{"id":1205,"date":"2014-10-14T10:59:23","date_gmt":"2014-10-14T09:59:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1205"},"modified":"2026-02-24T18:13:41","modified_gmt":"2026-02-24T16:13:41","slug":"recondo-de-leonor-reves-oublies-01-2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1205","title":{"rendered":"R\u00e9condo (de), L\u00e9onor  \u00abR\u00eaves oubli\u00e9s\u00bb (01.2012)"},"content":{"rendered":"<p><b>Autrice<\/b>\u00a0: L\u00e9onor de R\u00e9condo, n\u00e9e le 10 aout 1976 \u00e0 Paris est une autrice fran\u00e7aise et violoncelliste fran\u00e7aise. Elle d\u00e9bute le violon \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinq ans. Son talent pr\u00e9coce est rapidement remarqu\u00e9, et France T\u00e9l\u00e9visions lui consacre une \u00e9mission alors qu\u2019elle est adolescente. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement fran\u00e7ais la bourse Lavoisier qui lui permet de partir \u00e9tudier au New England Conservatory of Music (Boston\/U.S.A.). Elle devient, pendant ses \u00e9tudes, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle re\u00e7oit l\u2019Undergraduate Diploma et rentre en France. En octobre 2010, para\u00eet son premier roman, <i>La Gr\u00e2ce du cypr\u00e8s blanc<\/i>, aux \u00e9ditions Le temps qu\u2019il fait. En 2012, elle publie chez Sabine Wespieser <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1205\"><i>R\u00eaves oubli\u00e9s<\/i><\/a><\/span>, roman de l\u2019exil familial au moment de la guerre d\u2019Espagne. En 2013,<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1494\"><i>Pietra viva<\/i><\/a><\/span>, plong\u00e9e dans la vie et l\u2019\u0153uvre de Michel Ange, rencontre une tr\u00e8s bonne r\u00e9ception critique et commerciale.<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1914\"><i>Amour<\/i><i>s<\/i><\/a><\/span>, paru en janvier 2015, a remport\u00e9 le prix des Libraires et le prix RTL\/Lire.<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6128\"><i>Point cardinal<\/i><\/a>,<\/span> para\u00eet en ao\u00fbt 2017, En 2019 elle publie \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9680\"><i>Manifesto<\/i>\u00a0<\/a><\/span>\u00bb . En 2020 \u00ab\u00a0La le\u00e7on de t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0K.626\u00a0\u00bb (48 pages), en 2021 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" title=\"De R\u00e9condo, L\u00e9onor \u00ab\u00a0Revenir \u00e0 toi\u00a0\u00bb (2021) 186 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=23875\">Revenir \u00e0 toi<\/a>\u00a0<\/span>\u00bb, en 2023 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=19107\"><i>Le grand feu<\/i><\/a>\u00a0<\/span>\u00bb, en 2025 \u00abAlma et la V\u00e9nus d\u2019ivoire\u00a0\u00bb (48 pages), \u00ab\u00a0Goya de p\u00e8re en fille\u00a0\u00bb (64 pages)\u00a0 \u00ab\u00a0Marcher dans tes pas\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: <\/strong>Quand il arrive \u00e0 Ir\u00fan o\u00f9 il esp\u00e8re rejoindre sa famille, A\u00efta trouve la maison vide. Le g\u00e2teau de riz abandonn\u00e9 r\u00e9v\u00e8le un d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9. En ce mois d\u2019ao\u00fbt 1936, le Pays basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. A\u00efta sait que ses beaux-fr\u00e8res sont des activistes. Inform\u00e9 par une voisine, il parvient \u00e0 retrouver les siens \u00e0 Hendaye. Ama, leurs trois fils, les grands-parents et les oncles ont trouv\u00e9 refuge dans une maison amie. Aucun d\u2019eux ne sait encore qu\u2019ils ne reviendront pas en Espagne. <em>\u00catre ensemble, c\u2019est tout ce qui compte\u00a0<\/em>: au fil des ann\u00e9es, cette simple phrase sera leur raison de vivre. Malgr\u00e9 le danger, la nostalgie et les conditions difficiles \u2013 pour nourrir sa famille, A\u00efta travaille comme ouvrier \u00e0 l\u2019usine d\u2019armement, lui qui dirigeait une fabrique de c\u00e9ramique. En 1939, quand les oncles sont arr\u00eat\u00e9s et intern\u00e9s au camp de Gurs, il faut fuir plus loin encore. Tous se retrouvent alors au c\u0153ur de la nature, dans une ferme des Landes. La rumeur du monde plane sur leur vie frugale, rythm\u00e9e par le labeur quotidien\u00a0: les Allemands, non loin, surveillent la centrale \u00e9lectrique voisine, et les oncles, lib\u00e9r\u00e9s, poursuivent leurs activit\u00e9s clandestines. \u00c9crit comme pour lutter contre la fuite des jours, le carnet o\u00f9 Ama consigne souvenirs, \u00e9motions et secrets donne \u00e0 ce tr\u00e8s beau roman une intensit\u00e9 et une profondeur particuli\u00e8res. L\u00e9onor de R\u00e9condo, en peu de mots, fait surgir des images fortes pour rendre \u00e0 cette famille d\u2019exil\u00e9s un hommage o\u00f9 une pudique retenue exclut le pathos.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Mon avis\u00a0: <\/strong>Petit livre de 176 pages, tout en pudeur. Je suis dans ma p\u00e9riode \u00ab\u00a0Guerre d\u2019Espagne\u00a0\u00bb.. . apr\u00e8s Victor del Arbol et Lydie Salveyre, me voici \u00e0 nouveau dans un r\u00e9cit d&rsquo;exil..\u00a0cette fois ci cot\u00e9 Pays Basque. . Exil et d\u00e9racinement\u00a0: attachement \u00e0 la famille, \u00e0 un mode de vie, \u00e0 une terre\u2026 Mais cette fois ci, pas d\u2019envie d\u2019int\u00e9gration. Et surtout\u00a0cette fois l\u2019importance du couple, du noyau familial, de la coh\u00e9sion familiale qui permet d\u2019affronter l\u2019\u00e9tranger. Une petite parenth\u00e8se pour dire \u00e0 quel point j\u2019ai aim\u00e9 le moment ou un adulte se rend compte qu\u2019il faut parler \u00e0 un enfant, qui est partie de l\u2019aventure sans en comprendre les raisons.<\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 l\u2019id\u00e9e de ce petit carnet, recueil des pens\u00e9es d\u2019Ama, jardin secret de sa vie, compagnon des doutes et du chemin de l\u2019exil, jusqu\u2019\u00e0 un moment charni\u00e8re de sa vie\u2026 Un livre po\u00e9tique avec en toile de fond la question de la recherche du bonheur quand tout s\u2019\u00e9croule autour de vous.. L\u2019importance de se rattacher \u00e0 la nature, aux \u00eatres, \u00e0 soi aussi\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Les tasses se vident, les mots se tarissent<\/p>\n<p>La nostalgie et l&rsquo;ennui entrent lentement dans le c\u0153ur de cet homme dont la vie n&rsquo;avait, jusque-l\u00e0, jamais \u00e9t\u00e9 bouscul\u00e9e. Le destin l&rsquo;\u00e9branle \u00e0 l&rsquo;hiver de ses jours, alors qu&rsquo;il pensait se reposer tranquillement sur les quelques lauriers qu&rsquo;il avait patiemment amass\u00e9s.