{"id":13810,"date":"2021-06-18T17:30:17","date_gmt":"2021-06-18T15:30:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13810"},"modified":"2021-06-18T17:36:13","modified_gmt":"2021-06-18T15:36:13","slug":"brown-taylor-le-fleuve-des-rois-2021","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13810","title":{"rendered":"Brown, Taylor \u00abLe fleuve des rois\u00bb (2021)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: N\u00e9 n\u00e9 le 18 octobre 1982 en G\u00e9orgie, dans le sud des \u00c9tats-Unis, Taylor Brown a v\u00e9cu \u00e0 Buenos Aires et \u00e0 San Francisco avant de s\u2019installer en Caroline du Nord. Baroudeur, touche-\u00e0-tout, passionn\u00e9 de moto autant que de voitures de collection et jamais en panne d\u2019inspiration, il s\u2019est impos\u00e9 en quelques ann\u00e9es comme l\u2019un des \u00e9crivains les plus prometteurs de sa g\u00e9n\u00e9ration.<br \/>\n<strong>Romans\u00a0<\/strong>: La Poudre et la Cendre (Autrement, 2017) &#8211; Les Dieux de Howl Mountain (Albin Michel, 2019) &#8211;\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13810\">Le Fleuve des Rois<\/a> \u00a0<\/span>(2021)<\/p>\n<p>Albin Michel \u00a0\u00a0Collection Terres d&rsquo;\u200bAm\u00e9rique\u00a0 \u2013 12.05.2021 \u2013 464 pages (titre original <em>The River of Kings 2017- traduit par Laurent Boscq )<\/em><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0:<br \/>\nUn an apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de leur p\u00e8re, Lawton et Hunter entreprennent de descendre l&rsquo;Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l&rsquo;oc\u00e9an. C&rsquo;est sur ce fleuve de G\u00e9orgie, et dans des circonstances troublantes, que cet homme t\u00e9n\u00e9breux et secret a perdu la vie, et son a\u00een\u00e9 compte bien \u00e9claircir les causes de sa mort.<br \/>\nIl faut dire que l&rsquo;Altamaha River n&rsquo;est pas un cours d&rsquo;eau comme les autres : nombreuses sont ses l\u00e9gendes. On raconte notamment que c&rsquo;est sur ses berges qu&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli l&rsquo;un des premiers forts europ\u00e9ens du continent au XVIe si\u00e8cle, et qu&rsquo;une cr\u00e9ature myst\u00e9rieuse vivrait tapie au fond de son lit.<br \/>\nRemontant le cours du temps et du fleuve, l&rsquo;auteur retrace le p\u00e9riple des deux fr\u00e8res et le destin de Jacques Le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe du roi de France Charles IX, qui prit part \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9dition de 1564 au coeur de cette r\u00e9gion mythique du Nouveau Monde. De cette passionnante \u00e9pop\u00e9e se d\u00e9gagent une gr\u00e2ce et une intensit\u00e9 qui imposent Taylor Brown comme un digne h\u00e9ritier de Cormac McCarthy et de Ron Rash.<br \/>\n<em>\u00ab Un \u00e9blouissant roman \u00e9pique, d&rsquo;une ampleur et d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 rares. \u00bb &#8211; David Joy, auteur de Ce lien entre nous<\/em><\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Ce roman r\u00e9ussit l\u2019exploit de conjuguer une partie historique qui se situe en 1564 \u00e0 Fort Caroline avec pour personnage de r\u00e9f\u00e9rence le cartographe Jacques Le Moyne de Morgues et les affrontements entre les Fran\u00e7ais et les Conquistadors espagnols et la partie romanesque qui nous raconte le p\u00e9riple des fr\u00e8res Lawton et Hunter Loggins.