{"id":1251,"date":"2014-11-03T18:52:14","date_gmt":"2014-11-03T17:52:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1251"},"modified":"2021-01-12T12:04:37","modified_gmt":"2021-01-12T10:04:37","slug":"vasquez-juan-gabriel-les-reputations-082014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1251","title":{"rendered":"V\u00e1squez Juan Gabriel \u00abLes r\u00e9putations\u00bb (08\/2014)"},"content":{"rendered":"<p>S\u00e9lection du <em><strong>prix<\/strong><\/em> M\u00e9dicis 2014, litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re\u00a0 &#8211;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>L\u2019auteur<\/strong>\u00a0: Juan Gabriel V\u00e1squez, n\u00e9 \u00e0 Bogota en 1973, a fait des \u00e9tudes de lettres \u00e0 la Sorbonne, puis a v\u00e9cu en Belgique et \u00e0 Barcelone. Son premier roman, Les D\u00e9nonciateurs, lui a valu une reconnaissance internationale imm\u00e9diate. Histoire secr\u00e8te du Costaguana a obtenu le prix Qwerty du meilleur roman en langue espagnole ainsi que le prix Fundaci\u00f3n Libros y Letras de la meilleure \u0153uvre de fiction, et Le Bruit des choses qui tombent le prix Alfaguara 2011. En 2012, Juan Gabriel V\u00e1squez a re\u00e7u le prix Roger Caillois pour l&rsquo;ensemble de son \u0153uvre.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: C\u00e9l\u00e8bre caricaturiste politique colombien, pouvant faire tomber un magistrat, renverser un d\u00e9put\u00e9 ou abroger une loi avec pour seules armes du papier et de l&rsquo;encre de Chine, Javier Mallarino est une l\u00e9gende vivante. Certains hommes politiques le craignent, d&rsquo;autres l&rsquo;encensent. Il a soixante-cinq ans et le pays vient de lui rendre un vibrant hommage, quand la visite d&rsquo;une jeune femme le ram\u00e8ne vingt-huit ann\u00e9es en arri\u00e8re, \u00e0 une soir\u00e9e lointaine, \u00e0 un \u00ab\u00a0trou noir\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;avait fait ce soir-l\u00e0 le d\u00e9put\u00e9 Adolfo Cu\u00e9llar et qu&rsquo;avait vu exactement Javier Mallarino? Deux questions qui conduisent le dessinateur \u00e0 faire un douloureux examen de conscience et \u00e0 reconsid\u00e9rer sa place dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Juan Gabriel V\u00e1squez poursuit dans ce magistral roman son exploration du pass\u00e9, des failles de la m\u00e9moire et du croisement de l&rsquo;intime et de l&rsquo;Histoire. Mais il livre surtout une intense r\u00e9flexion sur les cons\u00e9quences parfois d\u00e9vastatrices de l&rsquo;effacement des fronti\u00e8res entre vie priv\u00e9e et vie publique dans un monde o\u00f9 l&rsquo;opinion et les m\u00e9dias d\u00e9tiennent un pouvoir grandissant.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Premier livre que je lis de cet auteur; : j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ce court roman (dense, bien \u00e9crit et bien traduit). Un d\u00e9marrage un peu lent nous pr\u00e9sente le caricaturiste, un personnage que personne ne reconna\u00eet car il s\u2019est retir\u00e9 de la vie publique il y a bien longtemps et qui va \u00eatre mis en lumi\u00e8re car un hommage va lui \u00eatre rendu. L\u2019auteur souligne l\u2019importance du r\u00f4le du caricaturiste dans la soci\u00e9t\u00e9 colombienne (il fait office de \u00ab\u00a0conscience publique\u00a0\u00bbet peut faire tomber les plus puissants.)<\/p>\n<p>Le livre commence de fait au moment o\u00f9 le caricaturiste se trouve confront\u00e9 \u00e0 son pass\u00e9 de plusieurs mani\u00e8res (des personnages du pass\u00e9 surgissent et prennent une grande place)\u00a0; il va mener l\u2019enqu\u00eate sur un drame qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 une trentaine d\u2019ann\u00e9es plus t\u00f4t dans sa propre maison et qui a provoqu\u00e9 le suicide d\u2019un politique, mais pas que cela.. C\u2019est la confrontation entre la m\u00e9moire priv\u00e9e et la m\u00e9moire \u00ab\u00a0publique\u00a0\u00bb, une r\u00e9flexion sur la fragilit\u00e9 de la m\u00e9moire, sur la fragilit\u00e9 des \u00eatres et de leur r\u00e9putation, sur l\u2019impact de la rumeur sur les personnes. J\u2019ai toutefois \u00e9t\u00e9 un peu d\u00e9\u00e7ue par la fin..