{"id":16104,"date":"2022-05-08T12:19:05","date_gmt":"2022-05-08T10:19:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16104"},"modified":"2024-09-08T12:39:39","modified_gmt":"2024-09-08T10:39:39","slug":"de-kerangal-maylis-naissance-dun-pont-2010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16104","title":{"rendered":"de Kerangal, Maylis \u00ab Naissance d\u2019un pont \u00bb (2010)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0:\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle \u00e9tudie en classe pr\u00e9paratoire au lyc\u00e9e Jeanne-d\u2019Arc de Rouen et ensuite \u00e0 Paris de 1985 \u00e0 1990 l\u2019histoire, la philosophie et l\u2019ethnologie.<br \/>\nElle commence \u00e0 travailler chez Gallimard jeunesse une premi\u00e8re fois de 1991 \u00e0 1996, avant de faire deux s\u00e9jours aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 Golden dans le Colorado en 1997. Elle reprend sa formation en passant une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019EHESS \u00e0 Paris en 1998.<\/p>\n<p><b>Ses romans\u00a0<\/b>: Je marche sous un ciel de tra\u00eene, 2000, 222 p. \u2013 La Vie voyageuse, 2003, 240 p. \u2013 Ni fleurs ni couronnes, 2006, 135 p. \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7502\">Dans les rapides<\/a><\/span>\u00a0(2006) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2260\">Corniche Kennedy<\/a>,<\/span>\u00a0Paris, 2008, 177 p. \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16104\">Naissance d\u2019un pont<\/a><\/span>, Paris, 2010, 336 p. ( Prix M\u00e9dicis 2010 \u2013 Prix Franz Hessel 2010) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3026\">Tangente vers l\u2019est<\/a><\/span>, Paris, \u00c9ditions Verticales, 2012, 134 p. (Prix Landerneau 2012) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=34\">R\u00e9parer les vivants<\/a>,<\/span> 2013, 281 p. (Grand prix RTL-Lire 2014 \u2013 Roman des \u00e9tudiants \u2013 France Culture-T\u00e9l\u00e9rama 2014 \u2013 Prix Orange du Livre 2014 \u2013 Prix des lecteurs de l\u2019Express-BFM TV 2014 \u2013 Prix Relay 2014) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2241\">\u00c0 ce stade de la nuit<\/a>,<\/span> 2015, 80 p. \u2013 Un chemin de tables -2016 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6926\">Un monde \u00e0 port\u00e9e de main<\/a><\/span>\u00a0(2018) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11694\">Kiruna<\/a><\/span>\u00a0(2019) \u2013 Ariane espace (nouvelle \u2013 2020) \u2013 Cano\u00ebs (2021) &#8211; Servoz &#8211; avec Joy Sorman &#8211; (2022) &#8211; Un archipel (2022) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"De Kerangal, Maylis\u00a0 \u00ab\u00a0Jour de ressac\u00a0\u00bb (RLE2024) 256 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=20806\">Jour de ressac<\/a><\/span> (2024)<\/p>\n<p><em>Escales \u2013 26.08.2010 \u2013 316 pages \/ Folio \u2013 05.03.2020 \u2013 336 pages<\/em><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;aube du second jour, quand soudain les buildings de Coca montent, perpendiculaires \u00e0 la surface du fleuve, c&rsquo;est un autre homme qui sort des bois, c&rsquo;est un homme hors de lui, c&rsquo;est un meurtrier en puissance. Le soleil se l\u00e8ve, il ricoche contre les fa\u00e7ades de verre et d&rsquo;acier, irise les nappes d&rsquo;hydrocarbures moir\u00e9es arc-en-ciel qui aur\u00e9olent les eaux, et les plaques de m\u00e9tal taill\u00e9es en triangle qui festonnent le bord\u00e9 