<br \/>\nEn commun, le fil rouge,\u00a0 la colonne vert\u00e9brale du r\u00e9cit, le personnage principal du livre : le fleuve et ses habitants, sa faune, sa flore, ses myst\u00e8res, ses dangers, ses secrets : en Europe nous avons le Loch Ness et sa cr\u00e9ature \u00ab Nessie \u00bb ; en G\u00e9orgie, il y a l\u2019Altamaha et sa cr\u00e9ature de l\u00e9gende, un serpent lui aussi\u2026<br \/>\n<strong>Le fleuve tout d\u2019abord<\/strong>\u00a0: peupl\u00e9 de cr\u00e9atures l\u00e9gendaires et d\u2019autres nettement moins l\u00e9gendaires mais tout aussi dangereuses (esturgeons, crocodiles, poissons-chats), hant\u00e9 par les fant\u00f4mes du pass\u00e9, habit\u00e9 par des individus dangereux, impr\u00e9visibles, aussi sauvages que la nature qui les abrite. Des vestiges d\u2019anciennes constructions sont \u00e9galement enfouis sous les cypr\u00e8s centenaires et la v\u00e9g\u00e9tation luxuriante et inamicale. Le moins que l\u2019on puisse dire c\u2019est que l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me est encore vierge de toute destruction humaine et inviol\u00e9.<br \/>\n<strong>La famille Loggins<\/strong>\u00a0: Les deux fr\u00e8res naviguent sur le fleuve pour accompagner leur p\u00e8re lors de son dernier voyage\u00a0: ils ont en effet d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller disperser les cendres de leur p\u00e8re, d\u00e9c\u00e9d\u00e9, et pour cela de descendre le fleuve en kayak pour aller les jeter dans l\u2019oc\u00e9an. Le voyage \u00ab\u00a0hommage\u00a0\u00bb va leur faire d\u00e9couvrir des \u00e9l\u00e9ments qui vont bouleverser la vision qu\u2019ils avaient de leur p\u00e8re et ils vont en apprendre beaucoup sur le personnage et sa vie. Ce voyage est entrepris aussi avec l\u2019id\u00e9e de d\u00e9couvrir si leur p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 de mani\u00e8re accidentelle ou s\u2019il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 et si oui, pourquoi\u2026<br \/>\nIl y a aussi des personnages \u00ab secondaires \u00bb mais tr\u00e8s importants et tr\u00e8s pr\u00e9sents comme Uncle King, un ancien pr\u00eatre tatou\u00e9 au pass\u00e9 trouble qui se r\u00e9v\u00e8lera au fil du voyage., la rencontre avec l\u2019\u00e9quipe de tournage de la t\u00e9l\u00e9vision\u2026<\/p>\n<p><strong>L\u2019exp\u00e9dition fran\u00e7aise de 1564<\/strong> et les terribles affrontements avec les Conquistadors, les tribus indiennes. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 les illustrations des parties se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019exp\u00e9dition de Le Moyne<\/p>\n<p>Ce livre m\u2019a certes fait penser \u00e0 Ron Rash, mais aussi \u00e0 \u00ab\u00a0Au c\u0153ur des\u00a0t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb de Joseph Conrad.<br \/>\nUne tr\u00e8s belle d\u00e9couverte et un de ces romans qui marquent et que l\u2019on n\u2019oublie pas. \u00a0C\u2019est un roman d\u2019aventure, d\u2019amour filial, de recherche de ses racines, un roman sur les non-dits, les relations humaines et familiales, les secrets, les r\u00eaves fracass\u00e9s, un roman d\u2019aventure aussi. Un monde d\u2019hommes rudes et solides, des personnalit\u00e9s hors-normes. Un hommage aussi de l\u2019auteur \u00e0 la r\u00e9gion d\u2019o\u00f9 il est originaire, tant d\u2019un point de vue g\u00e9ographique, humain qu\u2019historique.<\/p>\n<p>Un de mes coups de c\u0153ur de cette ann\u00e9e, non seulement pour le r\u00e9cit mais aussi pour la mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9crire, qui donne l&rsquo;impression de se fondre dans la nature avec les personnages, de ressentir les \u00e9l\u00e9ments et les conditions de vie dans cet enfer vert.\u00a0 Je remercie les Editions Albin-Michel et plus particuli\u00e8rement leur Collection Terres d&rsquo;\u200bAm\u00e9rique pour la d\u00e9couverte. Plus je lis cette collection et plus je me passionne pour la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p><strong>Info<\/strong>\u00a0: Altamaha-ha\u00a0: Pr\u00e8s de l&#8217;embouchure de la rivi\u00e8re Altamaha, dans le sud-est de la G\u00e9orgie, r\u00e9siderait un monstre marin sifflant. Appel\u00e9e Altamaha-ha, du nom de la rivi\u00e8re, ou \u00ab\u00a0Altie\u00a0\u00bb pour faire court, la l\u00e9gende est ant\u00e9rieure \u00e0 la colonisation anglo-saxonne et proviendrait de la tribu Lower Muskogee Creek. L\u2019Altamaha est l&rsquo;un des plus grands fleuves de l&rsquo;\u00c9tat de G\u00e9orgie, il se jette dans l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique et poss\u00e8de l&rsquo;un des plus grands bassins fluviaux du pays, juste derri\u00e8re le Mississippi.