{"id":17736,"date":"2023-02-12T11:53:57","date_gmt":"2023-02-12T09:53:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17736"},"modified":"2025-01-07T18:06:18","modified_gmt":"2025-01-07T16:06:18","slug":"khadra-yasmina-les-vertueux-rl2022-544-pages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17736","title":{"rendered":"Khadra, Yasmina \u00abLes vertueux\u00bb (RL2022) 544 pages"},"content":{"rendered":"<p><b>Auteur<\/b>\u00a0: Yasmina Khadra (en arabe : \u064a\u0627\u0633\u0645\u064a\u0646\u0629 \u062e\u0636\u0631\u0627\u0621) est le nom de plume de l\u2019\u00e9crivain alg\u00e9rien Mohammed Moulessehoul (en arabe : \u0645\u062d\u0645\u0651\u062f \u0645\u0648\u0644\u0633\u0647\u0648\u0644), n\u00e9 le 10 janvier 1955 \u00e0 Kenadsa, dans l\u2019actuelle wilaya de Bechar dans le Sahara alg\u00e9rien. Ce pseudonyme est compos\u00e9 des deux pr\u00e9noms de son \u00e9pouse. Consacr\u00e9 \u00e0 deux reprises par l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, salu\u00e9 par des prix Nobel (Gabriel Garcia Marquez, J. M. Coetze, Orhan Pamuk), Yasmina Khadra est traduit dans une cinquantaine de pays et a su toucher des millions de lecteurs.\u00a0Adapt\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre (en Am\u00e9rique latine, Europe et Afrique) et en bandes dessin\u00e9es, certains de ses livres sont aussi port\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran (Morituri ; Ce que le jour doit \u00e0 la nuit ; L\u2019Attentat). Les Hirondelles de Kaboul est en cours de r\u00e9alisation en film d\u2019animation par Zabou Breitman. Yasmina Khadra a aussi co-sign\u00e9 les scenarios de La Voie de l\u2019ennemi, avec Forest Whitaker et Harvey Keitel, et de La Route d\u2019Istanbul, tous deux r\u00e9alis\u00e9s par Rachid Bouchareb. Ce que le jour doit \u00e0 la nuit a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Alexandre Arcady en 2012. L\u2019Attentat a re\u00e7u, entre autres, le prix des Libraires 2006 et a \u00e9t\u00e9 traduit dans 36 pays. Son adaptation cin\u00e9matographique par Ziad Doueiri est sortie sur les \u00e9crans en 2013.\u00a0\u00c0\u00a063 ans, Yasmina Khadra pr\u00f4ne l\u2019\u00e9veil \u00e0 un monde meilleur, malgr\u00e9 le naufrage des consciences et le choc des mentalit\u00e9s.<\/p>\n<p><b>Ses principaux \u00e9crits<\/b>\u00a0: Le Dingue au bistouri, 1990 \u2013 La Foire des enfoir\u00e9s, 1993 \u2013 Morituri, 1997 \u2013 L\u2019Automne des chim\u00e8res, 1998, \u2013 Double blanc, 1998 \u2013 \u00c0 quoi r\u00eavent les loups, 1999 \u2013 <i>Les Agneaux du Seigneur,<\/i> 1998 \u2013 L\u2019\u00c9crivain, 2001 \u2013 L\u2019Imposture des mots, 2002 \u2013 \u00a0<i>Les Hirondelles de Kaboul<\/i>, 2002 \u2013 Cousine K, 2003 \u2013 La Part du mort, 2004 \u00a0\u2013 La Rose de Blida, 2005 \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2335\">L\u2019Attentat<\/a><\/span>, 2005 \u2013 <i>Les Sir\u00e8nes de Bagdad<\/i>, 2006 \u2013 <i>Ce que le jour doit \u00e0 la nuit<\/i>, 2008 \u2013 L\u2019Olympe des infortunes, 2010 \u2013 L\u2019\u00c9quation africaine, 2011 \u2013\u00a0 Les anges meurent de nos blessures 2013 \u2013 Qu\u2019attendent les singes 2014 \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2171\">La Derni\u00e8re Nuit du Ra\u00efs<\/a> <\/span>2015 \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3279\">Dieu n\u2019habite pas La Havane<\/a> <\/span>2016 \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Khadra, Yasmina \u00abCe que le mirage doit \u00e0 l\u2019oasis\u00bb (2017)\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8234\">Ce que le mirage doit \u00e0 l\u2019oasis<\/a><\/span> 2017 \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6953\">Khalil<\/a> \u00a0<\/span>2018 &#8211; Le Sel de tous les oublis 2020 &#8211; Pour l\u2019amour d\u2019Elena 2021 &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Khadra, Yasmina \u00abLes vertueux\u00bb (RL2022) 544 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17736\">Les Vertueux<\/a><\/span> 2022 &#8211; Coeur d\u2019amande 2024. <em>(en italique ceux que j&rsquo;ai lus avant la cr\u00e9ation du blog)<\/em><\/p>\n<p>Mialet Barrault \u2013 24.08.2022 \u2013 544 pages<\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9<\/b>:<br \/>\nAlg\u00e9rie, 1914. Yacine Ch\u00e9raga n\u2019avait jamais quitt\u00e9 son douar lorsqu\u2019il est envoy\u00e9 en France se battre contre les \u00ab Boches \u00bb. De retour au pays apr\u00e8s la guerre, d\u2019autres aventures incroyables l\u2019attendent. Traqu\u00e9, malmen\u00e9 par le sort, il n\u2019aura, pour faire face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9, que la puret\u00e9 de son amour et son ind\u00e9fectible humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Un roman majeur dans l\u2019\u0153uvre de Yasmina Khadra et une plong\u00e9e surprenante dans l\u2019Alg\u00e9rie de l\u2019entre-deux-guerres.<\/p>\n<p><b>Mon avis<\/b>:<br \/>\nAh quel pur bonheur de retrouver le Khadra conteur, po\u00e9tique. (<em>Je recopie ce que j\u2019avais \u00e9crit comme note de lecture de \u00ab\u00a0Ce que le jour doit la nuit\u00a0\u00bb : La langue est cisel\u00e9e, il est touchant, il a des talents de conteur&#8230; Je savoure chaque paragraphe.<\/em> )<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Yacine est un jeune fermier qui travaille dur pour aider sa famille \u00e0 vivre. Il a une grande famille, son p\u00e8re est manchot et chose rare, il sait lire et \u00e9crire. Il est jeune, tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 sa famille, il croit en l\u2019honn\u00eatet\u00e9. Yacine croit en l\u2019homme et pourtant, il va d\u2019\u00e9preuve en \u00e9preuve, il va se faire utiliser, il est droit, il est honn\u00eate, il est beau de l\u2019int\u00e9rieur, il est simple mais pas simpliste. Et il se fait manipuler. Mais malgr\u00e9 tout, il veut rester fid\u00e8le \u00e0 ses principes, \u00e0 ses valeurs, rester lui-m\u00eame. Amour et haine se c\u00f4toient, et c\u2019est aussi le roman de l\u2019amiti\u00e9. C\u2019est aussi un roman sur la beaut\u00e9, sur la fragilit\u00e9 de la confiance.<br \/>\nIl y a la vie avant la guerre, la vie pendant les 4 ans de guerre, et la vie apr\u00e8s la guerre. Une guerre qui transforme les \u00eatres, qui les blesse \u00e0 vie, qui laisse des traces ind\u00e9l\u00e9biles.<br \/>\nPendant cette guerre Yacine va rencontrer des gens; il va vivre avec des hommes qui seront ses amis, ses ennemis, ces chefs\u2026 Certains vont tomber sous les balles, d\u2019autres vont devenir fous, d\u2019autres vont s\u2019en sortir, meurtris mais debout. Mais de toutes mani\u00e8res des liens se cr\u00e9ent. Il fait partie de ceux qu\u2019on nomme \u00ab\u00a0les Turcos\u00a0\u00bb, les tirailleurs alg\u00e9riens des unit\u00e9s d&rsquo;infanterie de l&rsquo;arm\u00e9e de terre fran\u00e7aise, appartenant \u00e0 l&rsquo;Arm\u00e9e d\u2019Afrique.<br \/>\nYacine Ch\u00e9raga &#8211; qui va traverser la guerre sous le nom de Boussa\u00efd Hamza &#8211; est un \u00eatre qui se rel\u00e8ve toujours, certes amoch\u00e9, mais qui va toujours de l\u2019avant, port\u00e9 par la foi et sa destin\u00e9e. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 avec des principes, il croit en son Dieu, en la rectitude, il a des valeurs et s\u2019y cramponne. Il va \u00eatre entrain\u00e9 dans un monde de violence &#8211; la guerre d\u2019abord &#8211; puis d\u2019autres p\u00e9riodes. Le fil rouge de son existence du moment o\u00f9 il repose le pied sur le sol alg\u00e9rien est l\u2019amour : retrouver sa famille ( son p\u00e8re, sa m\u00e8re, ses fr\u00e8res et soeurs) puis retrouver celle qu\u2019il va aimer, Mariem.<br \/>\nC\u2019est un roman sur la tol\u00e9rance, sur l\u2019importance de croire en soi, de profiter un moment pr\u00e9sent et de croire en l\u2019avenir. Ce livre est une le\u00e7on de vie, un message d\u2019espoir, un guide de reconstruction, un roman sur l\u2019humain, les sentiments, la sagesse aussi. Certes on y parle de guerre et de violence, mais beaucoup de phrases m\u2019ont fait rire. Et Yacine va d&rsquo;aventure en aventure, on ne s&rsquo;ennuie pas un seul instant! De plus, ce livre est vivant, les personnages bien camp\u00e9s, r\u00e9alistes : il y a les gentils, les ordures, les fracass\u00e9s&#8230;la vie quoi.<\/p>\n<p>Et du pont de vue contexte historique c\u2019 est \u00e0 la fois un roman sur la Guerre de 14-18 et un t\u00e9moignage sur une \u00e9poque difficile de l\u2019Histoire de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Si vous avez aim\u00e9 \u00ab\u00a0Ce que le jour doit la nuit\u00a0\u00bb, lisez ce livre . Il est encore plus \u00e9mouvant et toujours aussi bien \u00e9crit.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><b>Extraits<\/b>:<\/p>\n<p>Certains appellent ces choses\u00a0<i>mektoub<\/i>.<\/p>\n<p>D\u2019autres, moins d\u00e9raisonnables, disent que c\u2019est la vie.<\/p>\n<p>C\u2019est lui qui m\u2019avait certifi\u00e9 que la manne c\u00e9leste est une com\u00e8te qu\u2019on peut\u00a0regarder s\u2019\u00e9loigner, mais qu\u2019on n\u2019a aucune chance de rattraper.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les hommes vrais ont la larme facile parce qu\u2019ils ont l\u2019\u00e2me pr\u00e8s du c\u0153ur. Quant \u00e0 ceux qui serrent les dents pour refouler leurs sanglots, ceux-l\u00e0 ne font que mordre ce qu\u2019ils devraient embrasser.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u2014\u00a0C\u2019est l\u00e0 tout ton probl\u00e8me, l\u2019assimil\u00e9. Quand on a le cul entre deux chaises, on risque la fissure anale.\u00a0Que tu viennes de la ville ou de la lune, t\u2019es rien d\u2019autre qu\u2019un indig\u00e8ne, comme\u00a0<i>ils<\/i>\u00a0disent, un indig\u00e8ne apprivois\u00e9, et t\u2019es pas plus fut\u00e9 qu\u2019une oie.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais un parfait \u00e9tranger \u00e0 moi-m\u00eame, un gamin hallucin\u00e9 qui courait \u00e0 perdre haleine le long des boyaux d\u2019une terre profan\u00e9e. Il courait, courait comme s\u2019il cherchait \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 son propre corps.<\/p>\n<p>Un po\u00e8te de chez nous disait que la loyaut\u00e9 est le plus handicapant des sacrifices. Elle exige, parfois, des concessions contraires \u00e0 notre conscience. La preuve\u00a0: on se bat pour qui\u00a0? Pour des m\u00e9cr\u00e9ants. Contre qui\u00a0? Contre d\u2019autres m\u00e9cr\u00e9ants.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>On est des soldats, et un soldat, \u00e7a porte un casque pour ne pas r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p>Depuis que j\u2019ai atterri ici, je suis sur un nuage et je suce les \u00e9toiles comme des sucreries.