{"id":1684,"date":"2015-04-06T15:51:30","date_gmt":"2015-04-06T14:51:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1684"},"modified":"2015-07-27T09:09:35","modified_gmt":"2015-07-27T08:09:35","slug":"lavoine-marc-lhomme-qui-ment-01-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1684","title":{"rendered":"Lavoine, Marc  \u00abL&rsquo;homme qui ment\u00bb (01.2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Communiste et charmeur, c\u00e9g\u00e9tiste et volage : tel \u00e9tait Lulu, mon p\u00e8re. Menteur aussi, un peu, beaucoup, passionn\u00e9ment, pour couvrir ses frasques, mais aussi pour rendre la vie plus belle et inattendue.<\/p>\n<p>Lulu avait toujours une gr\u00e8ve \u00e0 organiser ou des affiches \u00e0 placarder. La nuit venue, il nous embrigadait, ma m\u00e8re, mon fr\u00e8re et moi, et nous l\u2019aurions suivi au bout du monde en trimballant nos seaux de colle et nos pinceaux. Il nous faisait partager ses r\u00eaves, nous \u00e9tions unis, nous \u00e9tions heureux.<\/p>\n<p>Evidemment, un jour, les lendemains qui chantent se sont r\u00e9duits \u00e0 l\u2019achat d\u2019une nouvelle voiture, et Che Guevara a fini imprim\u00e9 sur un tee-shirt.<\/p>\n<p>Le clan allait-il survivre \u00e0 l\u2019\u00e9rosion de son id\u00e9al et aux aventures amoureuses que Lulu avait de plus en plus de mal \u00e0 cacher ? Coll\u00e8gues, voisines, amies ; brunes, blondes, rousses : ses go\u00fbts \u00e9taient \u00e9clectiques. Lulu \u00e9tait tr\u00e8s ouvert d\u2019esprit.<\/p>\n<p>Sans nous en rendre compte, nous avions dans\u00e9 sur un volcan. L\u2019\u00e9ruption \u00e9tait in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Un vrai moment de bonheur de lecture. Ce n\u2019est pas le chanteur\/acteur qui a r\u00e9ussi qui se raconte. Non. D\u2019ailleurs c\u2019est un livre d\u2019\u00e9crivain et pas un livre de m\u00e9moires.. C\u2019est une v\u00e9ritable d\u00e9couverte d\u2019une enfance\/adolescence dans un petit coin de banlieue. C\u2019est un gar\u00e7on qui nait alors que sa m\u00e8re voulait une \u00ab\u00a0Brigitte\u00a0\u00bb, c\u2019est un p\u00e8re absent et qui \u00e9tait un \u00eatre \u00e0 part, c\u2019est un roman sur l\u2019amour filial, sur la gait\u00e9 et aussi sur la souffrance. C\u2019est la description de la vie, sur les rapports humains, sur la complicit\u00e9 p\u00e8re\/fils (un peu forc\u00e9e), sur les rapports entre fr\u00e8res, sur la protection au sein de la famille. Emouvant, sinc\u00e8re, triste ou dr\u00f4le, extr\u00eamement vivant. Il y raconte sa jeunesse mais c\u2019est la jeunesse d\u2019un jeune qui se souvient des bons et mauvais moments. C\u2019est aussi une belle description avec le vocabulaire et les r\u00e9f\u00e9rences de l\u2019\u00e9poque. Ce sont ses souvenirs mais c\u2019est aussi notre jeunesse. Un livre tendre et sensible, bien \u00e9crit.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>une Clio grise de location \u00e9tait gar\u00e9e, \u00e9chou\u00e9e comme une enfant baleine sur une plage d\u00e9sol\u00e9e du nord de l\u2019Europe, semblable \u00e0 un chagrin d\u2019amour.<\/p>\n<p>Banlieue, origine du monde, tu restes dans mon c\u0153ur comme la Bretagne pour un Breton, Marseille pour Pagnol, le pays d\u2019origine d\u2019un \u00e9migr\u00e9<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, j\u2019\u00e9tais mal dans ma peau, encombr\u00e9 de moi-m\u00eame, prisonnier comme d\u2019une tyrannie, ce qui m\u2019a laiss\u00e9 une sorte de souffle, un voile sur le c\u0153ur quand je respire<\/p>\n<p>Je partais en vacances pour d\u2019autres couleurs, tout \u00e9tait simple et beau, sauf peut-\u00eatre mon int\u00e9rieur et mes contours, mon petit fardeau<\/p>\n<p>La guerre a bonne m\u00e9moire et tue parfois ceux qu\u2019elle a rat\u00e9s sur les champs de bataille<\/p>\n<p>Pourquoi ce chagrin ? Un de plus ou un des premiers ?