<\/p>\n<p><strong>Info\u00a0<\/strong>: Jacques Le Moyne de Morgues: n\u00e9 \u00e0 Dieppe vers 1533 et mort \u00e0 Londres en 1588, \u00e9tait un cartographe et illustrateur fran\u00e7ais. &#8211; L\u2019importance historique des descriptions de la vie am\u00e9rindienne et des plantes indig\u00e8nes faites par Le Moyne de Morgues lorsqu\u2019il \u00e9tait membre de la seconde exp\u00e9dition de Jean Ribault dans le Nouveau Monde est capitale. Le Moyne \u00e9tait avec Ribault et Laudonni\u00e8re lorsqu\u2019ils sont arriv\u00e9s en Floride fran\u00e7aise en 1562 et ont fond\u00e9 Charlesfort, puis Fort Caroline en 1564.\u00a0 ( <em>voir la\u00a0 suite sur Wikip\u00e9dia<\/em>)<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Le fleuve est lourd, enfl\u00e9 par les orages. Il d\u00e9roule dans la terre son cours luisant comme un long muscle noir, un serpent qui ondule, erratique, sous la vo\u00fbte des feuillages d\u00e9j\u00e0 clairsem\u00e9s des bouleaux noirs et des cypr\u00e8s bordant ses rives.<\/p>\n<p>Ces r\u00e9cits, chuchot\u00e9s \u00e0 la nuit tomb\u00e9e lorsque le vent du large sifflait dans les voiles, se r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent durant toute la travers\u00e9e, et les yeux des conteurs brillaient du pouvoir que leur conf\u00e9raient la terreur et la crainte qu\u2019ils instillaient.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019oc\u00e9an, on peut pas lui faire confiance, leur expliqua-t-il un jour. Y a rien qui le limite. C\u2019est pas comme le fleuve, il n\u2019a aucun but et aucune direction.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le fleuve, lui, a toujours nourri les hommes. Des gens vivent sur ses rives depuis la nuit des temps. Altamaha lui-m\u00eame \u00e9tait le roi du fleuve, et bien avant lui il y avait des tribus qui chassaient le cerf ou l\u2019alligator avec des fl\u00e8ches aux pointes taill\u00e9es dans des dents de poisson.<\/p>\n<p>La vague form\u00e9e dans son sillage avance rapidement vers eux, telle une nageoire caudale obscure et mena\u00e7ante, et ils sont \u00e0 deux doigts de chavirer sous le roulis.<\/p>\n<p>On dit qu\u2019on ne se baigne jamais deux fois dans le m\u00eame fleuve, et Hunter sait que cet adage signifie qu\u2019on ne peut jamais toucher deux fois la m\u00eame eau vive. Qu\u2019\u00e0 peine effleur\u00e9e elle est d\u00e9j\u00e0 ailleurs, dans la mer, ou dans les nuages, ou dans le sang des b\u00eates et des hommes. Mais cela va plus loin que \u00e7a. Dans sa forme m\u00eame, le fleuve change sans arr\u00eat, et les cycles de gels, d\u2019inondations, d\u2019\u00e9rosion et de s\u00e9dimentation redessinent ind\u00e9finiment son cours.<\/p>\n<p>La nuit, autour des feux de camp, leurs visages flamboient d\u2019un \u00e9clat d\u00e9moniaque et leurs langues toutes rouges d\u00e9versent des histoires de fortunes \u00e0 b\u00e2tir dans le chapelet verdoyant des \u00eeles Cara\u00efbes. Leurs paroles tombent dans les bouches b\u00e9antes de leurs compatriotes comme de la nourriture distribu\u00e9e aux affam\u00e9s.<\/p>\n<p>Il est frapp\u00e9 par la d\u00e9mesure de tant de choses sur cette terre nouvelle qui semble avoir \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par Dieu pour des esp\u00e8ces d\u2019hommes et d\u2019animaux beaucoup plus grands que ceux qu\u2019il conna\u00eet. Pour une race de g\u00e9ants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le suspect est un homme blanc, cheveux roux, environ vingt-cinq ans, b\u00e2ti comme un tracteur diesel et dot\u00e9 du caract\u00e8re qui va avec.