{"id":12631,"date":"2021-01-17T17:15:03","date_gmt":"2021-01-17T15:15:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=12631"},"modified":"2021-01-17T22:07:53","modified_gmt":"2021-01-17T20:07:53","slug":"le-tellier-herve-lanomalie-rl2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=12631","title":{"rendered":"Le Tellier, Herv\u00e9 \u00ab L\u2019anomalie \u00bb (RL2020)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Herv\u00e9 Le Tellier est un \u00e9crivain fran\u00e7ais n\u00e9 le 21 avril 1957. Math\u00e9maticien de formation, puis journaliste \u2014 dipl\u00f4m\u00e9 du Centre de formation des journalistes \u00e0 Paris (promotion 1983) \u2014, il est docteur en linguistique et sp\u00e9cialiste des litt\u00e9ratures \u00e0 contraintes.<\/p>\n<p>Collection Blanche, Gallimard &#8211;\u00a0 20-08-2020 \u2013 336 pages (Prix Goncourt 2020)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>\u00abIl est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l\u2019intelligence, et m\u00eame le g\u00e9nie, c\u2019est l\u2019incompr\u00e9hension.<br \/>\nEn juin 2021, un \u00e9v\u00e9nement insens\u00e9 bouleverse les vies de centaines d\u2019hommes et de femmes, tous passagers d\u2019un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, p\u00e8re de famille respectable et n\u00e9anmoins tueur \u00e0 gages ; Slimboy, pop star nig\u00e9riane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrap\u00e9e par ses failles ; ou encore Victor Miesel, \u00e9crivain confidentiel soudain devenu culte.<br \/>\nTous croyaient avoir une vie secr\u00e8te. Nul n\u2019imaginait \u00e0 quel point c\u2019\u00e9tait vrai.<br \/>\nRoman virtuose o\u00f9 la logique rencontre le magique, L\u2019anomalie explore cette part de nous-m\u00eames qui nous \u00e9chappe.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: D\u00e8s qu\u2019un livre est pr\u00e9sent\u00e9 comme atypique, original, d\u00e9jant\u00e9, je suis preneuse. Mais dans le cas particulier, si je n\u2019avais pas entendu parler en bien de ce livre, d\u00e8s la fin du premier chapitre, je pense que j\u2019aurais dit basta\u2026mais j\u2019aurais eu tort. En effet ce premier chapitre refl\u00e8te tout ce que je d\u00e9teste \u2026 Oui, je sais, cruaut\u00e9 avec les animaux chez les jeunes est un indice pour la suite\u00a0: assassin, tueur \u00e0 gage\u2026<br \/>\nToutefois, je dois reconnaitre que je ne suis jamais entr\u00e9e dans l\u2019histoire (les histoires). C\u2019est trop factuel pour moi, je ne ressens aucun sentiment, c\u2019est froid. Quand on voit le nombre de personnages, ne ressentir aucun int\u00e9r\u00eat, aucune empathie pour au moins l\u2019un d\u2019entre eux tient du tour de force.<\/p>\n<p>Ce qui est bien vu c\u2019est le changement de style \u00e0 chaque personnage. Je dois reconnaitre que c\u2019est un roman inventif, intelligent, qui sort des sentiers battus, et je suis enchant\u00e9e que le Goncourt couronne l\u2019imagination et l\u2019originalit\u00e9, l\u2019anticipation (dans le presque pr\u00e9sent), ce qui ne devrait pas d\u00e9ranger les r\u00e9fractaires \u00e0 la Science-fiction (ce n\u2019en est pas vraiment) .J\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 aussi qu\u2019il aborde une multitude de th\u00e8mes actuels. Un m\u00e9lange de genres litt\u00e9raires, de styles.