{"id":14671,"date":"2021-10-30T16:46:08","date_gmt":"2021-10-30T14:46:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14671"},"modified":"2021-10-30T16:50:56","modified_gmt":"2021-10-30T14:50:56","slug":"atkins-william-dans-linfinite-des-deserts-rl2021","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14671","title":{"rendered":"Atkins, William \u00abDans l&rsquo;infinit\u00e9 des d\u00e9serts\u00bb (RL2021)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> : William Atkins est un \u00e9diteur et journaliste anglais, qui a r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9crit dans les pages de The Guardian et de Granta. \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14671\">Dans l\u2019infinit\u00e9 des d\u00e9serts<\/a><\/span>\u00a0\u00bb est le deuxi\u00e8me livre qu\u2019il publie, apr\u00e8s The Moor (non traduit en fran\u00e7ais) : unanimement salu\u00e9 par la presse, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u00ab Livre de voyage de l\u2019ann\u00e9e \u00bb en Grande-Bretagne. &#8211; William Atkins vit \u00e0 Londres.<\/p>\n<p>Albin Michel \u2013 1.10.2021 \u2013 477 pages &#8211; traduit par Nathalie Cunnington<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00ab Dans un monde qui para\u00eet de plus en plus petit, Atkins revendique l\u2019incommensurable, l\u2019inconnu \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du connu. \u00bb The Sydney Morning Herald<\/p>\n<p>Les d\u00e9serts, qui occupent un tiers de la surface terrestre, ont toujours captiv\u00e9 les hommes. Depuis les proph\u00e8tes de la Bible et les mystiques jusqu\u2019\u00e0 Marco Polo et Lawrence d\u2019Arabie, nombreux sont ceux \u00e0 s\u2019\u00eatre lanc\u00e9s \u00e0 leur d\u00e9couverte. Sanctuaire et refuge pour certains, lieu d\u2019exil ou \u00ab vide atroce \u00bb pour d\u2019autres : de quoi le d\u00e9sert est-il le lieu dans la vie et l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, William Atkins a explor\u00e9, trois ann\u00e9es durant, les d\u00e9serts des cinq continents. S\u2019inscrivant dans la lign\u00e9e d\u2019auteurs tels que Bruce Chatwin et Patrick Leigh Fermor, il s\u2019est rendu de la p\u00e9ninsule Arabique aux terrains des essais nucl\u00e9aires en Australie, des rivages de la d\u00e9funte mer d\u2019Aral, au Kazakhstan, jusqu\u2019au pays des Ou\u00efghours dans le nord-ouest de la Chine, du festival Burning Man dans le Nevada aux antiques monast\u00e8res du d\u00e9sert Arabique en \u00c9gypte.<\/p>\n<p>Il rapporte de ce p\u00e9riple in\u00e9dit un t\u00e9moignage lumineux sur les hommes, le monde, et le symbolisme de ces confins intranquilles. Et nous plonge au c\u0153ur d\u2019un univers \u00e0 nul autre pareil pour partager sa beaut\u00e9, ses mythes et ses incroyables histoires.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: C\u2019est parti pour l\u2019aventure dans le sable des d\u00e9serts de la plan\u00e8te. L\u2019auteur a choisi de nous faire visiter 7 d\u00e9serts\u00a0: 1 &#8211; La\u00a0biblioth\u00e8que du\u00a0d\u00e9sert &#8211; Le\u00a0Quart Vide, Oman \/ 2 &#8211; Le\u00a0champ du\u00a0tonnerre &#8211; Le\u00a0Grand D\u00e9sert de\u00a0Victoria, Australie \/ 3 &#8211; Mauvais Sujets &#8211; Les\u00a0d\u00e9serts de\u00a0Gobi et\u00a0du\u00a0Taklamakan, Chine \/ 4 &#8211; La\u00a0mer\u00a0sans eau &#8211; L&rsquo;Aralkum, Kazakhstan \/ 5 &#8211; Entre deux feux &#8211; Le\u00a0d\u00e9sert de\u00a0Sonora, \u00c9tats-Unis \/ 6 &#8211; La\u00a0ville \u00e9ph\u00e9m\u00e8re &#8211; Le\u00a0d\u00e9sert de\u00a0Black Rock, \u00c9tats-Unis \/ 7 &#8211; La\u00a0montagne int\u00e9rieure &#8211; Le\u00a0d\u00e9sert Arabique, \u00c9gypte<\/p>\n<p>Je suis tr\u00e8s emprunt\u00e9e pour donner mon avis sur ce livre\u00a0; c\u2019est un livre plein de r\u00e9f\u00e9rences, dans lequel j\u2019ai beaucoup appris, qui montre les d\u00e9serts de mani\u00e8re