{"id":1298,"date":"2014-11-21T14:12:23","date_gmt":"2014-11-21T13:12:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1298"},"modified":"2018-09-03T08:30:56","modified_gmt":"2018-09-03T07:30:56","slug":"camus-albert-letranger-1942","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1298","title":{"rendered":"Camus, Albert \u2013 L\u2019\u00e9tranger (1942)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s&rsquo;est ouverte, c&rsquo;est le silence de la salle qui est mont\u00e9 vers moi, le silence, et cette singuli\u00e8re sensation que j&rsquo;ai eue lorsque j&rsquo;ai constat\u00e9 que le jeune journaliste avait d\u00e9tourn\u00e9 les yeux. Je n&rsquo;ai pas regard\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de Marie. Je n&rsquo;en ai pas eu le temps parce que le pr\u00e9sident m&rsquo;a dit dans une forme bizarre que j&rsquo;aurais la t\u00eate tranch\u00e9e sur une place publique au nom du peuple fran\u00e7ais&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00a0Analyse\u00a0<\/strong>: (\u00e9tay\u00e9e par l\u2019\u00e9coute d\u2019une \u00e9mission avec le philosophe Rapha\u00ebl Enthoven) En pr\u00e9vision de la lecture du livre de <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1310\">Kamel Daoud \u00ab\u00a0Meursault, contre-enqu\u00eate\u00a0\u00bb<\/a> j\u2019ai relu le livre de Camus. Toujours aussi prenant. Le livre commence par la phrase que tout le monde (ou presque) \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui, maman est morte\u00a0\u00bb. D\u00e8s le d\u00e9but, Meursault semble totalement \u00e9tranger \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, on est dans l\u2019incertain, dans l\u2019indiff\u00e9rence apparente, alors que le livre est \u00e9crit \u00e0 la premi\u00e8re personne. Meursault est \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame et semble ne pas ressentir les choses. Il a des rapports tr\u00e8s dociles avec l\u2019ordre \u00e9tabli (patron, juge) mais ne semble concern\u00e9 par rien. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un homme condamn\u00e9 avant d\u2019avoir tu\u00e9. Mais de quoi est-il coupable\u00a0? Simplement de ne rien dissimuler, de ne pas mentir. Le premier reproche\u00a0: ne pas avoir pleur\u00e9 \u00e0 l\u2019enterrement de sa m\u00e8re\u00a0; le proc\u00e8s contre Meursault commence d\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des amis de sa m\u00e8re pour l\u2019enterrement. Il est d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 et condamn\u00e9. Et pourtant \u2026 ce que ressent Meursault est inexplicable mais il comprend. Il comprend la douleur, il per\u00e7oit les choses (d\u2019ailleurs \u00ab\u00a0comprendre\u00a0\u00bb est le verbe le plus employ\u00e9 dans le texte de Camus) Il est l\u2019homme de l\u2019imm\u00e9diat, de l\u2019ouverture au monde, l\u2019immoral de Nietzsche.<\/p>\n<p>Le coupable\u00a0? la chaleur, le soleil\u00a0: il est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent le jour de l\u2019enterrement. Un soleil de plomb, inhumain, p\u00e9nible, accablant, brulant, dangereux\u00a0: c\u2019est l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>La victime n\u2019a aucune importance dans le r\u00e9cit.. il est d\u00e9crit comme un ennemi potentiel, jamais nomm\u00e9, jamais d\u00e9crit de face. Il sera tu\u00e9 alors que le soleil brule la plage et que Meursault est terrass\u00e9 par la chaleur. La chaleur, encore elle, incommode Meursault lors de sa rencontre avec le juge, qui se situera entre le meurtre et le proc\u00e8s\u00a0: elle faussera le dialogue car Meursault n\u2019est jamais disponible quand il fait chaud. Quand son corps souffre, il ne pense plus et plus rien n\u2019a d\u2019importance. Alors vivre, mourir\u00a0? Est-ce important\u00a0? de toutes mani\u00e8res, on meurt tous.. un peu plus t\u00f4t, un peu plus tard.<\/p>\n<p>(<em>Lire<\/em>\u00a0: Etude de Meursault dans \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tranger\u00a0\u00bb d\u2019Albert Camus selon la maxime sto\u00efcienne et nietzsch\u00e9enne de l\u2019Amor fati par Ir\u00e8ne Leroy-Syed : pi.library.yorku.ca\/ojs\/index.php\/litte\/article\/download\/26258\/24257<\/p>\n<p><strong>\u00a0Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Le ciel \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plein de soleil. Il commen\u00e7ait \u00e0 peser sur la terre et la chaleur augmentait rapidement.<\/p>\n<p>Le soir, dans ce pays, devait \u00eatre comme une tr\u00eave m\u00e9lancolique. Aujourd\u2019hui, le soleil d\u00e9bordant qui faisait tressaillir le paysage le rendait inhumain et d\u00e9primant.<\/p>\n<p>De grosses larmes d\u2019\u00e9nervement et de peine ruisselaient sur ses joues. Mais, \u00e0 cause des rides, elles ne s\u2019\u00e9coulaient pas. Elles s\u2019\u00e9talaient, se rejoignaient et formaient un vernis d\u2019eau sur ce visage d\u00e9truit<\/p>\n<p>J\u2019ai pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait toujours un dimanche de tir\u00e9, que maman \u00e9tait maintenant enterr\u00e9e, que j\u2019allais reprendre mon travail et que, somme toute, il n\u2019y avait rien de chang\u00e9.