{"id":13945,"date":"2021-07-05T11:26:41","date_gmt":"2021-07-05T09:26:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13945"},"modified":"2021-07-05T11:32:31","modified_gmt":"2021-07-05T09:32:31","slug":"weymouth-adam-les-rois-du-yukon-trois-mille-kilometres-en-canoe-a-travers-lalaska-2021","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13945","title":{"rendered":"Weymouth, Adam \u00abLes rois du Yukon &#8211; Trois mille kilom\u00e8tres en cano\u00eb \u00e0 travers l&rsquo;Alaska\u00bb (2021)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Sacr\u00e9 \u00ab\u00a0Jeune Ecrivain de l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0\u00bb en Grande-Bretagne en 2018, Adam Weymouth est journaliste. Sp\u00e9cialiste des questions environnementales et \u00e9cologiques, il collabore notamment avec The Guardian et The Atlantic.<\/p>\n<p>Albin Michel \u2013 31.03.2021 \u2013 333 pages (traducteur\u00a0: Bruno Boudard)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Long de plus de trois mille kilom\u00e8tres, le Yukon traverse le Canada et l&rsquo;Alaska avant de se jeter dans la mer de B\u00e9ring.<br \/>\nChaque \u00e9t\u00e9, depuis la nuit des temps, les saumons royaux (ou chinooks) remontent ses eaux pour retourner pondre et mourir sur leur lieu de naissance. C&rsquo;est l&rsquo;un des derniers endroits sauvages de la plan\u00e8te. En entreprenant ce long et difficile voyage en cano\u00eb afin d&rsquo;accompagner les saumons dans leur migration, Adam Weymouth souhaitait constater les effets du r\u00e9chauffement climatique sur une nature presque vierge et coup\u00e9e de tout.<br \/>\nA terme, c&rsquo;est l&rsquo;existence m\u00eame du saumon royal qui est menac\u00e9e, mais aussi celle des communaut\u00e9s autochtones qui d\u00e9pendent de lui, et dont l&rsquo;auteur dresse un portrait inoubliable. S&rsquo;interrogeant sur notre relation de plus en plus complexe avec le monde vivant, il nous offre le r\u00e9cit captivant d&rsquo;une aventure extraordinaire, et nous invite \u00e0 une immersion \u00e9l\u00e9giaque au coeur des myst\u00e8res de la vie. Sacr\u00e9 \u00ab\u00a0Jeune Ecrivain de l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0\u00bb en Grande-Bretagne en 2018, Adam Weymouth est journaliste.<br \/>\nSp\u00e9cialiste des questions environnementales et \u00e9cologiques, il collabore notamment avec The Guardian et The Atlantic.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chez Adam Weymouth, conscience politique et \u00e9cologique se m\u00ealent \u00e0 une d\u00e9marche toute personnelle. Son \u00e9criture poss\u00e8de une \u00e9l\u00e9gance rare, et c&rsquo;est tout naturellement qu&rsquo;il prend sa place aux c\u00f4t\u00e9s des plus grands \u00e9crivains voyageurs : Bruce Chatwin, Colin Thubron ou Patrick Leigh Fermor\u00a0\u00bb. The Sunday Times<\/p>\n<p><strong>Mon Avis<\/strong>\u00a0:<br \/>\nMerci aux Editions Albin-Michel sans qui je n\u2019aurais jamais eu l\u2019id\u00e9e d\u2019aller m\u2019aventurer en cano\u00e9 sur le Yukon, et pourtant j\u2019aime ces livres qui traitent de l\u2019\u00e9cologie et la nature sauvage (romans ou documents) . Et j\u2019aurais rat\u00e9 un superbe p\u00e9riple\u00a0! Mais attention, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un document, super int\u00e9ressant \u00e0 mes yeux et ce que j\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 