historique, politique g\u00e9opolitique, traductionnelle aussi\u00a0; il nous montre comment le d\u00e9sert a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9, utilis\u00e9, exploit\u00e9, ravag\u00e9, d\u00e9truit\u2026 Il nous entraine aussi dans des visites de lieux exceptionnels, dans des grottes et des monast\u00e8res et nous fait parcourir les si\u00e8cles\u00a0; il nous parle religions, recherche de paix int\u00e9rieure, rencontre avec la nature (quand il en reste)\u00a0; il nous parle des Indiens, des Egyptiens , de prisons, de camps de d\u00e9tention, d\u2019exil de populations, \u00a0de migrants, d\u2019\u00e9cologie\u2026<br \/>\nLa Chine et la route de la Soie, les Ouighours, la pr\u00e9sence des djinns\u00a0; &#8211; le d\u00e9sert d\u2019Aral\u00a0, \u00a0les d\u00e9port\u00e9s de la Seconde Guerre mondiale, six cents essais nucl\u00e9aires, cimeti\u00e8re de bateaux\u2026\u00a0; Le\u00a0d\u00e9sert de\u00a0Black Rock aux \u00c9tats-Unis\u00a0qui accueille chaque ann\u00e9e le festival Burning Man, fin ao\u00fbt \u00e0 deux cents kilom\u00e8tres au nord de Reno sur la playa du d\u00e9sert de Black Rock \u2026<\/p>\n<p>Il y a aussi certains passages avec de belles descriptions de la nature encore intacte ou de la nature d\u2019avant. Mais je n\u2019ai pas eu le coup de c\u0153ur car je referme le livre sur une grande tristesse, la magie du d\u00e9sert n&rsquo;est pas pass\u00e9e&#8230;<br \/>\nJ\u2019ai eu la chance de parcourir plusieurs d\u00e9serts \u2013 pas aussi \u00e0 fond que l\u2019auteur bien \u00e9videmment (Egypte, Oman, Sahara, Etats-Unis) et j\u2019ai ressenti des \u00e9motions fortes et empli mes yeux et mon c\u0153ur de beaucoup de beaut\u00e9 .. et l\u00e0, j\u2019en ressors avec un sentiment de massacre\u2026 alors oui il est n\u00e9cessaire de tirer la sonnette d\u2019alarme, de se battre contre les d\u00e9charges \u00e0 l\u2019air libre, de souligner que le passage de l\u2019homme d\u00e9truit la nature, mais le matraquage est tellement dense que pour moi, c\u2019est devenu pesant. Mais je ne regrette en aucune fa\u00e7on de l\u2019avoir lu. Je pense surtout que je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 un livre aussi sombre qui ne donne malheureusement pas envie de d\u00e9couvrir les endroits dont l\u2019auteur nous parle\u2026<\/p>\n<p>Je remercie les Editions Albin-Michel pour leur confiance et pour le voyage qu\u2019ils m\u2019ont offert autour du monde.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; <em><strong>Le\u00a0Quart Vide, Oman<\/strong><\/em><br \/>\nAinsi, je ne suis plus d\u00e9rang\u00e9 par les l\u00e9zards qui courent sur le toit \u2013\u00a0ou plus exactement par le bruit qu\u2019ils font et qui se m\u00eale \u00e0 tout le raffut nocturne du d\u00e9sert. Je\u00a0soul\u00e8ve les pieds du lit et place sous chacun d\u2019eux un r\u00e9cipient \u2013\u00a0bol, soucoupe, casserole\u00a0\u2013 contenant de l\u2019eau, l\u2019id\u00e9e \u00e9tant de dissuader punaises ou scorpions de venir me tenir compagnie.<\/p>\n<p>C\u2019est dans la biblioth\u00e8que du monast\u00e8re que j\u2019ai pris conscience du lien unissant le monachisme occidental et le d\u00e9sert.<\/p>\n<p>Abandonner ce que l\u2019on poss\u00e8de, \u00e9loigner de soi ceux que l\u2019on aime\u00a0: tels sont les premiers actes d\u2019un moine, mais ils pourraient tout aussi bien \u00eatre ceux d\u2019une personne en deuil.<\/p>\n<p>Cette fa\u00e7on d\u2019avancer pas \u00e0 pas vers un \u00e9tat d\u2019oubli, depuis la f\u00e9conde plaine alluviale du Nil jusqu\u2019\u00e0 ces contr\u00e9es int\u00e9rieures arides, est devenue un mod\u00e8le pour ceux qui d\u00e9sirent renoncer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>le but ultime de tout voyageur du d\u00e9sert\u00a0: le point o\u00f9 coexistent absolu et infini.<\/p>\n<p>De l\u2019adjectif latin <em>desertus<\/em>, participe pass\u00e9 du verbe <em>deserere<\/em>\u00a0: abandonner.