{"id":13589,"date":"2021-05-13T19:53:10","date_gmt":"2021-05-13T17:53:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13589"},"modified":"2026-03-01T16:09:02","modified_gmt":"2026-03-01T14:09:02","slug":"conrad-joseph-au-coeur-des-tenebres-1899","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13589","title":{"rendered":"Conrad, Joseph \u00abAu c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres\u00bb (1899)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: \u00c9crivain britannique d\u2019origine polonaise, J\u00f3zef Teodor Konrad Korzeniowski est n\u00e9 en le 3 d\u00e9cembre 1857 pr\u00e8s de Berditchev dans la partie aujourd\u2019hui Ukrainienne de la Pologne \u00e0 cette \u00e9poque occup\u00e9 par les Russes, et mort le 3 ao\u00fbt 1924 \u00e0 Bishopsbourne, est un \u00e9crivain polonais de langue anglaise. Orphelin \u00e0 l\u2019\u00e2ge de douze ans, recueilli par un oncle, il se passionne pour la g\u00e9ographie, les atlas, la mer et r\u00eave d\u2019explorer les zones blanches sur les cartes de l\u2019Afrique.<br \/>\nIl remonte le Congo en ao\u00fbt 1890. L\u00e0, le choc est terrible, il rencontre une colonisation englu\u00e9e dans une spirale d\u2019une extr\u00eame violence. Les zones blanches des atlas de son enfance portent maintenant des indications, des noms, mais partout r\u00e8gnent les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p><strong>Romans principaux<\/strong> : La Folie Almayer -Un paria des \u00eeles \u2013 Le N\u00e8gre du Narcisse \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13589\">Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres<\/a><\/span> (<i>Heart of Darkness 1899<\/i>) \u2013 Lord Jim \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Conrad, Joseph \u00ab\u00a0Typhon\u00a0\u00bb (1901) 196 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=23901\">Typhon<\/a><\/span> (<i>Typhoon 1901<\/i>) \u2013 Fortune \u2013 Victoire \u2013 La Fl\u00e8che d\u2019Or \u2013 Le Fr\u00e8re-de-la-C\u00f4te<\/p>\n<p>1899 : Heart of Darkness (Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres) \u2013 Livre de poche \u2013 10.10.2012 \u2013 214 pages \u2013 La Pl\u00e9iade Joseph Conrad \u2013 \u0152uvres \u2013 tome 2 \u2013 05.02. 1985 (Jeunesse &#8211; Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres &#8211; Au bout du rouleau &#8211; Typhon &#8211; Falk &#8211; Amy Foster &#8211; Pour demain &#8211; Nostromo &#8211; Le Miroir de la mer)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0:\u00a0 <\/strong>Le Coeur des t\u00e9n\u00e8bres s&rsquo;inspire d&rsquo;un \u00e9pisode de la vie de Conrad en 1890 dans l&rsquo;\u00c9tat libre du Congo mis en coupe r\u00e9gl\u00e9e au profit de L\u00e9opold II. De cette exp\u00e9rience am\u00e8re, l&rsquo;\u00e9crivain a tir\u00e9 un r\u00e9cit ench\u00e2ss\u00e9 dont chaque \u00e9l\u00e9ment, \u00e0 la fa\u00e7on des poup\u00e9es russes, dissimule une autre r\u00e9alit\u00e9 : la Tamise annonce le Congo, le yawl de croisi\u00e8re la Nellie le vapeur caboss\u00e9 de Marlow, truchement de Conrad. Ces changements d&rsquo;identit\u00e9 sont favoris\u00e9s par les \u00e9clairages instables au coucher du soleil ou par le brouillard qui modifie tous les rep\u00e8res et dont \u00e9merge Kurtz.<br \/>\nPr\u00e9sent\u00e9 par de nombreux personnages bien avant d&rsquo;entrer en sc\u00e8ne, celui-ci fait voler en \u00e9clats toutes les d\u00e9finitions et finit par incarner le cours \u00e9nigmatique des t\u00e9n\u00e8bres : le lieu o\u00f9 se rencontrent l&rsquo;abjection la plus absolue et l&rsquo;id\u00e9alisme le plus haut.