<\/p>\n<p>\u00c0 la place du bleu que tu avais \u00e0 l\u2019\u00e2me, le rose t\u2019aurait fait voir la vie autrement. Le bleu te donnait des cernes, le rose aurait pu t\u2019offrir des fleurs et te teinter les joues, va savoir.<\/p>\n<p>Certaines photos vous donnent l\u2019impression que votre m\u00e9moire s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 de vos souvenirs<\/p>\n<p>La photo est dans mon esprit, tu es l\u00e0, maman, un peu partout et \u00e0 toutes les \u00e9poques en superposition, je te vois \u00e0 tous les \u00e2ges<\/p>\n<p>Je te vois r\u00e9fl\u00e9chir, penser. Je te vois ne rien dire. Je t\u2019entends te taire et les mots que tu penses, je les entends aussi<\/p>\n<p>Du sang de Dieu au petit vin blanc, en passant par le whisky bon pour les art\u00e8res, on n\u2019en finit pas de trouver des raisons de s\u2019en jeter un derri\u00e8re la cravate ou de s\u2019en prendre une bonne. C\u2019est vrai que, flout\u00e9e, la vie a une autre gueule<\/p>\n<p>Mais la gauche aussi est sensible aux intoxications de cette soci\u00e9t\u00e9 qui, sous l\u2019influence de la publicit\u00e9, finit par nous donner des d\u00e9sirs d\u2019apparence.<\/p>\n<p>Pour les ados de ma g\u00e9n\u00e9ration, l\u2019image des ic\u00f4nes progressistes \u00e9tait comme celle des pop stars. Guevara, Bob Dylan, Angela Davis, Lennon, m\u00eame combat : ils finissent sur des tee-shirts. Alors peut-\u00eatre \u00e9tait-ce le d\u00e9but de la fin des pens\u00e9es simples pour des gens simples<\/p>\n<p>J\u2019ai eu un accident avec une Mercedes qui m\u2019a coup\u00e9 la route \u00e0 fond la caisse. \u00bb Et il conclut : \u00ab La Capri, c\u2019est fini. \u00bb<\/p>\n<p>Le monde \u00e9tait suspendu et le temps se taisait, la clameur retentissait en sourdine, m\u00eame la nature \u00e9tait p\u00e2le. Impossible de revenir en arri\u00e8re, la vie devait continuer<\/p>\n<p>Il \u00e9tait d\u2019une tristesse folle, le barrage avait saut\u00e9, ses peines enfouies coulaient de ses yeux, des rivi\u00e8res de montagne qui se r\u00e9veillent<\/p>\n<p>Tu utilisais n\u2019importe quel pr\u00e9texte pour justifier ton app\u00e9tit charnel envers tout ce qui bouge sur terre et qui porte une jupe. Sauf les \u00c9cossais, avec tout le respect qui leur est d\u00fb<\/p>\n<p>Je d\u00e9cidai de prendre les choses \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, c\u2019est \u00e0 la longue qu\u2019elles ont pris du poids, jusqu\u2019\u00e0 devenir vraiment lourdes pour un gar\u00e7on de mon \u00e2ge.<\/p>\n<p>Certaines choses restent suspendues, comme des morceaux de temps dans une cachette.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait ainsi. Pourtant, elle en avait, des soucis, mais son vrai souci \u00e9tait ailleurs, le go\u00fbt des autres<\/p>\n<p>Les d\u00e9mons de midi viennent sans qu\u2019on s\u2019y attende, et ils vous cassent la boussole \u00e0 en perdre la t\u00eate en m\u00eame temps que le nord<\/p>\n<p>Ces fleurs se replient le soir venu pour enfermer en elles tous vos souvenirs de la journ\u00e9e, elles vous invitent et vous envo\u00fbtent pour vous noyer \u00e0 jamais dans l\u2019antichambre des dieux, afin de les nourrir de vos c\u0153urs attendris. Ce sont des sir\u00e8nes botaniques dont le chant inaudible m\u00e8ne \u00e0 un vertige fatal auquel vous succombez volontiers<\/p>\n<p>Il vivait au rythme de ses mar\u00e9es, il courait apr\u00e8s tout<\/p>\n<p>Je me rends compte en regardant quelques photos et visionnant de plus pr\u00e8s mes souvenirs, pour certains \u00e0 la loupe, qu\u2019au fond, je me suis toujours d\u00e9guis\u00e9 en autre chose que moi et qu\u2019\u00e0 chaque fois je me sentais mieux.