{"id":1472,"date":"2015-01-14T08:39:24","date_gmt":"2015-01-14T07:39:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1472"},"modified":"2015-01-14T08:39:24","modified_gmt":"2015-01-14T07:39:24","slug":"prudhomme-sylvain-les-grands-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1472","title":{"rendered":"Prudhomme Sylvain \u00ab Les grands \u00bb 2014"},"content":{"rendered":"<p>Ce roman a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 R\u00e9v\u00e9lation fran\u00e7aise de l&rsquo;ann\u00e9e par le magazine Lire (n\u00b0431 de l\u2019ann\u00e9e 2014) \u2013 paru chez Gallimard\/L&rsquo;Arbal\u00e8te (256p)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Guin\u00e9e-Bissau, 2012. Guitariste d&rsquo;un groupe fameux de la fin des ann\u00e9es 1970, Couto vit d\u00e9sormais d&rsquo;exp\u00e9dients. Alors qu&rsquo;un coup d&rsquo;\u00c9tat se pr\u00e9pare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d&rsquo;un ami \u00e0 l&rsquo;autre. Dans ses pens\u00e9es trente ans d\u00e9filent, souvenirs d&rsquo;une femme aim\u00e9e, de la gu\u00e9rilla contre les Portugais, mais aussi des ann\u00e9es fastes d&rsquo;un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, port\u00e9e par l&rsquo;\u00e9lan et la fiert\u00e9 d&rsquo;un pays. Au c\u0153ur de la ville o\u00f9 hommes et femmes continuent de s&rsquo;affairer, indiff\u00e9rents aux premiers coups de feu qui \u00e9clatent, Couto et d&rsquo;autres anciens du groupe ont rendez-vous : c&rsquo;est soir de concert au Chiringuit\u00f3.<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>: Un roman percutant, qui aurait pu avoir pour titre \u00ab\u00a0 Saudade\u00a0\u00bb, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la d\u00e9finition qui suit \u00ab\u00a0La <em>saudade<\/em> est diff\u00e9rente de la nostalgie. Dans cette derni\u00e8re, il y a un sentiment m\u00eal\u00e9 de joie et de tristesse, le souvenir du bonheur, mais aussi la m\u00e9lancolie d&rsquo;une existence unique dans le pass\u00e9 et d&rsquo;un retour en arri\u00e8re impossible. La <em>saudade<\/em> exprime un d\u00e9sir intense, pour quelque chose que l&rsquo;on aime et que l&rsquo;on a perdu, mais qui pourrait revenir dans un avenir incertain. On parle de <em>saudade<\/em> dans deux cas, d&rsquo;abord pour quelqu\u2019un qui est \u00e9loign\u00e9 de son pays, et qui garde l&rsquo;espoir de revenir un jour\u00a0; le terme est \u00e9galement employ\u00e9 par les Portugais pour \u00e9voquer la nostalgie du pass\u00e9. Elle peut \u00e9galement s&rsquo;appliquer \u00e0 celui qui, rest\u00e9 au pays, se souvient de l&rsquo;\u00eatre cher parti.<\/p>\n<p>Le guitariste imaginaire d\u2019un groupe mythique en Guin\u00e9e Bissau (qui a exist\u00e9) apprend la mort de la grande chanteuse du groupe qui a \u00e9t\u00e9 son amour de jeunesse. Cela se passe le jour du coup d\u2019\u00e9tat\u00a0programm\u00e9; tout le livre se passe sur une seule journ\u00e9e, presque une seule soir\u00e9e. Couto part se promener dans la ville et se rem\u00e9more l\u2019histoire de sa vie, du groupe, de son pays\u2026 tout revient. Description de sa vie, du pass\u00e9, du pr\u00e9sent. On est \u00e0 la fois \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70 et dans l\u2019Afrique contemporaine. Un homme du pass\u00e9 qui a gard\u00e9 l\u2019aura du pass\u00e9 et son charisme d\u2019antan. Description tr\u00e8s sensuelle, vivante et color\u00e9e de l\u2019Afrique. Une langue vivante m\u00ealant le fran\u00e7ais, le cr\u00e9ole. Et aussi un petit tour en Europe, ou certains membres du groupe se sont \u00e9chou\u00e9s, \u00e0 la poursuite d\u2019un r\u00eave de gloire et qui sont devenus des sans-papiers. Un livre qui se vit dans l\u2019urgence du pr\u00e9sent m\u00eame s\u2019il fait r\u00e9f\u00e9rence au pass\u00e9.