{"id":14093,"date":"2021-07-31T10:43:13","date_gmt":"2021-07-31T08:43:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14093"},"modified":"2021-07-31T11:26:52","modified_gmt":"2021-07-31T09:26:52","slug":"barreteau-virginie-ceux-des-marais-2021","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14093","title":{"rendered":"Barreteau, Virginie \u00abCeux des marais\u00bb (2021)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Autrice<\/strong>\u00a0: Virginie Barreteau est n\u00e9e en 1976. Elle est autrice pour le th\u00e9\u00e2tre (La Centrale et la Geste des endormis, \u00e9ditions Quartett) et com\u00e9dienne ; elle a \u00e9galement mis en sc\u00e8ne quatre de ses pi\u00e8ces. Ceux des marais est son premier roman.<\/p>\n<p>Editions Inculte \u2013 3.3.2021 \u2013 192 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Dans un pays de marais, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, un docteur rend visite \u00e0 ses patients en flottant sur sa \u00ab\u00a0plate\u00a0\u00bb, la sorte de barque qu&rsquo;on utilise dans ce coin-l\u00e0. De maison en maison, d&rsquo;\u00eelot en \u00eelot, il sillonne ce paysage d&rsquo;eau et de limon. Ses tourn\u00e9es le m\u00e8nent \u00e0 la rencontre d&rsquo;une population mis\u00e9reuse et isol\u00e9e, r\u00e9duite \u00e0 quelques poign\u00e9es de familles, aupr\u00e8s desquelles il fait office de vigie autant que de gu\u00e9risseur.<br \/>\nPassionn\u00e9 de photographie, il a aussi l&rsquo;\u00e9trange manie de faire poser les habitants pour lui, comme s&rsquo;il cherchait \u00e0 ausculter \u00e0 la fois l&rsquo;int\u00e9rieur et l&rsquo;ext\u00e9rieur des \u00eatres. Il devient ainsi le t\u00e9moin de leurs vies, l&rsquo;archiviste de leurs traces, le gardien de leur m\u00e9moire &#8211; et le r\u00e9v\u00e9lateur des troubles qui circulent entre les corps. Mais lorsque Pacot, l&rsquo;un de ceux des marais, disparait myst\u00e9rieusement, son absence perturbe le cours immuable de ce microcosme.<br \/>\nDans une prose impr\u00e9gn\u00e9e parle parler de ses personnages et par la po\u00e9sie crue des paludes, ce roman tout en clair-obscur montre la lumi\u00e8re discr\u00e8te et obstin\u00e9e qui \u00e9mane de la vie des gens de peu. A l&rsquo;image de l&rsquo;\u00e9clat brusque du flash photographique, il r\u00e9v\u00e8le la fragilit\u00e9 et l&rsquo;archa\u00efque ent\u00eatement des existences humaines.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Alors la Vend\u00e9e des ann\u00e9es 1960 \u2026 ce que cela a pu m\u2019ennuyer\u00a0!!!<br \/>\nJe m\u2019attendais \u00e0 une description des marais, mais du style myst\u00e9rieux, entre ombre et brouillard, avec des personnages attachants. Mais malheureusement je n\u2019ai rien trouv\u00e9 d\u2019attachant, rien de nimb\u00e9 de brume et de sensualit\u00e9\u2026 Je n\u2019y ai vu que de la boue, du sale, du glauque, du sordide.<br \/>\nUn medecin qui se sert de son objectif \u00e0 la fois pour prendre de la distance avec les gens et \u00e0 la fois pour se payer d\u2019une certaine mani\u00e8re quand les gens n\u2019ont pas de quoi le r\u00e9mun\u00e9rer..<br \/>\nCertes la vie dans les marias dans les ann\u00e9es 60 \u00e9tait dure mais un petit rayon d\u2019humanit\u00e9 dans ce monde n\u2019aurait pas fait de mal\u2026 Le flash fait ressortir le sombre et je dois dire que je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e par les personnages, je n\u2019ai pas ressenti d\u2019empathie. Tous m\u2019ont paru faux, fuyants, gris dehors et sombres \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. AU programme, maladie, viol, meurtre, accouchements difficiles, mort, folie, peur, d\u00e9fiance, disparition, fuite\u2026<br \/>\nEt la photographie dans tout \u00e7a\u00a0? oui\u2026 un miroir r\u00e9v\u00e9lateur de la \u00ab\u00a0sombritude\u00a0\u00bb\u2026<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 que je ne suis pas tr\u00e8s ruralit\u00e9, l\u00e0 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019au bout mais j\u2019ai ram\u00e9, comme rarement \u2026 et je n\u2019ai pas du tout du tout \u00e9t\u00e9 conquise\u2026 Mis \u00e0 part quelques jolies phrases, j&rsquo;ai tout d\u00e9test\u00e9 dans ce roman&#8230; (l&rsquo;ambiance, les personnages, les histoires, le n\u00e9gativisme) &#8230; Un des flops de l&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>C\u2019est la scl\u00e9rose des jours ici qui rend malade, l\u2019inertie. Ce \u00e0 quoi sa femme, calme et immobile, semble se r\u00e9signer\u00a0; cette r\u00e9signation le met parfois dans une col\u00e8re \u00e0 casser les pierres.<\/p>\n<p>Il fait geindre la porte, elle se referme avec le son mat d\u2019une ventouse.<\/p>\n<p>Les journ\u00e9es sont longues et ne servent plus \u00e0 rien.<\/p>\n<p>il aime les d\u00e9velopper ses images, en utilisant des mati\u00e8res min\u00e9rales et animales, empruntant leur technique aux peintres d\u2019ic\u00f4nes.<\/p>\n<p>\u00c0 cinq heures. L\u2019heure o\u00f9 la lumi\u00e8re va \u00e9clairer les choses, puis l\u2019heure o\u00f9 elle va s\u2019en abstraire, les renvoyant \u00e0 leur masse, \u00e0 leur solitude.<\/p>\n<p>Les champs, les canaux, les mares, les ruisseaux, ce qu\u2019il en raconte est comme le paysage d\u2019ici, d\u2019une platitude \u00e0 vous assommer.<\/p>\n<p>Le lendemain, le vent est calm\u00e9, le paysage d\u2019un gris humide et lumineux. Parfois il se couvre \u00e0 nouveau, une immense cloche de bronze se referme alors sur le marais. Puis par quel miracle\u00a0? \u00e7a se soul\u00e8ve lentement ou se fissure soudain pour laisser passer un rayon.<\/p>\n<p>Cette maison d\u00e9j\u00e0, y l\u2019avons sortie d\u2019terre en une nuit. C\u2019est ses parents \u00e0 elle\u00a0!\u00a0\u00bb \u00c0 l\u2019\u00e9poque, \u00e7a se faisait que la commune, si en une nuit la maison \u00e9tait construite et qu\u2019au matin la chemin\u00e9e fumait, alors elle allait pas chercher des probl\u00e8mes, la commune.<\/p>\n<p>Cet objectif, leur semble-t-il, attrape quelque chose d\u2019eux, sans qu\u2019ils puissent en avoir la ma\u00eetrise, et qui, d\u00e8s lors, ne leur appartient plus. Cela touche \u00e0 la sorcellerie, pensent-ils sans oser l\u00e2cher le mot. Certains pensent m\u00eame qu\u2019une partie de leur esprit s\u2019en va, les quitte avec la photo, ils en ont d\u00e9j\u00e0 si peu, pense-t-il en riant.<\/p>\n<p>pour les Am\u00e9rindiens, les doubles photographiques avaient une existence r\u00e9elle, ind\u00e9pendante, comme autant de spectres, de r\u00e9pliques d\u2019eux-m\u00eames, qui continuaient d\u2019exister, fix\u00e9s dans l\u2019instant de la prise. Ces doubles portaient un nom, mais \u00e7a ne lui revenait pas. Une personne ne pouvait pas mourir compl\u00e8tement si ses doubles persistaient. Il fallait les lui ramener, ou les br\u00fbler.<\/p>\n<p>Ils sont taill\u00e9s comme des menhirs et ne cherchent qu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre, qu\u2019\u00e0 esquiver face au regard, ils ont honte, ils n\u2019aiment pas qu\u2019on porte le regard sur eux.<\/p>\n<p>Aucalis, fleur pr\u00e9cise, barom\u00e8tre du berger, m\u00eame s\u00e8che reste ouverte et se referme comme les doigts de V\u00e9ronique quand vient l\u2019humidit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c7a lui revient maintenant, ils avaient parl\u00e9 de la Chine \u00e0 l\u2019\u00e9cole de m\u00e9decine. Il cherche dans ses souvenirs tout en poussant la rame dans la vase, les m\u00e9decins prot\u00e9geaient la sant\u00e9 des habitants, ils observaient l\u2019\u00e9quilibre, comme un pouls, ils l\u2019\u00e9coutaient et, quand \u00e7a commen\u00e7ait \u00e0 battre de travers, ils donnaient des soins, traitaient pour \u00e9viter que le mal plus tard ne se mette dedans et qu\u2019ensuite, ils aient \u00e0 gu\u00e9rir des pots cass\u00e9s.