{"id":14374,"date":"2021-09-09T14:56:27","date_gmt":"2021-09-09T12:56:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14374"},"modified":"2021-09-09T15:07:37","modified_gmt":"2021-09-09T13:07:37","slug":"iturbe-antonio-la-bibliothecaire-dauschwitz-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14374","title":{"rendered":"Iturbe, Antonio   \u00ab\u00a0La biblioth\u00e9caire d&rsquo;Auschwitz\u00a0\u00bb (2020)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Journaliste et romancier espagnol, Antonio G. Iturbe est n\u00e9 le 7 mars 1967 \u00e0 Saragosse. Dipl\u00f4m\u00e9 en journalisme \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 autonome de Barcelone en 1991, il a \u00e9t\u00e9 coordinateur du suppl\u00e9ment T\u00e9l\u00e9 du journal \u00ab\u00a0El Periodico\u00a0\u00bb (1993), r\u00e9dacteur de la publication de cin\u00e9ma \u00ab\u00a0Fantastic Magazine\u00a0\u00bb. Il travaille depuis 1996 dans la revue \u00ab\u00a0Qu\u00e9 Leer\u00a0\u00bb, dont il est le directeur depuis 2008. Il est directeur de la revue culturelle \u00ab\u00a0Libr\u00fajula\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Flammarion &#8211; Pygmalion \u2013 10.06.2020 \u2013 512 pages \/ J\u2019ai lu &#8211; 25.08.2021 \u2013 576 pages (traduit de l\u2019espagnol par Myriam Chirousse Titre original\u00a0: La Bibliotecaria de Auschwitz<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: A quatorze ans, Dita est l&rsquo;une des nombreuses victimes du r\u00e9gime nazi. Avec ses parents, elle est arrach\u00e9e au ghetto de Terez\u00edn, \u00e0 Prague, pour \u00eatre enferm\u00e9e dans le camp d&rsquo;Auschwitz. L\u00e0, malgr\u00e9 l&rsquo;horreur, elle tente de trouver un semblant de normalit\u00e9. Quand Fredy Hirsch, un \u00e9ducateur juif, lui propose de conserver les huit pr\u00e9cieux volumes que les prisonniers ont r\u00e9ussi \u00e0 dissimuler aux gardiens du camp, elle accepte.<br \/>\nAu p\u00e9ril de sa vie, Dita cache et prot\u00e8ge un tr\u00e9sor. Elle devient la biblioth\u00e9caire d&rsquo;Auschwitz.<br \/>\nA partir du t\u00e9moignage de Dita Kraus, la v\u00e9ritable biblioth\u00e9caire d&rsquo;Auschwitz, Antonio G. Iturbe a construit un roman fascinant qui a boulevers\u00e9 des milliers de lecteurs \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<br \/>\nComme le dit l\u2019auteur \u00ab\u00a0Le livre est un pain p\u00e9tri d\u2019une levure qui continue de cro\u00eetre int\u00e9rieurement, il est vivant tant qu\u2019un regard transforme ses pages de p\u00e2te \u00e0 papier en \u00e9motions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans son roman, il nous parle de la biblioth\u00e8que de Dita, une jeune adolescente de 14 ans<br \/>\n8 livres papier et plus ou moins le m\u00eame nombre de \u00ab\u00a0livres vivants\u00a0\u00bb<br \/>\nUn livre qui marque, qui, je suis certaine, restera dans ma m\u00e9moire.<br \/>\nC\u2019est non seulement un roman bouleversant d\u2019humanit\u00e9 qui fait une large place \u00e0 l\u2019importance des livres dans la vie, en permettant l\u2019\u00e9vasion dans un monde noir et clos mais c\u2019est un fantastique document, \u00e9tay\u00e9 par les discussions avec la v\u00e9ritable biblioth\u00e9caire d\u2019Auschwitz.<br \/>\nEt c\u2019est encore et surtout de magnifiques portraits de femmes ( principalement) mais pas que \u2026 et un hymne \u00e0 la survie et \u00e0 l\u2019espoir, \u00e0 la lumi\u00e8re.<br \/>\nLa phrase \u00ab\u00a0Notre haine est leur victoire.\u00a0\u00bb r\u00e9sonne\u2026<br \/>\nTout le monde devrait lire ce livre\u00a0! Un incontournable pour ne jamais oublier\u00a0!