{"id":13956,"date":"2021-07-06T11:26:59","date_gmt":"2021-07-06T09:26:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13956"},"modified":"2021-07-06T11:34:02","modified_gmt":"2021-07-06T09:34:02","slug":"barbery-muriel-une-gourmandise-2000","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13956","title":{"rendered":"Barbery, Muriel \u00abUne gourmandise\u00bb (2000)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Autrice<\/strong>\u00a0: n\u00e9e le 28 mai 1969 \u00e0 Casablanca (Maroc), est une romanci\u00e8re fran\u00e7aise. Agr\u00e9g\u00e9e de philosophie (1993) \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole normale sup\u00e9rieure (Paris), elle commence sa carri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Bourgogne.<\/p>\n<p><strong>Ses romans<\/strong>\u00a0: <em><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13956\">Une gourmandise<\/a> <\/span><\/em>(2000) &#8211; <em>L&rsquo;\u00c9l\u00e9gance du h\u00e9risson<\/em> (2006) &#8211; La Vie des elfes (2015) \u2013 Un \u00e9trange pays (2019) \u2013 Une rose seule (2020)<\/p>\n<p>Gallimard la blanche \u2013 25.08.2000 \u2013 145 pages \/ \u2013 Folio &#8211; 05.02.2002 &#8211; 165 pages<br \/>\n<em>Une <\/em><em>gourmandise, <\/em>son premier roman, a re\u00e7u le prix du Meilleur Livre de Litt\u00e9rature gourmande 2000 et le prix Bacchus BSN 2001. II est traduit en onze langues.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: C&rsquo;est le plus grand critique culinaire du monde, le Pape de la gastronomie, le Messie des agapes somptueuses. Demain, il va mourir. Il le sait et il n&rsquo;en a cure : aux portes de la mort, il est en qu\u00eate d&rsquo;une saveur qui lui trotte dans le c\u0153ur, une saveur d&rsquo;enfance ou d&rsquo;adolescence, un mets original et merveilleux dont il pressent qu&rsquo;il vaut bien plus que tous ses festins de gourmet accompli. Alors il se souvient. Silencieusement, parfois fr\u00e9n\u00e9tiquement, il vogue au gr\u00e9 des m\u00e9andres de sa m\u00e9moire gustative, il plonge dans les cocottes de son enfance, il en arpente les plages et les potagers, entre campagne et parfums, odeurs et saveurs, fragrances, fumets, gibiers, viandes, poissons et premiers alcools&#8230; Il se souvient et il ne trouve pas. Pas encore.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: \u00a0J\u2019avais ador\u00e9 \u00abL&rsquo;\u00c9l\u00e9gance du h\u00e9risson\u00a0\u00bb et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e0 nouveau sous le charme de l\u2019\u00e9criture de Muriel Barbery.<br \/>\nUne gourmandise, un r\u00e9gal, tant sur le fond que sur la forme.. J\u2019y ai retrouv\u00e9 l\u2019humanit\u00e9 qui se cache derri\u00e8re la carapace, comme c\u2019\u00e9tait le cas dans le personnage de la concierge du H\u00e9risson.<br \/>\nDeux mondes s\u2019affrontent, l\u2019\u00eatre et le para\u00eetre, les attitudes inn\u00e9es et les acquises, le visc\u00e9ral et le social \u2026 mais ces deux mondes s\u2019affrontent de fait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une m\u00eame personne, un critique gastronomique r\u00e9put\u00e9 et \u00ab\u00a0imbuvable\u00a0\u00bb qui vit ses derni\u00e8res heures et cherche \u00e0 se raccrocher \u00e0 ce qui a donn\u00e9 un sens \u00e0 sa vie, recherche sa \u00ab madeleine de Proust \u00bb pour pouvoir mourir en paix. Pour cela il se rem\u00e9more sa vie, au travers des senteurs, des saveurs, des r\u00e9miniscences.<br \/>\nEt pour lui les souvenirs sont li\u00e9s \u00e0 la nourriture : le cru et le cuit\u2026 la viande et le poisson \u2026 le pain et le g\u00e2teau \u2026 le vin\u00a0 et les alcools locaux.. la glace et le sorbet.. les crudit\u00e9s et la sexualit\u00e9\u2026 les cinq sens&#8230;<br \/>\nLa plong\u00e9e dans le monde de l&rsquo;enfance est la cl\u00e9 de l&rsquo;existence&#8230;<br \/>\nUn bijou qui se savoure, se d\u00e9guste\u2026 et donne envie de lire les autres livres de cette romanci\u00e8re qui \u00e9crit si bien. Car le festival n\u2019est pas que gustatif, il est aussi litt\u00e9raire.