{"id":14028,"date":"2021-07-21T18:25:26","date_gmt":"2021-07-21T16:25:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14028"},"modified":"2021-07-21T18:42:43","modified_gmt":"2021-07-21T16:42:43","slug":"swift-graham-le-dimanche-des-meres-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14028","title":{"rendered":"Swift, Graham \u00abLe dimanche des m\u00e8res\u00bb (2017)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: n\u00e9 le 4 mai 1949 \u00e0 Londres, est un \u00e9crivain britannique. Il fait ses \u00e9tudes comme \u00e9l\u00e8ve du Dulwich College de Londres, puis du Queens&rsquo; College de l&rsquo;Universit\u00e9 de Cambridge, et plus tard de l\u2019Universit\u00e9 d&rsquo;York.Il amorce sa carri\u00e8re d&rsquo;\u00e9crivain en 1980 avec la publication du roman The Sweet-Shop Owner, mais c&rsquo;est deux ans plus tard, avec L\u2018Affaire Shuttlecock (Shuttlecock), qu&rsquo;il attire l&rsquo;attention et remporte le prix Geoffrey Faber Memorial.<\/p>\n<p><strong>Autres romans traduits en fran\u00e7ais<\/strong>\u00a0: <em>L\u2018Affaire Shuttlecock &#8211; Le Pays des eaux &#8211; Hors de ce monde &#8211; A tout jamais &#8211; <\/em>\u00a0<em>La Derni\u00e8re Tourn\u00e9e &#8211; La Lumi\u00e8re du jour \u2013 Demain &#8211; J\u2019aimerais tellement que tu sois l\u00e0 &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14028\">Le Dimanche des m\u00e8res<\/a><\/span> &#8211; Le grand jeu<\/em><\/p>\n<p>Gallimard \u2013 du monde entier \u2013 12.01.2017 \u2013 144 pages \/ Folio \u2013 03.01.2019 \u2013 176 pages (Marie-Odile Fortier-Masek (Traductrice) \u2013 <em>Titre original\u00a0: <\/em><em>Mothering Sunday: A Romance<\/em><em>\u00a0(2016)<\/em><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Angleterre, 30 mars 1924. Comme chaque ann\u00e9e, les aristocrates donnent cong\u00e9 \u00e0 leurs domestiques pour qu&rsquo;ils aillent rendre visite \u00e0 leur m\u00e8re le temps d&rsquo;un dimanche. Jane, la jeune femme de chambre des Niven, est orpheline et se trouve donc d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e. Va-t-elle passer la journ\u00e9e \u00e0 lire\u00a0? Va-t-elle parcourir la campagne \u00e0 bicyclette en cette magnifique journ\u00e9e\u00a0? Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que Paul Sheringham, un jeune homme de bonne famille et son amant de longue date, lui propose de le retrouver dans sa demeure d\u00e9sert\u00e9e.<br \/>\nTous deux go\u00fbtent pour la derni\u00e8re fois \u00e0 leurs rendez-vous secrets, car Paul doit \u00e9pouser la riche h\u00e9riti\u00e8re Emma Hobday. Pour la premi\u00e8re &#8211; et derni\u00e8re &#8211; fois, Jane d\u00e9couvre la chambre de son amant ainsi que le reste de la maison. Elle la parcourt, nue, tandis que Paul part rejoindre sa fianc\u00e9e. Ce dimanche des m\u00e8res 1924 changera \u00e0 jamais le cours de sa vie. Graham Swift d\u00e9peint avec sensualit\u00e9 et subtilit\u00e9 une aristocratie d\u00e9clinante, qui porte les stigmates de la Premi\u00e8re Guerre &#8211; les fils ont disparu, les voitures ont remplac\u00e9 les chevaux, la domesticit\u00e9 s&rsquo;est r\u00e9duite&#8230;<br \/>\nIl parvient \u00e0 insuffler \u00e0 ce court roman une rare intensit\u00e9, et c\u00e9l\u00e8bre le plaisir de la lecture et l&rsquo;art de l&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Je suis tomb\u00e9e absolument par hasard sur ce petit livre et je suis ravie de l\u2019avoir lu. Un moment tr\u00e8s agr\u00e9able, dans l\u2019Angleterre des ann\u00e9es 20. Une jeune orpheline plac\u00e9e comme bonne dans une famille d\u00e9couvre l\u2019amour tout en sachant pertinemment que cette liaison est sur le point de se terminer car le jeune aristocrate de son c\u0153ur va se marier sous peu. \u00a0Le jeune homme lui offre une derni\u00e8re rencontre qui devrait \u00eatre un souvenir et une marque de confiance synonyme de cadeau pour elle. Mais la journ\u00e9e s\u2019ach\u00e8vera dans les larmes.<br \/>\nQuatre-vingt ans apr\u00e8s, la jeune fille, qui entre-temps sera devenue romanci\u00e8re, raconte comment sa vie a bascul\u00e9, comment elle est pass\u00e9e de petite bonne \u00e0 romanci\u00e8re, sa d\u00e9couverte des livres, des mots, de la litt\u00e9rature\u2026 Elle nous offre une belle histoire de femme qui, partie de rien, deviendra quelqu\u2019un. Elle nous dit comment, en se servant de ses exp\u00e9riences, elle a construit des personnages, en s\u2019inspirant de personnes qu\u2019elle a connues mais en gardant toujours sa part de secrets.<br \/>\nEt en prime un hommage \u00e0 Joseph Conrad n\u2019est pas pour me d\u00e9plaire\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Ce rire pouvait encore jaillir, \u00e0 l\u2019improviste, de sa fa\u00e7ade polic\u00e9e, un rire explosif, cacophonique, comme si un moule avait vol\u00e9 en \u00e9clats.