{"id":12123,"date":"2020-11-11T12:46:01","date_gmt":"2020-11-11T10:46:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=12123"},"modified":"2020-11-12T18:11:14","modified_gmt":"2020-11-12T16:11:14","slug":"reverdy-thomas-b-les-evapores-un-roman-japonais-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=12123","title":{"rendered":"Reverdy, Thomas B. \u00ab Les \u00e9vapor\u00e9s \u00bb &#8211; Un roman japonais (2013)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: romancier fran\u00e7ais n\u00e9 en 1974. Au cours de ses \u00e9tudes de lettres \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, Thomas Reverdy travaille sur Antonin Artaud, Roger Gilbert-Lecomte et Henri Michaux. Il participe aussi \u00e0 cette \u00e9poque \u00e0 la revue La Femelle du Requin, dont il dirige la publication du num\u00e9ro 4 au num\u00e9ro 12. Il obtient l&rsquo;agr\u00e9gation de lettres modernes en 20001. Il enseigne depuis au lyc\u00e9e Jean-Renoir en Seine-Saint-Denis.<br \/>\nIl est l\u2019auteur de plusieurs romans, parmi lesquels <em>La Mont\u00e9e des eaux<\/em>, <em>Le Ciel pour m\u00e9moire<\/em>, <em>Les derniers feux<\/em>., <em>Le lyc\u00e9e de nos R\u00eaves<\/em>, <em>L\u2019Envers du monde<\/em>, <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=12123\"><em>Les \u00c9vapor\u00e9s<\/em><\/a> et <em>Il \u00e9tait une ville<\/em> (prix des Libraires 2016). Il a co-\u00e9crit <em>Jardin des colonies<\/em> avec Sylvain Venayre (Flammarion, 2017). Prix Interalli\u00e9 pour \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;hiver du m\u00e9contentement<\/em>\u00a0\u00bb 2018 &#8211;<\/p>\n<p>Flammarion \u2013 21.08.2013 \u2013 302 pages \/ J\u2019ai lu \u2013 06.05.2015 \u2013 317 pages<br \/>\nPubli\u00e9 en ao\u00fbt 2013, Les \u00c9vapor\u00e9s, est retenu dans la s\u00e9lection finale du prix du roman Fnac, dans la s\u00e9lection du Prix Goncourt et dans celle du Prix D\u00e9cembre. Il est couronn\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e par le Grand Prix Thyde Monnier de la Soci\u00e9t\u00e9 des gens de lettres (SGDL), et en 2014 par le prix Joseph-Kessel<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Ici, lorsque quelqu&rsquo;un dispara\u00eet, on dit simplement qu&rsquo;il s&rsquo;est \u00e9vapor\u00e9, personne ne le recherche, ni la police parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de crime, ni la famille parce qu&rsquo;elle est d\u00e9shonor\u00e9e. Partir sans donner d&rsquo;explication, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Kaze a fait cette nuit-l\u00e0. Comment peut-on s&rsquo;\u00e9vaporer si facilement ? Et pour quelles raisons ? C&rsquo;est ce qu&rsquo;aimerait comprendre Richard B en accompagnant Yukiko au Japon pour retrouver son p\u00e8re, Kaze.<br \/>\nPour cette femme qu&rsquo;il aime encore, il m\u00e8nera l&rsquo;enqu\u00eate dans un Japon parall\u00e8le, celui du quartier des travailleurs pauvres de San&rsquo;ya \u00e0 Tokyo et des camps de r\u00e9fugi\u00e9s autour de Sendai. Mais, au fait : pourquoi rechercher celui qui a voulu dispara\u00eetre ? Les \u00e9vapor\u00e9s se lit \u00e0 la fois comme un roman policier, une qu\u00eate existentielle et un roman d&rsquo;amour. D&rsquo;une fa\u00e7on sensible et po\u00e9tique, il nous parle du Japon contemporain, de Fukushima et des yakuzas, mais aussi du myst\u00e8re que l&rsquo;on est les uns pour les autres, du chagrin amoureux et de notre d\u00e9sir, parfois, de prendre la fuite.<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Au Japon, il y a de nombreuses personnes qui s\u2019\u00e9vaporent chaque ann\u00e9e. Et comme c\u2019est consid\u00e9r\u00e9 comme une faute grave qui jette le d\u00e9shonneur sur toute la famille, ces disparus ne sont pas recherch\u00e9s. Le roman commence avec l\u2019\u00e9vaporation de Kazehiro, qui va s\u2019en aller nuitamment et recommencer une nouvelle vie ailleurs sous un autre nom \u00ab\u00a0Kaze\u00a0\u00bb.