{"id":14222,"date":"2021-08-17T12:25:59","date_gmt":"2021-08-17T10:25:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14222"},"modified":"2021-08-17T12:26:20","modified_gmt":"2021-08-17T10:26:20","slug":"christie-michael-lorsque-le-dernier-arbre-rl2021","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14222","title":{"rendered":"Christie, Michael \u00ab Lorsque le dernier arbre \u00bb RL2021"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> : Originaire de Thunder Bay, Ontario, en Colombie Britannique, Michael Christie avait fait une entr\u00e9e remarqu\u00e9e sur la sc\u00e8ne litt\u00e9raire avec son premier recueil de nouvelles, Le Jardin du mendiant (Albin Michel, 2012). Traduit dans une quinzaine de langues, <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14222\">\u00ab\u00a0Lorsque le dernier arbre\u00a0\u00bb<\/a><\/span> a \u00e9t\u00e9 finaliste du prestigieux Giller Prize et r\u00e9compens\u00e9 par le Arthur Ellis Award for Best Novel.<\/p>\n<p>Albin-Michel \u2013 18.08.2021 \u2013 608 pages &#8211; Traduit par Sarah Gurcel (titre original \u00ab Greenwood \u00bb)<\/p>\n<p>S\u00e9lectionn\u00e9 pour le Prix FNAC 2021<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00ab Le temps ne va pas dans une direction donn\u00e9e. Il s&rsquo;accumule, c&rsquo;est tout \u2013 dans le corps, dans le monde \u2013, comme le bois. Couche apr\u00e8s couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la pr\u00e9c\u00e9dente, impossible sans celle d&rsquo;avant. Chaque triomphe, chaque d\u00e9sastre inscrit pour toujours dans sa structure. \u00bb<\/p>\n<p>D\u2019un futur proche aux ann\u00e9es 1930, Michael Christie b\u00e2tit, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un architecte, la g\u00e9n\u00e9alogie d\u2019une famille au destin assombri par les secrets et intimement li\u00e9 \u00e0 celui des for\u00eats.<br \/>\n2038. Les vagues \u00e9pid\u00e9miques du Grand D\u00e9p\u00e9rissement ont d\u00e9cim\u00e9 tous les arbres et transform\u00e9 la plan\u00e8te en d\u00e9sert de poussi\u00e8re. L\u2019un des derniers refuges est une \u00eele bois\u00e9e au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortun\u00e9s venus admirer l\u2019ultime for\u00eat primaire. Jacinda y travaille comme de guide, sans v\u00e9ritable espoir d\u2019un avenir meilleur. Jusqu\u2019au jour o\u00f9 un ami lui apprend qu\u2019elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois \u00e0 la r\u00e9putation sulfureuse. Commence alors un r\u00e9cit foisonnant et prot\u00e9iforme dont les ramifications insoup\u00e7onn\u00e9es font \u00e9cho aux \u00e9v\u00e9nements, aux drames et aux bouleversements qui ont fa\u00e7onn\u00e9 notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura \u00e9t\u00e9 abattu\u00a0?<br \/>\nFresque familiale, roman social et \u00e9cologique, ce livre aussi impressionnant qu\u2019original fait de son auteur l\u2019un des \u00e9crivains canadiens les plus talentueux de sa g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Gros coup de c\u0153ur pour cette saga familiale qui va se d\u00e9rouler sur quatre g\u00e9n\u00e9rations, sous forme de dystopie dans un monde qui se meurt. Mais ce n\u2019est presque plus une dystopie, plut\u00f4t un futur proche, 2038\u2026c\u2019est presque demain. En plus de raconter un meurtre \u00e9cologique de la plan\u00e8te, le roman nous entraine aussi dans une chasse \u00e0 l\u2019homme, au kidnappeur d\u2019enfant et nous fait traverser tout le Canada.<\/p>\n<p>Dans un monde de plus en plus nocif pour la sant\u00e9, les for\u00eats sont le dernier poumon qui permet aux humains de respirer, alors qu\u2019une maladie, une nouvelle forme de tuberculose atteint les habitants des villes. Les r\u00e9serves arboris\u00e9es sont le lieu de ressourcement et de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration par excellence des personnes qui en ont les moyens. Il est donc imp\u00e9ratif de les pr\u00e9server et de faire en sorte que les arbres ne soient pas attaqu\u00e9s par des maladies, des champignons ou toute autre pollution. \u00a0Dans ce livre l\u2019auteur fait un parall\u00e8le entre les cath\u00e9drales et les for\u00eats, entre les troncs et les piliers qui soutiennent la cath\u00e9drale, entre la vo\u00fbte et le feuillage, la protection des arbres \u00e9tant source de vie.