<\/p>\n<p>Elle disposait d\u00e9sormais de beaucoup de mots qui n\u2019entraient pas dans le vocabulaire d\u2019une bonne. \u00c0 commencer par le mot \u00ab\u00a0vocabulaire\u00a0\u00bb. Elle les glanait par-ci par-l\u00e0, un peu de la fa\u00e7on dont certains oiseaux b\u00e2tissent leurs nids.<\/p>\n<p>De toute fa\u00e7on, dans leur milieu, s\u2019habiller n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 une simple pratique consistant \u00e0 se nipper vite fait, on y voyait, au contraire, un assemblage solennel.<\/p>\n<p>Un bien curieux personnage qu\u2019une nounou, cette m\u00e8re de substitution qui amenait l\u2019enfant \u00e0 ses parents \u00e0 cinq heures, telle une cuisini\u00e8re pr\u00e9sentant un g\u00e2teau.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quoi, il disparut. Pas d\u2019au revoir. Pas m\u00eame un petit baiser. Juste un dernier regard. Comme s\u2019il l\u2019aspirait, comme s\u2019il la buvait jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re goutte.<\/p>\n<p>L\u2019utilit\u00e9 des biblioth\u00e8ques, se disait-elle parfois, tenait moins au fait qu\u2019elles contenaient des livres, qu\u2019\u00e0 celui qu\u2019elles pr\u00e9servaient cette atmosph\u00e8re sacr\u00e9e de \u00ab\u00a0pri\u00e8re de ne pas d\u00e9ranger\u00a0\u00bb d\u2019un sanctuaire masculin.<\/p>\n<p>Cela m\u2019a toujours paru la condition id\u00e9ale pour devenir \u00e9crivain \u2014\u00a0surtout romanci\u00e8re. N\u2019avoir aucune r\u00e9f\u00e9rence. Partir avec une feuille vierge ou, plut\u00f4t, <em>\u00eatre<\/em> soi-m\u00eame une feuille vierge. N\u2019\u00eatre personne. Comment peut-on devenir quelqu\u2019un si l\u2019on n\u2019a pas d\u2019abord \u00e9t\u00e9 personne\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tiens, voil\u00e0 un mot \u00e0 ajouter \u00e0 votre vocabulaire, peu employ\u00e9 de nos jours, n\u2019est-ce pas\u00a0? <em>Champise<\/em>, une enfant trouv\u00e9e. On croirait une expression du dix-huiti\u00e8me. Ou droit sortie d\u2019un conte de f\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00catre une bonne, c\u2019\u00e9tait un peu comme \u00eatre une orpheline\u00a0: vous viviez dans la maison d\u2019autrui, vous n\u2019aviez pas de chez-vous.<\/p>\n<p>Elle deviendrait \u00e9crivain et parce qu\u2019elle \u00e9tait \u00e9crivain, ou parce que c\u2019\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment cela qui l\u2019avait incit\u00e9e \u00e0 devenir \u00e9crivain, elle \u00e9tait obs\u00e9d\u00e9e par le caract\u00e8re changeant des mots. Un mot n\u2019\u00e9tait pas une chose, loin de l\u00e0.\u00a0Une chose n\u2019\u00e9tait pas un mot. Cependant, d\u2019une certaine fa\u00e7on, les deux \u2014\u00a0choses\u00a0\u2014 devenaient ins\u00e9parables. Tout n\u2019\u00e9tait-il qu\u2019une pure et simple fabrication\u00a0? Les mots \u00e9taient comme une peau invisible qui enveloppait le monde, qui lui conf\u00e9rait une r\u00e9alit\u00e9. Pourtant vous ne pouviez pas dire que le monde n\u2019existerait pas, ne serait pas r\u00e9el si vous supprimiez les mots.<\/p>\n<p>Qui sait si certaines choses, certains endroits ne se mettent pas \u00e0 exister avec plus d\u2019authenticit\u00e9 dans l\u2019esprit\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous sommes tous du combustible. Sit\u00f4t n\u00e9s, nous nous consumons, et certains d\u2019entre nous plus vite que d\u2019autres. Il existe diff\u00e9rentes sortes de combustion. Mais ne jamais br\u00fbler, ne jamais s\u2019enflammer, ne serait-ce pas triste\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Un \u00ab\u00a0conte\u00a0\u00bb avait quelque chose de plus s\u00e9duisant qu\u2019une \u00ab\u00a0histoire\u00a0\u00bb, cela sans doute parce qu\u2019il sugg\u00e9rait qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas enti\u00e8rement fid\u00e8le \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, qu\u2019il pouvait comporter une plus grande part d\u2019invention.<br \/>\nRestait en arri\u00e8re-plan une question au sujet de chacun de ces mots \u2014\u00a0conte, histoire et m\u00eame r\u00e9cit\u00a0\u2014, \u00e0 savoir, quelle \u00e9tait la part de v\u00e9rit\u00e9 dans chacun d\u2019eux. Sans oublier le mot \u00ab\u00a0fiction\u00a0\u00bb \u2014\u00a0un jour, ce serait son domaine\u00a0\u2014 qui, lui, pouvait sembler nier toute part de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Les gens lisent des livres pour \u00e9chapper \u00e0 eux-m\u00eames, pour oublier leurs probl\u00e8mes, n\u2019est-ce pas\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: n\u00e9 le 4 mai 1949 \u00e0 Londres, est un \u00e9crivain britannique. 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