{"id":16459,"date":"2022-06-29T10:36:17","date_gmt":"2022-06-29T08:36:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16459"},"modified":"2022-06-29T10:47:05","modified_gmt":"2022-06-29T08:47:05","slug":"pufahl-shannon-et-nous-nous-enfuirons-sur-des-chevaux-ardents-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16459","title":{"rendered":"Pufahl, Shannon \u00ab Et nous nous enfuirons sur des chevaux ardents \u00bb  (2022)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Autrice<\/strong> : Originaire du Kansas, Shannon Pufahl enseigne la litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Stanford (Californie), o\u00f9 elle a fait ses \u00e9tudes. Pendant de nombreuses ann\u00e9es, elle a travaill\u00e9 comme auteure de musique ind\u00e9pendante et barman. Elle vit \u00e0 Monterey, en Californie, avec sa femme et leurs chiens<br \/>\nPlusieurs de ses textes ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es dans des revues et magazines prestigieux comme The Paris Review. Et nous nous enfuirons sur des chevaux ardents est son premier roman. Il est en cours d\u2019adaptation pour le cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Albin-Michel \u2013 02.05.2022 \u2013 416 pages &#8211; Traducteur : Emmanuelle Vial<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>:<br \/>\nSan Diego, 1956.\u00a0Muriel a quitt\u00e9 son Kansas natal pour la Californie\u00a0avec l\u2019homme qu\u2019elle vient d\u2019\u00e9pouser et qu\u2019elle conna\u00eet \u00e0 peine.\u00a0\u00c0 l\u2019\u00e9troit dans sa vie de jeune mari\u00e9e, elle trouve au champ de courses une \u00e9chappatoire qui lui procure un frisson de libert\u00e9.<br \/>\nRenvoy\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e pour son homosexualit\u00e9, Julius, son beau-fr\u00e8re,\u00a0est charg\u00e9 de rep\u00e9rer les tricheurs dans un casino de Las Vegas, jusqu\u2019au jour o\u00f9 il tombe amoureux de l\u2019un d\u2019eux. Pour lui, il n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 tout quitter et \u00e0 risquer sa vie.<br \/>\nEntre roman noir et chronique de l\u2019Am\u00e9rique des ann\u00e9es 1950, ce premier roman\u00a0poignant aborde la place du d\u00e9sir et la qu\u00eate de soi \u00e0 travers le destin de deux \u00eatres qui refusent de se conformer aux diktats de leur temps.<\/p>\n<p><strong>Critiques<\/strong>:<br \/>\n\u00ab Shannon Pufahl esquisse la fronti\u00e8re entre le sexe et la morale, de Tijuana \u00e0 Las Vegas, au milieu des marins en goguette, des h\u00f4tels miteux, du bruit et de la poussi\u00e8re des champs de course.\u00a0Lisez ce livre tout simplement parce que personne n\u2019\u00e9crit comme elle\u3000: sa voix est puissante, impressionnante et pure.\u00a0\u00bb\u00a0 Justin Torres, auteur de\u00a0<em><strong>Vie animale<\/strong><br \/>\n<\/em>\u00ab\u00a0Entre d\u00e9sir et retenue, ce roman touche \u00e0 l\u2019universel\u00a0en nous rappelant le n\u00e9cessaire risque d\u2019aimer. \u00bb\u00a0<strong><em>The Times<\/em><\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00ab Shannon Pufahl fait ce que font tous les grands stylistes\u00a0: elle s\u2019empare des exp\u00e9riences du monde dans sa globalit\u00e9 pour en faire chanter toutes les singularit\u00e9s. \u00bb\u00a0<strong><em>The Boston Globe<\/em><\/strong><strong><br \/>\n<\/strong>\u00ab\u00a0Une gr\u00e2ce et une force que l\u2019on ne trouve que rarement, m\u00eame chez les \u00e9crivains les plus chevronn\u00e9s. \u00bb\u00a0<strong><em>The Los Angeles Times<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<br \/>\nBienvenue en Am\u00e9rique, et plus particuli\u00e8rement dans l\u2019Ouest Am\u00e9ricain des ann\u00e9es 1950.