<\/p>\n<p>J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e par l\u2019excellent livre de <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=213\">Valentine Goby\u00a0\u00a0\u00bb Kinderzimmer \u00bb<\/a> <\/span>(2013) et j\u2019avais lu \u00e9galement le livre d\u2019<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4905\">Oliver Guez\u00a0 \u00abLa disparition de Josef Mengele\u00bb<\/a><\/span> (RL2017). Ce livre de Iturbe s\u2019int\u00e8gre parfaitement au tableau pour faire un tryptique \u00e9difiant sur les conditions des femmes dans les camps, que ce soit Ravensbr\u00fcck ou Auschwitz.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature a le m\u00eame effet qu\u2019une allumette craqu\u00e9e au c\u0153ur de la nuit au milieu d\u2019un bois. Une allumette n\u2019\u00e9claire presque rien, mais elle permet de mieux voir l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019obscurit\u00e9 qui r\u00e8gne autour.\u00a0 ( William Faulkner, cit\u00e9 par Javier Mar\u00edas )<\/p>\n<p>Vivre est un verbe qui ne se conjugue qu\u2019au pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Quand les individus sont entass\u00e9s, marqu\u00e9s et sacrifi\u00e9s comme des animaux, ils en viennent \u00e0 croire qu\u2019ils sont du b\u00e9tail. Rire et pleurer leur rappelle qu\u2019ils sont encore des \u00eatres humains.<\/p>\n<p>Elle avait ce lien qui unit certaines personnes aux livres. Une complicit\u00e9 que lui-m\u00eame ne poss\u00e9dait pas, trop actif pour se laisser absorber par des lignes imprim\u00e9es sur du papier.<\/p>\n<p>Une enfant\u00a0? Pas du tout, madame\u00a0! Pour \u00eatre une enfant, encore faudrait-il avoir une enfance.<\/p>\n<p>Le premier baiser, si petit soit-il, ne s\u2019efface jamais, peut-\u00eatre parce qu\u2019il dessine la premi\u00e8re ligne de l\u2019amour sur une page encore blanche.<\/p>\n<p>Les adultes s\u2019\u00e9puisent inutilement \u00e0 la recherche d\u2019un bonheur qu\u2019ils ne trouvent jamais\u00a0; alors que les enfants, au contraire, ont le bonheur qui leur pousse au creux de la main.<\/p>\n<p>Les premiers jours, elle ne comprenait pas cet int\u00e9r\u00eat soudain pour les livres, y compris chez les \u00e9l\u00e8ves les moins appliqu\u00e9s. Mais elle a peu \u00e0 peu r\u00e9alis\u00e9 que si les livres ont un lien avec les examens, l\u2019\u00e9tude et les corv\u00e9es les plus ingrates de la scolarit\u00e9, ils sont \u00e9galement le signe d\u2019une vie sans barbel\u00e9s ni peur. M\u00eame ceux qui n\u2019ont jamais ouvert un livre autrement qu\u2019en ronchonnant reconnaissent maintenant, dans cet objet fait de p\u00e2te \u00e0 papier, un alli\u00e9. Si les nazis interdisent les livres, c\u2019est que les livres sont de leur c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Les t\u00e9m\u00e9raires, a-t-il dit. Ceux-l\u00e0, il n\u2019en voulait pas. Ils ne font pas l\u2019affaire. Ils se douchent \u00e0 l\u2019essence en fumant une cigarette. Quand leur audace tourne bien, on leur donne une m\u00e9daille et ils bombent le torse. Mais quand cela tourne mal, ils entra\u00eenent tout le monde dans leur chute.<\/p>\n<p>Mais c\u2019\u00e9tait une femme d\u2019une autre \u00e9poque, faite dans un autre mat\u00e9riau, comme ces casseroles en c\u00e9ramique qui ne laissent pas passer la chaleur et gardent tout \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait mont\u00e9e dans le train de la lecture. Elle avait ressenti cette nuit-l\u00e0 l\u2019\u00e9motion d\u2019une d\u00e9couverte\u00a0: celle de savoir que toutes les barri\u00e8res que pouvaient poser tous les Reichs de la plan\u00e8te n\u2019avaient pas d\u2019importance, car il lui suffisait d\u2019ouvrir un livre pour sauter par-dessus.