<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019important, dans notre soci\u00e9t\u00e9, ce ne sont pas les \u00e9v\u00e9nements en soi, mais ceux qui les racontent. Pourquoi laisser ce soin aux seuls hommes politiques ? Ce serait un suicide, un suicide national. On ne peut pas leur faire confiance, on ne peut pas se contenter de leur version, il faut en chercher une autre, celle d\u2019autres personnes ayant d\u2019autres int\u00e9r\u00eats, celle des humanistes<\/p>\n<p>Certaines femmes ne conservent sur la carte de leur visage aucune trace de la fillette qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9, sans doute parce qu\u2019elles ont fait de gros efforts pour laisser leur enfance derri\u00e8re elles<\/p>\n<p>Quel \u00e9trange m\u00e9canisme que celui qui transforme une attaque journalistique en sables mouvants sur lesquels il vous suffit de tr\u00e9pigner pour vous enfoncer davantage, irr\u00e9m\u00e9diablement<\/p>\n<p>difficile de r\u00e9pondre \u00e0 un non-dit, \u00e0 moins, justement, de le formuler<\/p>\n<p>cr\u00e9er un vide silencieux autour de l\u2019enfant, un oubli musel\u00e9 et herm\u00e9tique o\u00f9 le pass\u00e9 commun, ayant cess\u00e9 d\u2019exister dans le souvenir de ceux qui ont partag\u00e9 ses jeux, s\u2019efface \u00e9galement de son propre souvenir. Changer d\u2019\u00e9cole, changer de quartier, changer de ville, mais changer, changer \u00e0 tout prix, toujours changer, changer pour laisser les choses derri\u00e8re soi, changer pour les effacer<\/p>\n<p>la peinture \u00e0 l\u2019huile ne s\u2019efface pas, elle se corrige ; on ne l\u2019\u00e9limine pas, mais on l\u2019enfouit sous de nouvelles couches<\/p>\n<p>Il vaut peut-\u00eatre mieux laisser les choses l\u00e0 o\u00f9 elles sont, vous ne pensez pas ? Qu\u2019est-ce qui me pousse \u00e0 fouiller le pass\u00e9 au lieu de ne pas le remuer ? N\u2019\u00e9tait-il pas pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas y toucher ? N\u2019\u00e9tais-je pas mieux avant, quand j\u2019ignorais ce que je sais maintenant ? \u00c7a rel\u00e8ve d\u2019une autre vie, d\u2019une vie qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 la mienne. On me l\u2019a enlev\u00e9e. On me l\u2019a chang\u00e9e.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019on fait des fant\u00f4mes ? C\u2019est la question que je me suis pos\u00e9e hier soir. J\u2019ai pass\u00e9 la moiti\u00e9 de la nuit \u00e0 me poser des questions et l\u2019autre moiti\u00e9 \u00e0 me demander quels \u00e9taient mes vrais souvenirs et quels \u00e9taient les faux<\/p>\n<p>Une page de journal n\u2019\u00e9tait-elle pas la preuve supr\u00eame de la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un fait<\/p>\n<p>les certitudes acquises \u00e0 un moment donn\u00e9 du pass\u00e9 pouvaient avec le temps cesser d\u2019\u00eatre des certitudes : un \u00e9v\u00e9nement survenait, un fait fortuit ou volontaire, et, brusquement, son \u00e9vidence \u00e9tait invalid\u00e9e, les choses av\u00e9r\u00e9es cessaient d\u2019\u00eatre vraies, les choses vues n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 vues et celles qui \u00e9taient survenues n\u2019avaient jamais eu lieu : toutes ces r\u00e9alit\u00e9s perdaient leur place dans le temps et l\u2019espace pour \u00eatre englouties, p\u00e9n\u00e9trer dans un autre monde ou une dimension diff\u00e9rente et inconnue. Mais o\u00f9 \u00e9taient-elles ? O\u00f9 allait le pass\u00e9 quand il se modifiait<\/p>\n<p>Notre insatisfaction et nos tristesses viennent de l\u00e0, de l\u2019impossibilit\u00e9 de partager la m\u00e9moire d\u2019autrui<\/p>\n<p>Combien se s\u00e9paraient d\u00e9j\u00e0 sans le savoir, se dirigeant lentement vers la corrosion<\/p>\n<p>Qu\u2019il \u00e9tait agr\u00e9able et surprenant de constater la persistance du pass\u00e9 et la pr\u00e9sence obstin\u00e9e, entre eux deux, de leurs ann\u00e9es de mariage<\/p>\n<p>La m\u00e9moire a la merveilleuse capacit\u00e9 de se rappeler l\u2019oubli, son existence, sa mani\u00e8re de se mettre en faction, nous permettant ainsi d\u2019\u00eatre pr\u00eats \u00e0 nous souvenir ou de tout effacer si on le souhaite<\/p>\n<p>J\u2019ai pris cette d\u00e9cision au terme de longues et intenses conversations avec mon oreiller et autres autorit\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9lection du prix M\u00e9dicis 2014, litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re\u00a0 &#8211; &nbsp; L\u2019auteur\u00a0: Juan Gabriel V\u00e1squez, n\u00e9 \u00e0 Bogota en 1973, a fait des \u00e9tudes de lettres \u00e0 la Sorbonne, puis a v\u00e9cu en Belgique et \u00e0 Barcelone. Son premier roman, Les D\u00e9nonciateurs, lui a valu une reconnaissance internationale imm\u00e9diate. Histoire secr\u00e8te du Costaguana a obtenu le prix &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1251\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1252,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,35,30],"tags":[],"class_list":["post-1251","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-coup-de-coeur-lectures","category-latino"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1251"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1251\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12607,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1251\/revisions\/12607"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1252"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}