{"id":12356,"date":"2020-12-11T17:51:25","date_gmt":"2020-12-11T15:51:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=12356"},"modified":"2020-12-11T17:53:39","modified_gmt":"2020-12-11T15:53:39","slug":"lenot-alexandre-ecorces-vives-2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=12356","title":{"rendered":"Lenot, Alexandre \u00ab Ecorces vives \u00bb (2018)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: Alexandre Lenot est n\u00e9 en 1976.11 vit \u00e0 Paris et \u00e9crit \u00e9galement pour le cin\u00e9ma, la radio et la t\u00e9l\u00e9vision. \u00ab\u00a0\u00c9corces Vives\u00a0\u00bb est son premier roman.<\/p>\n<p>Actes Sud-Actes Noirs\u00a0 \u2013 03.10.2018 \u2013 208 pages \/ Babel \u2013 7.10.2020 \u2013 203 pages (Prix Premi\u00e8re 2018)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: C&rsquo;est une r\u00e9gion de montagnes et de for\u00eats, dans un massif qu&rsquo;on dit Central mais que les routes nationales semblent \u00e9viter. Un homme venu de loin incendie la ferme dans laquelle il esp\u00e9rait un jour voir jouer ses enfants, puis il dispara\u00eet dans les bois. La rumeur trouble bient\u00f4t l&rsquo;hiver : un r\u00f4deur hante les lieux et mettrait en p\u00e9ril l&rsquo;ordre ancien du pays. Les gens du coin passent de la circonspection \u00e0 la franche hostilit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;une jeune femme nouvellement arriv\u00e9e, qui le recueille.<br \/>\nMais personne n&rsquo;est le bienvenu s&rsquo;il n&rsquo;est pas n\u00e9 ici. Ecorces vives est construit sur une tension souterraine, un entrelacs de pr\u00e9jug\u00e9s d\u00e9finitifs et de ranc\u0153urs s\u00e9culaires. De ce roman noir &#8211; qui est aussi fable sociale, western rural, hommage aux \u00e2mes m\u00e9lancoliques et r\u00e9volt\u00e9es &#8211; sourd une menace: il faut se m\u00e9fier de la terre qui dort&#8230;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : Il y a comme un petit air de Franck Bouysse\u2026 dans le Cantal\u2026 Enfin cela pourrait \u00eatre n\u2019importe o\u00f9 tant que c\u2019est au bout de nulle part. J\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique, la place faite aux femmes fortes, le paysage qui est un personnage \u00e0 lui tout seul et qui est tellement en ad\u00e9quation avec les gens du cru. Alors on est au XXI\u00e8me si\u00e8cle, mais on pourrait tout aussi bien \u00eatre au XVIII\u00e8me ou au XIX\u00e8me. Un roman noir rural, des personnages tortur\u00e9s, qui se fuient\u2026 Un roman qui parle de la nature, sauvage, hostile, rebelle et d\u2019\u00eatres brutaux, taiseux, haineux\u2026mais surtout \u00e9corch\u00e9s vifs&#8230; La haine suinte de partout, et quand en plus on n\u2019est pas du coin, il fait pas bon se pointer dans le d\u00e9cor. Des gens qui se cherchent&#8230; Une atmosph\u00e8re angoissante, pesante, suspicieuse\u2026 Tr\u00e8s bon premier roman, belle \u00e9tude de caract\u00e8res sociaux mais il manque toutefois un petit quelque chose cot\u00e9 intrigue\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Seul avec tout ce qu\u2019il portait\u00a0: la m\u00e9moire de ses combats, les douleurs de ses d\u00e9faites, les cicatrices de leurs r\u00eaves. Ses r\u00eaves et les siens, \u00e0 elle qui ne viendrait plus ici. Il avait le sentiment d\u2019\u00eatre le dernier de sa tribu, le dernier de son esp\u00e8ce, et que plus personne ne viendrait raviver ses feux.<\/p>\n<p>Dehors, c\u2019\u00e9tait le d\u00e9but d\u2019un hiver veule travers\u00e9 d\u2019averses sans majest\u00e9. Dedans, c\u2019\u00e9tait le sentiment amer d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9, sci\u00e9 comme une branche disgracieuse qui fait trop d\u2019ombre.<\/p>\n<p>Mais il avait vite r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait pas assez de go\u00fbt pour l\u2019ivresse pour boire tous les soirs et qu\u2019il ne l\u2019aimait plus assez pour la d\u00e9tester r\u00e9ellement.<\/p>\n<p>Tous ces souvenirs sont l\u00e0, \u00e0 port\u00e9e de main, disponibles, seulement voil\u00e9s par le filtre rouge de la col\u00e8re.