{"id":17199,"date":"2022-11-16T17:17:33","date_gmt":"2022-11-16T15:17:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17199"},"modified":"2022-11-16T17:34:29","modified_gmt":"2022-11-16T15:34:29","slug":"morrison-toni-beloved-1994-379-pages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17199","title":{"rendered":"Morrison, Toni \u00abBeloved\u00bb (1989) 379 pages"},"content":{"rendered":"<p><b>Auteure\u00a0<\/b>: Toni Morrison (de son vrai nom Chloe Anthony Wofford), n\u00e9e le 18 f\u00e9vrier 1931 \u00e0 Lorain en Ohio, dans une famille ouvri\u00e8re de quatre enfants est une romanci\u00e8re, professeur de litt\u00e9rature et \u00e9ditrice am\u00e9ricaine, laur\u00e9ate du Prix Pulitzer en 1988, et du prix Nobel de litt\u00e9rature en 1993 et et morte \u00e0 New York le 5 ao\u00fbt 2019. Elle est \u00e0 ce jour la huiti\u00e8me femme et le seul auteur afro-am\u00e9ricain \u00e0 avoir re\u00e7u cette distinction. C\u2019est le roman Beloved, dont l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise remonte \u00e0 1989, qui a fait conna\u00eetre Toni Morrison en France. Mais sa notori\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine \u00e9tait venue dix ans plus t\u00f4t, coup sur coup, en l\u2019espace de deux romans :\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5560\"><i>Sula<\/i><\/a>\u00a0<\/span>(1973) et Song of Solomon (1977). Apr\u00e8s\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11912\"><i>L\u2019\u0152il le plus bleu<\/i><\/a><\/span>, elle publie en 1977\u00a0<i>Le Chant de Salomon<\/i>, couronn\u00e9 par le Grand Prix de la critique, qui remporte un \u00e9norme succ\u00e8s. Dix ans plus tard, en 1987, elle re\u00e7oit le prix Pulitzer pour son cinqui\u00e8me roman :\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17199\"><i>Beloved<\/i><\/a><\/span>. Parce que \u00ab son art romanesque, caract\u00e9ris\u00e9 par une puissante imagination et une riche expressivit\u00e9, brosse un tableau vivant d\u2019une face essentielle de la r\u00e9alit\u00e9 am\u00e9ricaine \u00bb, l\u2019Acad\u00e9mie de Stockholm lui a d\u00e9cern\u00e9, le 7 octobre 1993, le prix Nobel de litt\u00e9rature. Aujourd\u2019hui retrait\u00e9e de l\u2019universit\u00e9 de Princeton, Toni Morrison a \u00e9t\u00e9 faite docteur\u00a0<i>honoris causa\u00a0<\/i>par l\u2019universit\u00e9 de Paris VII.<i>\u00a0D\u00e9livrances\u00a0<\/i>est son dernier roman paru.<\/p>\n<p>Editions Christian Bourgois \u2013 13.05.1998 -308 pages \/ 10\/18<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Domaine \u00e9tranger\u2013 22.05.2008 \u2013 379 pages (Prix Pulitzer) &#8211; Traduit de l\u2019anglais par Hortense Chabrier et Sylviane Rue.<\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/b>:<br \/>\nInspir\u00e9 d&rsquo;un fait divers survenu en 1856, Beloved exhume l&rsquo;horreur et la folie d&rsquo;un pass\u00e9 douloureux. Sethe est une ancienne esclave qui, au nom de l&rsquo;amour et de la libert\u00e9, a tu\u00e9 l&rsquo;enfant qu&rsquo;elle ch\u00e9rissait pour ne pas la voir vivre l&rsquo;exp\u00e9rience avilissante de la servitude. Quelques ann\u00e9es plus tard, le fant\u00f4me de Beloved, la petite fille disparue, revient douloureusement hanter sa m\u00e8re coupable. Loin de tous les clich\u00e9s, Toni Morrison ranime la m\u00e9moire, exorcise le pass\u00e9 et transcende la douleur des opprim\u00e9s.