{"id":15519,"date":"2022-02-17T17:52:25","date_gmt":"2022-02-17T15:52:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=15519"},"modified":"2022-02-17T17:56:05","modified_gmt":"2022-02-17T15:56:05","slug":"saada-delphine-celle-qui-criait-au-loup-rlh-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=15519","title":{"rendered":"Saada, Delphine \u00abCelle qui criait au loup\u00bb (RLH 2022)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Autrice<\/strong>\u00a0: Delphine Saada, 43 ans, vit \u00e0 Paris. \u00ab\u00a0Celle qui criait au loup\u00a0\u00bb est son premier roman.<\/p>\n<p>Plon \u2013 13.01.2022 \u2013 272 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Quand les filles parlent d&rsquo;elle, tout bas, entre deux portes, elles disent qu&rsquo;elle est fi\u00e8re et hautaine, aussi belle qu&rsquo;une lumi\u00e8re froide. On n\u2019a rien contre elle, qui peut avoir un truc contre Albane, elle est parfaite ? Faut juste reconna\u00eetre que ce n\u2019est pas normal de passer autant d&rsquo;ann\u00e9es \u00e0 travailler avec une personne sans rien savoir d&rsquo;elle. Albane, 39 ans, deux enfants, est une infirmi\u00e8re mod\u00e8le.<br \/>\nUne professionnelle de sant\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e et respect\u00e9e mais dont ses coll\u00e8gues ne savent rien. Albane est un \u00eatre m\u00e9thodique et herm\u00e9tique. Dans le contr\u00f4le, toujours. Sebastian, son \u00e9poux, l&rsquo;a compris et l&rsquo;aime ainsi. Mais depuis quelques temps, elle semble se renfermer un peu plus. Chaque jour, apr\u00e8s une journ\u00e9e de huit heures dans son service, elle r\u00e9cup\u00e8re de l&rsquo;\u00e9cole Emma, six ans, et Arthur, trois ans.<br \/>\n<strong><em>J\u2019ai volontairement d\u00e9cid\u00e9 de ne pas publier le r\u00e9sum\u00e9 en entier car il d\u00e9flore tout le roman. Je pr\u00e9f\u00e8re vous en laisser la d\u00e9couverte.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>En exergue, les paroles de l\u2019aigle noir de Barbara\u2026 De suite, on se doute que le sujet abord\u00e9 sera le viol, la maltraitance enfantine, la p\u00e9dophilie, l\u2019inceste\u2026<br \/>\nElle, c\u2019est l\u2019infirmi\u00e8re parfaite\u2026 Pour elle tout doit \u00eatre carr\u00e9, millim\u00e9tr\u00e9, planifi\u00e9, programm\u00e9. Aucune place pour la fantaisie, l\u2019impr\u00e9vu, les surprises, le d\u00e9sordre, l\u2019impr\u00e9vu. Victime d\u2019amn\u00e9sie post-traumatique.<br \/>\nDeux enfants, une fillette pleine de vie et tr\u00e8s turbulente et son petit fr\u00e8re, plus petit et plus calme. Un mari adorable et pr\u00e9venant, qui est tr\u00e8s pr\u00e9sent et s\u2019occupe au maximum des enfants pour la d\u00e9charger et faire baisser la pression \u00e0 la maison. Il faut dire que son travail d\u2019infirmi\u00e8re est tr\u00e8s prenant. Mais tr\u00e8s vite on se rend compte qu\u2019elle ne supporte pas sa petite fille, qui est pourtant ador\u00e9e par tout le monde. Elle ne l\u2019aime pas et cela va m\u00eame au-del\u00e0 de \u00e7a, jusqu\u2019\u00e0 en arriver \u00e0 des actes de maltraitance. Son mari exige qu\u2019elle se reprenne, qu\u2019elle aille voir un sp\u00e9cialiste, un psychologue sous peine de partir avec les enfants. Et l\u00e0 d\u00e9bute une spirale infernale\u2026<br \/>\nUn premier roman magnifique, poignant, interpellant que je recommande vivement sur un sujet difficile.