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre toi qui t\u2019en voulais le plus de ne pas \u00eatre celui dont tu avais r\u00eav\u00e9<\/p>\n<p>Unis contre vents et mar\u00e9es, nous r\u00eavions en collant la nuit nos id\u00e9es sur les murs<\/p>\n<p>Comment imaginer qu\u2019une m\u00e8re qu\u2019on pensait immortelle puisse prendre froid et tomber gravement malade ?<\/p>\n<p>Elle se sentait comme une robe \u00e0 fleurs fan\u00e9e et froiss\u00e9e qu\u2019on ne portera plus.<\/p>\n<p>Tout semble s\u2019apaiser, mais il faut se m\u00e9fier du calme comme de l\u2019eau qui dort. C\u2019est fou combien ce genre de dictons peut vous emp\u00eacher de saisir les moments comme ils viennent. Il faut toujours s\u2019angoisser \u00e0 l\u2019avance, anticiper la tuile, ce malheur qui ne vient jamais seul<\/p>\n<p>Les habitudes prenaient un coup de vieux, pour donner naissance \u00e0 un autre chose dont nous avions conscience, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019air libre. Depuis, je n\u2019ai cess\u00e9 d\u2019\u00e9crire pour que M. Cadet soit fier de<\/p>\n<p>Je n\u2019ai rien \u00e0 te pardonner. T\u00e2che d\u2019\u00eatre heureux. \u00bb Et puis elle a ferm\u00e9 la porte sur toutes ces ann\u00e9es mortes, j\u2019imagine qu\u2019elle a mis le disque de Jean Ferrat et qu\u2019elle a \u00e9cout\u00e9 \u00ab La matin\u00e9e se l\u00e8ve \u00bb en regardant le ciel du printemps qui va na\u00eetre.<\/p>\n<p>Quand on brise le c\u0153ur de quelqu\u2019un, on en brise toujours plusieurs \u00e0 la fois, c\u2019est \u00e7a la vie, un magasin de porcelaine.<\/p>\n<p>Sur ces belles paroles, tu partis, arm\u00e9 de ton courage vacillant, pour Austerlitz\u2026 ou Waterloo.<\/p>\n<p>la nouvelle tomba comme un morceau de montagne sur une voiture de touristes, la tuile version large<\/p>\n<p>C\u2019est parti comme un p\u2019tit bouchon, le ton est mont\u00e9 comme un thermom\u00e8tre en canicule<\/p>\n<p>Elle a mis la cl\u00e9 sous la porte de sa vie de femme, c\u2019\u00e9tait fini les hommes, elle n\u2019en voulait plus<\/p>\n<p>Elle vivait dans son monde, entre un pass\u00e9 disparu et un avenir dont elle n\u2019attendait rien<\/p>\n<p>tu semblais couler des jours paisibles berc\u00e9 par le vent de l\u00e0-bas, arros\u00e9 par le sang du Seigneur auquel tu ne croyais toujours pas mais dont tu connaissais plut\u00f4t bien les vignobles.<\/p>\n<p>J\u2019avais tant de choses \u00e0 te confier et si peu de temps ou de courage, mais je savais que je t\u2019aimais, \u00e7a je n\u2019ai jamais cess\u00e9 de te le dire. M\u00eame lors de nos d\u00e9saccords, c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a, je t\u2019aimais<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Communiste et charmeur, c\u00e9g\u00e9tiste et volage : tel \u00e9tait Lulu, mon p\u00e8re. Menteur aussi, un peu, beaucoup, passionn\u00e9ment, pour couvrir ses frasques, mais aussi pour rendre la vie plus belle et inattendue. Lulu avait toujours une gr\u00e8ve \u00e0 organiser ou des affiches \u00e0 placarder. 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