<\/p>\n<p>Commencer un livre, c\u2019est monter dans un train qui vous emm\u00e8ne en vacances.<\/p>\n<p>Pendant de nombreuses fins d\u2019apr\u00e8s-midi de lecture assidue, la barri\u00e8re qui la s\u00e9parait des personnages, celle qui isole la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9elle de la r\u00e9alit\u00e9 lue, fondait dans sa t\u00eate comme du chocolat chaud.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019auteur de <em>La M\u00e9tamorphose<\/em> avait su avant tout le monde ce qui allait se produire\u00a0: que les hommes se transformeraient du jour au lendemain en des cr\u00e9atures monstrueuses.<\/p>\n<p>Elle ne veut pas courir le risque de d\u00e9couvrir dans ses yeux quelque chose qui pourrait faire s\u2019effondrer ce ch\u00e2teau de cartes que nous appelons la confiance. Elle pr\u00e9f\u00e8re croire en lui les yeux ferm\u00e9s, comme on le fait avec les choses les plus sacr\u00e9es. Mais elle est t\u00eatue et, elle a beau faire, l\u2019eau de Javel de la foi n\u2019arrive pas \u00e0 effacer la sc\u00e8ne \u00e0 laquelle elle a assist\u00e9 dans le bloc\u00a031.<\/p>\n<p>En fin de compte, H.G.\u00a0Wells avait raison et sa machine \u00e0 explorer le temps existe bel et bien\u00a0: ce sont les livres.<\/p>\n<p>C\u2019est tout le probl\u00e8me des mythes\u00a0: ils ne tombent jamais, ils s\u2019effondrent.<\/p>\n<p>\u2014\u2004Bien s\u00fbr que nous r\u00e9sisterons.<br \/>\n\u2014\u2004Comment peux-tu en \u00eatre aussi s\u00fbre\u00a0?<br \/>\nSon amie se tait et se mord la l\u00e8vre quelques secondes, \u00e0 la recherche d\u2019une r\u00e9ponse.<br \/>\n\u2014\u2004Parce que je veux y croire.<\/p>\n<p>Comment ce qui n\u2019est plus l\u00e0 peut-il peser physiquement\u00a0? Comment le vide peut-il peser autant\u00a0?<br \/>\nCar il p\u00e8se.<\/p>\n<p>Elle veut \u00e9chapper \u00e0 l\u2019odieuse r\u00e9alit\u00e9 de ce camp qui a tu\u00e9 son p\u00e8re et elle sait qu\u2019un livre est une trappe qui conduit vers un grenier secret\u00a0: vous l\u2019ouvrez et vous entrez dedans. Et votre monde devient autre.<\/p>\n<p>Dans un endroit comme Auschwitz o\u00f9 tout est con\u00e7u pour faire pleurer, le rire est un acte de r\u00e9bellion.<\/p>\n<p>Si Dieu existe, le diable aussi. Ce sont deux voyageurs sur la m\u00eame ligne de chemin de fer\u00a0: l\u2019un va dans une direction et l\u2019autre dans le sens oppos\u00e9. D\u2019une certaine mani\u00e8re, le bien et le mal se contrebalancent. On pourrait presque dire qu\u2019ils ont besoin l\u2019un de l\u2019autre\u00a0: comment saurions-nous que ce que nous faisons est le bien, s\u2019il n\u2019existait pas le mal pour que nous puissions comparer et voir la diff\u00e9rence\u00a0? se demande-t-elle. Elle pense qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, nulle part ailleurs dans le monde le d\u00e9mon ne pourrait se sentir aussi \u00e0 l\u2019aise qu\u2019\u00e0 Auschwitz.<\/p>\n<p>Et pour chasser de lui ces pens\u00e9es n\u00e9gatives, il se remet \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au conte qu\u2019il va leur raconter, parce qu\u2019il faut que les contes ne s\u2019arr\u00eatent jamais pour que l\u2019imagination ne s\u2019\u00e9teigne pas et que les enfants continuent de r\u00eaver.<\/p>\n<p>Auschwitz est un gigantesque presse-agrumes de la main-d\u2019\u0153uvre esclave et un broyeur bien huil\u00e9 des personnes qui n\u2019ont aucune place dans les plans messianiques d\u2019Hitler.