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Je vais mourir et je ne parviens pas \u00e0 me rappeler une saveur qui me trotte dans le c\u0153ur. Je sais que cette saveur-l\u00e0, c&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re et ultime de toute nia vie, qu&rsquo;elle d\u00e9tient la clef d&rsquo;un c\u0153ur que j&rsquo;ai fait taire depuis. Je sais que c&rsquo;est une saveur d&rsquo;enfance, ou d&rsquo;adolescence, un mets originel et merveilleux avant toute vocation critique, avant tout d\u00e9sir et toute pr\u00e9tention \u00e0 dire mon plaisir de manger. Une saveur oubli\u00e9e, nich\u00e9e au plus profond de moi-m\u00eame et qui se r\u00e9v\u00e8le au cr\u00e9puscule de ma vie comme la seule v\u00e9rit\u00e9 qui s&rsquo;y soit dite &#8211; ou faite. Je cherche et je ne trouve pas.<\/p>\n<p>il y avait une \u00e9tincelle nouvelle, in\u00e9dite, comme une petite poussi\u00e8re d&rsquo;expectative, d&rsquo;espoir, inconcevable, angoissante et paralysante parce que, depuis longtemps, je m&rsquo;\u00e9tais accoutum\u00e9e \u00e0 ce qu&rsquo;il n&rsquo;attende rien de moi.<\/p>\n<p>Comme au ralenti, sur la toile douloureuse de mes d\u00e9sirs d\u00e9\u00e7us, les secondes d\u00e9filent ; la question, la r\u00e9ponse, l&rsquo;attente puis l&rsquo;an\u00e9antissement.<\/p>\n<p>Ce qui, \u00e0 l&rsquo;aune du sens commun, para\u00eet magique et magistral, se brise path\u00e9tiquement au pied des falaises du g\u00e9nie.<\/p>\n<p>Elles savaient bien, par-del\u00e0 toutes les humiliations subies, non en leur nom propre mais en raison de leur condition de femmes, que lorsque les hommes rentraient et s&rsquo;asseyaient, leur r\u00e8gne \u00e0 elles pouvait commencer.<\/p>\n<p>[ \u2026] que sont les enfants sinon de monstrueuses excroissances de nous-m\u00eames, de pitoyables substituts \u00e0 nos d\u00e9sirs non r\u00e9alis\u00e9s ?<\/p>\n<p>le garde-fou de mes parents, c&rsquo;\u00e9taient leur ti\u00e9deur et leur m\u00e9diocrit\u00e9 appliqu\u00e9es qui les prot\u00e9geaient de l&rsquo;exc\u00e8s, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;ab\u00eeme.<\/p>\n<p>La viande est virile, puissante, le poisson est \u00e9trange et cruel. Il vient d&rsquo;un autre monde, celui d&rsquo;une mer secr\u00e8te qui jamais ne se livrera, il t\u00e9moigne de l&rsquo;absolue relativit\u00e9 de notre existence et pourtant, il se donne \u00e0 nous dans le d\u00e9voilement \u00e9ph\u00e9m\u00e8re d&rsquo;une contr\u00e9e inconnue.<\/p>\n<p>Qui est cuisinier ne peut l&rsquo;\u00eatre pleinement que par la mobilisation de ses cinq sens. Un mets doit \u00eatre un r\u00e9gal pour le regard, l&rsquo;odorat, le go\u00fbt bien s\u00fbr &#8211; mais aussi le toucher, qui oriente le choix du chef dans tant d&rsquo;occasions et joue son r\u00f4le dans la f\u00eate gastronomique. Il est vrai que l&rsquo;ou\u00efe semble un peu en retrait de la valse ; mais manger ne se fait pas en silence, non plus que dans le vacarme, tout son qui interf\u00e8re avec la d\u00e9gustation y participe ou la contrarie, de telle sorte que le repas est r\u00e9solument kinesth\u00e9sique.<\/p>\n<p>Ainsi, cette femme fruste, presque analphab\u00e8te, ce rebut d&rsquo;humanit\u00e9 dardant sur son entourage des relents de pourriture, avait dessin\u00e9 un jardin aux effluves de paradis. Dans un savant enchev\u00eatrement de fleurs sauvages, de ch\u00e8vrefeuille, de roses anciennes \u00e0 la teinte fan\u00e9e savamment entretenue, un potager saupoudr\u00e9 de pivoines \u00e9clatantes et de sauge bleue s&rsquo;enorgueillissait des plus belles laitues de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Combien de vieilles femmes \u00e0 la campagne sont ainsi dou\u00e9es d&rsquo;une intuition sensorielle hors du commun, qu&rsquo;elles mettent au service du jardinage, des potions aux herbes ou des rago\u00fbts de lapin au thym et, g\u00e9nies m\u00e9connus, meurent tandis que leur don aura \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9 de tous &#8211; car nous ne savons pas, le plus souvent, que ce qui nous para\u00eet si anodin et si d\u00e9risoire, un jardin chaotique au c\u0153ur de la campagne, peut relever de la plus belle des \u0153uvres d&rsquo;art.