\u00a0\u00bb Le 124 \u00e9tait habit\u00e9 de malveillance. Impr\u00e9gn\u00e9 de la mal\u00e9diction d&rsquo;un b\u00e9b\u00e9&#8230; \u00a0\u00bb A Bluestone Road, pr\u00e8s de Cincinnati, vers 1870, les meubles volent, la lumi\u00e8re allume au sol des flasques de sang, des g\u00e2teaux sortent du four marqu\u00e9s de l&#8217;empreinte d&rsquo;une petite main de b\u00e9b\u00e9. Dix-huit ans apr\u00e8s son acte de violence et d&rsquo;amour maternel, Sethe l&rsquo;ancienne esclave et les siens sont encore hant\u00e9s par la petite fille de deux ans qu&rsquo;elle a \u00e9gorg\u00e9e. Jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 une inconnue, Beloved, arriv\u00e9e myst\u00e9rieusement au 124, donne enfin \u00e0 cette m\u00e8re hors-la-loi la possibilit\u00e9 d&rsquo;exorciser son pass\u00e9. Parce que pour ceux qui ont tout perdu, la r\u00e9demption ne vient pas du souvenir, mais de l&rsquo;oubli. Ce roman aux r\u00e9sonances de trag\u00e9die grecque, au style d&rsquo;une flamboyante beaut\u00e9 lyrique, a re\u00e7u en 1988 le prix Pulitzer, et a figur\u00e9 pendant des mois en t\u00eate des listes de best-sellers en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<br \/>\nJ\u2019ai un petit souci avec Toni Morrison. Sur trois livres que j\u2019ai lu d\u2019elle, j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5560\"><i>Sula<\/i><\/a>\u00a0<\/span>(1973) et j\u2019ai pas accroch\u00e9 avec \u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11912\"><i>L\u2019\u0152il le plus bleu<\/i><\/a> <\/span>et <em><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17199\">Beloved<\/a><\/span><\/em> \u2026 Trop confus, trop de personnages, trop de va et vient pass\u00e9-pr\u00e9sent,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>je m\u2019y suis perdue compl\u00e8tement. Alors certes le contexte et les th\u00e8mes abord\u00e9s me touchent mais je d\u00e9connecte compl\u00e8tement\u2026 C\u2019est juste que j\u2019ai un mal fou \u00e0 la lire car je perds le fil conducteur. Nous voici \u00e0 Cincinnati en 1870 avec tellement de personnages qui s\u2019entrecroisent qu\u2019il est difficile de s\u2019attacher aux principaux et de les suivre, car ils sont si nombreux qu\u2019ils sont noy\u00e9s dans la masse.<br \/>\nMais j\u2019aime son \u00e9criture, j\u2019aime ses phrases, j\u2019aime ce qu\u2019elle affirme et sa mani\u00e8re de conter la r\u00e9alit\u00e9 sociale est extr\u00eamement int\u00e9ressante, instructive \u00a0et immersive.<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Son pass\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 semblable \u00e0 son pr\u00e9sent\u00a0\u2013\u00a0intol\u00e9rable\u00a0\u2013, et comme elle n&rsquo;ignorait pas que la mort \u00e9tait tout sauf l&rsquo;oubli, elle utilisait le peu d&rsquo;\u00e9nergie qui lui restait pour m\u00e9diter sur les couleurs.<\/p>\n<p>Y a pas une maison dans ce pays qu&rsquo;est pas bourr\u00e9e jusqu&rsquo;aux combles des chagrins d&rsquo;un n\u00e8gre mort. On a de la chance que ce fant\u00f4me soit un b\u00e9b\u00e9.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Un homme, c&rsquo;est rien qu&rsquo;un homme, disait Baby Suggs. Mais un fils\u00a0? Bon, \u00e7a alors, c&rsquo;est\u00a0<i>quelqu&rsquo;un\u00a0!<\/i>\u00a0\u00bb<br \/>\nCela se d\u00e9fendait pour un tas de raisons, car au long de la vie de Baby, autant que de celle de Sethe, hommes et femmes \u00e9taient d\u00e9plac\u00e9s comme des pions sur un \u00e9chiquier. Tous ceux que Baby Suggs avait connus, sans parler d&rsquo;aimer, ceux qui ne s&rsquo;\u00e9taient pas sauv\u00e9s ou retrouv\u00e9s pendus, avaient \u00e9t\u00e9 lou\u00e9s, pr\u00eat\u00e9s, vendus, captur\u00e9s, renferm\u00e9s, hypoth\u00e9qu\u00e9s, gagn\u00e9s, vol\u00e9s ou saisis pour dettes.\u00a0Cela se d\u00e9fendait pour un tas de raisons, car au long de la vie de Baby, autant que de celle de Sethe, hommes et femmes \u00e9taient d\u00e9plac\u00e9s comme des pions sur un \u00e9chiquier. Tous ceux que Baby Suggs avait connus, sans parler d&rsquo;aimer, ceux qui ne s&rsquo;\u00e9taient pas sauv\u00e9s ou retrouv\u00e9s pendus, avaient \u00e9t\u00e9 lou\u00e9s, pr\u00eat\u00e9s, vendus, captur\u00e9s, renferm\u00e9s, hypoth\u00e9qu\u00e9s, gagn\u00e9s, vol\u00e9s ou saisis pour dettes.