<\/p>\n<p>Il est trop jeune encore pour savoir que le bonheur ne peut jamais venir \u00e0 bout de rien, qu\u2019il est trop fragile, qu\u2019il est toujours terrass\u00e9.<\/p>\n<p>Mais elle ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00e9prouver une certaine m\u00e9lancolie en songeant qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait l\u2019Edmond Dant\u00e8s joyeux et optimiste du d\u00e9but de l\u2019histoire \u00e0 l\u2019homme calculateur et rempli de haine qu\u2019il devient par la suite. Elle se demande si l\u2019on peut vraiment choisir, ou si les coups du destin vous modifient malgr\u00e9 vous, tout comme un coup de hache change l\u2019arbre vigoureux et le transforme en bois sec.<\/p>\n<p>Elle per\u00e7oit tout \u00e0 coup la peur comme une oxydation qui sape jusqu\u2019aux convictions de fer. Qui ronge tout, qui d\u00e9truit tout.<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 est une composition du destin, ce n\u2019est qu\u2019un caprice du hasard. Le mensonge, au contraire, est humain\u00a0: fabriqu\u00e9 par l\u2019homme, il est \u00e0 sa mesure.<\/p>\n<p>Beaucoup de petits instants pendant lesquels la flamme a brill\u00e9, m\u00eame dans l\u2019obscurit\u00e9 la plus totale. Certains de ces moments se sont produits quand, au milieu du pire des d\u00e9sastres, elle a ouvert un livre et s\u2019est gliss\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Sa petite biblioth\u00e8que est une bo\u00eete d\u2019allumettes.<\/p>\n<p>On parle beaucoup du typhus, du chol\u00e9ra, de la tuberculose ou de la pneumonie, mais on parle moins de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de d\u00e9couragement qui frappe le <em>lager<\/em>.<\/p>\n<p>Les peurs sont des plantes nocturnes qui poussent dans le noir.<\/p>\n<p>Tenir \u00e0 nouveau des livres entre ses mains permet \u00e0 la vie de reprendre sa place et aux pi\u00e8ces d\u2019un puzzle que quelqu\u2019un avait bris\u00e9 \u00e0 coups de pied de revenir peu \u00e0 peu s\u2019embo\u00eeter.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ce qu\u2019il s\u2019est pass\u00e9, il ne suffit pas de tourner la page\u00a0; vous devez fermer un livre et en ouvrir un autre.<\/p>\n<p>Une personne qui vous attend quelque part est comme une allumette que l\u2019on craque dans un bois au c\u0153ur de la nuit. Peut-\u00eatre qu\u2019elle ne pourra pas \u00e9clairer toute l\u2019obscurit\u00e9, mais elle vous montrera tout de m\u00eame le chemin pour rentrer \u00e0 la maison.<\/p>\n<p>Elle lui sourit aussi, sans tr\u00e8s bien savoir pourquoi. C\u2019est le fil. Ce fil qui unit certaines personnes. Qui se transforme en petite pelote.<\/p>\n<p><strong>Vocabulaire<\/strong>\u00a0:<br \/>\nabst\u00e8me = qui s&rsquo;abstient de boire de l&rsquo;alcool<\/p>\n<p>gl\u00e8be\u00a0: Terre cultiv\u00e9e. Terre ou champ qui est utilis\u00e9 pour la semence et la r\u00e9colte de produits agricoles \u00a0&#8211; Fonds de terre auquel les serfs \u00e9taient attach\u00e9s et qu&rsquo;ils devaient cultiver.<\/p>\n<p><strong>Image<\/strong> : Bloc 31 Auschwitz<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Journaliste et romancier espagnol, Antonio G. Iturbe est n\u00e9 le 7 mars 1967 \u00e0 Saragosse. Dipl\u00f4m\u00e9 en journalisme \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 autonome de Barcelone en 1991, il a \u00e9t\u00e9 coordinateur du suppl\u00e9ment T\u00e9l\u00e9 du journal \u00ab\u00a0El Periodico\u00a0\u00bb (1993), r\u00e9dacteur de la publication de cin\u00e9ma \u00ab\u00a0Fantastic Magazine\u00a0\u00bb. 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