{"id":1689,"date":"2015-04-10T14:21:04","date_gmt":"2015-04-10T13:21:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1689"},"modified":"2015-04-10T14:21:12","modified_gmt":"2015-04-10T13:21:12","slug":"davrichewy-kethevane-la-mer-noire-01-2010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1689","title":{"rendered":"Davrichewy, K\u00e9th\u00e9vane \u00abLa mer noire\u00bb (01.2010)"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: En ce jour d&rsquo;anniversaire, la premi\u00e8re pens\u00e9e de Tamouna est pour Tamaz. Cet homme, qu&rsquo;elle a rencontr\u00e9 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de ses quinze ans \u00e0 Batoumi et qu&rsquo;au fil des ann\u00e9es elle n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;attendre, s&rsquo;est annonc\u00e9 \u00e0 la f\u00eate qui se pr\u00e9pare. Dans un demi-sommeil, la vieille dame se souvient de leurs amours timides et \u00e9blouies, tr\u00e8s vite interrompues par le d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 de la famille, contrainte de fuir devant les bolcheviques. &#8230; Tout aussi brutalement que de ses grands-parents et de son univers, la jeune fille a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e de son amour de jeunesse. Sa vie peu \u00e0 peu s&rsquo;est construite \u00e0 Paris, parmi la communaut\u00e9 des exil\u00e9s g\u00e9orgiens. Quand Tamaz finit par repara\u00eetre, alors que les fronti\u00e8res du pays natal sont herm\u00e9tiquement closes, leurs vies se sont dessin\u00e9es autrement&#8230; La longue journ\u00e9e pendant laquelle se d\u00e9roule le roman est comme une m\u00e9taphore de la vie de Tamouna : entour\u00e9e des siens, de cette famille g\u00e9orgienne qui a su garder vivaces les traditions et perp\u00e9tuer un bonheur de vivre qui aurait d\u00fb \u00eatre immuable, elle laisse libre cours \u00e0 ses souvenirs. Dans une narration habilement tiss\u00e9e, l&rsquo;image de la doyenne qu&rsquo;elle est devenue se superpose \u00e0 celle de la jeune fille exil\u00e9e. Et c&rsquo;est toute la force de ce roman que de peindre avec une remarquable \u00e9l\u00e9gance et sans le moindre pathos le portrait d&rsquo;une femme toujours habit\u00e9e par la joie et le d\u00e9sir malgr\u00e9 les deuils et les d\u00e9chirements de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Troisi\u00e8me rencontre avec K\u00e9th\u00e9vane Davrichewy ( son deuxi\u00e8me roman) . Et chez moi la magie op\u00e8re \u00e0 nouveau. Un livre sur l\u2019exil, sur la p\u00e9rennit\u00e9 des sentiments, sur la famille, sur le besoin et l\u2019envie de croire \u00e0 l\u2019amour et \u00e0 l\u2019amiti\u00e9, malgr\u00e9 tout ce qui peut se passer. Un livre aussi sur la fid\u00e9lit\u00e9. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une vie ( la famille de la romanci\u00e8re ou de son entourage je pr\u00e9sume\u2026)\u00a0; Cela commence par une rencontre, la naissance d\u2019un amour, puis une s\u00e9paration abrupte, la fuite vers la France, l\u2019espoir de retrouver son amour perdu, la perte de cet espoir\u2026 puis les croisements au hasard des vies.. Le pr\u00e9sent, le pass\u00e9\u2026 L\u2019importance des absents\u2026 L\u2019histoire des G\u00e9orgiens exil\u00e9s en France, une communaut\u00e9 peu nombreuse et m\u00e9connue. Je ne peux pas dire que c\u2019est un livre de regrets ou une histoire nostalgique. Non, c\u2019est une vieille dame qui est \u00e0 la fin de sa vie, qui f\u00eate son anniversaire, entour\u00e9e des pr\u00e9sents, des absents et de ceux qui devraient \u00eatre l\u00e0 et qui se raconte, avec ses joies, sa famille, ses espoirs. Une grande sensibilit\u00e9 et un merveilleux roman.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Elle ne prononce plus ce pr\u00e9nom. Il est sorti de sa vie et, pourtant, il semble l\u2019avoir accompagn\u00e9e partout<\/p>\n<p>Les gens sont-ils plus pr\u00e9sents une fois partis\u00a0? En faisant sa toilette, elle songe aux absents, elle mesure leur pr\u00e9sence dans son existence.<\/p>\n<p>Les souvenirs surgissent au moment o\u00f9 elle s\u2019y attend le moins, ils fr\u00f4lent la v\u00e9rit\u00e9 quelques minutes puis mentent tr\u00e8s vite. Elle les abandonne un peu coupable et se r\u00e9fugie dans des r\u00eaveries infinies o\u00f9 elle finit par en inventer d\u2019autres<\/p>\n<p>Elle peut aller n\u2019importe o\u00f9, sa m\u00e9moire n\u2019a pas de limite. Elle en savoure l\u2019infini<\/p>\n<p>Nous attendons des nouvelles. Les jours pass\u00e9s sont autant de pierres amass\u00e9es en moi. Je vis avec ce poids \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Parfois il remonte jusqu\u2019\u00e0 ma poitrine et m\u2019\u00e9touffe.