<\/p>\n<p>Frissonnante, Denver s&rsquo;approcha de la maison, la consid\u00e9rant, ainsi qu&rsquo;elle le faisait toujours, comme une personne plut\u00f4t qu&rsquo;une construction. Une personne qui pleurait, soupirait, tremblait et piquait des crises. Ses pas et son regard \u00e9taient prudents, tels ceux d&rsquo;un enfant qui s&rsquo;approche d&rsquo;une parente nerveuse, oisive (d\u00e9pendante, mais fi\u00e8re). Une cuirasse d&rsquo;obscurit\u00e9 masquait toutes les fen\u00eatres sauf une.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u2013\u00a0Je parlais du temps. J&rsquo;ai tellement de mal \u00e0 y croire. Il y a des choses qui partent. Qui passent. Il y a des choses qui restent. Avant, je pensais souvent que c&rsquo;\u00e9tait ma m\u00e9moire. Tu sais. Il y a des choses qu&rsquo;on oublie. D&rsquo;autres\u00a0qu&rsquo;on n&rsquo;oublie jamais. Mais \u00e7a ne se passe pas comme \u00e7a. Les lieux, les lieux sont toujours l\u00e0, eux. Si une maison br\u00fble, elle dispara\u00eet, mais l&rsquo;endroit\u00a0\u2013\u00a0son image\u00a0\u2013 demeure, et pas seulement dans ma m\u00e9moire, mais l\u00e0, dehors, dans le monde. Ce dont je me souviens, c&rsquo;est une image qui flottait l\u00e0, dehors, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de ma t\u00eate. Tu comprends, m\u00eame si je n&rsquo;y pense pas, m\u00eame si je meurs, l&rsquo;image de ce que j&rsquo;ai fait, ou su, ou vu, sera toujours l\u00e0 dehors. Juste \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 \u00e7a s&rsquo;est pass\u00e9.<\/p>\n<p>Le mieux, il le savait, c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;aimer un petit peu, juste un petit peu chaque chose, pour que, le jour o\u00f9 on casserait les reins \u00e0 cette chose ou qu&rsquo;on la fourrerait dans un sac de jute lest\u00e9 d&rsquo;une pierre, eh bien, il vous reste peut-\u00eatre un peu d&rsquo;amour pour ce qui viendrait apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Un enfant est un enfant. Ils poussent, vieillissent, mais \u00eatre grands\u00a0? Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est cens\u00e9 vouloir dire\u00a0? Dans mon c\u0153ur, \u00e7a n&rsquo;a aucune signification.<\/p>\n<p>Il faut que tu le lui dises. Explique-lui qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de choisir quelqu&rsquo;un plut\u00f4t qu&rsquo;elle\u00a0\u2013\u00a0il s&rsquo;agit de faire de la place pour quelqu&rsquo;un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle.<\/p>\n<p>Sens l&rsquo;effet que \u00e7a fait d&rsquo;avoir un lit o\u00f9 dormir et quelqu&rsquo;un pr\u00e8s de toi qui ne te houspille pas \u00e0 mort pour te rappeler ce qu&rsquo;il faut faire chaque jour pour le m\u00e9riter. Sens l&rsquo;effet que \u00e7a fait. Et si \u00e7a ne suffit pas, sens l&rsquo;effet que \u00e7a fait d&rsquo;\u00eatre une femme de couleur vadrouillant sur les routes avec tout ce que Dieu a fait pr\u00eat \u00e0 te sauter dessus.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Leurs silences grondaient en se heurtant aux murs tels des oiseaux terrifi\u00e9s.<\/p>\n<p>Elle n&rsquo;a pas peur de la nuit parce qu&rsquo;elle est de la m\u00eame couleur, mais le jour, chaque bruit ressemble \u00e0 un coup de fusil ou au pas feutr\u00e9 d&rsquo;un poursuivant.<\/p>\n<p>Les choses qu&rsquo;aucun d&rsquo;eux ne savait de l&rsquo;autre\u00a0\u2013\u00a0et celles qu&rsquo;ils ne savaient ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre formuler avec des mots\u00a0\u2013, eh bien, tout cela viendrait en son temps<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Par l\u00e0, dit-il, en pointant du doigt. Suis les fleurs des arbres. Seulement les fleurs des arbres. Suis-les. Tu seras o\u00f9 tu veux \u00eatre quand il n&rsquo;y en aura plus.