<\/p>\n<p>Pourtant, je sens qu&rsquo;\u00e9crire pourrait m&rsquo;aider \u00e0 mieux comprendre cette situation et, si ce n&rsquo;est \u00e0 la comprendre, du moins \u00e0 l&rsquo;accepter. Le geste machinal de plonger la plume dans l&rsquo;encrier me procure un l\u00e9ger r\u00e9confort. Une sensation connue, contr\u00f4l\u00e9e, si loin de ce que j&rsquo;\u00e9prouve ici \u00e0 longueur de journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous nous arrimons aux instants sans baisser le regard. Avec une d\u00e9sinvolture qui souvent me semble d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, nous feignons de ne pas remarquer les d\u00e9ferlantes qui nous entourent.<\/p>\n<p>La nostalgie est un sentiment bien \u00e9trange qui s&rsquo;attache au plus futile. La chair de l&rsquo;\u00e2me tiendrait-elle \u00e0 si peu de chose\u00a0? Au reflet de soi dans des cuill\u00e8res \u00e0 soupe\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Toi, tu as mis ta pens\u00e9e dans tes mains.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il d\u00e9racine d&rsquo;un coup de pioche les mauvaises herbes et le pass\u00e9. Rien de tout cela n&rsquo;existe. Les instants se nouent les uns aux autres jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le fil s&rsquo;\u00e9puise.<\/p>\n<p>ce n&rsquo;\u00e9tait pas un bol pour boire, mais un r\u00e9cipient \u00e0 r\u00eaves, o\u00f9 ce ne sont pas les l\u00e8vres qui se posent mais les yeux qui se perdent.<\/p>\n<p>L&rsquo;enfant, le regard plong\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9tendue blanche, s&rsquo;exile \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de lui-m\u00eame. La feuille devient soudain le tapis volant des contes murmur\u00e9s<\/p>\n<p>L&rsquo;enfant s&rsquo;exile au c\u0153ur des choses, d\u00e9pouillant de sa main la pens\u00e9e des autres. Il a trouv\u00e9 un ami silencieux qu&rsquo;il taille \u00e0 sa guise, qu&rsquo;il porte contre lui dans sa poche, capable de saisir les instants au vol.<\/p>\n<p>il devine aussi que la trame du tapis volant a commenc\u00e9 \u00e0 prendre forme, et que chaque ligne trac\u00e9e tisse silencieusement le dialecte de son \u00e2me<\/p>\n<p>Ce r\u00eave a lentement embrum\u00e9 nos esprits, et maintenant la r\u00e9alit\u00e9 nous frappe de plein fouet, fermant brutalement les fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai souvent l&rsquo;impression qu&rsquo;il tente de se faire le plus transparent possible, qu&rsquo;il aimerait se fondre dans la couleur des murs pour ne pas d\u00e9ranger.<\/p>\n<p>il se jure de ne jamais rester dans le silence de l&rsquo;incompr\u00e9hension, de s&rsquo;approcher autant qu&rsquo;il le pourra du savoir et, pour ce faire, de garder l&rsquo;esprit toujours alerte. La m\u00e9moire toujours en \u00e9veil.<\/p>\n<p>J&rsquo;ouvre mon esprit et je chasse les pens\u00e9es encombrantes. Avant, je priais et peu \u00e0 peu j&rsquo;ai arr\u00eat\u00e9. Ce n&rsquo;est pas que je ne crois plus, ce sont les mots qui se sont effac\u00e9s un \u00e0 un. Maintenant je n&rsquo;arrive m\u00eame plus \u00e0 les dire, faute de conviction peut-\u00eatre. Quoi qu&rsquo;il en soit, ils m&rsquo;ont d\u00e9sert\u00e9e et s&rsquo;en sont all\u00e9s vers d&rsquo;autres bouches.