<\/p>\n<p><strong>Extraits<em>\u00a0<\/em><\/strong>:<\/p>\n<p>Et si le bonheur n\u2019\u00e9tait que la somme de petits \u00e9v\u00e9nements insignifiants\u00a0?<\/p>\n<p>Seuls les bras et les mains se d\u00e9pla\u00e7aient dans une \u00e9conomie de mouvements. Le reste de son corps ne bougeait pas. Ses yeux fixaient une \u00e9tag\u00e8re \u00e0 leur hauteur. Tous ses gestes paraissaient calibr\u00e9s. De leur somme \u00e9manait une certaine virtuosit\u00e9, mais une virtuosit\u00e9 canalis\u00e9e, adapt\u00e9e \u00e0 la fonction. Allez savoir pourquoi, Mathilde avait pens\u00e9 \u00e0 Federer en la voyant.<\/p>\n<p>Si ici les gens ne vous jugent pas, c\u2019est parce qu\u2019ils se fichent de vous. On conna\u00eet tout le monde mais on ne conna\u00eet vraiment personne. On n\u2019a le temps de rien.<\/p>\n<p>Son cerveau est une pi\u00e8ce vide et blanche dans laquelle ses pens\u00e9es nocturnes, aussi fines que des enveloppes, s\u2019infiltrent puis se dilatent sous forme de masses \u00e9normes et rose chewing-gum, comme des Barbapapa, occupant tout l\u2019espace libre.<\/p>\n<p>Autour d\u2019elle on loue sa m\u00e9moire, mais c\u2019est une m\u00e9moire pour l\u2019imm\u00e9diat et le concret, le fonctionnel, en quelque sorte. Une m\u00e9moire qui sert \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre une m\u00e9moire qui r\u00e9conforte. Les sensations pures de ses jeunes ann\u00e9es semblent s\u2019\u00eatre dissip\u00e9es dans les circonvolutions alambiqu\u00e9es de son cerveau.<\/p>\n<p>O\u00f9 vont mourir les \u00e9motions des premi\u00e8res fois\u00a0?<\/p>\n<p>Il faut dire que les malades soign\u00e9s dans le service vont au moins aussi mal que la m\u00e9t\u00e9o, ils sont raccord. Et l\u2019h\u00f4pital va aussi mal que ses malades.<\/p>\n<p>Dans leur foyer, tous devaient prendre des coups, mais le genre faisait la diff\u00e9rence, poing ou ceinturon pour les gar\u00e7ons, reins pour les filles, et silence pour tout le monde.<\/p>\n<p>Paris se tait, Paris ne questionne pas, Paris se fiche qu\u2019on la trouve belle \u00e0 en pleurer ou sale \u00e0 en pleurer, Paris se laisse, d\u00e9sabus\u00e9e, \u00eatre admir\u00e9e, photographi\u00e9e, d\u00e9grad\u00e9e, salie, f\u00eat\u00e9e, poignard\u00e9e, fusill\u00e9e, elle sera toujours l\u00e0.<\/p>\n<p>Pourquoi l\u2019a-t-on oblig\u00e9e \u00e0 se retourner\u00a0? Elle avan\u00e7ait jusque-l\u00e0 sur le fil de sa vie sans regarder en arri\u00e8re, comme ces funambules de l\u2019extr\u00eame que l\u2019on voit parfois \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. C\u2019est si beau, on croirait qu\u2019ils volent un peu du ciel aux oiseaux, qu\u2019ils r\u00e9unissent les montagnes. En moulinant avec ses bras, les muscles t\u00e9tanis\u00e9s, les pas incertains et lents, seule au fond, avec ses n\u00e9vroses, sa rigidit\u00e9, sa difficult\u00e9 \u00e0 aimer, elle avan\u00e7ait. Mais cela ne leur a pas suffi, il leur a fallu interroger, justifier, diss\u00e9quer son pass\u00e9. Et ne dit-on pas, Quand on cherche, on trouve\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0: Delphine Saada, 43 ans, vit \u00e0 Paris. \u00ab\u00a0Celle qui criait au loup\u00a0\u00bb est son premier roman. Plon \u2013 13.01.2022 \u2013 272 pages R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Quand les filles parlent d&rsquo;elle, tout bas, entre deux portes, elles disent qu&rsquo;elle est fi\u00e8re et hautaine, aussi belle qu&rsquo;une lumi\u00e8re froide. 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