<\/p>\n<p>Il courut donc de cornouiller en p\u00eacher en fleur. Quand ils s&rsquo;\u00e9claircirent, il piqua sur les fleurs de cerisier, puis celles des magnolias, des cerisiers gommeux, des pacaniers, des noyers et des figuiers de Barbarie. Enfin il atteignit un champ de pommiers dont les fleurs se transformaient tout juste en minuscules n\u0153uds de fruits. Le printemps montait vers le Nord en fl\u00e2nant, mais il lui fallait courir comme un d\u00e9rat\u00e9 pour le garder comme compagnon de route. De f\u00e9vrier \u00e0 juillet, il resta \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt des fleurs. Quand il les perdit et se retrouva sans le moindre p\u00e9tale pour le guider, il s&rsquo;arr\u00eata, grimpa \u00e0 un arbre qui poussait sur un monticule et scruta l&rsquo;horizon, en qu\u00eate\u00a0d&rsquo;un \u00e9clat de rose ou de blanc dans le monde de feuilles qui l&rsquo;entourait. Il ne les touchait pas ni ne s&rsquo;arr\u00eatait pour les respirer. Il suivait simplement le sillage des floraisons, silhouette sombre et d\u00e9guenill\u00e9e, guid\u00e9e par les pruniers en fleur.<\/p>\n<p>Alors, elle versait des larmes sur sa propre personne. Maintenant, elle pleure parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus personne. La mort n&rsquo;est qu&rsquo;un repas saut\u00e9, en comparaison de ce qu&rsquo;elle vit. Elle sent son propre volume s&rsquo;amenuiser, se dissoudre dans le n\u00e9ant.<\/p>\n<p>Sethe arrivait \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 peu pr\u00e8s soixante-quinze mots imprim\u00e9s (dont la moiti\u00e9 figuraient dans la coupure de journal), mais elle savait ceci\u00a0: les mots qu&rsquo;elle ne comprenait pas n&rsquo;avaient pas plus de pouvoir qu&rsquo;elle pour expliquer les choses.<\/p>\n<p>Tout ce qu&rsquo;il pouvait discerner, c&rsquo;\u00e9tait le possessif \u00e0 moi. Le reste demeurait hors de port\u00e9e pour son esprit. Pourtant il continua \u00e0 avancer. Quand il parvint aux marches, les voix s&rsquo;amenuis\u00e8rent soudain pour devenir moins qu&rsquo;un murmure. Cela le fit h\u00e9siter. Elles \u00e9taient devenues un marmonnement intermittent\u00a0\u2013\u00a0comme les petits bruits qu&rsquo;\u00e9met une femme \u00e0 son travail, quand elle se croit seule et non observ\u00e9e\u00a0: un tss quand elle rate le chas de l&rsquo;aiguille\u00a0; un g\u00e9missement sourd quand elle voit une nouvelle \u00e9br\u00e9chure \u00e0 son unique beau plat\u00a0; les petites phrases murmur\u00e9es, amicales avec lesquelles elle accueille les poules. Rien de violent ni d&rsquo;effrayant. Juste cette \u00e9ternelle et intime conversation qui se d\u00e9roule entre les m\u00e9nag\u00e8res et leurs besognes.<\/p>\n<p>Maintenant je peux tout oublier, parce que, d\u00e8s que la pierre tombale a \u00e9t\u00e9 mise en place, tu as fait conna\u00eetre ta pr\u00e9sence dans la maison et tu nous a tracass\u00e9es \u00e0 nous rendre folles. Je n&rsquo;ai pas compris alors. Je croyais que tu \u00e9tais en col\u00e8re contre moi. Et maintenant je sais que si tu l&rsquo;\u00e9tais, tu ne l&rsquo;es plus, parce que tu m&rsquo;es revenue et que j&rsquo;avais raison tout du long\u00a0: il n&rsquo;y a pas d&rsquo;univers de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de ma porte.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u201cSi tu ne sais pas compter, ils peuvent t&rsquo;escroquer. Si tu ne sais pas lire, c&rsquo;est eux qui gagnent tout le temps.\u201d<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Oh\u00a0! ouais. J&rsquo;ai des grands projets.<br \/>\nIl prit deux goul\u00e9es \u00e0 la bouteille.