<\/p>\n<p>Mais il me parle souvent et quelquefois il passe un moment chez moi parce que je l\u2019\u00e9coute<\/p>\n<p>Cela m\u2019\u00e9tait \u00e9gal d\u2019\u00eatre son copain et il avait vraiment l\u2019air d\u2019en avoir envie<\/p>\n<p>Elle m\u2019a regard\u00e9 : \u00ab Tu ne veux pas savoir ce que j\u2019ai \u00e0 faire ? \u00bb Je voulais bien le savoir, mais je n\u2019y avais pas pens\u00e9 et c\u2019est ce qu\u2019elle avait l\u2019air de me reprocher<\/p>\n<p>Mais comme un chien vit moins qu\u2019un homme, ils avaient fini par \u00eatre vieux ensemble<\/p>\n<p>Mais selon lui, sa vraie maladie, c\u2019\u00e9tait la vieillesse, et la vieillesse ne se gu\u00e9rit pas<\/p>\n<p>Il y avait d\u00e9j\u00e0 deux heures que la journ\u00e9e n\u2019avan\u00e7ait plus, deux heures qu\u2019elle avait jet\u00e9 l\u2019ancre dans un oc\u00e9an de m\u00e9tal bouillant.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait le m\u00eame soleil que le jour o\u00f9 j\u2019avais enterr\u00e9 maman<\/p>\n<p>Cependant, je lui ai expliqu\u00e9 que j\u2019avais une nature telle que mes besoins physiques d\u00e9rangeaient souvent mes sentiments. Le jour o\u00f9 j\u2019avais enterr\u00e9 maman, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s fatigu\u00e9, et j\u2019avais sommeil. De sorte que je ne me suis pas rendu compte de ce qui se passait<\/p>\n<p>Il ne me comprenait pas et il m\u2019en voulait un peu. J\u2019avais le d\u00e9sir de lui affirmer que j\u2019\u00e9tais comme tout le monde, absolument comme tout le monde. Mais tout cela, au fond, n\u2019avait pas grande utilit\u00e9 et j\u2019y ai renonc\u00e9 par paresse.<\/p>\n<p>\u00c0 vrai dire, je l\u2019avais tr\u00e8s mal suivi dans son raisonnement, d\u2019abord parce que j\u2019avais chaud et qu\u2019il y avait dans son cabinet de grosses mouches qui se posaient sur ma figure, et aussi parce qu\u2019il me faisait un peu peur<\/p>\n<p>Comme toujours, quand j\u2019ai envie de me d\u00e9barrasser de quelqu\u2019un que j\u2019\u00e9coute \u00e0 peine, j\u2019ai eu l\u2019air d\u2019approuver.<\/p>\n<p>Toute la question, encore une fois, \u00e9tait de tuer le temps. J\u2019ai fini par ne plus m\u2019ennuyer du tout \u00e0 partir de l\u2019instant o\u00f9 j\u2019ai appris \u00e0 me souvenir<\/p>\n<p>Je savais qu\u2019avec la mont\u00e9e des premi\u00e8res chaleurs surviendrait quelque chose de nouveau pour moi<\/p>\n<p>M\u00eame sur un banc d\u2019accus\u00e9, il est toujours int\u00e9ressant d\u2019entendre parler de soi<\/p>\n<p>En quelque sorte, on avait l\u2019air de traiter cette affaire en dehors de moi. Tout se d\u00e9roulait sans mon intervention. Mon sort se r\u00e9glait sans qu\u2019on prenne mon avis<\/p>\n<p>Toujours selon lui, un homme qui tuait moralement sa m\u00e8re se retranchait de la soci\u00e9t\u00e9 des hommes au m\u00eame titre que celui qui portait une main meurtri\u00e8re sur l\u2019auteur de ses jours.<\/p>\n<p>Moi, j\u2019\u00e9tais \u00e9tourdi de chaleur et d\u2019\u00e9tonnement<\/p>\n<p>La mont\u00e9e vers l\u2019\u00e9chafaud, l\u2019ascension en plein ciel, l\u2019imagination pouvait s\u2019y raccrocher<\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais aim\u00e9 \u00eatre surpris. Quand il m\u2019arrive quelque chose, je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre l\u00e0.<\/p>\n<p>Maman disait souvent qu\u2019on n\u2019est jamais tout \u00e0 fait malheureux<\/p>\n<p>Du moment qu\u2019on meurt, comment et quand, cela n\u2019importe pas, c\u2019\u00e9tait \u00e9vident<\/p>\n<p>En tout cas, je n\u2019\u00e9tais peut-\u00eatre pas s\u00fbr de ce qui m\u2019int\u00e9ressait r\u00e9ellement, mais j\u2019\u00e9tais tout \u00e0 fait s\u00fbr de ce qui ne m\u2019int\u00e9ressait pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s&rsquo;est ouverte, c&rsquo;est le silence de la salle qui est mont\u00e9 vers moi, le silence, et cette singuli\u00e8re sensation que j&rsquo;ai eue lorsque j&rsquo;ai constat\u00e9 que le jeune journaliste avait d\u00e9tourn\u00e9 les yeux. Je n&rsquo;ai pas regard\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de Marie. Je n&rsquo;en &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1298\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1300,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,529,12],"tags":[],"class_list":["post-1298","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-classique","category-litterature-france"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1298","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1298"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1298\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6989,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1298\/revisions\/6989"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1300"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1298"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1298"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1298"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}