{"id":11628,"date":"2020-09-07T16:29:23","date_gmt":"2020-09-07T14:29:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11628"},"modified":"2023-01-12T17:29:16","modified_gmt":"2023-01-12T15:29:16","slug":"whitehead-colson-nickel-boys-rl2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11628","title":{"rendered":"Whitehead, Colson \u00abNickel Boys\u00bb (RL2020)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur:<\/strong> Colson Whitehead (son nom complet est Arch Colson Chipp Whitehead), n\u00e9 le 6 novembre 1969 \u00e0 New York, est un romancier am\u00e9ricain. Colson Whitehead fr\u00e9quente la Trinity School de New York, puis est dipl\u00f4m\u00e9 de l&rsquo;universit\u00e9 Harvard en 1991. Journaliste, ses travaux paraissent dans de nombreuses publications, dont le The New York Times, Salon et The Village Voice. Il est laur\u00e9at du Prix Pulitzer de litt\u00e9rature 2017 pour son roman \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10317\">Underground Railroad<\/a><\/span>\u00ab\u00a0, d\u00e9j\u00e0 \u00e9lu meilleur roman de l&rsquo;ann\u00e9e 2016 par la presse am\u00e9ricaine.<br \/>\nEn 2020 il publie \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11628\">Nickel Boys<\/a><\/span>\u00ab\u00a0, qui obtient \u00e9galement le Prix Pulitzer de litt\u00e9rature. Il revient en 2023 avec \u00ab\u00a0Harlem Shuffle\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Albin Michel \u2013 19.08.2020 \u2013 258 pages &#8211; Prix Pulitzer 2020<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Dans la Floride s\u00e9gr\u00e9gationniste des ann\u00e9es 1960, le jeune Elwood Curtis prend tr\u00e8s \u00e0 coeur le message de paix de Martin Luther King. Pr\u00eat \u00e0 int\u00e9grer l&rsquo;universit\u00e9 pour y faire de brillantes \u00e9tudes, il voit s&rsquo;\u00e9vanouir ses r\u00eaves d&rsquo;avenir lorsque, \u00e0 la suite d&rsquo;une erreur judiciaire, on l&rsquo;envoie \u00e0 la Nickel Academy, une maison de correction qui s&rsquo;engage \u00e0 faire des d\u00e9linquants des \u00ab\u00a0hommes honn\u00eates et honorables \u00ab\u00a0.<br \/>\nSauf qu&rsquo;il s&rsquo;agit en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un endroit cauchemardesque, o\u00f9 les pensionnaires sont soumis aux pires s\u00e9vices. Elwood trouve toutefois un alli\u00e9 pr\u00e9cieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d&rsquo;amiti\u00e9. Mais l&rsquo;id\u00e9alisme de l&rsquo;un et le scepticisme de l&rsquo;autre auront des cons\u00e9quences d\u00e9chirantes. Couronn\u00e9 en 2017 par le prix Pulitzer pour Underdground Railroad puis en 2020 pour Nickel Boys, Colson Whitehead s&rsquo;inscrit dans la lign\u00e9e des rares romanciers distingu\u00e9s \u00e0 deux reprises par cette prestigieuse r\u00e9compense, \u00e0 l&rsquo;instar de William Faulkner et John Updike.<br \/>\nS&rsquo;inspirant de faits r\u00e9els, il continue d&rsquo;explorer l&rsquo;ingu\u00e9rissable blessure raciale de l&rsquo;Am\u00e9rique et donne avec ce nouveau roman saisissant une s\u00e9pulture litt\u00e9raire \u00e0 des centaines d&rsquo;innocents, victimes de l&rsquo;injustice du fait de leur couleur de peau.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le roman de Colson Whitehead est une lecture n\u00e9cessaire. Il d\u00e9taille la fa\u00e7on dont les lois raciales ont an\u00e9anti des existences et montre que leurs effets se font sentir encore aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb. Barack Obama.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Inhumain\u00a0! Eblouissant et horrifiant\u00a0! Percutant et \u00f4 combien d\u00e9rangeant\u00a0! Apr\u00e8s son \u00ab\u00a0Underground Rail Road\u00a0\u00bb (voir chronique) il revient avec un autre t\u00e9moignage sur le racisme aux Etats-Unis, une qu\u00eate de libert\u00e9 comme dans le roman pr\u00e9c\u00e9dent, un autre roman sur la survie, l\u2019entraide, la main tendue dans l\u2019univers de l\u2019horreur\u2026 Le tout fond\u00e9 sur un fait r\u00e9el, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 r\u00e9cemment\u00a0: L\u2019existence d\u2019une \u00e9cole, en Floride, La \u201cArthur G. Dozier School for Boys\u201d (qui a ferm\u00e9 ses portes en 2011) et les t\u00e9moignages des survivants.