{"id":16630,"date":"2022-07-29T13:06:49","date_gmt":"2022-07-29T11:06:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16630"},"modified":"2022-07-29T13:10:20","modified_gmt":"2022-07-29T11:10:20","slug":"shafak-elif-10-minutes-et-38-secondes-dans-ce-monde-etrange-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16630","title":{"rendered":"Shafak, Elif \u00ab10 minutes et 38 secondes dans ce monde \u00e9trange \u00bb (2020)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Autrice<\/strong>\u00a0: Elif \u015eafak, ou Elif Shafak, n\u00e9e le 25 octobre 1971 \u00e0 Strasbourg de parents turcs, est une \u00e9crivaine turque. Prim\u00e9e et best-seller en Turquie, Elif \u015eafak \u00e9crit ses romans aussi bien en turc qu\u2019en anglais. Elle m\u00eale dans ses romans les traditions romanesques occidentale et orientale, donnant naissance \u00e0 une \u0153uvre \u00e0 la fois \u00ab locale \u00bb et universelle. F\u00e9ministe engag\u00e9e, cosmopolite, humaniste et impr\u00e9gn\u00e9e par le soufisme et la culture ottomane, Elif \u015eafak d\u00e9fie ainsi par son \u00e9criture toute forme de bigoterie et de x\u00e9nophobie. Elle vit et travaille \u00e0 Londres.<br \/>\n<strong>Elle a publi\u00e9 en fran\u00e7ais<\/strong>\u00a0:\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=9402\">La B\u00e2tarde d\u2019Istanbul<\/a>.<\/span> (2007) \u2013\u00a0<em>Bonbon Palace (2008)<\/em>\u00a0\u2013 Lait noir (2009) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11162\">Soufi mon amour<\/a>\u00a0<\/span>(2010) \u2013 Crime d\u2019honneur (2013) Prix Lorientales 2014 \u2013 Prix Relay 2013 \u2013 L\u2019Architecte du Sultan (2015) \u2013 Trois filles d\u2019Eve (2018) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16630\">10 minutes et 38 secondes dans ce monde \u00e9trange<\/a><\/span> (2020) &#8211; L&rsquo;\u00cele aux arbres disparus (2022)<\/p>\n<p>Editions Flammarion \u2013 08.01.2020 \u2013 397 pages \/ J\u2019ai lu\u2013 02.02.2022 \u2013 384 pages (trad. Dominique Goy-Blanquet)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0:<br \/>\nEt si notre esprit fonctionnait encore quelques instants apr\u00e8s notre mort biologique ? 10 minutes et 38 secondes exactement. C&rsquo;est ce qui arrive \u00e0 Tequila Leila, prostitu\u00e9e brutalement assassin\u00e9e dans une rue d&rsquo;Istanbul. Du fond de la benne \u00e0 ordures dans laquelle on l&rsquo;a jet\u00e9e, elle entreprend alors un voyage vertigineux au gr\u00e9 de ses souvenirs, d&rsquo;Anatolie jusqu&rsquo;aux quartiers les plus mal fam\u00e9s de la ville.<br \/>\nEn retra\u00e7ant le parcours de cette jeune fille de bonne famille dont le destin a bascul\u00e9, Elif Shafak nous raconte aussi l&rsquo;histoire de nombre de femmes dans la Turquie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. A l&rsquo;aff\u00fbt des silences pour mieux redonner la parole aux \u00ab\u00a0sans-voix\u00a0\u00bb, la romanci\u00e8re excelle une nouvelle fois dans le portrait de ces \u00ab\u00a0ind\u00e9sirables\u00a0\u00bb, rel\u00e9gu\u00e9s aux marges de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<br \/>\nIstanbul vient du grec m\u00e9di\u00e9val et signifie \u00ab\u00a0vers la cit\u00e9\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<em>Istanbul, la ville o\u00f9 finissaient par aboutir tous les m\u00e9contents et tous les r\u00eaveurs.<\/em>\u00a0\u00bb comme nous le dit l\u2019autrice.<br \/>\nLeila Tequila fuit sa famille, avec pour compagnons de voyage son envie de libert\u00e9, les remords, la honte\u2026Elle finira par atterrir dans un bordel, faire la connaissance de transsexuelles, rencontrer l\u2019amour, et se faire assassiner et jeter dans une benne \u00e0 ordures. Peut importe au final qui l\u2019a tu\u00e9e. L\u00e0 n\u2019est pas le propos du roman.<br \/>\nUn roman divis\u00e9 en trois parties\u00a0:<br \/>\n&#8211; L\u2019Esprit\u00a0: ce sont les 10 minutes et 38 secondes qui appartiennent encore \u00e0 Leila apr\u00e8s qu\u2019elle ait cess\u00e9 de vivre\u2026 ce moment ou les souvenirs les plus marquants de sa vie vont affluer et elle va les faire revivre en nous pr\u00e9sentant les personnages qui ont fa\u00e7onn\u00e9 sa vie et ses cinq amis\u00a0: Sabotage Sinan, Nostalgia Nalan, Jameelah, Zaynab122 et Hollywood Humeyra. Et puis il y a D\/Ali, ce turc qui a v\u00e9cu dans plusieurs pays et qui a toujours \u00e9t\u00e9 un \u00e9tranger, partout, toujours\u2026 Un artiste peintre qui avait une passion pour l\u2019Art et la politique.<br \/>\n&#8211; Le Corps\u00a0: une fois que son corps a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9, le cheminement qu\u2019il a d\u00fb parcourir et la mani\u00e8re dont les cinq amis ont r\u00e9agi pour lui accorder une s\u00e9pulture digne de leur amiti\u00e9 et que le cadavre ne passe pas de la benne \u00e0 ordures au cimeti\u00e8re des Abandonn\u00e9s.