{"id":14233,"date":"2021-08-19T19:01:59","date_gmt":"2021-08-19T17:01:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14233"},"modified":"2022-09-16T18:52:07","modified_gmt":"2022-09-16T16:52:07","slug":"gaude-laurent-salina-les-trois-exils-2018","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14233","title":{"rendered":"Gaud\u00e9, Laurent \u00ab Salina, les trois exils \u00bb (2018)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Laurent Gaud\u00e9, n\u00e9 le 6 juillet 1972 dans le 14e arrondissement de Paris, est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, qui a obtenu le prix Goncourt des lyc\u00e9ens et le prix des libraires avec La Mort du roi Tsongor en 2002, puis le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta, en 2004. En 2019, il re\u00e7oit le prix du livre europ\u00e9en pour Nous, l\u2019Europe banquet des peuples.<\/p>\n<p><strong>Ses romans\u00a0<\/strong>: Cris, 2001 \u2013\u00a0<em>La Mort du roi Tsongor, 2002 (\u00a0prix Goncourt des lyc\u00e9ens\u00a0et le\u00a0prix des libraires) \u2013 Le Soleil des Scorta, 2004 (prix Goncourt\u00a0;\u00a0 prix du jury Jean-Giono) \u2013 Eldorado, 2006<\/em>\u00a0\u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14714\">La Porte des Enfers<\/a>,<\/span>\u00a02008 \u2013\u00a0<em>Ouragan, 2010<\/em>\u00a0\u2013 Pour seul cort\u00e8ge, 2012 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2088\">Danser les ombres<\/a>,<\/span>\u00a02015 \u2013 \u00c9coutez nos d\u00e9faites, 2016 \u2013<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14233\">Salina, les trois exils<\/a><\/span>, 2018 \u2013 Paris, mille vies, 2020 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16916\">Chien 51<\/a><\/span>, 2022<br \/>\n<strong>Recueils de nouvelles<\/strong>\u00a0:\u00a0<em>Dans la nuit Mozambique<\/em>, 2007 (recueil de quatre nouvelles) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=568\">Les Oliviers du N\u00e9gus<\/a>,<\/span> 2011 ( recueil de quatre nouvelles) \u2013 Essai : Nous, l\u2019Europe banquet des peuples, 2018 \u2013 La derni\u00e8re nuit du monde, 2021<br \/>\n<strong>Th\u00e9\u00e2tre<\/strong>\u00a0:<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13409\">\u00a0Caillasses<\/a>\u00a0<\/span>(2012) M\u00e9d\u00e9e Kali \u2013 Sodome, ma douce (2019)<\/p>\n<p>(les titres en italique non cliquables ont \u00e9t\u00e9 lus avant la cr\u00e9ation du blog)<\/p>\n<p>Actes Sud \u2013 octobre 2018 \u2013 160 pages &#8211; \u02d0 le Grand prix du roman m\u00e9tis, le prix du roman m\u00e9tis des lecteurs et enfin le prix du roman m\u00e9tis des lyc\u00e9ens<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Qui dira l\u2019histoire de Salina, la m\u00e8re aux trois \ufb01ls, la femme aux trois exils, l\u2019enfant abandonn\u00e9e aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et \u00e9lev\u00e9e comme sa \ufb01lle dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu\u2019\u00e9trang\u00e8re et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c\u2019est son dernier \ufb01ls qui raconte ce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9, a\ufb01n que la mort lui o\ufb00re le repos que la vie lui a d\u00e9fendu, a\ufb01n que le r\u00e9cit devienne l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Renouant avec la veine mythique et archa\u00efque de\u00a0<em>La Mort du roi Tsongor<\/em>, Laurent Gaud\u00e9 \u00e9crit la geste douloureuse d\u2019une h\u00e9ro\u00efne lumineuse, puissante et sauvage, qui prit l\u2019amour pour un d\u00fb et la vengeance pour une raison de vivre.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Quel plaisir toujours renouvel\u00e9 de lire la prose po\u00e9tique de cet \u00e9crivain conteur. A la mani\u00e8re des griots,\u00a0ces conteurs\u00a0traditionnels\u00a0africains, l\u2019auteur nous conte, par la voix de son dernier fils, la vie de Salina.<br \/>\nTout commence par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un cavalier solitaire, dans un environnement \u00e9cras\u00e9 par le soleil\u2026 Petite r\u00e9miniscence d\u2019une arriv\u00e9e d\u2019un cavalier, sous le soleil des Pouilles, dans un village \u00e9cras\u00e9 par le soleil\u2026 vous vous souvenez\u00a0? Sous le soleil des Scorta\u00a0? Sauf que l\u00e0, ce n\u2019est pas l\u2019Italie, c\u2019est l\u2019Afrique, le cavalier est sur un cheval et non sur un \u00e2ne, et il ne reste pas\u2026 il d\u00e9pose un enfant et s\u2019en va\u2026<br \/>\nL\u2019enfant, c\u2019est la petite qui grandira sous le nom de Salina\u2026 et c\u2019est son premier exil\u2026<br \/>\nDans ce roman, cette enfant deviendra femme mais sera toujours l\u2019\u00e9trang\u00e8re. Elle aura trois fils\u00a0: Mumuy\u00e9, l\u2019enfant d\u00e9test\u00e9\u00a0; Koura Kumba, l\u2019enfant col\u00e8re, l\u2019enfant vengeance et Malaka..