de la pirogue, rutilant dans la lumi\u00e8re, dessinent une m\u00e2choire ouverte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce livre part d&rsquo;une ambition \u00e0 la fois simple et folle: raconter la construction d&rsquo;un pont suspendu quelque part dans une Californie imaginaire \u00e0 partir des destins crois\u00e9s d&rsquo;une dizaine d&rsquo;hommes et femmes, tous employ\u00e9s du gigantesque chantier. Un roman-fleuve, \u00ab \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine \u00bb, qui brasse des sensations et des r\u00eaves, des paysages et des machines, des plans de carri\u00e8re et des classes sociales, des corps de m\u00e9tiers et des corps tout court.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<br \/>\nBon \u00e0 premi\u00e8re vue, le sujet n\u2019est pas palpitant\u00a0; le c\u00f4t\u00e9 technique de la construction du pont me fait carr\u00e9ment sortir de ma zone de confort\u2026 car les techniques de construction\u2026 c\u2019est loin de mon univers de pr\u00e9dilection\u2026 Quoique\u2026 Sa mani\u00e8re d\u2019amener le sujet, la description des personnages, les descriptions tout court avec ces rythmes et changement de rythmes, ces longues phrases. \u00a0L\u2019\u00e9criture est tellement \u00e9vocatrice. Il faut dire que j\u2019aime le rythme, les descriptions, la fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire de cette romanci\u00e8re et elle me ferait lire un livre sur n\u2019importe quel sujet (la preuve\u00a0!). Car il n\u2019y a pas que le c\u00f4t\u00e9 technique \u2013 heureusement \u2013 il y a la vie des personnages, les rapports avec la nature \u2013 l\u2019arr\u00eat du chantier pendant la p\u00e9riode de nidification des oiseaux \u2013 les enjeux \u00e9conomiques et sociaux, les indiens insensibles au vertige, la ru\u00e9e vers l\u2019or, la protection de la nature, les conflits sociaux, les risques d\u2019attentats, de sabotage et d\u2019accidents, les relations entre les personnages, la vie quoi<br \/>\nIl y a Diderot et le pont dans sa globalit\u00e9, Summer et son b\u00e9ton, Sanche et ses grues, Katherine et ses engins\u2026<br \/>\nMais au final pas le coup de c\u0153ur car je ne me suis pas attach\u00e9e aux personnages\u2026et si je n\u2019ai pas le contact avec au moins l\u2019un d\u2019entre eux\u2026<br \/>\nUn peu longuet quand m\u00eame\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Ils disaient\u00a0: son temps c\u2019est le pr\u00e9sent, c\u2019est l\u2019instant ou jamais, agir correctement, traiter la situation, c\u2019est sa seule morale et tout le travail d\u2019une vie, c\u2019est aussi simple que \u00e7a.<\/p>\n<p>Alphonse, c\u2019est un pr\u00e9nom de grands d\u2019Espagne, c\u2019est sa talonnette symbolique.<\/p>\n<p>Les grues d\u2019abord lui \u00e9berluent la t\u00eate\u00a0: agglutin\u00e9es par centaines, elles surpeuplent le ciel, leurs bras comme des sabres laser plus fluorescents que ceux des guerriers du Jedi, leur halo blafard aur\u00e9olant la ville chantier d\u2019une coupole de nuit blanche.<\/p>\n<p>[\u2026] la symbolique de l\u2019ouvrage\u00a0\u2014 le trait d\u2019union, le passage, le mouvement, blablabla\u00a0\u2014 lui passait au-dessus de la t\u00eate, il s\u2019en foutait \u00e9perdument\u00a0: ce qui l\u2019excitait, lui, c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9pop\u00e9e technique, la r\u00e9alisation des comp\u00e9tences individuelles au sein d\u2019une mise en branle collective, ce qui le passionnait c\u2019\u00e9tait la somme de d\u00e9cisions contenue dans une construction, la succession d\u2019\u00e9v\u00e9nements courts rapport\u00e9e \u00e0 la permanence de l\u2019ouvrage, \u00e0 son inscription dans le temps.