<br \/>\n\u00c0 l\u2019\u00e9poque, ce qui caract\u00e9risait ce genre d\u2019endroit, ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019absence d\u2019eau mais celle de peuplement humain.<\/p>\n<p>La zone hyperaride dans toute sa splendeur\u00a0: isol\u00e9e, impie, solitaire, mortelle, nue, sans eau, sans piste, infranchissable, infest\u00e9e, maudite, abandonn\u00e9e \u2013\u00a0et pourtant un lieu de r\u00e9v\u00e9lation, de contemplation, un refuge. Au milieu de toutes ces horreurs, la paix \u2013\u00a0une paix <em>magnifi\u00e9e<\/em> par ces m\u00eames horreurs.<\/p>\n<p>[\u2026] effectuer un p\u00e8lerinage en Terre sainte, c\u2019est ouvrir un livre plut\u00f4t qu\u2019une carte. M\u00eame pour le visiteur du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle \u00e9quip\u00e9 d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone portable et d\u2019une bouteille d\u2019\u00c9vian, le d\u00e9sert s\u2019appr\u00e9hende \u00e0 travers le m\u00eame filtre biblique.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sert est mobile. Son moteur, c\u2019est le vent, le vent qui mod\u00e8le les dunes. Voyager dans le Quart Vide, c\u2019est d\u00e9couvrir leurs formes dans leurs variations infinies. Le type le plus fr\u00e9quent de dunes, c\u2019est l\u2019<em>uruq <\/em>(\u00ab\u00a0veine\u00a0\u00bb, en arabe), un ensemble de cha\u00eenes de dunes parall\u00e8les qui peuvent faire plusieurs dizaines de kilom\u00e8tres de long, et la <em>barchan<\/em> (\u00ab\u00a0corne\u00a0\u00bb), en forme de croissant, avec un sommet inclin\u00e9 dans le sens du vent dominant. Mais les d\u00e9serts, m\u00eame les grands ergs ou les mers de sable du Sahara, sont rarement compos\u00e9s exclusivement de sable.<\/p>\n<p>L\u2019obscurit\u00e9 venue, le vent tombe. Le matin, on trouve partout dans le camp les traces des cr\u00e9atures qui sont pass\u00e9es pendant qu\u2019on dormait \u2013\u00a0renards, li\u00e8vres, souris, scorpions. \u00ab\u00a0Les sables, \u00e9crivit Thomas, sont un journal intime qui n\u2019a rien d\u2019intime [\u2026] Aucun oiseau qui ne se pose, aucune b\u00eate sauvage ou insecte qui ne passe sans laisser une trace de son histoire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le d\u00e9sert se remod\u00e8le lui-m\u00eame. Apr\u00e8s un petit somme dans un lieu expos\u00e9 au vent, on se r\u00e9veille avec un contrefort de sable bien cal\u00e9 contre le flanc. \u00c0 l\u2019abri d\u2019une brindille, aussi petite soit-elle, s\u2019accumulera une bosse de sable. C\u2019est ainsi que naissent toutes les dunes, m\u00eame g\u00e9antes. La nuit, y compris quand il n\u2019y a pas un souffle d\u2019air, on per\u00e7oit \u00e0 la lumi\u00e8re de la lampe torche la poussi\u00e8re qui flotte, port\u00e9e par le vent. Le d\u00e9sert avance, subtilement.<\/p>\n<p>&#8211;<em> <strong>Le\u00a0Grand D\u00e9sert de\u00a0Victoria, Australie<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Depuis sa fondation, c\u2019est ici, sur le pourtour du pays, que se regroupe la population. L\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9rieur rouge\u00a0\u00bb \u2013\u00a0le d\u00e9sert\u00a0\u2013 reste encore aujourd\u2019hui un territoire \u00e9tranger occup\u00e9 par un peuple \u00e9tranger. Il y a le bush \u2013\u00a0qui fait partie de l\u2019Australie, de l\u2019id\u00e9e que le pays se fait de lui-m\u00eame, celle d\u2019une nation de courageux pionniers\u00a0\u2013, et puis il y a le d\u00e9sert. Qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec le bush ou ce qu\u2019on appelle l\u2019<em>outback<\/em>. Le d\u00e9sert, personne ne l\u2019aime ni ne lui accorde la moindre valeur. Non, vraiment, le d\u00e9sert, ce n\u2019est pas l\u2019Australie.