<\/p>\n<p>Embarquons dans le Paris-New York\u2026 et laissons-nous entrainer dans un monde parall\u00e8le\u00a0; en trois mois, il se passe plein de choses\u00a0!<br \/>\nDonc un livre tr\u00e8s bien construit en 3 parties : le monde d\u2019avant, les rencontres avec les doubles et la r\u00e9action, le rapport entre le moi et l\u2019autre moi&#8230; Alors oui, le contenu est int\u00e9ressant, tout est bien vu, mais c\u2019est aussi charismatique et chaleureux qu\u2019une feuille Excel ; l\u2019auteur a fait des \u00e9tudes de math\u00e9matiques et cela se per\u00e7oit \u00e0 la lecture ; dommage pour moi, les synth\u00e8ses, les statistiques, les probabilit\u00e9s et les faits\u2026 c\u2019est pas mon truc.<br \/>\nDonc malheureusement pas un coup de c\u0153ur m\u00eame si je salue l\u2019originalit\u00e9, l\u2019humour, la diversit\u00e9 des th\u00e8mes abord\u00e9s, et toutes le r\u00e9f\u00e9rences aux romans, films, s\u00e9ries, \u00e9v\u00e9nements de notre \u00e9poque. Tout y passe, y compris la pand\u00e9mie\u2026<br \/>\nJe suis all\u00e9e au bout mais il faut bien le reconna\u00eetre :\u00a0 la sauce n\u2019a pas pris.<\/p>\n<p>(et cela me fait penser que je veux toujours lire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u2019Homme-D\u00e9<\/em> de Luke Rhinehart, ce livre culte des ann\u00e9es 1970 o\u00f9 un psychiatre englu\u00e9 dans l\u2019ennui et l\u2019insatisfaction se met \u00e0 jouer aux d\u00e9s chaque d\u00e9cision de son existence.\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9, avec l\u2019amour, c\u2019est que le c\u0153ur sait tout de suite et il le crie. Bien s\u00fbr, on ne va pas d\u00e9clarer \u00e0 la personne qu\u2019on l\u2019aime, comme \u00e7a, de but en blanc. Elle ne comprendrait pas. Alors, histoire de se cacher qu\u2019on est d\u00e9j\u00e0 son otage, on lui fait la conversation.<\/p>\n<p>Il lui demanda, en bafouillant, comment traduire \u00ab cr\u00e8me anglaise \u00bb en anglais, puisque <em>french cream<\/em> est la chantilly. Oui, d\u00e9sol\u00e9, il n\u2019avait rien trouv\u00e9 de mieux. Elle avait ri, poliment, avait r\u00e9pondu <em>Ascot cream<\/em> d\u2019une voix rauque qui lui avait paru f\u00e9erique, et elle \u00e9tait retourn\u00e9e \u00e0 sa table rejoindre des amies. Il lui fallut du temps pour r\u00e9aliser qu\u2019Ascot, comme Chantilly, \u00e9tait un hippodrome, mais anglais.<\/p>\n<p>Comment peut-il \u00eatre aussi intelligent et aussi fragile \u00e0 la fois\u00a0? Mais l\u2019amour, c\u2019est ne pas pouvoir emp\u00eacher le c\u0153ur de pi\u00e9tiner l\u2019intelligence.<\/p>\n<p>Un professeur sans th\u00e9orie, c\u2019est comme un chien sans puces.<\/p>\n<p>Les gens fatigu\u00e9s sont querelleurs. Les gens \u00e9puis\u00e9s le sont beaucoup moins.<\/p>\n<p>Dans son portefeuille, Victor conserve aussi une photographie de ce p\u00e8re disparu, soustraite \u00e0 un album, de cette \u00e9poque o\u00f9 il y en avait, o\u00f9 trop de photos n\u2019avait pas tu\u00e9 la photo.<\/p>\n<p>La nostalgie est une sc\u00e9l\u00e9rate. Elle laisse croire que la vie a du sens.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je m\u2019en fous, Dieu, pour moi, c\u2019est comme le bridge\u00a0: je n\u2019y pense jamais. Donc, je ne me d\u00e9finis pas par le fait que je me fous du bridge, et je ne me r\u00e9unis pas non plus avec des gens qui discutent du fait qu\u2019ils se foutent eux aussi du bridge.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Continuez \u00e0 chercher. M\u00eame une fourmi laisse une trace.