<br \/>\nLa couverture dit tout\u00a0: la fuite d\u2019\u00eatres \u00e9pris de libert\u00e9, dans un espace d\u00e9sertique de solitude\u2026<br \/>\nCe roman est un roman sur l\u2019\u00e9mancipation, la libert\u00e9 des femmes, le besoin d\u2019ind\u00e9pendance et sur le jeu. Un roman qui nous parle de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine des ann\u00e9es 50, des probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 et aux droits civiques. A cette \u00e9poque il est difficile d\u2019\u00eatre homosexuel, mais il est aussi difficile d\u2019\u00eatre une femme. Ce roman c\u2019est aussi la lutte entre ce qui est bien et ce qui est mal, la qu\u00eate de soi, la poursuite de l\u2019amour, la d\u00e9pendance au jeu et aux autres.<br \/>\nLe roman tourne autour de trois personnages\u00a0; le mari Lee, la femme Muriel et le beau-fr\u00e8re Julius) mais en fait il y en a principalement deux : Muriel et son beau-fr\u00e8re Julius. Les deux sont addicts au jeu, une \u00e9chappatoire \u00e0 leur sensation d\u2019enfermement dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 ils ne sont pas \u00e0 leur place. Pour Muriel ce sont les courses de chevaux, un milieu essentiellement masculin, et pour Julius les jeux d\u2019argent. Et qui dit jeu d\u2019argent dit Las Vegas, un des sites o\u00f9 se d\u00e9roule l\u2019action.<br \/>\nLa Californie, le Nevada, Le Mexique\u2026 incarnations de la libert\u00e9 quand on vient du Comt\u00e9 de Marshall dans le Kansas.<br \/>\nLee a pris son jeune fr\u00e8re sous sa protection tr\u00e8s jeune. Il s\u2019\u00e9tait rendu compte qu\u2019avant ses 17 ans il avait dej\u00e0 des dettes de jeu \u00e0 rembourser et pour cette raison il va l\u2019enr\u00f4ler dans l\u2019arm\u00e9e en m\u00eame temps qu\u2019il s\u2019engage lui-m\u00eame pour la Cor\u00e9e\u00a0; il se sent responsable de lui.<br \/>\nMuriel, quant \u00e0 elle, a eu une m\u00e8re f\u00e9ministe avant la lettre, la premi\u00e8re \u00e0 poss\u00e9der une voiture dans son comt\u00e9, qui refusait d\u2019aller \u00e0 la messe si elle ne pouvait pas le faire en pantalons, quitte \u00e0 faire un long d\u00e9placement pour y assister, car elle \u00e9tait catholique, la premi\u00e8re \u00e0 obtenir un dipl\u00f4me universitaire, la premi\u00e8re \u00e0 divorcer\u2026 Elle a donc \u00e9t\u00e9 \u00e0 bonne \u00e9cole dans le domaine de l\u2019\u00e9mancipation \u2026 mais de la solitude aussi\u2026<br \/>\nJulius lui, est homosexuel, tiraill\u00e9 entre l\u2019amour et la loyaut\u00e9, mais cela ne l\u2019emp\u00eache pas de mal se comporter avec les \u00eatres qui lui sont proches ou moins proches, en abusant de leur confiance. Il se cherche et tout comme Muriel, ne se sent pas \u00e0 sa place dans la soci\u00e9t\u00e9. Toujours \u00e0 la poursuite de quelque chose, de la vie r\u00eav\u00e9e mais surtout d\u2019eux-m\u00eames\u2026 Mais la distance entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9 est immense.<br \/>\nLes liens entre Muriel et Julius sont nettement plus forts qu\u2019entre Muriel et Lee ou Lee et Julius. Les deux se retrouvent l\u2019un en l\u2019autre, ils se ressemblent et sont li\u00e9s par un amour fusionnel m\u00eame s\u2019il est non charnel ils ont besoin l\u2019un de l\u2019autre en fait.<br \/>\nEt toujours des relations ambigu\u00ebs entre les personnages, des vies doubles, avec la partie cach\u00e9e qui r\u00e9v\u00e8le le vrai moi des personnages et la face visible qui n\u2019est que la fa\u00e7ade que montrent des \u00eatres inadapt\u00e9s. Des \u00eatres qui ont besoin de se mettre en danger pour avoir l\u2019impression de vivre, pour qui l\u2019adr\u00e9naline est plus forte que tout, qui sont en m\u00eame temps tiraill\u00e9s entre le besoin de libert\u00e9 et la peur de la solitude, des personnes qui sont \u00e0 la poursuite de l\u2019amour mais qui ne savent pas ce qu\u2019elles recherchent. La fusion de l\u2019amour et du