c\u2019est que sous pr\u00e9texte de migration des saumons, la nature s\u2019ouvre&#8230; mais pas qu\u2019elle\u00a0: tout ce qui vit, meurt, existe ou a exist\u00e9 au bord des rives du fleuve et les souvenirs et histoires qui s\u2019y rapportent depuis la cr\u00e9ation du monde, \u00e0 travers les si\u00e8cles. Nous p\u00e9n\u00e9trons dans un univers inconnu, sauvage, pr\u00e9serv\u00e9 jusqu\u2019au XIX\u00e8me si\u00e8cle. Alors embarquons sur le cano\u00e9, au Canada et voguons jusqu\u2019en Alaska\u2026<\/p>\n<p>En se penchant sur la probl\u00e9matique de la disparition \u2013 ou du moins la tr\u00e8s forte rar\u00e9faction des saumons- nous croisons au fil de la rivi\u00e8re des orignals, des ours bruns, des animaux issus du croisement grizzli\/ours (et oui\u00a0!!) et d\u00e9couvrons la faune et la faune qui bordent la rivi\u00e8re et ne peut pas \u00eatre vue ailleurs car inaccessible par la route. Nous y croisons aussi des hommes\u00a0: la parole est donn\u00e9e aux anciens, et on en apprend beaucoup sur la vie d\u2019avant, les conditions de vie, les traditions, les tribus ( les Yup\u2019ik ).<br \/>\nL\u2019auteur a rencontr\u00e9 des peuples qui habitent les lieux ( les Athapascan , les Tlingit, les Tr\u2019ondek Hw\u00ebch\u2019in)\u00a0 et il nous raconte de quelle mani\u00e8re ils vivaient et comment ils vivent maintenant\u2026 \u00e9difiant\u2026<\/p>\n<p>D\u00e9forestation, surp\u00eache, extinction des esp\u00e8ces, premi\u00e8res lois antipollution, cons\u00e9quences dramatiques de la r\u00e9volution industrielle, d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par les pesticides et les barrages, les dangers pour la faune et la flore, le danger apport\u00e9 par les \u00e9trangers, les ravages de la colonisation (\u00e9pid\u00e9mies, alcool, ru\u00e9e vers l\u2019or et dans le sillage violence, violence conjugale, abus sexuels, alcoolisme, suicides, perte de leur culture ancestrale). Comme le rappelle l\u2019auteur, Charles Dickens tirait d\u00e9j\u00e0 la sonnette d\u2019alarme en 1861 en parlant du Saumon en danger en Grande Bretagne\u2026 L\u2019auteur soul\u00e8ve aussi le probl\u00e8me du marketing qui nous enfume plus que le saumon\u2026<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 scientifique et environnemental, l\u2019auteur nous explique aussi les ph\u00e9nom\u00e8nes du \u00ab\u00a0blob\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0bloom\u00a0\u00bb, les effets du r\u00e9chauffement des oc\u00e9ans, de la mont\u00e9 des temp\u00e9ratures et leur incidence sur la nature.<br \/>\nJ\u2019ai ador\u00e9 les l\u00e9gendes qui nous sont transmises (la l\u00e9gende du Gar\u00e7on-Saumon), les traditions (jeu de ficelle) , les r\u00e9cits des anciens, les rapports humains \u00a0..<\/p>\n<p>En conclusion, une incursion dans le monde dit \u00ab\u00a0sauvage\u00a0\u00bb confirme une fois encore que les sauvages ne sont pas ceux que l\u2019on croit\u2026 Bien s\u00fbr qu\u2019il y a toujours eu des rivalit\u00e9s entre les tribus, des guerres de territoires, mais elles n\u2019impactaient pas la survie de la r\u00e9gion, car le respect \u00e9tait toujours pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Je termine ma chronique sur une citation \u00ab\u00a0<em>Dans la croyance religieuse des Yupiks, c\u2019est ce cycle d\u2019interaction entre homme et animal qui permet de perp\u00e9tuer les saisons et, si cet \u00e9quilibre n\u2019est pas conserv\u00e9, la nouvelle ann\u00e9e ne suivra pas l\u2019ancienne<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En compl\u00e9ment, je vous signale un article dans le \u00ab\u00a0National Geographic Geo 508 &#8211; juin 2021\u00a0\u00bb sur le p\u00e9riple de 4 mois de ce journaliste britannique avec de superbes photos \u00e0 l\u2019appui.