<\/p>\n<p>Au centre de la vie \u00e9tait l\u2019arbre\u00a0: le roman est construit comme une coupe d\u2019arbre, en cercles concentriques\u00a0:\u00a0 2038 \u2013 2008 &#8211; 1974 \u2013 1934 \u2013 1908 \u2013 1934 \u2013 1974 \u2013 2008 \u2013 2038. Il nous pr\u00e9sente les arbres comme une immense famille, qui sont li\u00e9s par leurs racines se prot\u00e8gent mutuellement, donnent leur vie et leurs spores pour la continuation de l\u2019esp\u00e8ce\u00a0: une famille mais contrairement aux familles humaines, une famille o\u00f9 l\u2019on s\u2019entraide, on sait d\u2019o\u00f9 on vient et on fait tout pour la survie des proches.<\/p>\n<p>En 2038, au d\u00e9but du roman, nous faisons connaissance de la jeune Jacinda Greenwood, sp\u00e9cialiste des arbres et guide dans une \u00eele r\u00e9serve naturelle d\u2019arbres, qui ne semble pas connaitre ses parent et sa famille. En remontant le temps, nous remontons sa g\u00e9n\u00e9alogie, son p\u00e8re Liam, un charpentier\/menuisier amoureux du vieux bois. \u00a0On fait sa connaissance alors qu\u2019il a 34 ans puis on remonte le temps\u2026 Liam \u00e0 10 ans\u2026 Puis sa naissance et sa m\u00e8re, Willow (\u00e0 noter que Willow est un nom d\u2019arbre en anglais \u00ab\u00a0le saule\u00a0\u00bb qui elle aussi vit par et pour les arbres, pour l\u2019\u00e9cologie\u00a0; d\u00e8s 2008 elle a fait de la d\u00e9forestation sa raison de vivre, tout le reste passant au second plan. Au fur et \u00e0 mesure, on se rend compte que le drame de passer au second plan frappe les personnages principaux qui sont tous pr\u00e9sent\u00e9s comme des \u00eatres qui n\u2019ont pas de racines, pas de parents, pas de filiation affective. \u00a0Liam est pass\u00e9 au second plan pour sa m\u00e8re (qui lui pr\u00e9f\u00e8re les arbres), il passera apr\u00e8s la passion de la musique quand il tombera amoureux et n\u2019entretiendra pas de liens affectifs avec sa fille. Willow aussi aura des rapports tr\u00e8s lointains avec sa famille (son p\u00e8re, son oncle, son fils)<br \/>\nAu fil des pages, on fait la connaissance de la famille \u2026 le p\u00e8re et l\u2019oncle de Willow, les Greenwood. La vie des Greenwood est aussi un myst\u00e8re au niveau des racines. \u00a0Plus on avance vers le coeur de l\u2019arbre, plus on entre dans le c\u0153ur de la vie de cette famille, on d\u00e9chiffre les liens qui lient les protagonistes au bois comme mati\u00e8re. Au centre du livre, on repart dans l\u2019autre sens, depuis le centre, l\u2019origine de l\u2019histoire de la famille (1908) vers l\u2019\u00e9poque de Jacinda (2038) et on retraverse la vie en sens inverse.<br \/>\nCe roman colle \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 en cela que le climat est un des probl\u00e8mes majeurs que nous ayons \u00e0 affronter. La d\u00e9forestation est un enjeu majeur et il est imp\u00e9ratif de prot\u00e9ger les arbres et les for\u00eats.<br \/>\nCette fresque familiale est truff\u00e9e de secrets de famille, de mensonges, de non-dits. Mais tout comme les cercles concentriques qui rel\u00e8vent la vie des arbres, les vicissitudes de la vie et du passage des g\u00e9n\u00e9rations sont inscrites dans les m\u00e9moires enfouies.