<\/p>\n<p>J\u2019ai dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019il cherchait les coups, et puis dans ce comt\u00e9 on pratique la politique du \u201cpas de corps,\u00a0pas de crime\u201d. Sinon, y aurait plus une cellule de libre.<\/p>\n<p>Il se rend compte qu\u2019il est en train de s\u2019adresser au fleuve. Aux vieux fant\u00f4mes qui r\u00f4dent dans ses profondeurs.<\/p>\n<p>Il baisse les yeux vers ses mains aux phalanges blanchies \u00e0 force de serrer la rambarde pour se retenir de passer par-dessus. Et vers les flots d\u00e9cha\u00een\u00e9s \u00e0 ses pieds, couronn\u00e9s d\u2019\u00e9cume et froids comme de l\u2019ardoise. Sa peau irradie de chaleur, sa poitrine bouillonne de rancune. Il a l\u2019impression d\u2019\u00eatre une arme point\u00e9e sur le monde qu\u2019il surplombe. Il va se lancer dedans, telle une ancre de haine chauff\u00e9e \u00e0 blanc, les abysses jailliront autour de lui, cr\u00e9pitants et bouillants, et les flots seront atomis\u00e9s par l\u2019ardeur de sa col\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Fais attention, Le Moyne. Un jour, tes dessins seront peut-\u00eatre la seule chose qui restera de nous. Apr\u00e8s tout, le Christ Lui-m\u00eame continue \u00e0 vivre dans un livre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0\u00a0ses pieds, le fleuve est nimb\u00e9 d\u2019un linceul de brume, un suaire fantomatique qui s\u2019enroule sur lui-m\u00eame. Nombre d\u2019arbres sont encore d\u00e9nud\u00e9s, d\u00e9charn\u00e9s et noueux, \u00e0 l\u2019image de ce que lui et ses camarades sont devenus. Sans c\u0153ur et meurtris dans leur chair.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cela, ils continuent \u00e0 d\u00e9p\u00e9rir, bris\u00e9s sous le poids de leurs propres os, la peau de plus en plus tendue sur leurs articulations. Leurs visages caves rappellent ceux des revenants dans les vieux contes\u00a0; ils ont le teint cireux, des cernes profonds et la m\u00e2choire rel\u00e2ch\u00e9e, et ils s\u2019essoufflent au moindre effort.<\/p>\n<p>Il a l\u2019impression d\u2019\u00eatre une coquille vide, seulement remplie de manque. L\u2019art a d\u00e9sert\u00e9 ses mains, son c\u0153ur.<\/p>\n<p>Ses r\u00eaves l\u2019avaient abandonn\u00e9. D\u00e9sormais, il n\u2019\u00e9tait plus capable de s\u2019imaginer un avenir. Il esp\u00e9rait qu\u2019une vision lui appara\u00eetrait. Un signe qui lui montrerait le chemin. C\u2019est cela qu\u2019il guettait au fil des soir\u00e9es pass\u00e9es sur le fleuve, dans la for\u00eat de cypr\u00e8s s\u00e9culaires. Il attendait que sa peau se mette \u00e0 le br\u00fbler, que ses tatouages s\u2019embrasent. Mais rien.<\/p>\n<p>Toute sa vie. Toute sa vie, il a ressenti l\u2019appel des profondeurs obscures et il s\u2019est d\u00e9battu \u00e0 coups de poing et d\u2019ongles pour leur \u00e9chapper et s\u2019\u00e9lever vers la lumi\u00e8re. Il est fatigu\u00e9 aujourd\u2019hui. Sous ses pieds gisent les bateaux engloutis et les r\u00eaves noy\u00e9s, les fant\u00f4mes qui r\u00f4dent au fond du fleuve \u2013\u00a0dont un en particulier qu\u2019il a aid\u00e9 \u00e0 faire dispara\u00eetre. Ces derniers temps, les souvenirs remontent sans crier gare, et il sent les doigts griffus de cette journ\u00e9e lointaine s\u2019insinuer jusque dans ses cheveux, s\u2019y enrouler et l\u2019obliger \u00e0 descendre toujours plus bas. Vers les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>Il d\u00e9pose ces images comme des pr\u00e9sents sur le papier, \u00e9laborant une histoire qui pourra servir d\u2019avertissement \u00e0 