<\/p>\n<p>je me suis laiss\u00e9 surprendre par l&rsquo;\u00e9motion que pouvait infliger un trait d\u00e9li\u00e9 et familier sur une enveloppe blanche<\/p>\n<p>il a vu cet homme si grand rapetisser, se tapir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de lui-m\u00eame \u00e0 la recherche de la derni\u00e8re goutte de silence<\/p>\n<p>Toute la ville est soudain devenue friande de rumeurs, les bouches d\u00e9versent sans discontinuer leurs torrents naus\u00e9abonds de \u00ab\u00a0tu-sais-il-para\u00eet-que<\/p>\n<p>Le silence qui m&rsquo;enlace maintenant ne me laisse aucun espoir et je sais qu&rsquo;il me faut attendre. Attendre que le temps fasse son \u0153uvre d&rsquo;amn\u00e9sie<\/p>\n<p>Je ne suis plus tout \u00e0 fait moi-m\u00eame sans pourtant \u00eatre un autre. Les regards que tu as si justement surpris sont \u00e0 la recherche de mes certitudes pass\u00e9es. Les retrouverai-je un jour<\/p>\n<p>je n&rsquo;ai pas de mots, je ne porte en moi que du silence. Et pourtant ce silence, loin d&rsquo;\u00eatre vide, est plein de vie, plein de toi. Je le sens se mouvoir comme une force lente, constante, comme une masse ardente. Tes mains diaphanes l&rsquo;ont sculpt\u00e9 pour lui donner tes traits. Je n&rsquo;ai qu&rsquo;\u00e0 fermer les yeux et tu es l\u00e0, en moi, \u00e0 port\u00e9e de c\u0153ur.<\/p>\n<p>Comme j&rsquo;aimerais te d\u00e9crire ces silences qui sont les miens, leurs approches furtives de toi, \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt d&rsquo;une caresse. Comme ils se faufilent dans mon souffle pour soulever, sur ta nuque, les m\u00e8ches de cheveux qui s&rsquo;\u00e9chappent de ton chignon. Y d\u00e9poser un baiser.<\/p>\n<p>Chacun de tes sourires abandonne, \u00e0 son insu, une bribe de toi en moi. Ces bribes sont devenues un jardin fou, une for\u00eat o\u00f9 chaque arbre porte un souvenir de nous. Je m&rsquo;y prom\u00e8ne \u00e0 ma guise, toujours \u00e9bloui par ces instants pass\u00e9s ensemble et par l&rsquo;esp\u00e9rance de ce qui nous reste \u00e0 vivre.<\/p>\n<p>Finalement, je pr\u00e9f\u00e9rerais que rien ne nous attache \u00e0 ici. Je veux bien y vivre le temps qu\u2019il faudra, y mourir aussi s\u2019il le faut, mais pas m\u2019y attacher. Rester \u00e9trang\u00e8re, sans racines.<\/p>\n<p>Je ne regrette pas d&rsquo;avoir rencontr\u00e9 celle que je suis aujourd&rsquo;hui. La vie s&rsquo;est montr\u00e9e \u00e0 moi sous un nouveau jour, parfois sombre, mais toujours instructif et riche.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 et le r\u00eave semblaient s&rsquo;\u00eatre invers\u00e9s. Ce que je venais de vivre \u00e9tait plus irr\u00e9el, plus absurde que le plus improbable des cauchemars<\/p>\n<p>Maintenant, avec le concours du crayon, il mod\u00e8le la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 sa guise<\/p>\n<p>Je ne veux plus aucune trace, plus rien de tangible. Que s&rsquo;efface cette m\u00e9moire d&rsquo;encre. Les mots m&rsquo;ont accompagn\u00e9e jusqu&rsquo;ici, mais maintenant ils me tiennent prisonni\u00e8re. Prisonni\u00e8re de leurs griffes, de mes sentiments partag\u00e9s entre la joie, l&rsquo;amour, mais aussi l&rsquo;angoisse et la mort. Les \u00e9crire les rend vivants, alors qu&rsquo;ils disparaissent pour me laisser vivre l&rsquo;\u00e2me l\u00e9g\u00e8re \u00e0 l&rsquo;ombre du tilleul<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0: L\u00e9onor de R\u00e9condo, n\u00e9e le 10 aout 1976 \u00e0 Paris est une autrice fran\u00e7aise et violoncelliste fran\u00e7aise. Elle d\u00e9bute le violon \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinq ans. 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