{"id":14714,"date":"2021-11-03T17:23:32","date_gmt":"2021-11-03T15:23:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14714"},"modified":"2022-09-16T18:53:03","modified_gmt":"2022-09-16T16:53:03","slug":"gaude-laurent-la-porte-des-enfers-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14714","title":{"rendered":"Gaud\u00e9, Laurent \u00ab La porte des enfers \u00bb (2008)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Laurent Gaud\u00e9, n\u00e9 le 6 juillet 1972 dans le 14e arrondissement de Paris, est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, qui a obtenu le prix Goncourt des lyc\u00e9ens et le prix des libraires avec La Mort du roi Tsongor en 2002, puis le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta, en 2004. En 2019, il re\u00e7oit le prix du livre europ\u00e9en pour Nous, l\u2019Europe banquet des peuples.<\/p>\n<p><strong>Ses romans\u00a0<\/strong>: Cris, 2001 \u2013\u00a0<em>La Mort du roi Tsongor, 2002 (\u00a0prix Goncourt des lyc\u00e9ens\u00a0et le\u00a0prix des libraires) \u2013 Le Soleil des Scorta, 2004 (prix Goncourt\u00a0;\u00a0 prix du jury Jean-Giono) \u2013 Eldorado, 2006<\/em>\u00a0\u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14714\">La Porte des Enfers<\/a>,<\/span>\u00a02008 \u2013\u00a0<em>Ouragan, 2010<\/em>\u00a0\u2013 Pour seul cort\u00e8ge, 2012 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2088\">Danser les ombres<\/a>,<\/span>\u00a02015 \u2013 \u00c9coutez nos d\u00e9faites, 2016 \u2013<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14233\">Salina, les trois exils<\/a><\/span>, 2018 \u2013 Paris, mille vies, 2020 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16916\">Chien 51<\/a><\/span>, 2022<br \/>\n<strong>Recueils de nouvelles<\/strong>\u00a0:\u00a0<em>Dans la nuit Mozambique<\/em>, 2007 (recueil de quatre nouvelles) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=568\">Les Oliviers du N\u00e9gus<\/a>,<\/span> 2011 ( recueil de quatre nouvelles) \u2013 Essai : Nous, l\u2019Europe banquet des peuples, 2018 \u2013 La derni\u00e8re nuit du monde, 2021<br \/>\n<strong>Th\u00e9\u00e2tre<\/strong>\u00a0:<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13409\">\u00a0Caillasses<\/a>\u00a0<\/span>(2012) M\u00e9d\u00e9e Kali \u2013 Sodome, ma douce (2019)<\/p>\n<p>( les titres en italique non cliquables ont \u00e9t\u00e9 lus avant la cr\u00e9ation du blog)<\/p>\n<p>Actes Sud \u2013 20.08.2008 \u2013 266 pages \/ \u00a0Babel \u2013 06.2010 \u2013 272 pages \/J\u2019ai lu \u2013 11.09.2013 \u2013 283 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0:<br \/>\nAu lendemain d&rsquo;une fusillade \u00e0 Naples, Matteo voit s&rsquo;effondrer toute raison d&rsquo;\u00eatre. Son petit gar\u00e7on est mort. Sa femme, Giuliana, dispara\u00eet. Lui-m\u00eame s&rsquo;enfonce dans la solitude et, nuit apr\u00e8s nuit, \u00e0 bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville. Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente \u00e9trange qui, pour paiement de sa course, lui offre \u00e0 boire dans un minuscule caf\u00e9.<br \/>\nMatteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l&rsquo;imp\u00e9nitent cur\u00e9 don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi \u00e9rudit que sulfureux, qui tient d&rsquo;\u00e9tranges discours sur la r\u00e9alit\u00e9 des Enfers. Et qui pr\u00e9tend qu&rsquo;on peut y descendre&#8230; Ceux qui meurent emm\u00e8nent dans l&rsquo;Au-Del\u00e0 un peu de notre vie, et nous d\u00e9sesp\u00e9rons de la recouvrer, tant pour eux-m\u00eames que pour apaiser notre douleur.<br \/>\nC&rsquo;est dans la conscience de tous les deuils \u2014 les siens, les n\u00f4tres \u2014 que Laurent Gaud\u00e9 oppose \u00e0 la mort un des mythes les plus forts de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. Solaire et t\u00e9n\u00e9breux, captivant et haletant, son nouveau roman nous emporte dans un \u00ab\u00a0voyage\u00a0\u00bb o\u00f9 le temps et le destin sont d\u00e9tourn\u00e9s par la volont\u00e9 d&rsquo;arracher un \u00eatre au n\u00e9ant.