ceux qui leur succ\u00e9deront et d\u00e9couvriront ces pages reli\u00e9es de cuir dans la demeure de quelque chef indig\u00e8ne qui les aura r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Notre p\u00e8re \u00e9tait un homme dur. Il n\u2019\u00e9tait pas du genre \u00e0 aimer les embrassades ou \u00e0 donner la main, et rejetait toute marque d\u2019affection. Il avait du mal \u00e0 exprimer son amour. Pourtant, il y avait des choses qui lui tenaient \u00e0 c\u0153ur. Le fleuve, par-dessus tout, \u00e9tait comme un membre de sa famille et comptait beaucoup plus \u00e0 ses yeux que n\u2019importe quel lien de chair ou de sang. Les jours o\u00f9 il ne travaillait pas, il nous y emmenait mon fr\u00e8re et moi, et nous installait \u00e0 la proue, bien peign\u00e9s et tr\u00e8s s\u00e9rieux comme si on allait \u00e0 l\u2019\u00e9glise. Et peut-\u00eatre \u00e9tait-ce l\u00e0 qu\u2019on allait. Dans son \u00e9glise. Une cath\u00e9drale mar\u00e9cageuse et irrigu\u00e9e par de multiples ruisseaux, avec un toit feuillu que soutenaient des colonnes de cypr\u00e8s et de gommiers. Il nous apprenait ses beaut\u00e9s et ses secrets, ses endroits cach\u00e9s. Et je crois qu\u2019en nous montrant le fleuve \u2013\u00a0son fleuve\u00a0\u2013 il nous ouvrait son c\u0153ur, au moins en partie. C\u2019est comme \u00e7a que je savais qu\u2019il nous aimait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est un homme qui s\u2019est battu tous les jours de sa vie. Pas toujours pour la bonne cause, ni pour les bonnes raisons, et plus d\u2019une fois en suivant des chemins prohib\u00e9s non seulement par les lois humaines et divines mais aussi par celles de son propre c\u0153ur. Je ne peux pas dire que je le comprenais. Je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr de l\u2019avoir vraiment connu. Mais j\u2019ai toujours su qu\u2019il ne renoncerait jamais \u00e0 ses r\u00eaves. Et qu\u2019il mourrait en mordant dedans \u00e0 pleines dents.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0\u00a0force de bitumer les for\u00eats, de dynamiter les montagnes et d\u2019ass\u00e9cher les marais pour construire des maisons et des immeubles, nous nous r\u00e9pandons sur la terre comme une \u00e9pid\u00e9mie.<\/p>\n<p>C\u2019est comme essayer de tracter un semi-remorque avec un petit moteur Honda. Il y a quelque chose qui va exploser.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Ma ch\u00e9rie, le monde est un putain d\u2019endroit tordu. Aussi retors que le fleuve o\u00f9 j\u2019ai p\u00each\u00e9 ce truc. Les seules lignes droites dans l\u2019univers sont celles que l\u2019homme y a trac\u00e9es. Et elles vont depuis toujours dans un seul sens\u00a0: celui de l\u2019argent. Toutes sans exception, ma belle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vocabulaire et expressions<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 Des \u00ab\u00a0m\u00e9rous carr\u00e9s\u00a0\u00bb. C\u2019est ainsi qu\u2019on surnomme ces gros cubes de toile et de plastique bourr\u00e9s de marijuana colombienne.<br \/>\n&#8211; Une glossop\u00e8tre (latin glossopetra, \u00ab pierre \u2014 langue \u00bb) (glosso\u2013 : langue (en grec) ; petra : pierre) est une dent fossile de requin ; c&rsquo;est un fossile plut\u00f4t commun, les requins renouvelant leurs dents en permanence.<br \/>\n&#8211; Le Courlan brun (Aramus guarauna) est une esp\u00e8ce de grand \u00e9chassier brun. C&rsquo;est la seule esp\u00e8ce du genre Aramus et de la famille des Aramidae (les aramid\u00e9s). Il fr\u00e9quente principalement les zones humides d&rsquo;eau douce et leurs abords, ainsi que les mangroves, et occasionnellement des zones plus s\u00e8ches.