hasard\u2026<br \/>\nApr\u00e8s une premi\u00e8re partie o\u00f9 j\u2019ai vraiment accroch\u00e9 je me suis petit \u00e0 petit \u00e9loign\u00e9e de l\u2019histoire, apr\u00e8s le d\u00e9part de Julius de Las Vegas direction Tijuana. Tout est devenu trop glauque pour moi et j\u2019ai d\u00e9croch\u00e9. Alors qu\u2019au d\u00e9but le personnage de Muriel m\u2019a embarqu\u00e9 dans son sillage, que j\u2019ai plong\u00e9 avec elle dans l\u2019aventure californienne, dans le monde opaque des courses de chevaux, du turf et des magouilles, par la suite elle m\u2019a perdue en cours de route \u2026<\/p>\n<p>Un roman soci\u00e9tal fort, puissant et engag\u00e9. Des descriptions \u00e0 vous couper le souffle, des atmosph\u00e8res tr\u00e8s bien rendues. Une \u00e9criture et des descriptions \u00e9poustouflantes, qui vont voyager dans le temps et l\u2019espace, avec une superbe reconstitution des ann\u00e9es 50.<\/p>\n<p>Un grand merci aux Editions Albin-Michel et sa merveilleuse collection \u00ab\u00a0Terres d\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb pour la d\u00e9couverte de cette nouvelle plume.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>:<\/p>\n<p>Le fait qu\u2019elle soit jeune et qu\u2019elle ressemble aux prairies d\u00e9sol\u00e9es dont elle est originaire, plates et amples et tristes, n\u2019arrange rien \u00e0 l\u2019affaire.<\/p>\n<p>Il leur raconta la Cor\u00e9e, les paysages qu\u2019il avait vus br\u00fbler l\u00e0-bas, comme des tableaux superpos\u00e9s, de sorte que les montagnes br\u00fblaient \u00e0 travers d\u2019autres montagnes et que les rivi\u00e8res se fondaient en vagues oc\u00e9aniques, s\u2019\u00e9levant dans les airs comme une chevelure, et il affirma que c\u2019\u00e9tait s\u00fbrement ainsi que le monde avait commenc\u00e9.<\/p>\n<p>Le nuage de la bombe est encore visible, telle une p\u00e2te grise \u00e0 la surface de la lune basse, d\u00e9sormais aplati et \u00e9tir\u00e9 sur cent cinquante kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Il y a toujours une part de v\u00e9rit\u00e9 dans le bluff<\/p>\n<p>Elle avait aim\u00e9 poss\u00e9der un secret mais elle n\u2019aimait pas mentir. Le mensonge l\u2019avait effac\u00e9e du monde.<\/p>\n<p>C\u2019est simple. On ne veut pas conna\u00eetre les secrets des autres, pas vrai\u00a0? Quand on a des secrets, \u00e7a veut dire qu\u2019on est soit tr\u00e8s gentil, soit tr\u00e8s m\u00e9chant, et ni l\u2019un ni l\u2019autre ne me semblent vraiment prometteurs.<\/p>\n<p>Sous l\u2019ond\u00e9e elle para\u00eet brune et jeune. La pluie fait toujours retomber les gens en enfance.<\/p>\n<p>Soudain on se soucie de choses auxquelles on n\u2019avait jamais pens\u00e9 et dont on ne se souciera jamais plus, juste parce qu\u2019il y a des chances que \u00e7a se produise.<\/p>\n<p>Aucun d\u2019eux ne regarde dans sa direction mais il d\u00e9couvre sur leurs visages une merveilleuse frayeur. Il se dit que cette peur intense est le premier constituant du d\u00e9sir. Que la terreur, comme la nostalgie, est une porte qu\u2019on ouvre \u2013\u00a0notre passion demeurera quel que soit le verdict, d\u00e9sastre ou plaisir, et rien ne l\u2019emp\u00eachera jamais de ressurgir, intacte, irr\u00e9pressible. C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side tout le charme de l\u2019amour et du hasard\u00a0: ils d\u00e9jouent toute vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9demption.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice : Originaire du Kansas, Shannon Pufahl enseigne la litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Stanford (Californie), o\u00f9 elle a fait ses \u00e9tudes. Pendant de nombreuses ann\u00e9es, elle a travaill\u00e9 comme auteure de musique ind\u00e9pendante et barman. 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