<\/p>\n<p>Comme je suis int\u00e9ress\u00e9e par l\u2019\u00e9cologie j\u2019avais lu le livre de <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13124\">Patrik Svensson \u00abL\u2019\u00e9vangile des anguilles \u00bb<\/a><\/span>\u00a0qui abordait le sujet de la migration des animaux marins\u00a0. Je vous signale \u00e9galement \u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10828\">La Collection \u00ab Mondes Sauvages \u00bb d\u2019Actes-Sud<\/a>\u00a0<\/span>(divers titres). J\u2019en profite pour repointer du doigt mon coup de c\u0153ur pour le livre de <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13810\">Taylor Brown \u00ab\u00a0Le fleuve des rois\u00a0\u00bb (2021)<\/a>\u00a0<\/span>\u00a0qui parle aussi de la disparition des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Mais ici, au bout du monde, une information n\u2019existe pas tant qu\u2019elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e de visu.<\/p>\n<p>En Am\u00e9rique du Nord, il existe cinq esp\u00e8ces de saumon du Pacifique\u00a0: le chum, le coho, le sockeye, le rose et le chinook. Chacune a son petit nom\u00a0: le chum est le chien ou le keta\u00a0; le coho, l\u2019argent\u00e9\u00a0; le sockeye, le rouge\u00a0; le rose, le bossu et le chinook, le royal.<\/p>\n<p>En Alaska, on a d\u00e9couvert \u00e0 l\u2019embouchure de certaines rivi\u00e8res des p\u00e9troglyphes vieux de dix mille ans. De gros saumons grav\u00e9s dans le gr\u00e8s. De petits saumons qui remontent le courant. Un saumon bic\u00e9phale, ce qui indique une connaissance de leur cycle de vie, de leur d\u00e9part et de leur retour. Des dessins sculpt\u00e9s par des chamans, peut-\u00eatre, pour invoquer leur migration annuelle\u00a0; ou des embl\u00e8mes pour signaler des droits de p\u00eache sur les diff\u00e9rents cours d\u2019eau\u00a0; ou encore des griffonnages trac\u00e9s dans l\u2019ennui des jours de crue ou lors de ceux o\u00f9 la montaison se faisait attendre.<\/p>\n<p>Il y a un si\u00e8cle, Fort Yukon \u00e9tait un incontournable des circuits touristiques. C\u2019est l\u00e0 que Jack London avait situ\u00e9 l\u2019action de<em> Croc-Blanc<\/em>.<\/p>\n<p>Le royal est le poisson-embl\u00e8me de l\u2019\u00c9tat de l\u2019Alaska et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 d\u2019une fronti\u00e8re que les animaux ne reconnaissent pas, au Canada oriental, le lien avec le chinook est du m\u00eame ordre.<\/p>\n<p>Le sable a conserv\u00e9 les histoires de la nuit. Les empreintes de sabots d\u2019un orignal et de son petit, semblables \u00e0 deux s\u00e9ries de points d\u2019interrogation sorties de l\u2019eau pour se diriger vers les saules. Sur toute la longueur du rivage les fl\u00e8ches d\u00e9licates et nerveuses des b\u00e9casseaux, point\u00e9es dans toutes les directions.