<br \/>\n\u2014\u00a0Une fourmi ail\u00e9e, pas tant que \u00e7a,<\/p>\n<p>Vivons-nous dans un temps qui n\u2019est qu\u2019une illusion, o\u00f9 chaque si\u00e8cle apparent ne dure qu\u2019une fraction de seconde dans les processeurs du gigantesque ordinateur\u00a0? Qu\u2019est-ce que la mort alors, sinon un simple \u00ab\u00a0<em>end<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crit sur une ligne de code\u00a0?<\/p>\n<p>Quelle perversit\u00e9 d\u2019avoir \u00e9labor\u00e9 des programmes simulant des \u00eatres aussi idiots, d\u2019autres simulant des \u00eatres trop intelligents pour ne pas souffrir d\u2019\u00eatre entour\u00e9s des pr\u00e9c\u00e9dents, et des programmes simulant des musiciens, d\u2019autres des artistes, d\u2019autres encore simulant des \u00e9crivains qui \u00e9crivent des livres que lisent d\u2019autres programmes encore\u00a0? Ou que personne ne lit d\u2019ailleurs\u00a0? Qui a con\u00e7u les programmes Mo\u00efse, Hom\u00e8re, Mozart, Einstein, et pourquoi tant de programmes sans qualit\u00e9, qui traversent leur existence \u00e9lectronique sans rien apporter ou si peu \u00e0 la complexit\u00e9 de la simulation\u00a0?<\/p>\n<p>Simul\u00e9s ou non, on vit, on sent, on aime, on souffre, on cr\u00e9e, et on mourra tous en laissant sa trace, minuscule, dans la simulation. \u00c0 quoi sert de savoir\u00a0? Il faut toujours pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019obscurit\u00e9 \u00e0 la science. L\u2019ignorance est bonne camarade, et la v\u00e9rit\u00e9 ne fabrique jamais du bonheur. Autant \u00eatre simul\u00e9s et heureux.<\/p>\n<p>Le math\u00e9maticien observe cet homme primaire, et il se conforte dans l\u2019id\u00e9e d\u00e9sesp\u00e9rante qu\u2019en additionnant des obscurit\u00e9s individuelles on obtient rarement une lumi\u00e8re collective.<\/p>\n<p>Le journaliste a deux ennemis\u00a0: la censure et l\u2019information<\/p>\n<p>la phrase d\u2019Al Capone\u00a0: on obtient plus de choses en \u00e9tant arm\u00e9 et poli qu\u2019en \u00e9tant simplement poli.<\/p>\n<p>La mort et le sommeil sont des fr\u00e8res jumeaux, disait d\u00e9j\u00e0 Hom\u00e8re.<\/p>\n<p>Il y a une vie apr\u00e8s la mort, surtout celle des autres.<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, vieillir, ce n\u2019est pas seulement avoir ador\u00e9 les Stones et se mettre \u00e0 leur pr\u00e9f\u00e9rer les Beatles.<\/p>\n<p>Les turbulences ont cess\u00e9 et le soleil est revenu dans la cabine. Cette derni\u00e8re phrase est aussi la d\u00e9finition du Prozac.<\/p>\n<p>Je pense que les \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique n\u2019est plus qu\u2019un nom. Il y a toujours eu deux Am\u00e9riques, et d\u00e9sormais elles ne se comprennent plus. Comme je me reconnais plut\u00f4t dans l\u2019une d\u2019elles, moi non plus, je ne comprends pas l\u2019autre.<\/p>\n<p>La religion est un poisson carnivore des abysses. Elle \u00e9met une infime lumi\u00e8re, et pour attirer sa proie, il lui faut beaucoup de nuit.<\/p>\n<p>la libert\u00e9 de pens\u00e9e sur internet est d\u2019autant plus totale qu\u2019on s\u2019est bien assur\u00e9 que les gens ont cess\u00e9 de penser.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Herv\u00e9 Le Tellier est un \u00e9crivain fran\u00e7ais n\u00e9 le 21 avril 1957. 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