<br \/>\nL\u2019arbre est au centre de tout et des int\u00e9r\u00eats des membres de toute la famille, que ce soit du c\u00f4t\u00e9 protecteur ou destructeur\u00a0: il y a la botaniste guide foresti\u00e8re, les bucherons, les travailleurs du bois, les vendeurs et pilleurs de bois, les protecteurs de la nature, les amoureux de la d\u00e9coration en bois\u2026 La Nature est le personnage principal du roman mais il parle de sujets tr\u00e8s importants comme les foss\u00e9s qui se cr\u00e9ent \u00e0 tous les niveaux\u00a0: le manque d\u2019argent emp\u00eache les hommes de repirer s\u2019ils n\u2019ont pas les moyens de s\u2019offrir des conditions de vie \u00ab\u00a0respirables\u00a0\u00bb. C\u2019est la destruction des beaux endroits par le Dieu Argent\u2026<br \/>\nEnfin un autre sujet au centre du r\u00e9cit est la communication entre les g\u00e9n\u00e9rations, le poids des origines, le lien entre les g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es et futures. Et en toile de fond, les crises \u00e9conomiques et historiques qui secouent la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Et le tour de force est de rendre tous les personnages int\u00e9ressants et attachants\u00a0; tous ont leur part d\u2019ombre et les cicatrices de la vie sont inscrites dans leur \u00e9corce \u2013 plus ou moins profond\u00e9ment &#8211; mais sous l\u2019\u00e9corce, il y a les states, plus ou moins \u00e9paisses en fonction de la gravit\u00e9 des perturbations\u2026 avant d\u2019atteindre le c\u0153ur qui bat au centre de chaque \u00eatre vivant.<\/p>\n<p>Et dire que c\u2019est un premier roman\u00a0!<br \/>\nUn tr\u00e8s grand merci aux Editions Albin Michel pour leur confiance et pour m\u2019avoir permis de d\u00e9couvrir en avant-premi\u00e8re ce roman.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Il a toujours trait\u00e9 son pass\u00e9 comme une \u00e9norme caravane accroch\u00e9e derri\u00e8re lu, un fardeau qui le rattrapera et l\u2019\u00e9crasera s\u2019il ose un jour s\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p>[\u2026] les arbres ont peut-\u00eatre bien une \u00e2me. Ce qui fait du bois une sorte de chair. Et c\u2019est peut-\u00eatre pour \u00e7a que les sonorit\u00e9s des instruments fabriqu\u00e9s en bois plaisent tant \u00e0 nos oreilles\u00a0: le chatoiement choral de la guitare, les battements de c\u0153ur du tambour, les lamentations du violon \u2013 nous les aimons profond\u00e9ment parce qu\u2019on dirait nous.<\/p>\n<p>Toutes les cultures ont leurs mythes sylvestres, depuis l\u2019omnipr\u00e9sent arbre de vie qui soutient litt\u00e9ralement le ciel jusqu\u2019aux arbres monstres d\u00e9vorateurs d\u2019enfants et buveurs de sang humain, en passant par ceux qui jouent des tours, gu\u00e9rissent les malades, m\u00e9morisent des histoires ou jettent des sorts \u00e0 leurs ennemis.<\/p>\n<p>Le meilleur moment pour planter un arbre, c\u2019\u00e9tait il y a vingt ans. \u00c0 d\u00e9faut de quoi c\u2019est maintenant.<\/p>\n<p>Si Harris aime tant la po\u00e9sie, c\u2019est pour cette fa\u00e7on qu\u2019elle a de \u00ab\u00a0prendre\u00a0\u00bb dans sa t\u00eate comme du ciment, contrairement aux \u00e9ph\u00e9m\u00e8res feux d\u2019artifice des romans qui tissent d\u2019interminables histoires sur des familles et des gens qu\u2019il ne connaitra jamais.<\/p>\n<p>Parce que, m\u00eame lorsque vous avez bien coup\u00e9 et pos\u00e9 une pi\u00e8ce de bois, elle continuera \u00e0 vivre apres votre intervention\u00a0: elle absorbera l\u2019humidit\u00e9 et se tordra, se courbera, se d\u00e9formera ind\u00e9pendamment de votre volont\u00e9. Il en va de m\u00eame de nos vies.<\/p>\n<p>Le temps ne va pas dans une direction donn\u00e9e. Il s\u2019accumule, c\u2019est tout \u2013 dans le corps, dans le monde \u2013 comme le bois. Couche apres couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la pr\u00e9c\u00e9dente, impossible sans celle d\u2019avant. Chaque triomphe, chaque d\u00e9sastre inscrit pour toujours dans sa structure.<\/p>\n<p><strong>Image<\/strong> : Tir\u00e9e du livre (<em>un peu d\u00e9form\u00e9e<\/em>)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : Originaire de Thunder Bay, Ontario, en Colombie Britannique, Michael Christie avait fait une entr\u00e9e remarqu\u00e9e sur la sc\u00e8ne litt\u00e9raire avec son premier recueil de nouvelles, Le Jardin du mendiant (Albin Michel, 2012). 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