<\/p>\n<p>Je la force \u00e0 s\u2019arr\u00eater, \u00e0 rester immobile. Elle arr\u00eate de rire. Nous nous regardons et chacune trouve dans le regard de l\u2019autre ce qu\u2019il faut pour continuer.<\/p>\n<p>J\u2019ai avec toi des conversations imaginaires, dans lesquelles tu me dis\u00a0: ce qui compte, c\u2019est avancer. Sans se retourner. Ici, nous ne faisons que nous retourner. Avancer, personne ne semble l\u2019envisager. Nous survivons, nous nous souvenons<\/p>\n<p>Mais je meurs des mots que personne ne prononce.<\/p>\n<p>Ne pas savoir est une maladie qui ronge, la v\u00e9rit\u00e9 est que je suis l\u00e2che moi aussi, puisque je ne dis rien<\/p>\n<p>Tout ce \u00e0 quoi nous croyons est mort, il nous faut trouver une nouvelle foi<\/p>\n<p>Je hais le silence qui l\u2019entoure, je hais le temps qui fait de lui une silhouette glissant dans des sables mouvants, je hais ma passivit\u00e9. Quelques photos de lui sont rang\u00e9es dans un placard, je l\u2019ouvre parfois. Son vrai visage s\u2019\u00e9vapore peu \u00e0 peu, seules perdurent ces images factices.<\/p>\n<p>Je me r\u00e9veille souvent la nuit. Je revois son visage intact, comme si je venais de le quitter. \u00c0 mon r\u00e9veil, ses traits m\u2019\u00e9chappent \u00e0 nouveau et les ann\u00e9es ont gagn\u00e9. Je ressens alors un chagrin si profond qu\u2019il est indescriptible.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pourtant pas cess\u00e9 de \u00a0t\u2019aimer. J\u2019ai cess\u00e9 de t\u2019esp\u00e9rer.<\/p>\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone sonne. Elle n\u2019a pas envie de d\u00e9crocher. Elle pr\u00e9f\u00e8re l\u2019immobilit\u00e9. Elle a souvent pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019immobilit\u00e9. Son go\u00fbt pour la contemplation et la r\u00eaverie l\u2019a conduite vers sa maladie. Sa maladie lui ressemble. Cela lui para\u00eet r\u00e9confortant.<\/p>\n<p>Parfois, la r\u00e9alit\u00e9 et l\u2019imaginaire, le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent se confondent dans ce monde immobile. C\u2019est ce qu\u2019elle a toujours souhait\u00e9. Que ses vies multiples forment un tout<\/p>\n<p>Certaines choses sont des piliers indestructibles qui soutiennent notre existence, dis-je, quoiqu\u2019il arrive, c\u2019est l\u00e0, et tant qu\u2019on en est conscient, rien ne peut nous l\u2019enlever<\/p>\n<p>Le charme est rompu. Nous sommes comme deux carrosses redevenus citrouilles. Je le lui dis pour d\u00e9tendre l\u2019atmosph\u00e8re. Il ne sourit pas. Il se l\u00e8ve. Au moins, nous avons \u00e9t\u00e9 carrosses, dit-il, c\u2019est ce qui compte, ne l\u2019oublie pas<\/p>\n<p>J\u2019ai peur, me dit-elle encore. Une larme coule le long de sa joue. Je l\u2019essuie de ma main, je r\u00e9p\u00e8te\u00a0: Je suis l\u00e0. Mais elle est d\u00e9j\u00e0 seule pour affronter la suite. Je ne peux rien faire pour elle et cela est d\u00e9j\u00e0 un chagrin.<\/p>\n<p>Est-ce que le bonheur existe au pr\u00e9sent\u00a0? r\u00e9pond-elle.<\/p>\n<p>Rien ne pourra calmer sa douleur. Elle apprendra juste \u00e0 la contenir.<\/p>\n<p>Nous disposons de moments de solitude et ce luxe nous grise.<\/p>\n<p>Les bords de l\u2019Atlantique ne ressemblent en rien aux rives de la mer Noire. Il me semble pourtant que l\u2019horizon, la mer et le ciel sont \u00e9ternels.<\/p>\n<p>Plus personne ne prend ma m\u00e8re dans ses bras, plus personne ne me prend non plus dans ses bras. Nous sommes deux abandonn\u00e9es, incapables de nous r\u00e9chauffer l\u2019une l\u2019autre.<\/p>\n<p>Que voit-elle encore\u00a0? Est-elle si clairvoyante et suis-je si aveugle\u00a0? Que me pardonne-t-elle\u00a0? Je n\u2019ai rien \u00e0 me faire pardonner. Je suis l\u00e0, je l\u2019\u00e9coute, depuis des ann\u00e9es<\/p>\n<p>Nos t\u00eates reposent sur le m\u00eame oreiller, je regarde le ciel par-dessus les toits. Une parcelle d\u2019\u00e9ternit\u00e9 est dans ce bout de ciel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; R\u00e9sum\u00e9\u00a0: En ce jour d&rsquo;anniversaire, la premi\u00e8re pens\u00e9e de Tamouna est pour Tamaz. Cet homme, qu&rsquo;elle a rencontr\u00e9 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de ses quinze ans \u00e0 Batoumi et qu&rsquo;au fil des ann\u00e9es elle n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;attendre, s&rsquo;est annonc\u00e9 \u00e0 la f\u00eate qui se pr\u00e9pare. 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