<br \/>\nSa fille Yukiko, qui a quitt\u00e9 le Japon pour les Etats-Unis depuis 15 ans va revenir avec un ami d\u00e9tective Richard pour tenter d\u2019en savoir davantage sur cette \u00ab\u00a0\u00e9vaporation\u00a0\u00bb.<br \/>\nL\u2019autre personnage du roman est un jeune gar\u00e7on, Akainu, qui a fui apr\u00e8s la catastrophe de Fukushima.<br \/>\nApr\u00e8s avoir entrevu le charme de Kyoto, le livre va nous plonger dans le Japon de ceux qui vivotent dans l\u2019ombre, le quartier de San&rsquo;ya , repaire des \u00e9vapor\u00e9s mais aussi dans le monde du crime et de la pr\u00e9carit\u00e9, dans le Japon de la Mafia, des Yakuza. En compagnie de Kaze, nous allons aussi d\u00e9couvrir les ruines de Fukushima. Nous<br \/>\nRichard (hommage au romancier et po\u00e8te am\u00e9ricain Richard Brautigan, qui a v\u00e9cu lui aussi au Japon en 1976), qui arrive de San Francisco et ne parle pas un mot de Japonais va faire de son mieux pour tenter de retrouver la trace du p\u00e8re de Yukiko\u2026 il est venu au Japon avec elle car il en est amoureux. D\u00e9tective, il va tenter de faire la connaissance des \u00e9trangers auxquels il va poser des questions sur les \u00e9vapor\u00e9s, comme s\u2019il envisageait d\u2019\u00e9crire \u00e0 leur propos. Il faut dire que sa qualit\u00e9 d\u2019\u00e9tranger lui facilite les choses car le sujet est tabou au Japon. Et comme Yukiko est \u00e9galement po\u00e8te, l\u2019\u00e9criture du roman refl\u00e8te \u00e0 la fois la r\u00e9alit\u00e9 de la mis\u00e8re et le contexte de l\u2019ancien Japon, la noirceur du pr\u00e9sent et le romantisme du pass\u00e9. Modernit\u00e9 et tradition se c\u00f4toient.<br \/>\nM\u00eame si les situations sont tragiques, l\u2019amour et l\u2019amiti\u00e9 sont l\u00e0.<br \/>\nUn roman aussi sur les quartiers des villes Japonaises, l\u2019endroit et l\u2019envers du d\u00e9cor.<br \/>\nRoman qui d\u00e9veloppe le ph\u00e9nom\u00e8ne typiquement japonais de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9vaporation\u00a0\u00bb\u00a0: pourquoi et comment des personnes disparaissent. Kaze lui, a disparu pour prot\u00e9ger sa famille mais il ne le dira pas et la famille ne comprendra pas sa fuite en abandonnant semble-t-il sans raison sa vie et son identit\u00e9.<br \/>\nLe drame de Kaze, chass\u00e9 de chez lui pour \u00e9chapper \u00e0 la Mafia et celui de Akainu, qui a fui comme de nombreux japonais \u00e0 la suite du drame de Fukushima se rejoignent\u00a0: ils doivent survivre en faisant des petits boulots alimentaires, au jour le jour, fuyant ceux qui les poursuivent, cherchant \u00e0 se construire un futur.<br \/>\nDe fait les quatre personnages sont tous perdus et \u00e0 la d\u00e9rive\u00a0: Yukiko se cherche depuis toujours, se sent \u00e9trang\u00e8re partout, et fuit celle qu\u2019elle est. Richard lui aussi se cherche et se fuit, entre po\u00e9sie et alcool, \u00e0 la poursuite de son r\u00eave d\u2019amour. Kaze fuit son pass\u00e9 et tente de se reconstruire ailleurs. Akainu, orphelin de Fukushima, fuit aussi son enfance et son pass\u00e9 fracass\u00e9s par le drame.<br \/>\nPass\u00e9, pr\u00e9sent, futur\u2026 De fait\u2026 le futur fait peur\u2026 et le pr\u00e9sent n\u2019est pas si confortable que cela\u2026 Reste le pass\u00e9 auquel on se raccroche, qui avait ses inconv\u00e9nients mais qu\u2019on refuse de laisser partir\u2026 quoique\u2026<\/p>\n<p>Ce roman est une petite porte d\u2019entr\u00e9e dans l\u2019univers du japon, un imaginaire japonais qui se m\u00e9lange \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Un superbe moment de lecture qui permet de comprendre mieux les diff\u00e9rences entre la civilisation occidentale et la civilisation japonaise.