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un jeune homme brillant qui va se retrouver par erreur dans un centre de redressement pour jeunes d\u00e9linquants\u00a0; on est bien loin de l\u2019\u00e9cole qui est suppos\u00e9e remettre les jeunes sur le droit chemin.<br \/>\nPour le jeune Elwood, incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 tort alors qu\u2019il avait toutes les possibilit\u00e9s de se hisser au-dessus de sa condition du fait de ses capacit\u00e9s morales et intellectuelles, la chute est rude. Au lieu de prendre le chemin de l\u2019Universit\u00e9 il se retrouve au c\u0153ur de l\u2019horreur, de la violence et du racisme. Dans cette \u00e9cole, deux zones : la zone pour les d\u00e9linquants blancs et celle pour les d\u00e9linquants noirs ; un jeune qui navigue d\u2019une zone \u00e0 l\u2019autre car on ne sait pas dans quelle cat\u00e9gorie le ranger\u2026<\/p>\n<p>Pour survivre et retrouver l\u2019air libre, peu de possibilit\u00e9s\u00a0: attendre la fin de sa peine, essayer de grapiller quelques mois en gagnant des bons points ou s\u2019\u00e9vader\u2026 Dans ce monde d\u2019injustice, de brimades, de violence, il est bien difficile de faire confiance\u2026 Il survivra l\u2019enfer de la \u00ab\u00a0maison blanche\u00a0\u00bb et s\u2019accrochera aux mots de Martin Luther King pour garder espoir\u2026 mais dans cette lutte pour la survie, pour la dignit\u00e9, pour la libert\u00e9, comment est il possible de donner de l\u2019amour aux Blancs, qui traitent les Noirs comme des \u00eatres plus bas que tout sur terre. L\u2019amiti\u00e9 avec ses compagnons de prison sera-t-elle au rendez-vous\u00a0? Parviendra-t-il \u00e0 se sortir de cet endroit abominable.<br \/>\nSi les personnages sont invent\u00e9s, l\u2019institution d\u00e9crite est bien r\u00e9elle et l\u2019auteur la fait rena\u00eetre de mani\u00e8re particuli\u00e8rement vivante. La seule chose \u00e0 dire est \u00ab\u00a0Plus jamais \u00e7a\u00a0\u00bb et pourtant on a comme l\u2019impression que ces pratiques qui vont au-del\u00e0 de tout sont encore bien vivaces dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine&#8230;<\/p>\n<p>Un \u00e9norme coup de c\u0153ur pour ce roman qui m\u2019a remu\u00e9e aux tripes. Et dire que l\u2019\u00e9cole est l\u00e0 pour ouvrir la voie vers l\u2019avenir\u2026 Quand on voit dans les mains de quels bourreaux les enfants sont remis \u2026 et on ne peut que dire que la prison est loin d\u2019etre un endroit qui permettra aux gens de se transformer dans le bon sens\u2026 Plier et survivre ou essayer de se relever et mourir\u2026<\/p>\n<p>Saisissant de le lire au moment o\u00f9 le mouvement de contestation \u00abBlack Lives Matter\u00bb d\u00e9nonce comme jamais le \u00ab\u00a0privil\u00e8ge blanc\u00a0\u00bb, le \u00a0\u00bb racisme institutionnel\u00a0\u00bb, l\u2019 \u00ab\u00a0in\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb, la \u00a0\u00bb <em>discrimination <\/em>racisme syst\u00e9mique\u00a0\u00bb, l\u2019\u00a0\u00bbimmunit\u00e9 blanche\u00a0\u00bb.<br \/>\nIci nous nageons dans la manifestation la plus flagrante du racisme, la violence, mais il ne faut pas oublier le racisme rampant et larv\u00e9 qui gangr\u00e8ne toute la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des chances, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 devant la loi, les soins, le logement, l\u2019\u00e9ducation, le travail\u2026 .<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Certaines ann\u00e9es on se sentait assez fort pour fouler le sentier en b\u00e9ton, en sachant qu\u2019il menait aux plus sombres recoins de son pass\u00e9, et d\u2019autres on n\u2019y arrivait pas.<\/p>\n<p>Sachant o\u00f9 partaient leurs livres, les \u00e9l\u00e8ves blancs les avaient annot\u00e9s \u00e0 l\u2019intention de leurs successeurs\u00a0:<em>Va te pendre, le n\u00e8gre\u00a0! Tu pues. Va chier.<\/em>\u00a0Le mois de septembre \u00e9tait une d\u00e9couverte des \u00e9pith\u00e8tes en vogue chez la jeunesse blanche de Tallahassee, \u00e9pith\u00e8tes qui, \u00e0 l\u2019instar de la longueur des ourlets et des coupes de cheveux, variaient d\u2019une ann\u00e9e sur l\u2019autre.<\/p>\n<p>Elle avait achet\u00e9 ce disque de Martin Luther King \u00e0 un vendeur ambulant devant le Richmond, et c\u2019\u00e9taient les dix\u00a0<em>cents<\/em>\u00a0les moins bien d\u00e9pens\u00e9s de toute sa vie. Ce disque ne contenait rien d\u2019autre que des id\u00e9es.