<br \/>\n\u00ab\u00a0Mais ici y a que \u00e7a des pots cass\u00e9s\u2026\u00a0\u00bb<br \/>\nOn les r\u00e9parait, les pots cass\u00e9s, avec de la laque et de la poudre d\u2019or, il ne se souvient plus o\u00f9 ni quand. Il l\u2019avait appris \u00e0 l\u2019\u00e9cole de m\u00e9decine \u00e9galement, comme une philosophie utile aux futurs soignants. Ou bien c\u2019\u00e9tait encore ce m\u00eame camarade qui lui avait racont\u00e9 pendant une pause. S\u2019il avait sa photo sous les yeux, alors \u00e7a lui reviendrait\u2026<br \/>\nChaque f\u00ealure, chaque brisure \u00e9tait ainsi mise en valeur et redonnait au pot une seconde vie.<\/p>\n<p>Maintenant, les sc\u00e8nes peuvent appara\u00eetre. Il appelle \u00e7a des sc\u00e8nes. Pour lui, ces images ne sont pas seulement des images, elles continuent de vivre, en elles-m\u00eames, dans et avec la mati\u00e8re, elles deviennent mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Car cette r\u00e9alit\u00e9, leur r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 eux, il pr\u00e9f\u00e8re la contourner, la recomposer avec son appareil photo, la sublimer par l\u2019image, il ne peut pas la regarder en face, dans sa crudit\u00e9, il ne veut pas la voir, la vraie mis\u00e8re, celle qui m\u00e8ne au viol, au crime.<\/p>\n<p><strong>Vocabulaire<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p><em><strong>Bourrine<\/strong><\/em>\u00a0: habitation traditionnelle du marais breton vend\u00e9en, les murs sont construits avec un m\u00e9lange de terre, sable, eau et paille couverte d&rsquo;une toiture de roseaux, elle est un exemple de l&rsquo;exploitation des ressources locales pour la construction de b\u00e2timents.<\/p>\n<p><strong><em>Gringotter<\/em><\/strong>\u00a0: Chanter, pour certains oiseaux : rossignol, serin, grive. &#8230; (Vieilli) Chantonner plus ou moins mal.<\/p>\n<p><strong><em>Ningle<\/em><\/strong>\u00a0: Il s\u2019agit d\u2019une perche de bois employ\u00e9e en Vend\u00e9e, dans le marais breton-vend\u00e9en. Longue de plus de 3 m\u00e8tres, la ningle permet de franchir les foss\u00e9s en se propulsant d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p><strong><em>Rab\u00e2terie<\/em><\/strong>\u00a0: le mot \u201crabat\u201d d\u00e9signe un revenant, un fant\u00f4me, voire un lutin. Ainsi, les fant\u00f4mes \u00ab rab\u00e2tent \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils font du \u00ab raffut \u00bb. En ancien fran\u00e7ais, \u00ab\u00a0rabaster\u00a0\u00bb prenait le sens de \u00ab faire du tapage \u00bb, \u00ab frapper, chamailler \u00bb.<\/p>\n<p><em><strong>pola\u00efe<\/strong><\/em> : (ou paula\u00efe) est une danse traditionnelle de Vend\u00e9e, qui est une forme archa\u00efque de la grand-danse.<br \/>\nC&rsquo;est une ronde chant\u00e9e qui existe sous deux formes : ronde \u00e0 pas unique ou ronde en deux parties. Dans la forme \u00e0 pas unique, les danseurs \u00e9voluent vers le centre en d\u00e9pla\u00e7ant la ronde vers la gauche. Dans la version post\u00e9rieure en deux parties : les danseurs \u00e9voluent vers le centre dans la premi\u00e8re partie et dans la seconde les danseurs se d\u00e9placent sur le cercle dans le sens des aiguilles de la montre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0: Virginie Barreteau est n\u00e9e en 1976. Elle est autrice pour le th\u00e9\u00e2tre (La Centrale et la Geste des endormis, \u00e9ditions Quartett) et com\u00e9dienne ; elle a \u00e9galement mis en sc\u00e8ne quatre de ses pi\u00e8ces. Ceux des marais est son premier roman. 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