<br \/>\nLors de son dernier voyage, son fils l\u2019accompagne et nous raconte sa vie, son existence domin\u00e9 par les cris qu\u2019elle garde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019elle-m\u00eame et qui la rongent. Maltrait\u00e9e, chass\u00e9e, bannie, elle traverse son existence en errante jusqu\u2019aux portes de l\u2019\u00eele cimeti\u00e8re \u2026 Mais sa vie lui ouvrira-t-elle les portes de cette \u00eele afin qu\u2019elle puisse enfin vivre en paix, dans l\u2019au-del\u00e0.<br \/>\nUn livre magnifique, douloureux, \u00e0 la gloire de la femme, qui v\u00e9cu un amour impossible et ne courba jamais la t\u00eate. C\u2019est dur, c\u2019est un drame, c\u2019est \u00e9touffant, pougnant, r\u00e9voltant, mais c\u2019est magique\u2026<br \/>\nAlors je vous invite \u00e0 une travers\u00e9e du d\u00e9sert et \u00e0 une promenade en barque, en compagnie de Malaka et Salina\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Il ne faut pas prendre le risque d\u2019accepter un enfant dont on ne sait s\u2019il n\u2019apportera pas quelque mal\u00e9diction. Ne pas agir. Ne rien faire. Rester l\u00e0 jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019enfant s\u2019\u00e9puise, sombre dans le sommeil, s\u2019affaiblisse et meure. Le soleil tape fort\u00a0: cela ne tardera pas. Ce ne sont pas eux qui le tuent, c\u2019est le vent, le soleil, la poussi\u00e8re. Ce sont ceux qui l\u2019ont mis au monde et ne sont plus l\u00e0 pour veiller sur lui.<\/p>\n<p>\u201cPar le sel de ces larmes dont tu as couvert la terre, je t\u2019appelle Salina.\u201d<\/p>\n<p>Salina, vieillie par une vie enti\u00e8re de poussi\u00e8re, de combats, d\u2019errances et de rage.<\/p>\n<p>Chacun cherche des yeux celui qui manque. Elle pourrait mourir dans ces instants d\u2019attente qui sont comme des vies enti\u00e8res.<\/p>\n<p>Elle ne lui a encore rien demand\u00e9. C\u2019est d\u2019abord aux corps de se retrouver, ensuite seulement les bouches parleront. Pour l\u2019heure, ils doivent juste marcher c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, ajuster leur pas, retrouver leur complicit\u00e9 silencieuse.<\/p>\n<p>Il ne parle plus. Avec qui le ferait-il\u00a0? Il est seul dans un monde qui l\u2019ignore. Et il essaie de se souvenir de sa voix \u00e0 elle, Salina, sa voix cass\u00e9e, qui lui a si souvent racont\u00e9 les histoires de l\u2019origine, qui a si souvent charri\u00e9 dans ses r\u00e9cits les combats, les guerres, sa voix qui l\u2019enveloppait dans les nuits d\u2019\u00e9toiles, lorsqu\u2019ils n\u2019\u00e9taient que deux, sa voix qui s\u2019est maintenant retir\u00e9e du monde, comme une mer lass\u00e9e du sable.<\/p>\n<p>Lorsque j\u2019\u00e9tais jeune, sur les march\u00e9s des caravans\u00e9rails, j\u2019ai entendu parler des \u00ab\u00a0enfants-malheur\u00a0\u00bb. Dans le royaume des lacs, il y a, para\u00eet-il, cette tradition pour calmer la voracit\u00e9 du mauvais destin\u00a0: choisir dix enfants du clan et les perdre. On ne les tue pas, on les envoie de par le monde, chacun accompagn\u00e9 d\u2019un homme charg\u00e9 de les d\u00e9poser le plus loin possible.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est plus une sc\u00e8ne perdue dans le pass\u00e9, mais une constellation de souvenirs, et c\u2019est comme de mettre mes pas dans les siens.<\/p>\n<p>Elle est sous les eaux, \u00e0 jamais esprit de torrent.<\/p>\n<p>Ce que les hommes veulent transmettre doit \u00eatre donn\u00e9 de leur vivant. Ce qu\u2019ils poss\u00e8dent le jour de leur mort est br\u00fbl\u00e9 pour qu\u2019ils l\u2019emportent avec eux.<\/p>\n<p>\u00c0 cet instant, l\u2019\u00e9motion le saisit\u00a0: il comprend que durant sa vie de m\u00e8re, elle a tout fait pour lui \u00e9pargner les cris. Elle les a tordus en elle, les a fait taire, les a raval\u00e9s au fond de sa gorge pour ne pas les lui transmettre. Elle a lutt\u00e9 pour que son fils, jamais, ne sache ce que c\u2019est que de les avoir pour seuls compagnons.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Laurent Gaud\u00e9, n\u00e9 le 6 juillet 1972 dans le 14e arrondissement de Paris, est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, qui a obtenu le prix Goncourt des lyc\u00e9ens et le prix des libraires avec La Mort du roi Tsongor en 2002, puis le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta, en 2004. 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