<br \/>\n&#8211; Le coticule de Vielsalm (du latin coticula ; de cos, cotis, \u00ab pierre \u00e0 rasoir \u00bb) ou pierre belge est une sorte de schiste cristallin \u00e0 grain tr\u00e8s fin, compos\u00e9 pour 35 \u00e0 40 % environ de petits cristaux de grenat spessartine, de diam\u00e8tre compris entre 5 et 20 microns, noy\u00e9s dans une matrice de s\u00e9ricite (vari\u00e9t\u00e9 de mica blanc \u00e0 grain tr\u00e8s fin). C\u2019est une roche m\u00e9tamorphique d&rsquo;origine s\u00e9dimentaire avec un apport volcanique important marqu\u00e9 par une haute teneur en mangan\u00e8se. C&rsquo;est une roche vieille de 480 millions d\u2019ann\u00e9es, dans les phyllades violac\u00e9s du \u00ab\u00a0salmien\u00a0\u00bb (\u00e9tage g\u00e9ologique de l&rsquo;ordovicien).<br \/>\nLe grenat poss\u00e8de une duret\u00e9 de 7 sur l&rsquo;\u00e9chelle de Mohs qui comporte 10 degr\u00e9s. Cette grande duret\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 la petitesse des cristaux de spessartine conf\u00e8re \u00e0 la roche un grand pouvoir abrasif alli\u00e9 \u00e0 une finesse exceptionnelle. Celle-ci est due non seulement \u00e0 la taille minuscule des cristaux de grenats mais aussi au grand constraste de duret\u00e9 entre ces cristaux tr\u00e8s durs et la p\u00e2te de s\u00e9ricite tr\u00e8s tendre qui permet aux grenats \u00e9mouss\u00e9s \u00e0 l&rsquo;usage de se d\u00e9chausser facilement et ainsi de faire appara\u00eetre de nouveaux grenats sous-jacents aux ar\u00eates encore intactes. Une matrice min\u00e9rale trop dure et trop grossi\u00e8re, comme par exemple du quartzite, n&rsquo;aurait pas permis au coticule de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer continuellement son pouvoir abrasif et sa finesse.<\/p>\n<p>Les scutelles (du latin scutum, d\u00e9signant une bosse centrale sur un bouclier, et par extension un type de bouclier) sont des excroissances compos\u00e9es de chitine, os ou \u00e9caille, pr\u00e9sentes sur la carapace d&rsquo;une tortue, la peau des crocodiliens, les \u00e9cailles des pattes de certains oiseaux, et sur la queue de certains mammif\u00e8res ou poissons.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: N\u00e9 n\u00e9 le 18 octobre 1982 en G\u00e9orgie, dans le sud des \u00c9tats-Unis, Taylor Brown a v\u00e9cu \u00e0 Buenos Aires et \u00e0 San Francisco avant de s\u2019installer en Caroline du Nord. Baroudeur, touche-\u00e0-tout, passionn\u00e9 de moto autant que de voitures de collection et jamais en panne d\u2019inspiration, il s\u2019est impos\u00e9 en quelques ann\u00e9es comme &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13810\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":13811,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1322,35,583,202,29,453,125,192],"tags":[80,175,218,1416,84,1417,277,376,515,314,707,768,370,106],"class_list":["post-13810","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1322","category-coup-de-coeur-lectures","category-coup-de-coeur","category-etats-unis","category-americaine","category-nature-writing","category-xvieme-siecle","category-xxieme-siecle","tag-aventure","tag-deuil","tag-drame","tag-geographie","tag-legende","tag-monstres","tag-passe","tag-quete","tag-racines","tag-rapports-familiaux","tag-relation-pere-fils","tag-roman-historique","tag-suspense","tag-voyage"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13810","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13810"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13810\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13815,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13810\/revisions\/13815"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/13811"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13810"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13810"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13810"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}