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<br \/>\nElle lui avait bris\u00e9 le c\u0153ur, le lui avait rendu en miettes.<\/p>\n<p>Il \u00e9coutait. Collait son oreille \u00e0 sa respiration.<br \/>\nPour rien au monde il n\u2019aurait bris\u00e9 ce silence qui s\u2019\u00e9tait gliss\u00e9 entre eux dans la nuit, comme un r\u00eave.<\/p>\n<p>La nuit a \u00e9t\u00e9 longue, ou c\u2019est le temps qui s\u2019est mis \u00e0 passer diff\u00e9remment.<br \/>\nEst-ce que c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on s\u2019habitue ? Est-ce qu\u2019on attend simplement que le temps passe ?<\/p>\n<p>Un r\u00eave passe derri\u00e8re ses paupi\u00e8res, au fond de ses yeux noirs, comme un reflet d\u2019obscurit\u00e9 dans l\u2019eau d\u2019un puits.<\/p>\n<p>Les mots tombaient dans son cerveau sans trouver de fond.<\/p>\n<p>Les risques de maladie, les cancers, les risques en g\u00e9n\u00e9ral c\u2019est abstrait et puis c\u2019est dans tr\u00e8s longtemps. Aujourd\u2019hui, voil\u00e0 ce qui leur importait. Pour le reste on verrait. Aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019assurance d\u2019aller jusqu\u2019\u00e0 demain. Et demain, c\u2019est peu mais c\u2019est une promesse suffisante.<\/p>\n<p>Quand on n\u2019a plus grand-chose \u00e0 se dire on trouve des mots quand m\u00eame, pour ne parler de rien. \u00c7a ne veut pas dire qu\u2019on ne s\u2019aime pas.<\/p>\n<p>C\u2019est comme si une autre Yukiko qui avait r\u00e9tr\u00e9ci jusqu\u2019\u00e0 se cacher au fond d\u2019elle refaisait soudain surface et prenait le contr\u00f4le, en cet instant, de tous ses sens.<\/p>\n<p>Kyoto serpente dans la brume autour de sa rivi\u00e8re, comme si la ville elle-m\u00eame coulait entre les montagnes qui d\u00e9ferlent du nord et de l\u2019est en vagues successives, si p\u00e2les, \u00e0 l\u2019horizon lointain, qu\u2019elles sont d\u2019un bleu presque gris. Les nuages qui viennent de la mer en rampant dans les vall\u00e9es s\u2019\u00e9panouissent au-dessus de la plaine et voilent le\u00a0ciel d\u2019un blanc de linge, presque toute la journ\u00e9e. Il n\u2019y a gu\u00e8re qu\u2019\u00e0 l\u2019aube et au coucher du soleil que perce parfois une lumi\u00e8re \u00e9lectrique, jaune et crue, rasante, qui n\u2019\u00e9claire pas le monde mais en souligne les ar\u00eates saillantes comme des lames.<\/p>\n<p>Ces gens avaient \u00ab d\u2019autres moyens pour faire dispara\u00eetre quelqu\u2019un \u00bb. Dispara\u00eetre. Ce n\u2019\u00e9tait pas une solution mais c\u2019\u00e9tait une issue.<br \/>\nTrois jours plus tard il s\u2019\u00e9vapora, c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on dit ici, sans pr\u00e9venir personne.<\/p>\n<p>C\u2019est comme si le pays n\u2019en finissait\u00a0pas de sortir des eaux, menac\u00e9 par les vagues et les soubresauts de ses profondeurs. Le \u201cmonde flottant\u201d, vois-tu, ce n\u2019est pas qu\u2019une image. C\u2019est ainsi qu\u2019on appelle la soci\u00e9t\u00e9 des vagabonds, des brigands, des prostitu\u00e9s et des moines errants, des com\u00e9diennes comme moi, mais, au fond, tous les Japonais s\u2019accrochent en titubant aux rochers de leur \u00eele comme sur le pont d\u2019un tr\u00e8s gros bateau. Il y a toujours eu des catastrophes. Des gens meurent, des maisons sont \u00e9cras\u00e9es ou s\u2019effondrent, des villes sont an\u00e9anties par le feu, emport\u00e9es par les tsunamis.