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Nous embarquons \u00e0 bord d\u2019un bateau \u00e0 vapeur pour remonter le fleuve Congo, au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres et de l\u2019Afrique, en pleine p\u00e9riode de l\u2019exploitation coloniale, au XIX\u00e8me si\u00e8cle, avec le Capitaine Marlow. Nous allons \u00eatre les t\u00e9moins d\u2019atrocit\u00e9s, en partant \u00e0 la recherche d\u2019un certain Kuntz. Dans une ambiance angoissante, sur le fleuve, avec des bruits et des mouvements hostiles sur les berges\u2026 tout est peur et noirceur dans ce lieu inhospitalier. Ce qui pourrait \u00eatre un roman d\u2019aventure est de fait une description de la mani\u00e8re dont \u00e9taient per\u00e7us les noirs par les blancs \u00e0 cette \u00e9poque. Il d\u00e9nonce l\u2019imp\u00e9rialisme de L\u00e9opold II et nous d\u00e9peint la condition humaine dans la r\u00e9gion. Certaines sc\u00e8nes sont d\u2019une violence et d\u2019une bestialit\u00e9 incroyables ( des t\u00eates de rebelles sur des pieux) et la mani\u00e8re infame dont se comportent les colons. Ceux qui sont appel\u00e9s \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb par les blancs le sont nettement que les blancs en question\u00a0!<br \/>\nLes t\u00e9n\u00e8bres sont partout\u00a0: dans l\u2019air, dans le paysage, dans la fa\u00e7on de se penser et de se comporter des gens, dans l\u2019\u00e2me des gens.\u00a0 Et la phrase \u00ab\u00a0L\u2019horreur\u00a0! L\u2019horreur\u00a0!\u00a0\u00bb r\u00e9sume la sauvagerie qui plane sur ce roman.<br \/>\nQuant \u00e0 la fin, je ne sait pas trop ce qu&rsquo;elle apporte&#8230;<br \/>\nL\u2019\u00e9criture de l\u2019auteur est d\u00e9stabilisante, oppressante comme l\u2019atmosph\u00e8re qui r\u00e8gne sur le fleuve Congo<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Nous regardions le v\u00e9n\u00e9rable cours d&rsquo;eau non point dans la vive animation d&rsquo;une courte journ\u00e9e qui survient puis dispara\u00eet \u00e0 jamais, mais dans l&rsquo;auguste lumi\u00e8re des souvenirs durables.<\/p>\n<p>La conqu\u00eate de la terre, qui signifie principalement la prendre \u00e0 des hommes d&rsquo;une autre couleur que nous, ou dont le nez est un peu plus plat, n&rsquo;est pas une jolie chose quand on la regarde de trop pr\u00e8s.<\/p>\n<p>Regarder d&rsquo;un navire la c\u00f4te filer, c&rsquo;est comme de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une \u00e9nigme. La voil\u00e0 devant vous &#8211; souriante, renfrogn\u00e9e, aguichante, majestueuse, mesquine, insipide ou sauvage et toujours muette avec l&rsquo;air de murmurer, Venez donc voir.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab\u00a0ivoire\u00a0\u00bb r\u00e9sonnait dans l&rsquo;air, se murmurait, se soupirait. On aurait dit qu&rsquo;ils lui adressaient des pri\u00e8res.<\/p>\n<p>Il y a une corruption funeste, une saveur de mort dans le mensonge, qui sont exactement ce que je hais et d\u00e9teste au monde &#8211; ce que je pr\u00e9f\u00e8re oublier. Cela me rend malheureux et m&rsquo;incommode, comme si je mordais dans une pourriture.<\/p>\n<p>Il me semble que j&rsquo;essaie de vous dire un r\u00eave &#8211; que je fais un vain effort, parce que nulle relation d&rsquo;un r\u00eave ne peut communiquer la sensation du r\u00eave, ce m\u00e9lange d&rsquo;absurdit\u00e9, de surprise, de confusion, dans un effort fr\u00e9missant de r\u00e9volte, cette notion qu&rsquo;on est prisonnier de l&rsquo;incroyable, qui est de l&rsquo;essence m\u00eame du r\u00eave&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Je n&rsquo;aime pas le travail &#8211; personne ne l&rsquo;aime &#8211; mais j&rsquo;aime ce que le travail rec\u00e8le &#8211; la chance de se trouver.