12.0pt;\"><span style=\"font-size: 13.0pt; color: #424242;\">Avez-vous per\u00e7u que je d\u00e9signais par eux une vertu tr\u00e8s belle et exceptionnellement rare chez les artistes en g\u00e9n\u00e9ral et les \u00e9crivains en particulier, une vertu, disait un philosophe dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom, une vertu qui poss\u00e9dait les qualit\u00e9s de l\u2019eau : absolument n\u00e9cessaire et absolument invisible.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019Homme qui marche\u00a0marchait vers la mort, comme moi, comme nous, mais lui le savait, et ce savoir lui courbait l\u2019\u00e9chine et le faisait infiniment modeste.<br \/>\nIl savait que sa vie le menait au n\u00e9ant, et que toute la po\u00e9sie du monde, tout l\u2019art du monde, tout l\u2019or du monde et toute la philosophie du monde n\u2019y changeraient strictement rien.<\/p>\n<p class=\"chp\" style=\"text-align: justify; margin: 0cm 12.0pt .0001pt 12.0pt;\"><span style=\"font-size: 13.0pt; color: #424242;\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice : N\u00e9e en 1946 d\u2019un p\u00e8re Andalou et d\u2019une m\u00e8re catalane, r\u00e9fugi\u00e9s en France en f\u00e9vrier 1939, Lydie Salvayre passe son enfance \u00e0 Auterive, pr\u00e8s de Toulouse. 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