<\/p>\n<p>Cela faisait des ann\u00e9es qu\u2019elle ne lui avait plus donn\u00e9 de coups de ceinture et il \u00e9tait d\u00e9sormais bien trop grand pour cela, si bien qu\u2019elle se rabattit sur une vieille recette familiale\u00a0: elle cessa compl\u00e8tement de lui parler, une punition qui remontait aux lendemains de la guerre de S\u00e9cession et donnait \u00e0 sa cible l\u2019impression d\u2019un effacement total.<\/p>\n<p>Semblable \u00e0 un arbre tomb\u00e9 en travers d\u2019une rivi\u00e8re, qui n\u2019aurait jamais d\u00fb \u00eatre l\u00e0 et qui finit par donner l\u2019impression qu\u2019il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 ailleurs, cr\u00e9ant ses propres rides dans le grand courant.<\/p>\n<p>La cl\u00e9 pour survivre ici, c\u2019est pareil que dehors\u00a0: faut observer les gens, et ensuite faut trouver la mani\u00e8re de les esquiver comme dans un parcours d\u2019obstacles.<\/p>\n<p>Les jurons ne lui venaient pas naturellement, et son b\u00e9gaiement occasionnel en att\u00e9nuait l\u2019effet, mais il\u00a0avait d\u00e9cid\u00e9 que, de tous les vices qu\u2019offrait Nickel, la grossi\u00e8ret\u00e9 \u00e9tait un des plus anodins.<\/p>\n<p>J\u2019ai grandi avec des gars comme vous, Blancs et Noirs m\u00e9lang\u00e9s, et je sais qu\u2019on est pareils, sauf que vous avez pas eu de chance.<\/p>\n<p>La peinture \u00e9tait de marque Dixie, et la teinte Dixie White, ou \u00ab\u00a0blanc du Sud\u00a0\u00bb en argot r\u00e9gional.<\/p>\n<p>Changer la loi, tr\u00e8s bien, mais \u00e7a ne changera pas les gens ni leur fa\u00e7on de traiter leurs semblables. Nickel \u00e9tait un \u00e9tablissement raciste jusqu\u2019\u00e0 la moelle \u2013\u00a0la moiti\u00e9 du personnel enfilait probablement un costume du Klan tous les week-ends\u00a0\u2013, mais aux yeux de Turner sa cruaut\u00e9 allait plus loin que la couleur de la peau.<\/p>\n<p>R\u00e8gle num\u00e9ro un\u00a0: quel que soit le sujet, toujours se ranger dans le camp oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019autorit\u00e9. Flics et politiciens, hommes d\u2019affaires et juges, tous les salauds qui tiraient les ficelles. \u00ab\u00a0Les travailleurs les tiennent par les couilles, qu\u2019est-ce qu\u2019ils attendent pour serrer\u00a0?\u00a0\u00bb disait-il.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019\u00e9tait plus que l\u2019ombre de lui-m\u00eame. Semblable \u00e0 ces Noirs dont parlait le r\u00e9v\u00e9rend King dans sa lettre \u00e9crite en prison, tellement complaisants et h\u00e9b\u00e9t\u00e9s apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019oppression qu\u2019ils s\u2019y \u00e9taient habitu\u00e9s et en avaient fait leur lit.<\/p>\n<p>Il repensait \u00e0 Nickel et aux nuits o\u00f9 les seuls bruits \u00e9taient ceux des pleurs et des insectes, o\u00f9 on pouvait s\u2019entasser avec soixante gar\u00e7ons sans jamais oublier qu\u2019on \u00e9tait seul au monde. Les uns sur les autres et en m\u00eame temps isol\u00e9s. Ici, on \u00e9tait les uns sur les autres et, par miracle, on n\u2019avait pas envie de tordre le cou des gens mais plut\u00f4t de les serrer dans ses bras.<\/p>\n<p>Le soleil avait disparu. D\u00e9cidant de leur rappeler \u00e0 tous qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9sormais roi, novembre ordonna au vent de se lever.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas suffisant de survivre, il fallait vivre \u2013<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Info sur l\u2019\u00e9cole qui a servi de point de d\u00e9part v\u00e9ridique au roman\u00a0<\/strong>:\u00a0 Arthur G. Dozier School for Boys &#8211; \u00a0Marianna (Floride) ( <a href=\"https:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/2015\/02\/17\/01003-20150217ARTFIG00345-etats-unis-un-siecle-d-horreur-dans-une-maison-de-redressement.php\">lire article du Figaro<\/a> )<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur: Colson Whitehead (son nom complet est Arch Colson Chipp Whitehead), n\u00e9 le 6 novembre 1969 \u00e0 New York, est un romancier am\u00e9ricain. Colson Whitehead fr\u00e9quente la Trinity School de New York, puis est dipl\u00f4m\u00e9 de l&rsquo;universit\u00e9 Harvard en 1991. 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