<\/p>\n<p>Trois jours apr\u00e8s le lac, la McNeil River se jette dans la Nisutlin River par un canyon aux parois rocheuses marqu\u00e9es par les motifs des plis anticlinaux. Bien que la McNeil soit plus importante, la rivi\u00e8re prend maintenant le nom de Nisutlin par d\u00e9f\u00e9rence pour le peuple tlingit dont elle traverse les terres ancestrales.<\/p>\n<p>il y a, dans l\u2019aptitude de ce poisson \u00e0 survivre aussi bien dans l\u2019eau fra\u00eeche que sal\u00e9e, quelque chose de bien plus remarquable. Seul 0,5\u00a0% des 30\u00a0000\u00a0esp\u00e8ces de poissons a la facult\u00e9 de s\u2019adapter \u00e0 ces deux environnements diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Il est ahurissant de songer qu\u2019autrefois l\u2019eau de toutes les rivi\u00e8res \u00e9tait potable, qu\u2019autrefois j\u2019aurais pu plonger mon gobelet dans la Tamise.<\/p>\n<p>Les noms des ramifications du tronc principal constituent un v\u00e9ritable manuel d\u2019introduction au Grand Nord\u00a0: Log Cabin Slough (le Mar\u00e9cage de la cabane en rondins), Muskrat Creek (le Ruisseau du rat musqu\u00e9), Little Salmon River (la Rivi\u00e8re du petit saumon), Fish Hook Bend (le Coude de l\u2019hame\u00e7on), Mosquito Gulch (le Ravin des moustiques).<\/p>\n<p>Jadis, le site avait \u00e9galement abrit\u00e9 une taverne et une \u00e9curie, ainsi qu\u2019un comptoir commercial et un poste t\u00e9l\u00e9graphique. La police apportait deux fois par semaine le courrier de Whitehorse. Ce qui revient \u00e0 dire qu\u2019il \u00e9tait nettement plus facile en 1902 d\u2019\u00eatre en contact avec le monde ext\u00e9rieur que ce ne l\u2019est aujourd\u2019hui pour moi.<\/p>\n<p>Le Yukon est jalonn\u00e9 sur toute sa longueur de souvenirs du temps o\u00f9 le fleuve grouillait de vie\u00a0: attirails de chercheurs d\u2019or\u00a0; vestiges d\u2019auberges tous les trente \u00e0 quarante kilom\u00e8tres, indispensables \u00e9tapes sur la route des voyageurs, avec leurs jardins dans lesquels poussent encore rhubarbe et framboises\u00a0; anneaux d\u2019amarrage toujours fix\u00e9s dans les rochers.<\/p>\n<p>Sculpt\u00e9s par le vent et les \u00e9l\u00e9ments, les hoodoos, ces chemin\u00e9es de f\u00e9e gaudiesques, se dressent haut par-dessus les flots, mena\u00e7ants avec l\u2019aur\u00e9ole de corbeaux qui hantent leurs cimes en s\u2019interpellant de leurs cris furieux.<\/p>\n<p>Klondike, un mot onomatop\u00e9ique, le son de la pierre sur le bois et de la course de l\u2019eau sur la roche, un mot comme un cri en manchette des journaux, un mot qui a r\u00e9pandu des rumeurs dans tous les bistrots, qui a s\u00e9duit un monde plong\u00e9 dans les ab\u00eemes de la D\u00e9pression.<\/p>\n<p>Avant 1897, le mode de vie des Tr\u2019ond\u00ebk Hw\u00ebch\u2019ins \u00e9tait rest\u00e9 plus ou moins immuable pendant plusieurs mill\u00e9naires. Chaque ann\u00e9e s\u2019organisait selon un cycle qui amenait les familles \u00e0 se transporter de camp en camp afin de suivre la ressource dont elles d\u00e9pendaient. Quand le dernier des chums d\u2019automne \u00e9tait s\u00e9ch\u00e9, l\u2019\u00e9t\u00e9 touchait \u00e0\u00a0sa\u00a0fin.<\/p>\n<p>Mais maintenant, poursuit-il, les jeunes loups ne savent plus ce qu\u2019il faut faire. \u00c7a a commenc\u00e9 quand l\u2019\u00c9tat a d\u00e9cid\u00e9 de proc\u00e9der \u00e0 des abattages afin de prot\u00e9ger les caribous. Ils ont \u00e9limin\u00e9 les animaux plus \u00e2g\u00e9s, ceux qui \u00e9duquaient les jeunes. D\u00e9sormais, Percy voit des loups entrer dans les jardins pour attaquer les chiens ou encore courir apr\u00e8s les motoneiges. On ne leur a pas enseign\u00e9 la peur\u00a0; ils n\u2019ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019aucune \u00e9ducation de la part de leurs a\u00een\u00e9s.