<\/p>\n<p>Ici, la police n\u2019enqu\u00eate pas sur les personnes disparues. Les crimes, les cadavres, oui \u2013 bien s\u00fbr \u2013, mais un homme qui dispara\u00eet, sans qu\u2019il y ait de traces de crime, ils n\u2019ouvrent pas d\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Ce que nous appelons ici\u00a0<em>johatsu<\/em>\u00a0remonte \u00e0 l\u2019\u00e9poque Edo. Les criminels ou les gens qui avaient une dette d\u2019honneur allaient se purifier aux sources du mont Fuji. Il y a l\u00e0 des sources chaudes et des \u00e9tablissements de bains, ce sont des villes d\u2019h\u00f4tels. Ils prenaient une auberge, ils entraient dans les bains\u00a0de vapeur et ils disparaissaient. C\u2019est pour cela qu\u2019on les appelle des \u00e9vapor\u00e9s. Peut-\u00eatre certains se suicidaient en prenant le chemin de la for\u00eat. Mais d\u2019autres r\u00e9apparaissaient, quelques ann\u00e9es plus tard, ailleurs.<\/p>\n<p>Elle n\u2019en avait qu\u2019un souvenir de petite fille, si bien que, l\u2019ayant toujours trouv\u00e9 vieux, elle pensa qu\u2019il n\u2019avait finalement pas beaucoup chang\u00e9. Il s\u2019\u00e9tait arrondi. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement qu\u2019il avait grossi, mais il \u00e9tait r\u00e9ellement devenu rond, tout rond comme un Hotei. Un petit bouddha en forme de meatball \u2013 c\u2019est ce qu\u2019elle vit, et elle se dit aussit\u00f4t qu\u2019elle \u00e9tait partie depuis trop longtemps, qu\u2019elle portait \u00e0 pr\u00e9sent sur tout \u00e7a un regard d\u2019\u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>Ses yeux se sont emplis de larmes en une seconde, comme si elles attendaient derri\u00e8re ses paupi\u00e8res, depuis dix mois, la moindre fissure, l\u2019occasion de s\u2019enfuir. Ses larmes sont comme des prisonniers qui se parlent de se faire la belle tous les soirs lorsque la nuit tombe, qui r\u00eavent, qui s\u2019\u00e9chauffent, qui sont pr\u00eats \u00e0 mettre le p\u00e9nitencier \u00e0 feu et \u00e0 sang d\u00e8s qu\u2019il se passera quelque chose, n\u2019importe quoi, d\u00e8s que les surveillants baisseront la garde, ne serait-ce qu\u2019une seconde. Quand elles s\u2019\u00e9chapperont, plus rien ne pourra les retenir. Il lui semble qu\u2019elles couleront alors telle une source, jusqu\u2019\u00e0 sa mort.<\/p>\n<p>Les Am\u00e9ricains\u00a0avaient remis en selle les yakuzas pour lutter contre les extr\u00eames gauches cor\u00e9enne et chinoise, s\u2019assurer \u00e0 la fois la stabilit\u00e9 et la coop\u00e9ration d\u2019un alli\u00e9 soumis et corrompu qu\u2019on allait aider \u00e0 devenir puissant.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 japonaise est comme le pays, on est perch\u00e9 sur un volcan au milieu de l\u2019oc\u00e9an, sur une \u00eele parcourue par des milliers de lignes de failles, et \u00e7a tremble, et \u00e7a craque de partout. Vous voulez conna\u00eetre le pays, \u00e9tudiez son sous-sol. Eh bien, c\u2019est pareil pour la soci\u00e9t\u00e9. D\u2019ailleurs, c\u2019est pareil pour les gens.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>il n\u2019aime pas le moment o\u00f9 la gueule de bois est en train de remonter dans son cerveau tous les ressorts des jouets qui vont bient\u00f4t y claironner une sarabande cacophonique, les singes \u00e0 cymbales, les ballerines et les tambourins, les grenouilles et les trains m\u00e9caniques qui vont se mettre \u00e0 hurler, l\u00e0, \u00e0 tourner en rond de plus en plus vite entre ses deux oreilles jusqu\u2019\u00e0 ce que la migraine les \u00e9touffe.<\/p>\n<p>Tant qu\u2019il fuguait, tant qu\u2019il les tenait pour morts, dans un coin de sa m\u00e9moire, ses parents \u00e9taient toujours vivants. M\u00eame dans un souvenir qui s\u2019\u00e9loigne. M\u00eame dans le r\u00eave d\u2019une autre vie o\u00f9 il aurait \u00e9t\u00e9 enfant. \u00c0 pr\u00e9sent il va savoir, il va finir par savoir, croiser quelqu\u2019un qu\u2019il conna\u00eet, il va apprendre la\u00a0v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Il ne veut pas esp\u00e9rer, parce qu\u2019il ne veut pas savoir. Il n\u2019est pas pr\u00eat \u00e0 perdre le peu qui lui reste.