<\/p>\n<p>L\u2019aube polaro\u00efde. Les noirs qui s\u2019\u00e9clairent et les blancs qui foncent, la pigmentation progressive de tous les verts\u00a0\u2014 fluo, \u00e9meraude, pistache, V\u00e9ron\u00e8se, amande, anis, absinthe, turquoise, Hollywood chewing-gum, \u00e9pinard et malachite, anglais, c\u00e9ladon\u00a0\u2014, bient\u00f4t fix\u00e9e sur la r\u00e9tine, et le fleuve est l\u00e0, souple, les plis calmes, de longues herbes fluorescentes s\u2019y \u00e9talent en surface, des taillis d\u00e9rivent, des bidons, des bouteilles\u00a0: l\u2019eau est laiteuse et sale.<\/p>\n<p>Le soleil se l\u00e8ve, il ricoche contre les fa\u00e7ades de verre et d\u2019acier, irise les nappes d\u2019hydrocarbures moir\u00e9es arc-en-ciel qui aur\u00e9olent les eaux, et les plaques de m\u00e9tal taill\u00e9es en triangle qui festonnent le bord\u00e9 de la pirogue, dessinant une m\u00e2choire ouverte, rutilent dans la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>On aurait assist\u00e9 \u00e0 cette lutte\u00a0\u2014 le pont contre la for\u00eat, l\u2019\u00e9conomie contre la nature, le mouvement contre l\u2019immobilit\u00e9\u00a0\u2014 qu\u2019on n\u2019aurait su qui encourager.<\/p>\n<p>la d\u00e9gradation des zones humides compromet la nidification, menace les esp\u00e8ces, une \u00e9tude sur les cygnes sauvages au sud de Bakou vient m\u00eame d\u2019\u00e9tablir que la pollution des habitats naturels autour de la mer Caspienne, obligeant les migrateurs \u00e0 se m\u00ealer aux esp\u00e8ces domestiques, aggrave la propagation de la grippe aviaire.<\/p>\n<p>Car il y a bien ce fleuve qui lui excite le flanc. Long cobra dor\u00e9 sommeillant et sauvage couch\u00e9 en chien de fusil sur tout un continent. Trois mille miles.<\/p>\n<p>il s\u2019agit toujours de trouver la forme la plus l\u00e9g\u00e8re, la plus pure, la plus moderne, une interpr\u00e9tation du paysage<\/p>\n<p>il se disait encore que les Indiens ne souffraient pas du vertige, qu\u2019un g\u00e8ne sp\u00e9cifique poss\u00e9d\u00e9 d\u2019eux seuls les exemptait de la peur de travailler \u00e0 des hauteurs folles, funambules aux muscles de fer allant rapidement sur les poutrelles m\u00e9talliques\u00a0\u2014 on d\u00e9roulait toujours la l\u00e9gende des Mohawks, d\u00e9couverts acrobates du ciel d\u00e8s 1886 par les contrema\u00eetres d\u2019un pont routier sur le Saint-Laurent stup\u00e9faits de les voir caracoler \u00e0 la verticale, et d\u00e8s lors ironworkers de choix, import\u00e9s par fourn\u00e9es depuis leurs r\u00e9serves du nord-est des \u00c9tats-Unis, ou du Canada, pour grossir le contingent des b\u00e2tisseurs de gratte-ciel, parmi lesquels l\u2019Empire State et le Chrysler Building \u00e0 New York, on rappelait m\u00eame qu\u2019apr\u00e8s la destruction des tours du World Trade Center, des Mohawks, descendants de ceux qui les avaient construites, revinrent sur le site d\u00e9vast\u00e9 pour tout d\u00e9monter, et il est certain qu\u2019on aimait d\u2019autant mieux les distinguer de la sorte qu\u2019on les avait abaiss\u00e9s plus bas que terre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0:\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. 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