<\/p>\n<p>Pour les Anangu, il y a les Anc\u00eatres, puis les plantes et les animaux. Enfin il y a la terre, la terre qui constitue le lien entre le physique et le spirituel, le temporel et l\u2019\u00e9ternel, la terre cr\u00e9\u00e9e dans ses moindres d\u00e9tails par les\u00a0Anc\u00eatres. Impossible d\u2019envisager ces trois \u00e9l\u00e9ments \u2013\u00a0les Anc\u00eatres, les organismes et les min\u00e9raux\u00a0\u2013 comme des entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es.<br \/>\nLes Anangu entretiennent avec la terre une relation d\u2019ordre religieux. Par exemple, vous ne d\u00e9gagez pas un point d\u2019eau pour maintenir une source d\u2019approvisionnement, mais parce que c\u2019est votre obligation envers les Anc\u00eatres. Votre obligation l\u00e9gale. Pas de mythe fondateur avec ali\u00e9nation de l\u2019\u00e9tat de nature chez les Anangu, pas de chute originelle, car la distinction n\u2019existe pas\u00a0: il n\u2019y a pas de nature dont vous puissiez \u00eatre ali\u00e9n\u00e9. Le d\u00e9sert n\u2019est pas un lieu d\u2019exil ou d\u2019expiation. Il n\u2019est pas le lieu o\u00f9 vous prouvez votre valeur ni celui o\u00f9 vous vous r\u00e9fugiez. Il n\u2019est pas le royaume des tentations d\u00e9moniaques comme pour saint Antoine, et surtout il n\u2019est pas le \u00ab\u00a0vide atroce\u00a0\u00bb des pionniers.<\/p>\n<p>&#8211; <em><strong>Les\u00a0d\u00e9serts de\u00a0Gobi et\u00a0du\u00a0Taklamakan, Chine<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Alors que pour les Aborig\u00e8nes australiens le d\u00e9sert est une mosa\u00efque combinant \u00e0 l\u2019infini histoires et symboles, les d\u00e9serts hyperarides de Chine figurent dans l\u2019imaginaire populaire \u2013\u00a0m\u00eame parmi les populations vivant \u00e0 leur lisi\u00e8re\u00a0\u2013 soit comme de simples interstices, soit comme un royaume redout\u00e9 que l\u2019on ne p\u00e9n\u00e8tre que contraint et forc\u00e9 ou pour atteindre la prochaine oasis.<\/p>\n<p>Le Gobi n\u2019est pas un d\u00e9sert de dunes, mais plut\u00f4t une vaste \u00e9tendue plate tout juste interrompue par des collines basses, des bassins l\u00e9g\u00e8rement creux et des lits de rivi\u00e8res ass\u00e9ch\u00e9es. Partout on voit l\u2019action de l\u2019eau, m\u00eame aux endroits o\u00f9 elle ne coule plus depuis des d\u00e9cennies, voire des si\u00e8cles. L\u2019immensit\u00e9 ne s\u2019arr\u00eate qu\u2019\u00e0 l\u2019horizon, ou \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 la brume bloque le regard.<\/p>\n<p>C\u2019est seulement le tambour de nos dunes. Calmez votre c\u0153ur.\u00a0\u00bb Le ph\u00e9nom\u00e8ne fut \u00e9galement relev\u00e9 par Marco Polo, quand il traversa le Gobi sept cents ans avant elle. Le V\u00e9nitien attribua le ph\u00e9nom\u00e8ne aux \u00ab\u00a0esprits du d\u00e9sert\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0emplissent parfois, dit-on, l\u2019air du son de toutes sortes d\u2019instruments de musique, et aussi de roulements de tambour et du fracas des armes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le mot \u00ab\u00a0d\u00e9sertification\u00a0\u00bb ne convient pas, car le d\u00e9sert naturel \u2013\u00a0<em>le d\u00e9sert absolu<\/em>, en gros\u00a0\u2013 est, malgr\u00e9 son minimalisme de surface, un ensemble d\u2019\u00e9quilibres en grande partie autor\u00e9gul\u00e9s (pensons au sable au point du jour, avec ces traces d\u2019animaux qui s\u2019entrelacent), tandis que les r\u00e9gions d\u00e9sertifi\u00e9es s\u2019approchent bien davantage du sens premier du terme latin\u00a0: elles sont non seulement appauvries mais \u00e9galement abandonn\u00e9es. Un paysage d\u00e9sertifi\u00e9, ce n\u2019est pas un paysage de d\u00e9sert mais plut\u00f4t une cr\u00e9ation humaine, et souvent le r\u00e9sultat de notre incapacit\u00e9 \u00e0 nous r\u00e9concilier avec l\u2019aridit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; <em><strong>L&rsquo;Aralkum, Kazakhstan (<\/strong><\/em>La\u00a0mer\u00a0sans eau)<\/p>\n<p>Si le d\u00e9sert \u00e9voque la mer, ce n\u2019est pas une co\u00efncidence \u2013\u00a0apr\u00e8s tout, dans un d\u00e9sert on avance souvent sur d\u2019anciens fonds marins. Mais ici, c\u2019est diff\u00e9rent\u00a0: \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la vie des oc\u00e9ans, cette mer-ci a disparu en une seconde \u2013\u00a0une rapidit\u00e9 qui a quelque chose de terrifiant et de violent.