<\/p>\n<p>La seule critique qui je puisse faire\u00a0: je ne me suis pas sentie partie prenante de l\u2019histoire, je suis rest\u00e9e ext\u00e9rieure \u00e0 observer. Dommage car j\u2019aurais voulu faire partie de l\u2019aventure et ne pas \u00eatre que spectatrice. Mais qui m\u00e9rite amplement son classement de\u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019ann\u00e9e de la revue Lire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait rien eu que cet engourdissement, cette torpeur qui l\u2019avait lentement gagn\u00e9 et lui avait d\u2019abord sembl\u00e9 le contraire d\u2019une douleur, un effondrement par atonie plut\u00f4t, d\u00e9branchement de tout son \u00eatre devenu incapable de plus rien sentir, d\u2019\u00e9prouver la moindre peine, de verser une larme, ses yeux d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment secs, son souffle vaguement emp\u00each\u00e9 seulement par quelque chose qui aurait aussi bien pu n\u2019\u00eatre qu\u2019une profonde fatigue<\/p>\n<p>Les mille accidents du sol qui semblaient faits pour obliger le passant \u00e0 s\u2019arr\u00eater discuter devant chaque pas de porte<\/p>\n<p>Concluant comme il commandait. Sans rien faire pour se rendre doux ni agr\u00e9able. \u00c0 la hache<\/p>\n<p>Quand nous aurons notre pays et que notre peuple ne saura ni lire ni \u00e9crire, nous n\u2019aurons encore rien<\/p>\n<p>si l\u2019un de vous porte un fusil et un autre un outil, le plus important des deux est celui qui a l\u2019outil.<\/p>\n<p>les dates se m\u00e9langeaient, les lieux se confondaient, ce n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un seul et m\u00eame tourbillon ininterrompu qu\u2019il regardait aujourd\u2019hui non sans perplexit\u00e9, comme une autre vie, une success-story qui le laissait presque incr\u00e9dule.<\/p>\n<p>Bande de fouines qui lisaient dans la d\u00e9marche et les yeux de chaque passant. Qui devinaient les pens\u00e9es du premier venu rien qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9nergie de ses foul\u00e9es.<\/p>\n<p>Une chose l\u2019avait d\u00e9\u00e7u\u00a0: la tenue des gens. Leurs habits mal taill\u00e9s, faits au kilom\u00e8tre pour d\u2019autres corps que les leurs, dans des mati\u00e8res ternes. Leur pas vo\u00fbt\u00e9 dans de grands manteaux qui noyaient leurs silhouettes. C\u2019\u00e9tait \u00e7a les Europ\u00e9ens, c\u2019\u00e9taient ces gens fatigu\u00e9s, finis\u00a0? Ici m\u00eame le dernier tra\u00eene-savate du march\u00e9 avait la silhouette alti\u00e8re, l\u2019allure noble. Pourquoi on ne classait pas les pays en fonction de \u00e7a aussi\u00a0? L\u2019habilet\u00e9 des gens \u00e0 se v\u00eatir. \u00c0 pr\u00e9parer leur corps pour les autres. \u00c0 l\u2019offrir aux regards sans g\u00eane ni gestes superflus, toujours soign\u00e9, toujours parfum\u00e9, lav\u00e9 \u00e0 grande eau apr\u00e8s chaque su\u00e9e, chaque effort, frott\u00e9 de cet \u00e9ternel savon brun dont la p\u00e2te mal d\u00e9grossie griffait la peau, la r\u00e9veillait, l\u2019impr\u00e9gnait de cette odeur de propre qui ensuite ne la l\u00e2chait plus, m\u00eame enduite des onguents les plus ent\u00eatants, m\u00eame rinc\u00e9e mille fois comme les feuilles des arbres brillantes apr\u00e8s la pluie.