<br \/>\n\u00ab\u00a0Tout plan tir\u00e9 d&rsquo;un litron tourne court\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p>Que tout Blanc avait le droit de se saisir de toute votre personne pour un oui ou pour un non. Pas seulement pour vous faire travailler, vous tuer ou vous mutiler, mais pour vous salir. Vous salir si gravement qu&rsquo;il vous serait \u00e0 jamais impossible de vous aimer. Vous salir si profond\u00e9ment que vous en oubliiez qui vous \u00e9tiez et ne pouviez m\u00eame plus vous en souvenir.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>La cogitation, comme elle l&rsquo;appelait, embrouillait les choses et emp\u00eachait l&rsquo;action.<\/p>\n<p>Ella n&rsquo;aimait pas l&rsquo;id\u00e9e que les erreurs pass\u00e9es puissent prendre possession du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>La vie quotidienne accaparait tout ce qu&rsquo;elle avait de forces. L&rsquo;avenir se limitait au coucher du soleil\u00a0; le pass\u00e9 \u00e9tait quelque chose \u00e0 laisser derri\u00e8re soi. Et s&rsquo;il refusait de rester sur les arri\u00e8res, eh bien, il fallait peut-\u00eatre le pi\u00e9tiner.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u2013\u00a0Eh bien, si tu veux mon avis&#8230;<br \/>\n\u2013\u00a0Non, dit-elle. J&rsquo;ai le mien.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Sethe, dit-il, toi et moi, on a eu plus d&rsquo;hiers que n&rsquo;importe qui. On a besoin d&rsquo;un peu de lendemains.<\/p>\n<p>Il y a une solitude que l&rsquo;on peut bercer. Bras crois\u00e9s, genoux remont\u00e9s, on se tient, on se cramponne et ce mouvement, \u00e0 la diff\u00e9rence de celui d&rsquo;un bateau, apaise et contient l&rsquo;esseul\u00e9 qui se berce. C&rsquo;est une solitude int\u00e9rieure, qui enveloppe \u00e9troitement comme une peau. Puis il y a une solitude vagabonde, ind\u00e9pendante. Celle-l\u00e0, s\u00e8che et envahissante, fait que le bruit de son propre pas semble venir de quelque endroit lointain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteure\u00a0: Toni Morrison (de son vrai nom Chloe Anthony Wofford), n\u00e9e le 18 f\u00e9vrier 1931 \u00e0 Lorain en Ohio, dans une famille ouvri\u00e8re de quatre enfants est une romanci\u00e8re, professeur de litt\u00e9rature et \u00e9ditrice am\u00e9ricaine, laur\u00e9ate du Prix Pulitzer en 1988, et du prix Nobel de litt\u00e9rature en 1993 et et morte \u00e0 New York &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17199\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":17200,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[529,123,202,193,43,29,1,105,233,45,78],"tags":[197,1693,1692,863,563,218,586,507,697,116,717,425,994,258,1264,277,534,1228,195,314,927,410,111,341,275,169],"class_list":["post-17199","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-classique","category-esclavage","category-etats-unis","category-etude-de-societe","category-histoire","category-americaine","category-non-classe","category-roman","category-usa","category-xixeme","category-xxeme","tag-amour","tag-autrice","tag-cincinnati","tag-condition-feminine","tag-culpabilite","tag-drame","tag-esclavage","tag-faits-divers","tag-fantome","tag-folie","tag-hante","tag-infanticide","tag-maison","tag-memoire","tag-ohio","tag-passe","tag-prix-nobel","tag-prix-pulitzer","tag-racisme","tag-rapports-familiaux","tag-rapports-sociaux","tag-relations-mere-fille","tag-solitude","tag-souffrance","tag-viol","tag-violence"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17199","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17199"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17199\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17205,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17199\/revisions\/17205"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/17200"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17199"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17199"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17199"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}