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;\u00e9crire, f\u00fbt-ce des chroniques somptueuses, si elles ne disent rien de la v\u00e9rit\u00e9, peu soucieuses du c\u0153ur, inf\u00e9od\u00e9es qu&rsquo;elles sont au plaisir de briller?<\/p>\n<p>Sucre, eau, fruit, pulpe, liquide ou\u00a0\u00a0solide ? La tomate crue, d\u00e9vor\u00e9e dans le jardin sit\u00f4t r\u00e9colt\u00e9e, c&rsquo;est la corne d&rsquo;abondance des sensations simples, une cascade qui essaime dans la bouche et en r\u00e9unit tous les plaisirs. La r\u00e9sistance de la peau tendue, juste un peu, juste assez, le fondant des tissus, de cette liqueur p\u00e9pineuse qui s&rsquo;\u00e9coule au coin des l\u00e8vres et qu&rsquo;on essuie sans crainte d&rsquo;en tacher ses doigts, cette petite boule charnue qui d\u00e9verse en nous des torrents de nature : voil\u00e0 la tomate, voil\u00e0 l&rsquo;aventure.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;avais \u00e0 la bouche, sans en comprendre la signification, que le mot \u00ab terroir \u00bb- mais je sais aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il n&rsquo;y a de \u00ab terroir\u00bb que par la mythologie qu&rsquo;est notre enfance, et que si nous inventons ce monde de traditions enracin\u00e9es dans la terre et l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;une contr\u00e9e, c&rsquo;est parce que nous voulons solidifier, objectiver ces ann\u00e9es magiques et \u00e0 lamais r\u00e9volues qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&rsquo;horreur de devenir adulte.<\/p>\n<p>On croit que les enfants ne savent rien. C&rsquo;est \u00e0 se demander si les grandes personnes ont \u00e9t\u00e9 des enfants, un jour.<\/p>\n<p>La conversation a d\u00e9vi\u00e9 de sa route premi\u00e8re, elle s&rsquo;est engag\u00e9e dans les m\u00e9andres sinueux des alcools locaux.<\/p>\n<p>Les mots : \u00e9crins qui recueillent une r\u00e9alit\u00e9 esseul\u00e9e et la m\u00e9tamorphosent en un moment d&rsquo;anthologie, magiciens qui changent la face de la r\u00e9alit\u00e9 en l&#8217;embellissant du droit de devenir m\u00e9morable, rang\u00e9e dans la biblioth\u00e8que des souvenirs.<\/p>\n<p>les critiques et les chefs sont comme les torchons et les serviettes ; ils se compl\u00e8tent, ils se fr\u00e9quentent, ils travaillent ensemble mais, au fond, ils ne s&rsquo;aiment pas.<\/p>\n<p>La question ce n&rsquo;est pas de manger, ce n&rsquo;est pas de vivre, c&rsquo;est de savoir pourquoi.<\/p>\n<p><strong>Vocabulaire<\/strong>\u00a0\u00a0:<br \/>\n&#8211; <em><strong>Uliginaire,<\/strong><\/em> adj., \/ ou aussi \u00ab\u00a0Uligineux, -euse,, adj.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u2212 [En parlant du sol] Tr\u00e8s humide. Synon. mar\u00e9cageux.Sol, terrains uligineux; terre uligineuse.<br \/>\n\u2212 [En parlant de v\u00e9g\u00e9taux] Qui cro\u00eet ou vit dans les lieux tr\u00e8s humides. Plantes uligineuses<\/p>\n<p><strong>&#8211; <em>Blandices<\/em><\/strong>\u00a0: Terme exclusivement utilis\u00e9 sous sa forme plurielle, blandices, des flatteries, des techniques utilis\u00e9es pour charmer ou s\u00e9duire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0: n\u00e9e le 28 mai 1969 \u00e0 Casablanca (Maroc), est une romanci\u00e8re fran\u00e7aise. Agr\u00e9g\u00e9e de philosophie (1993) \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole normale sup\u00e9rieure (Paris), elle commence sa carri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Bourgogne. 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