<\/p>\n<p>Devant moi il n\u2019y a rien d\u2019autre que le fond marin totalement ass\u00e9ch\u00e9, rid\u00e9 ici et l\u00e0 par quelques langues de terre et barres de sable.<\/p>\n<p>Comme souvent dans le d\u00e9sert, on a vaguement l\u2019impression d\u2019\u00eatre surveill\u00e9. Oiseaux, gerbilles, chameaux\u00a0: pas un qui n\u2019ait manqu\u00e9 de remarquer ma pr\u00e9sence.<\/p>\n<p><em>&#8211; <strong>Le\u00a0d\u00e9sert de\u00a0Sonora, \u00c9tats-Unis<\/strong>\u00a0 <\/em><\/p>\n<p>La Santa Cruz n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a. S\u2019il n\u2019y avait pas eu de rivi\u00e8re p\u00e9renne dans la r\u00e9gion, les Indiens ne se seraient pas install\u00e9s sur cette plaine qu\u2019ils appelaient <em>S-cuk Son<\/em> (\u00ab\u00a0au pied de la montagne noire\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>M\u00eame dans ce d\u00e9sert relativement vert, il n\u2019y a pas grand-chose qui puisse capter le regard \u2013\u00a0ici un affleurement rocheux, l\u00e0 un figuier de Barbarie, un paloverde, un mesquite, tout l\u00e0-haut le ciel et ses oiseaux carnivores. Alors le regard se tourne vers l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>&#8211; <em><strong>Le\u00a0d\u00e9sert de\u00a0Black Rock, \u00c9tats-Unis<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Le d\u00e9sert est depuis toujours un lieu o\u00f9 tout est permis. Pour les mormons qui s\u2019install\u00e8rent dans l\u2019Utah en 1847, ce fut un refuge o\u00f9 exprimer librement leur foi, tout comme il l\u2019avait \u00e9t\u00e9 dans l\u2019\u00c9gypte du III<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle pour les ermites chr\u00e9tiens pers\u00e9cut\u00e9s par les empereurs romains. Pourtant, m\u00eame si le d\u00e9sert peut \u00e0 la fois faire office de refuge et de barri\u00e8re absolument infranchissable, il est aussi, comme le dit Mary Austin, une \u00ab\u00a0terre de fronti\u00e8res perdues\u00a0\u00bb, o\u00f9 les certitudes de la vie en soci\u00e9t\u00e9 s\u2019\u00e9vaporent en m\u00eame temps que ses obligations. Si pour certains le d\u00e9sert promet la lib\u00e9ration des ranc\u0153urs du corps, il offre aussi, dans son isolement et son immensit\u00e9, la souverainet\u00e9 de l\u2019esprit, la lib\u00e9ration physique, et un d\u00e9fi \u00e9tourdissant. Apr\u00e8s tout, le vide n\u2019est-il pas le lieu de possibilit\u00e9s infinies\u00a0? Pas simplement en tant que toile blanche, mais \u00e9galement en tant que nuit biblique.<\/p>\n<p>\u00c0 cause de la poussi\u00e8re soulev\u00e9e par les v\u00e9hicules, je suis incapable d\u2019appr\u00e9cier l\u2019immensit\u00e9 du lieu, un plateau de trois cents kilom\u00e8tres carr\u00e9s o\u00f9, en dehors du festival, les occasionnels tourbillons de poussi\u00e8re constituent l\u2019unique concession \u00e0 la verticalit\u00e9.