<\/p>\n<p><strong><em>Le Point De Vue Des \u00c9diteurs<\/em><\/strong>\u00a0: Ceux qui meurent emm\u00e8nent dans l\u2019Au-Del\u00e0 un peu de notre vie, et nous d\u00e9sesp\u00e9rons de la recouvrer, tant pour eux-m\u00eames que pour apaiser notre douleur. C\u2019est dans la conscience de tous les deuils\u00a0\u2013\u00a0les siens, les n\u00f4tres\u00a0\u2013\u00a0que Laurent Gaud\u00e9 oppose \u00e0 la mort un des mythes les plus forts de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Quand le fils de Matteo et Giuliana, Pippo, est tu\u00e9 par une balle perdue, Giuliana fait une demande \u00e0 Matteo\u00a0: soit il lui ram\u00e8ne son fils soit il venge sa mort en tuant le coupable.\u00a0 Et c\u2019est ce que Matteo va s\u2019employer \u00e0 faire, simplement parce que sa femme le lui a demand\u00e9\u2026 Pour cela, il lui faudra traverser le fleuve des larmes, compos\u00e9 d\u2019ombres, d\u2019\u00e2mes g\u00e9missantes qui s\u2019accrochent \u00e0 la vie bien que le fleuve fasse tout pour les entrainer vers la mort, en leur montrant le cot\u00e9 n\u00e9gatif de la vie. Mais aller chercher son fils dans le monde souterrain ne signifie pas forc\u00e9ment pouvoir remonter \u00e0 la surface avec lui\u2026<\/p>\n<p>Laurent Gaud\u00e9 nous entraine \u00e0 Naples, dans un troquet o\u00f9 le caf\u00e9 est sp\u00e9cial, nous fait franchir les portes de l\u2019enfer, avec pour compagnons de route, \u00a0le cimeti\u00e8re, la mort, le deuil, des personnages qui hantent les t\u00e9n\u00e8bres \u2026 et une question\u00a0: peut-on aimer suffisamment pour arracher un \u00eatre du n\u00e9ant, aller le chercher au pays des morts\u2026<br \/>\nNaples, parce que traditionnellement les Enfers sont sous la Gr\u00e8ce et l\u2019Italie\u2026<br \/>\nMatteo parviendra-t-il \u00e0 effectuer la catabase qu\u2019il souhaite entreprendre, \u00e0 l\u2019image d\u2019Orph\u00e9e descendant chercher Eurydice\u00a0? Parviendra-t-il \u00e0 ramener \u00e0 la vie son fils\u00a0?<br \/>\nLe livre est \u00e0 la fois le r\u00e9cit de la vie du p\u00e8re et celui de la vie du fils. Et au final ils ne seront pas trop de deux pour remplir les deux volets de la demande de Giuliana\u2026<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 de cette descente aux enfers, il y a toute la relation entre les vivants et les morts, les rapports qui persistent entre les deux mondes, les esprits qui restent connect\u00e9s, l\u2019absence, la fusion, les liens \u2026 L\u2019amour peut-il transcender la mort\u00a0? Un livre sur le deuil, sur la perte, sur le d\u00e9sespoir mais aussi un livre sur l\u2019amour entre homme et femme, entre parents et enfant et \u2026 entre enfant et parents\u2026 Un livre sur les t\u00e9n\u00e8bres mais aussi sur la lumi\u00e8re\u2026 une fois encore Gaud\u00e9 est un po\u00e8te et un conteur fabuleux .<\/p>\n<p>Alors je vous encourage vivement \u00e0 vous faire servir un petit caf\u00e9 qui corresponde \u00e0 votre \u00e9tat d\u2019esprit et \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans ce monde fantastique et extra-ordinaire \u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Sa voix s\u2019est effac\u00e9e. Il me semble parfois me souvenir de quelques expressions\u00a0\u2013\u00a0mais sont-ce vraiment les siennes ou les ai-je reconstruites, apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es, pour meubler le vide de son absence\u00a0?<\/p>\n<p>Je reviens des Enfers. Qu\u2019y a-t-il \u00e0 craindre de plus que cela\u00a0? La seule chose qui puisse venir \u00e0 bout de moi, ce sont mes propres cauchemars. La nuit, tout se peuple \u00e0 nouveau de cris de goules et de bruissements d\u2019agonie. Je sens l\u2019odeur naus\u00e9euse du soufre. La for\u00eat des \u00e2mes m\u2019encercle. La nuit, je redeviens un enfant et je supplie le monde de ne pas m\u2019avaler. La nuit, je tremble de tout mon corps et j\u2019en appelle \u00e0 mon p\u00e8re. Je crie, je renifle, je pleure. Les autres appellent cela cauchemar, mais je sais, moi, qu\u2019il n\u2019en est rien. Je n\u2019aurais rien \u00e0 craindre de r\u00eaves ou de visions. Je sais que tout cela est vrai. Je viens de l\u00e0. Il n\u2019y a pas de peur autre que celle-l\u00e0 en moi. Tant que je ne dors pas, je ne redoute rien.