<\/p>\n<p>Je constate que je parviens \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019esp\u00e8ce d\u2019un arbre par sa fa\u00e7on de s\u2019agiter dans le vent\u00a0: les feuilles du tremble paraissent scintiller, alors que celles du bouleau fr\u00e9missent.<\/p>\n<p>Et puis je tombe amoureux du cano\u00eb. Avec son \u00e9l\u00e9gante simplicit\u00e9, il repr\u00e9sente l\u2019essence m\u00eame de ce qu\u2019est un bateau\u00a0: sym\u00e9trique sur les deux plans, seule la position des bancs de nage permettant de distinguer l\u2019avant de l\u2019arri\u00e8re. \u00c0 mesure que je passe du temps \u00e0 son bord, je me rends compte que je peux sentir le fleuve \u00e0 travers lui, qu\u2019il est davantage un interm\u00e9diaire entre l\u2019eau et moi qu\u2019un v\u00e9hicule qui nous s\u00e9pare l\u2019un de l\u2019autre. Chaque soubresaut du courant, chaque fr\u00e9missement du vent se propage par la coque ou par la pagaie en bois, et plus j\u2019y pr\u00eate attention, plus je per\u00e7ois ces variations.<\/p>\n<p>La glace d\u00e9filait comme une coul\u00e9e de magma, le fleuve se gonflait et s\u2019abaissait, semblable \u00e0 une cr\u00e9ature qui respirait, et ils constat\u00e8rent qu\u2019il d\u00e9bordait d\u00e9j\u00e0 sur ses berges lorsque son d\u00e9bit se faisait plus imp\u00e9tueux.<\/p>\n<p>Les \u00e9pic\u00e9as sont sculpt\u00e9s par les \u00e9l\u00e9ments, d\u00e9charn\u00e9s tels des goupillons, taill\u00e9s par les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques comme par la main d\u2019un jardinier d\u2019agr\u00e9ment.<\/p>\n<p>En 2006, un chasseur a abattu dans le nord du Canada une b\u00eate dont l\u2019autopsie a confirm\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait du premier croisement sauvage entre un grizzly et un ours polaire. On appelle cela un \u00ab\u00a0grolar\u00a0\u00bb ou un \u00ab\u00a0pizzly\u00a0\u00bb, selon le degr\u00e9 d\u2019inqui\u00e9tude qu\u2019inspire cette perspective. Deux autres cas ont \u00e9t\u00e9 attest\u00e9s depuis. Contrairement \u00e0 la plupart des hybrides, celui-ci est capable de se reproduire car les deux plantigrades ont un anc\u00eatre commun assez proche.<\/p>\n<p>Mais il faut dire que c\u2019\u00e9tait toujours avec un certain \u00e9tonnement que les premiers visiteurs occidentaux d\u00e9couvraient les notions de partage et de coop\u00e9ration des indig\u00e8nes, si contraires \u00e0 l\u2019instinct de possession constitutif des diverses cultures dont \u00e9taient issus ces m\u00eames explorateurs. \u00ab\u00a0Les Indiens sont si na\u00effs et si peu attach\u00e9s \u00e0 leurs biens que quiconque ne l\u2019a pas vu de ses yeux ne peut le croire. Lorsque vous leur demandez quelque chose qu\u2019ils poss\u00e8dent, ils ne disent jamais non. Bien au contraire, ils proposent de le partager avec tout le monde\u00a0\u00bb, rapporta Christophe Colomb \u00e0 la cour de Madrid pour d\u00e9crire son arriv\u00e9e aux Bahamas.