<\/p>\n<p>La nuit parfois le roulement des tam-tams derri\u00e8re le rideau d&rsquo;arbres remontait le fleuve et restait vaguement soutenu, planant en l&rsquo;air bien au-dessus de nos t\u00eates, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aube. S&rsquo;il signifiait guerre, paix ou pri\u00e8re, nous n&rsquo;aurions su dire.<\/p>\n<p>Quand le soleil se leva il y avait un brouillard blanc, tr\u00e8s chaud et moite, et plus aveuglant que la nuit. Il ne bougeait ni n&rsquo;avan\u00e7ait : simplement, il \u00e9tait l\u00e0, dress\u00e9 tout autour comme une mati\u00e8re solide. A huit ou neuf heures, \u00e0 peu pr\u00e8s, il se leva comme on l\u00e8ve un store.<\/p>\n<p>Une voix. Il n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re autre chose qu&rsquo;une voix. Et je l&rsquo;entendis &#8211; lui &#8211; elle &#8211; cette voix &#8211; d&rsquo;autres voix &#8211; tout cela n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re plus que des voix &#8211; et le souvenir de ce temps m\u00eame tra\u00eene autour de moi, impalpable, comme la vibration mourante d&rsquo;une immense jacasserie, stupide, atroce, sordide, sauvage ou simplement mesquine, et sans aucun sens.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons parl\u00e9 de tout\u00a0\u00bb, dit-il, transport\u00e9 \u00e0 ce souvenir. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai oubli\u00e9 que le sommeil existait. La nuit n&rsquo;a pas sembl\u00e9 durer une heure. Tout ! Tout !&#8230; De l&rsquo;amour, aussi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La destin\u00e9e. Ma destin\u00e9e ! C&rsquo;est une dr\u00f4le de chose que la vie &#8211; ce myst\u00e9rieux arrangement d&rsquo;une logique sans merci pour un dessein futile. Le plus qu&rsquo;on puisse en esp\u00e9rer, c&rsquo;est quelque connaissance de soi-m\u00eame &#8211; qui vient trop tard &#8211; une moisson de regrets inextinguibles. J&rsquo;ai lutt\u00e9 contre la mort.<\/p>\n<p>Il vivait l\u00e0 devant moi ; il vivait autant qu&rsquo;il avait jamais v\u00e9cu &#8211; une ombre, insatiable d&rsquo;apparences splendides, de r\u00e9alit\u00e9s effroyables, une ombre plus t\u00e9n\u00e9breuse que l&rsquo;ombre de la nuit, et drap\u00e9e noblement dans les plis d&rsquo;une \u00e9loquence fastueuse.<\/p>\n<p>Je les vis elle et lui dans le m\u00eame instant &#8211; la mort de l&rsquo;un et la tristesse de l&rsquo;autre &#8211; je vis la tristesse au moment m\u00eame de la mort. Vous comprenez ? Je les vis ensemble &#8211; je les entendis ensemble. Elle avait dit, en reprenant profond\u00e9ment son haleine, \u00ab\u00a0J&rsquo;ai surv\u00e9cu\u00a0\u00bb, tandis que mes oreilles tendues semblaient entendre distinctement, m\u00eal\u00e9 \u00e0 ce ton de regret d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, le murmure dans lequel il avait r\u00e9sum\u00e9 son \u00e9ternelle condamnation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: \u00c9crivain britannique d\u2019origine polonaise, J\u00f3zef Teodor Konrad Korzeniowski est n\u00e9 en le 3 d\u00e9cembre 1857 pr\u00e8s de Berditchev dans la partie aujourd\u2019hui Ukrainienne de la Pologne \u00e0 cette \u00e9poque occup\u00e9 par les Russes, et mort le 3 ao\u00fbt 1924 \u00e0 Bishopsbourne, est un \u00e9crivain polonais de langue anglaise. 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