<\/p>\n<p>Elle le voyait comme un miracul\u00e9, d\u2019\u00eatre sorti si droit d\u2019une enfance o\u00f9 la violence le disputait \u00e0 l\u2019abandon.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 il prend appui sur son \u00e9paule, il discerne en elle quelque chose de l\u2019ordre de la racine, de fondations pouvant tenir des si\u00e8cles, un \u00e9cho de la foul\u00e9e terrienne et grave d\u2019anc\u00eatres qui ont ouvert un continent inconnu en deux.<\/p>\n<p>Il a envie de leur dire, \u201cMes petits, vous pouvez \u00eatre des ancres, des phares, des cumulonimbus, des m\u00e9t\u00e9ores mais prenez garde, le vent mauvais toujours vous guettera\u201d.<\/p>\n<p>La peine petit \u00e0 petit l\u00e2che ses nerfs. Elle se fond dans ses os. Elle les tord un peu, les fait \u00e0 sa main, les arrange \u00e0 sa guise, les ordonne en un nid de brindilles fossilis\u00e9es. Sa d\u00e9marche change, d\u00e9finitivement, et ses espoirs resurgissent. Ce sont des \u00e9l\u00e9phants immenses, gris, myst\u00e9rieux, qui se meuvent lentement, en bande organis\u00e9e et ils ont la m\u00e9moire de leurs morts. Et les \u00e9l\u00e9phants, \u00e7a se parque ou \u00e7a se braconne.<\/p>\n<p>La voiture fait une embard\u00e9e, ses pneus crissent, on dirait le cri d\u2019un pr\u00e9dateur amus\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a des empilements et des strates, toute une g\u00e9ologie de souvenirs et de blessures, qui lui interdisent d\u2019agir. Une collection de regards, d\u2019insultes et de remarques.<\/p>\n<p>lui fr\u00e9quente la rage depuis plus longtemps, il est n\u00e9 avec elle, il s\u2019est baign\u00e9 dans son cours si jeune qu\u2019elle se loge maintenant partout dans son corps, dans l\u2019air qui est au fond de ses bronches, dans la lymphe qui remonte vers son c\u0153ur et dans le sang qui bat dans ses art\u00e8res.<\/p>\n<p>Ses souvenirs \u00e0 lui ne sont pas des images dat\u00e9es, des vieux films ab\u00eem\u00e9s dont il manquerait des passages. Tous les protagonistes sont encore l\u00e0, sauf ceux qui sont morts depuis. Chacun traverse les rues escort\u00e9 des actes qui lui sont imput\u00e9s.<\/p>\n<p>Il est presque inqui\u00e9tant, avec sa prunelle bleue glaciale et ses mains tordues par l\u2019arthrite, ses rides qui lui ravinent la face, qui lui creusent le visage comme on \u00e9ventre une colline.<\/p>\n<p>Les perturbations atlantiques nous foncent dessus, nos monts de granite et de tourmaline encore une fois en premi\u00e8re ligne. Le vent anabatique a d\u00e9val\u00e9 les pentes, ici et l\u00e0, joueur et irraisonn\u00e9. Et puis l\u2019\u00e9cir s\u2019est lev\u00e9, pour f\u00eater une derni\u00e8re fois l\u2019hiver faiblissant, ses rafales cinglant le plateau et la montagne en continu jusqu\u2019\u00e0 ce que les t\u00eates tournent, ses doigts de glace nous agrippant le menton jusqu\u2019\u00e0 ce que le vertige nous prenne. L\u2019\u00e9cir s\u2019est lev\u00e9 et le ciel a beau \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 on \u00e9vite de sortir t\u00eate nue. M\u00eame ceux qui go\u00fbtent l\u2019ivresse trouvent que celle qu\u2019il am\u00e8ne est trop brutale.<\/p>\n<p>Ils ont pass\u00e9 des heures \u00e0 enlever la rouille. Ils l\u2019ont d\u2019abord frott\u00e9e avec des oignons, mais \u00e7a n\u2019a pas suffi. Ils sont pass\u00e9s \u00e0 un m\u00e9lange de sel et de citron, et puis finalement Andrew a m\u00e9lang\u00e9 du bicarbonate de soude et du vinaigre.<\/p>\n<p>Le mouvement n\u2019est plus un effort, c\u2019est devenu une nature. Il a laiss\u00e9 tant de choses derri\u00e8re lui qu\u2019il ne p\u00e8se plus rien. Il peut se faire feuille ou caillou, il croit avoir d\u00e9couvert le rythme secret du monde.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019ils voudraient tuer n\u2019a pas de nom. Ce qu\u2019ils tuent, par cons\u00e9quent, c\u2019est le temps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Alexandre Lenot est n\u00e9 en 1976.11 vit \u00e0 Paris et \u00e9crit \u00e9galement pour le cin\u00e9ma, la radio et la t\u00e9l\u00e9vision. \u00ab\u00a0\u00c9corces Vives\u00a0\u00bb est son premier roman. 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