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a plus gu\u00e8re de grandes migrations. Les colons europ\u00e9ens ont d\u00e9cim\u00e9 soixante millions de bisons au fil de leur progression \u00e0 travers les Grandes Plaines\u00a0; il n\u2019en reste plus que cinq mille aujourd\u2019hui. Des nu\u00e9es de tourtes voyageuses obscurcissaient autrefois le ciel des jours durant\u00a0; la derni\u00e8re est morte en 1900, l\u2019esp\u00e8ce ayant \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 son extinction.<\/p>\n<p>En 1466, une amende inflig\u00e9e aux tanneurs irlandais qui lavaient le cuir \u00e0 proximit\u00e9 des fray\u00e8res est peut-\u00eatre le premier exemple au monde d\u2019application d\u2019une loi antipollution<\/p>\n<p>Les routes se d\u00e9forment, les fondations s\u2019affaissent. Les arbres qui ont bascul\u00e9 sont tellement inclin\u00e9s qu\u2019on parle de \u00ab\u00a0for\u00eats ivres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En Grande-Bretagne, le saumon commercialis\u00e9 par Marks\u00a0&amp;\u00a0Spencer provient de Lochmuir, un\u00a0loch qui n\u2019existe nulle part. Ce nom a \u00e9t\u00e9 choisi par un panel de consommateurs comme \u00e9tant celui qui \u00ab\u00a0sonnait le plus \u00e9cossais\u00a0\u00bb, et le saumon vendu sous cette marque est issu de cinq fermes diff\u00e9rentes du pays.<\/p>\n<p>En 1900, une \u00e9pid\u00e9mie de grippe \u2013\u00a0dont le virus avait \u00e9t\u00e9 apport\u00e9 par les missionnaires et les mineurs\u00a0\u2013 se\u00a0propagea \u00e0 Nome avant de gagner tout l\u2019Alaska. 60\u00a0% des Esquimaux et des Athabascans finirent par y succomber. Puis en 1918, la pand\u00e9mie de grippe espagnole d\u00e9cima la moiti\u00e9 de la population de Nome. Les<em> angalkuqs<\/em> \u2013\u00a0chamans, sorciers, d\u00e9tenteurs de la culture et de l\u2019esprit\u00a0\u2013 se trouv\u00e8rent d\u00e9munis face \u00e0 sa propagation. Tout ce qui avait permis aux tribus de survivre pendant des mill\u00e9naires dans l\u2019un des environnements les plus hostiles de la plan\u00e8te \u2013\u00a0leur m\u00e9decine traditionnelle, leurs gu\u00e9risseurs, leur spiritualit\u00e9 et leurs histoires\u00a0\u2013 se d\u00e9sagr\u00e9geait devant cette nouvelle force.<\/p>\n<p>Le traumatisme des \u00e9coles fut encore exacerb\u00e9 par une culture qui veut traditionnellement que l\u2019on \u00e9vite les conflits et dans laquelle l\u2019expression de la col\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9e comme un signe de faiblesse. En yupik, on appelle cela<em> nallunguarluku<\/em> \u2013 \u00ab\u00a0faire comme si de rien n\u2019\u00e9tait\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ils doivent se purger de la doctrine occidentale du \u201cmoi d\u2019abord\u201d, de ce point de vue individualiste. Ils commencent \u00e0 prendre conscience qu\u2019il existe une communaut\u00e9 plus large, qui d\u00e9passe les limites de la g\u00e9n\u00e9ration actuelle.<\/p>\n<p>Les exp\u00e9riences auxquelles il se livra ult\u00e9rieurement confirm\u00e8rent cette intuition\u00a0: les saumons dont les organes olfactifs \u00e9taient ab\u00eem\u00e9s \u00e9taient incapables de retrouver leur rivi\u00e8re natale, alors que ceux qu\u2019il avait aveugl\u00e9s n\u2019avaient aucun probl\u00e8me \u00e0 effectuer le trajet de retour. Comme la plupart des autres poissons, les saumons sentent en st\u00e9r\u00e9o et ont la facult\u00e9 de s\u2019orienter en suivant le m\u00e9lange particulier d\u2019acides amin\u00e9s et d\u2019autres compos\u00e9s chimiques de l\u2019embouchure du fleuve \u00e0 leur lieu de naissance.