<br \/>\n&#8211; L\u2019Ame\u00a0: ce qu\u2019elle devient une fois d\u00e9livr\u00e9e de la vie \/mort terrestre<\/p>\n<p>C\u2019est un roman sur la ville d\u2019Istanbul, sur la Turquie et les mentalit\u00e9s qui s\u2019y c\u00f4toient, sur la famille, sur l\u2019amiti\u00e9, sur la place de la femme, la place de la religion, les d\u00e9rives de la soci\u00e9t\u00e9, le changement de la soci\u00e9t\u00e9 du fait de la mont\u00e9e de l\u2019Islamisme, sur la dignit\u00e9, sur la difficult\u00e9 d\u2019assumer son amiti\u00e9 ou ses relations avec des prostitu\u00e9es ou autres individus qui ne sont pas accept\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9<br \/>\nC\u2019est aussi un sublime portrait de femme, enfin de femmes devrais-je dire et des personnages extr\u00eamement attachants.<br \/>\nUne fois encore un coup de c\u0153ur pour cette autrice turque exil\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> : ( <em>petit choix car il y en a tellement de magnifiques<\/em>)<\/p>\n<p>Ne plus exister, comme si elle n\u2019\u00e9tait qu\u2019un r\u00eave qui s\u2019\u00e9vanouit \u00e0 la premi\u00e8re lueur du jour\u00a0?<\/p>\n<p style=\"line-height: 20.4pt; background: white; margin: 0cm 0cm 18.0pt 0cm;\"><span style=\"font-size: 13.0pt; font-family: 'Helvetica',sans-serif; color: #424242;\">Elle se rem\u00e9morait des choses qu\u2019elle se serait crue incapable de se rappeler, des choses qu\u2019elle croyait perdues \u00e0 jamais. Le temps se fluidifiait, flot rapide de souvenirs qui s\u2019entrep\u00e9n\u00e9traient, pass\u00e9 et pr\u00e9sent ins\u00e9parables.<\/span><\/p>\n<p style=\"line-height: 20.4pt; background: white; margin: 0cm 0cm 18.0pt 0cm;\"><span style=\"font-size: 13.0pt; font-family: 'Helvetica',sans-serif; color: #424242;\">D\u2019apr\u00e8s son exp\u00e9rience, pour traverser la vie sans prendre trop de mauvais coups, il fallait respecter deux principes fondamentaux\u00a0: savoir quand arriver et quand repartir.<\/span><\/p>\n<p style=\"line-height: 20.4pt; background: white; margin: 0cm 0cm 18.0pt 0cm;\"><span style=\"font-size: 13.0pt; font-family: 'Helvetica',sans-serif; color: #424242;\">Tandis que les go\u00fbts du citron et du sucre lui fondaient sur la langue, ses sentiments se dissolvaient de m\u00eame dans la confusion. Des ann\u00e9es plus tard, elle se rappellerait ce moment comme celui de la premi\u00e8re fois o\u00f9 elle s\u2019avisa que les choses n\u2019\u00e9taient pas toujours ce qu\u2019elles semblaient \u00eatre. De m\u00eame que l\u2019amer peut se dissimuler sous le doux, ou l\u2019inverse, dans tout esprit il y a une trace d\u2019insanit\u00e9, et dans les profondeurs de la folie luit un grain de lucidit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"line-height: 20.4pt; background: white; margin: 0cm 0cm 18.0pt 0cm;\"><span style=\"font-size: 13.0pt; font-family: 'Helvetica',sans-serif; color: #424242;\">l\u2019enfance \u00e9tait une immense vague bleue qui vous soulevait et vous portait en avant, puis disparaissait juste au moment o\u00f9 vous croyiez qu\u2019elle durerait toujours. Impossible de lui courir apr\u00e8s ou de la faire revenir. Mais la vague, avant de dispara\u00eetre, laissait un cadeau derri\u00e8re elle \u2013 un coquillage au bord de l\u2019eau. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur \u00e9taient pr\u00e9serv\u00e9s tous les sons de l\u2019enfance.<\/span><\/p>\n<p style=\"line-height: 20.4pt; background: white; margin: 0cm 0cm 18.0pt 0cm;\"><span style=\"font-size: 13.0pt; font-family: 'Helvetica',sans-serif; color: #424242;\">D\/Ali semblait percevoir le monde \u00e0 travers les go\u00fbts et les odeurs, m\u00eame les choses abstraites de la vie comme l\u2019amour et le bonheur. Au fil du temps, ils en firent une sorte de jeu, une monnaie sp\u00e9ciale\u00a0: ils collectaient des souvenirs et des instants qu\u2019ils convertissaient en saveurs et ar\u00f4mes.<\/span><\/p>\n<p style=\"line-height: 20.4pt; background: white; margin: 0cm 0cm 18.0pt 0cm;\"><span style=\"font-size: 13.0pt; font-family: 'Helvetica',sans-serif; color: #424242;\">Les v\u00eatements \u00e9taient politiques. Ainsi que les pilosit\u00e9s faciales \u2013 en particulier la moustache. Les nationalistes la portaient pointes en bas, en forme de croissant de lune. Les islamistes la taillaient, courte et bien nette. Les staliniens pr\u00e9f\u00e9raient les moustaches morse qui paraissaient ne jamais avoir rencontr\u00e9 un rasoir.<\/span><\/p>\n<p><strong>Image<\/strong>\u00a0: Rue Istiklal<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0: Elif \u015eafak, ou Elif Shafak, n\u00e9e le 25 octobre 1971 \u00e0 Strasbourg de parents turcs, est une \u00e9crivaine turque. Prim\u00e9e et best-seller en Turquie, Elif \u015eafak \u00e9crit ses romans aussi bien en turc qu\u2019en anglais. 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