<\/p>\n<p>Je sais faire les caf\u00e9s pour chaque d\u00e9sir, chaque humeur. Violent comme une gifle pour se r\u00e9veiller le matin. Enrob\u00e9 et serein pour faire passer un mal de cr\u00e2ne. Onctueux pour appeler \u00e0 soi la volupt\u00e9. Robuste et tenace pour ne plus dormir. Le caf\u00e9 pour attendre. Le caf\u00e9 pour se mettre hors de soi. Je dose comme un alchimiste. J\u2019utilise des \u00e9pices que le palais ne sent pas mais que le corps reconna\u00eet.<\/p>\n<p>Nous p\u00e9n\u00e9trons dans le cimeti\u00e8re. Les pierres tombales ont des silhouettes de vaisseaux \u00e9tranges.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 tellement devenus des ombres l\u2019un pour l\u2019autre que la simple attention avec laquelle il avait pos\u00e9 et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sa question\u00a0\u2013\u00a0ce m\u00e9lange d\u2019empressement inquiet et de douce sollicitude\u00a0\u2013\u00a0la bouleversa.<\/p>\n<p>Il but pour ne penser \u00e0 rien et personne, autour de lui, ne rompit ce silence install\u00e9 ici depuis si longtemps qu\u2019on avait l\u2019impression de le voir flotter dans l\u2019air comme des nappes de poussi\u00e8re.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait temps de partir et c\u2019\u00e9tait tout. Il n\u2019y avait rien \u00e0 dire. Lui faire des reproches n\u2019avait aucun sens. Ils ne pouvaient plus rien l\u2019un pour l\u2019autre, que s\u2019\u00e9corcher de leur pr\u00e9sence commune, de leurs souvenirs douloureux et de leurs pleurs secrets.<\/p>\n<p>Le monde est \u00e0 l\u2019envers, Matteo. Et je pensais que, pour moi, tu aurais su le redresser. Mais non, les p\u00e8res n\u2019ont plus de force. Les fils meurent. Il ne reste que nous, les m\u00e8res endeuill\u00e9es, qui pleurons avec rage sur ce qui nous a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui, rationaliste et s\u00e8che, ne jure que par l\u2019imperm\u00e9abilit\u00e9 de toute fronti\u00e8re mais il n\u2019y a rien de plus faux\u2026 On n\u2019est pas mort ou vivant. En aucune mani\u00e8re\u2026 C\u2019est infiniment plus compliqu\u00e9. Tout se confond et se superpose\u2026 Les Anciens le savaient\u2026 Le monde des vivants et celui des morts se chevauchent. Il existe des ponts, des intersections, des zones troubles\u2026 Nous avons simplement d\u00e9sappris \u00e0 le voir et \u00e0 le sentir\u2026\u201d<\/p>\n<p>\u201cVous n\u2019avez jamais l\u2019impression que ces \u00eatres-l\u00e0 vivent en vous\u00a0?\u2026 Vraiment\u2026 Qu\u2019ils ont d\u00e9pos\u00e9 en vous quelque chose qui ne dispara\u00eetra que lorsque vous mourrez vous-m\u00eames\u00a0?\u2026 Des gestes\u2026 Une fa\u00e7on de parler ou de penser\u2026 Une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 certaines choses et \u00e0 certains lieux\u2026 Croyez-moi. Les morts vivent. Ils nous font faire des choses. Ils influent sur nos d\u00e9cisions. Ils nous forcent. Nous fa\u00e7onnent.<\/p>\n<p>Nous ne sommes parfois plus si vivants que cela. En disparaissant, les morts emportent un peu de nous-m\u00eames. Chaque deuil nous tue. Nous en avons tous fait l\u2019exp\u00e9rience. Il y a une joie, une fra\u00eecheur qui s\u2019estompe au fur et \u00e0 mesure que les deuils s\u2019accumulent\u2026 Nous mourons chaque fois un peu plus en perdant ceux qui nous entourent\u2026\u201d<\/p>\n<p>chaque mort, en disparaissant, emm\u00e8ne avec lui un peu des vivants qui l\u2019entourent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Laurent Gaud\u00e9, n\u00e9 le 6 juillet 1972 dans le 14e arrondissement de Paris, est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, qui a obtenu le prix Goncourt des lyc\u00e9ens et le prix des libraires avec La Mort du roi Tsongor en 2002, puis le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta, en 2004. 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