<\/p>\n<p><strong>Vocabulaire\u00a0<\/strong>:<br \/>\nLe Mioc\u00e8ne est la premi\u00e8re \u00e9poque du N\u00e9og\u00e8ne et la quatri\u00e8me de l&rsquo;\u00e8re C\u00e9nozo\u00efque. Il s&rsquo;\u00e9tend de 23,03 \u00b1 0,05 \u00e0 5,332 \u00b1 0,005 millions d&rsquo;ann\u00e9es1. Il est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;Oligoc\u00e8ne et suivi par le Plioc\u00e8ne. Le nom \u00ab Mioc\u00e8ne \u00bb a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par Charles Lyell \u00e0 partir du grec \u03bc\u03b5\u03af\u03c9\u03bd (meioon, moins) et \u03ba\u03b1\u03b9\u03bd\u03cc\u03c2 (kainos, nouveau), moins r\u00e9cent, car cette p\u00e9riode comporte moins d&rsquo;invert\u00e9br\u00e9s marins modernes que le Plioc\u00e8ne.<br \/>\nDurant sa premi\u00e8re moiti\u00e9, le Mioc\u00e8ne connait une p\u00e9riode de r\u00e9chauffement puis d&rsquo;optimum climatique. La v\u00e9g\u00e9tation tropicale remonte vers le nord, favorisant l&rsquo;expansion des faunes africaines, et notamment des\u00a0Hominoidea\u00a0en Europe et en Asie. \u00c0 partir de 14,5 millions d&rsquo;ann\u00e9es (Ma), le climat connait une tendance au refroidissement et \u00e0 l&rsquo;ass\u00e8chement, qui se poursuivra avec des fluctuations pendant le\u00a0Plioc\u00e8ne, jusqu&rsquo;\u00e0 parvenir aux cycles glaciaires du\u00a0Pl\u00e9istoc\u00e8ne. \u00c0 la fin du Mioc\u00e8ne, la\u00a0temp\u00e9rature\u00a0baisse et le\u00a0climat\u00a0devient plus sec. l&rsquo;Australie\u00a0devient\u00a0semi-aride. (wikipedia)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Sacr\u00e9 \u00ab\u00a0Jeune Ecrivain de l&rsquo;ann\u00e9e\u00a0\u00bb en Grande-Bretagne en 2018, Adam Weymouth est journaliste. Sp\u00e9cialiste des questions environnementales et \u00e9cologiques, il collabore notamment avec The Guardian et The Atlantic. Albin Michel \u2013 31.03.2021 \u2013 333 pages (traducteur\u00a0: Bruno Boudard) R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Long de plus de trois mille kilom\u00e8tres, le Yukon traverse le Canada et l&rsquo;Alaska avant &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13945\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":13946,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1322,113,35,193,18,453],"tags":[585,80,437,684,1077,403,1425,365,169],"class_list":["post-13945","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1322","category-alaska","category-coup-de-coeur-lectures","category-etude-de-societe","category-anglaise","category-nature-writing","tag-animaux-marins","tag-aventure","tag-ecologie","tag-environnement","tag-extinction-des-especes","tag-nature","tag-saumon","tag-science","tag-violence"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13945","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13945"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13945\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13947,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13945\/revisions\/13947"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/13946"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13945"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13945"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13945"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}