<\/p>\n<p>Tu es une Japonaise de la douceur de vivre et de la d\u00e9licatesse, comme moi je suis un Am\u00e9ricain des grands espaces et de la p\u00eache \u00e0 la truite. Nos pays n\u2019existent plus.<\/p>\n<p>Ses yeux sont des puits d\u2019obscurit\u00e9 qui luisent au fond de t\u00e9n\u00e8bres plus grandes.<\/p>\n<p>Tous les Japonais ont un furusato, un \u00ab\u00a0souvenir du pays natal\u00a0\u00bb, une image empreinte de nostalgie qui nourrit les chansons populaires. C\u2019est un coin de nature, un pont, un tr\u00e8s vieil arbre, une cascade dans la for\u00eat, un paysage de l\u2019enfance, m\u00eame pour l\u2019immense majorit\u00e9 des gens qui a grandi en ville, ce n\u2019est jamais un b\u00e2timent, les b\u00e2timents changent, ils sont remplac\u00e9s par d\u2019autres, mais ce peut \u00eatre un d\u00e9tail, comme le bouquet de violettes qui poussait dans l\u2019arbre creux de la cour ou la friche de roseau et d\u2019iris, \u00e0 la pointe d\u2019une \u00eele au bord de la rivi\u00e8re, tous les Japonais en ont un, m\u00eame ceux qui n\u2019ont jamais quitt\u00e9 leur pays, ce peut \u00eatre une vue ou bien ce peut \u00eatre une f\u00eate, pourvu qu\u2019elle ait lieu tous les ans depuis suffisamment de si\u00e8cles pour qu\u2019on ait la certitude de la retrouver intacte, avec ses lanternes de papier et ses chars en bois, ses kimonos, dans la chaleur \u00e9ternelle des nuits d\u2019\u00e9t\u00e9 de \u00ab\u00a0la capitale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle les regarde passer comme font les chats qui se couchent \u00e0 l\u2019ombre des cerisiers, sur le chemin de la philosophie. Les gens sont l\u00e0, mais leurs visages se brouillent lorsqu\u2019elle essaie d\u2019en retenir l\u2019image. Les souvenirs sont d\u00e9licats \u00e0 ressusciter, surtout dans un r\u00eave o\u00f9 les \u00e9poques se m\u00e9langent.<\/p>\n<p><strong>Budai<\/strong> (\u5e03\u888b en chinois) ou Hotei (\u5e03\u888b en japonais), B\u1ed1 \u0110\u1ea1i (en vietnamien), \u00e9galement connu sous le surnom de \u00ab Bouddha rieur \u00bb, est une figure majeure, dans la tradition populaire, en Asie, et notamment dans le bouddhisme, le tao\u00efsme, et le shinto\u00efsme. Il repr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, la fortune et l&rsquo;abondance.<br \/>\nIl \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine un moine chan chinois, n\u00e9 \u00e0 Fenghua dans le Zhejiang sous la dynastie des Liang post\u00e9rieurs (xe si\u00e8cle). Il est consid\u00e9r\u00e9, selon l&rsquo;\u00e9cole bouddhiste mah\u0101y\u0101na, comme une incarnation de Maitreya, futur bouddha. Il serait mort en 916.<br \/>\nAdopt\u00e9 par le tao\u00efsme, il est admis dans cette tradition comme un dieu du contentement et de l&rsquo;abondance.<br \/>\nLors de son passage au Japon, il a int\u00e9gr\u00e9 le panth\u00e9on shinto\u00efste, et fait partie des Sept Divinit\u00e9s du Bonheur.\u00a0 (Wikipedia)<\/p>\n<p>Johatsu (\u00e9vapor\u00e9) : culture japonaise<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: romancier fran\u00e7ais n\u00e9 en 1974. Au cours de ses \u00e9tudes de lettres \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, Thomas Reverdy travaille sur Antonin Artaud, Roger Gilbert-Lecomte et Henri Michaux. Il participe aussi \u00e0 cette \u00e9poque \u00e0 la revue La Femelle du Requin, dont il dirige la publication du num\u00e9ro 4 au num\u00e9ro 12. 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