<\/p>\n<p>Au Soudan, les gens appellent parfois le Sahara <em>Bahr bela ma<\/em>, \u00ab\u00a0la mer sans eau\u00a0\u00bb. Charles Sturt qualifiait le d\u00e9sert de Pierres en Australie de \u00ab\u00a0mer sableuse\u00a0\u00bb alors m\u00eame qu\u2019il persistait \u00e0 croire en l\u2019existence d\u2019une v\u00e9ritable mer au centre du continent. Pour Bertram Thomas, le Rub\u2019\u00a0al-Khali \u00e9tait \u00ab\u00a0une mer agit\u00e9e\u00a0\u00bb, et le Taklamakan d\u2019Aurel Stein \u00e9tait \u00ab\u00a0une mer d\u00e9cha\u00een\u00e9e, dont les vagues se sont p\u00e9trifi\u00e9es en pleine temp\u00eate\u00a0\u00bb. Mais en contemplant aujourd\u2019hui avec Amy l\u2019oc\u00e9an Pacifique, cette immense b\u00eate ondoyante dont les flancs se soul\u00e8vent et se creusent, je repense \u00e0 la magnifique immobilit\u00e9 du d\u00e9sert de Black Rock et me dis que le rapprochement est fauss\u00e9. Ce qui rend la mer si terrible, dans les deux sens du terme, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois super, comme on dit dans les s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9, et redoutable, ce n\u2019est pas son immensit\u00e9 ou son caract\u00e8re compl\u00e8tement ouvert, ni m\u00eame sa profondeur, mais les forces telluriques impliqu\u00e9es dans ses mouvements. La mer est vivante.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un jour, un anthropologue demande \u00e0 un Indien Hopi pourquoi les chants de son peuple parlent si souvent d\u2019eau.\u00a0\u00bb [\u2026] \u00ab\u00a0\u201cC\u2019est simple, r\u00e9pond l\u2019Indien. C\u2019est parce que l\u2019eau est si rare\u2026 Et pourquoi\u201d, demande-t-il alors \u00e0 l\u2019anthropologue, \u201cvos chansons \u00e0 vous parlent-elles si souvent d\u2019amour\u00a0?\u201d\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; <em><strong>Le\u00a0d\u00e9sert Arabique, \u00c9gypte<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Dans le Wadi el Natroun, on per\u00e7oit toujours la pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019est du Nil et d\u2019Alexandrie, centres de peuplement humain, tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019ouest le regard part vers le Sahara, la limite du monde, et l\u2019infini plus loin. Ainsi, le d\u00e9sert devient une sc\u00e8ne sur laquelle se trouve repr\u00e9sent\u00e9e devant le monde entier la vie \u00e9ternelle du Paradis. Les moines sont des t\u00e9moins, pas des acteurs. Voil\u00e0 pourquoi les gens leur font confiance.<\/p>\n<p><em>Agape<\/em> (\u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb, en grec ancien) est le terme utilis\u00e9 par les coptes pour d\u00e9signer la c\u00e9l\u00e9bration partag\u00e9e des myst\u00e8res chr\u00e9tiens.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : William Atkins est un \u00e9diteur et journaliste anglais, qui a r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9crit dans les pages de The Guardian et de Granta. \u00ab\u00a0Dans l\u2019infinit\u00e9 des d\u00e9serts\u00a0\u00bb est le deuxi\u00e8me livre qu\u2019il publie, apr\u00e8s The Moor (non traduit en fran\u00e7ais) : unanimement salu\u00e9 par la presse, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u00ab Livre de voyage de &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14671\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14672,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[163,26,70,202,193,18,1323],"tags":[704,723,517,437,297,1337,1150,1106,168,1478],"class_list":["post-14671","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-australie","category-chine","category-egypte","category-etats-unis","category-etude-de-societe","category-anglaise","category-rlh2021","tag-desert","tag-destruction","tag-document","tag-ecologie","tag-exil","tag-geologie","tag-geopolitique","tag-humanite","tag-migrants","tag-planete"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14671","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14671"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14671\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14675,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14671\/revisions\/14675"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/14672"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14671"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14671"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14671"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}