<\/p>\n<p>Ils l\u2019avaient regard\u00e9e s\u2019\u00e9loigner. Elle avait d\u00fb sentir leurs yeux accroch\u00e9s \u00e0 ses talons, car ses d\u00e9hanchements s\u2019\u00e9taient insensiblement modifi\u00e9s. \u00c0 pr\u00e9sent chaque roulis de sa taille n\u2019\u00e9tait plus simplement offert au ciel comme le souffle du vent et le bercement des palmes. Il leur \u00e9tait offert \u00e0 eux.<\/p>\n<p>Aupr\u00e8s d\u2019eux c\u2019\u00e9tait comme si son blindage se fissurait, comme si s\u2019effondraient d\u2019un coup toutes les d\u00e9fenses dont il avait lentement appris \u00e0 s\u2019armer pour \u00e9touffer en lui cet appel qui devait sans cesse revenir le tarauder\u00a0: et pourquoi pas rentrer<\/p>\n<p>Les paroles de ses chansons lui venaient pendant les r\u00e9p\u00e8tes, en impro. Il les notait vite, pour ne pas perdre l\u2019\u00e9lan. Les retravaillait ensuite pendant des heures, ramassant, resserrant, condensant. \u00c0 la fin ses couplets \u00e9taient durs comme des cailloux.<\/p>\n<p>Lui est comme un fauve aux aguets, un animal \u00e0 l\u2019ou\u00efe suraigu\u00eb qui per\u00e7oit chaque note \u00e9mise, chaque dissonance voulue ou non, chaque moment de gr\u00e2ce<\/p>\n<p>Il y a des soirs o\u00f9 quand tu joues, avait dit autrefois Couto dans une interview, tu sens que ton esprit s\u2019en va se promener. Tu es tellement bien que tu t\u2019en vas, ton esprit part faire un tour ailleurs, s\u2019en va visiter l\u2019esprit des autres musiciens, visiter les visages des spectateurs qui sont l\u00e0, tout pr\u00e8s de toi, en train de sourire. Tu sens que c\u2019est bon, tu ne penses plus \u00e0 rien, tu n\u2019\u00e9coutes plus ce que font tes doigts, tu regardes simplement ceux qui jouent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi et tu vois le sourire sur leur visage, tu n\u2019as m\u00eame pas besoin de leur parler, simplement tu sais, tu vois qu\u2019eux aussi savent, c\u2019est tr\u00e8s bon<\/p>\n<p>Enfin la pluie avait cess\u00e9 et \u00e7\u2019avait \u00e9t\u00e9 comme si le silence \u00e0 son tour \u00e9clatait, prodigieux soudain, si profond qu\u2019il leur avait sembl\u00e9 percevoir \u00e0 nouveau chaque bruit dehors, recommencer d\u2019entendre le ruissellement de l\u2019eau dans les caniveaux, le coassement \u00e7\u00e0 et l\u00e0 d\u2019un crapaud ressuscit\u00e9, le bruit partout dans la nuit des gouttes achevant de tomber des toits et des branches d\u2019arbres essor\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce roman a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 R\u00e9v\u00e9lation fran\u00e7aise de l&rsquo;ann\u00e9e par le magazine Lire (n\u00b0431 de l\u2019ann\u00e9e 2014) \u2013 paru chez Gallimard\/L&rsquo;Arbal\u00e8te (256p) R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Guin\u00e9e-Bissau, 2012. 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