<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, nous remball\u00e2mes nos paquetages, nos traumatismes et nos fant\u00f4mes et nous nous rem\u00eemes sur les routes.<\/p>\n<p>Pour celui qui a travers\u00e9 la vall\u00e9e des t\u00e9n\u00e8bres, l\u2019\u00e9tincelle est feu d\u2019artifices, le gazouillis est symphonie, le nuage tapis volant et chaque nouveau jour un miracle.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Personne ne coupe court avec le pass\u00e9. Quand on n\u2019a pas o\u00f9 aller, on d\u00e9poussi\u00e8re les ponts et on revient parmi les siens.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Je t\u2019observe depuis hier. Tu es tout effray\u00e9. Tu reviens de la guerre, que je sache. Dois-je comprendre que la mis\u00e8re est plus terrifiante que les champs de bataille\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Ce n\u2019est pas la m\u00eame horreur, mais c\u2019est la m\u00eame trag\u00e9die.<\/p>\n<p>l\u2019existence est une belle vacherie. Chacun y a droit \u00e0 son lot de soucis. Le pauvre parce qu\u2019il manque de tout, le riche parce que aucune fortune ne lui suffit.<\/p>\n<p>Tu n\u2019as de compte \u00e0 rendre \u00e0 personne et tu n\u2019as pas, non plus, \u00e0 rougir de ta chance, m\u00eame si elle n\u00e9glige tes vieux amis. Tu as eu ton quota d\u2019\u00e9preuves, et tu as perdu au change tant de fois. Les joies ne sont pas des p\u00e9ch\u00e9s, la r\u00e9ussite n\u2019est pas une h\u00e9r\u00e9sie. S\u2019il t\u2019est possible de d\u00e9crocher la lune, d\u00e9croche-la, et tant pis si la nuit n\u2019en sera que plus noire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019argent fait croire aux riches qu\u2019ils sont heureux. Ce n\u2019est pas vrai. Les riches peuvent acheter ce qu\u2019ils veulent, sauf la paix int\u00e9rieure, et il n\u2019existe pas de bonheur pour celui qui n\u2019est pas en harmonie avec lui-m\u00eame. Quand un \u00eatre cher te manque, aucune fortune ne peut combler le vide qui t\u2019isole dans ton incompl\u00e9tude.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un amas de nerfs d\u00e9nud\u00e9s comme des fils \u00e9lectriques.<\/p>\n<p>Tu as tent\u00e9 ta chance ailleurs. Si tu l\u2019as pas attrap\u00e9e au vol, c\u2019est que ta chance est ici, parmi les tiens.<br \/>\n\u2014\u00a0Dans ce cas, pourquoi j\u2019suis parti, si ma chance est ici\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0C\u2019est pour t\u2019en rendre compte.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0On a toujours le choix\u2026 Quels que soient ses al\u00e9as et ses peines, le choix que l\u2019on assume est moins accablant que la reddition. Vois-tu\u00a0? On s\u2019attarde souvent sur ce qui nous ab\u00eeme au lieu de se concentrer sur ce qui nous aide \u00e0 nous reconstruire.<br \/>\n\u2014\u00a0J\u2019aimerais me reconstruire, mais je n\u2019ai pas les donn\u00e9es.<br \/>\n\u2014\u00a0Il n\u2019en existe qu\u2019une seule, jeune homme\u00a0: celle qui consiste \u00e0 prendre les choses comme elles viennent et \u00e0 en faire des le\u00e7ons de vie. Il y a une s\u00e9curit\u00e9 derri\u00e8re ce que l\u2019on tait et une autre derri\u00e8re ce qui nous \u00e9chappe.<br \/>\n\u2014\u00a0Quelle est donc cette s\u00e9curit\u00e9\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Le discernement.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9chelle de la Sagesse comporte sept paliers qu\u2019il faut imp\u00e9rativement franchir si l\u2019on veut acc\u00e9der \u00e0 soi, rien qu\u2019\u00e0 soi, et \u00e0 personne d\u2019autre.<br \/>\n\u2014\u00a0Sept paliers\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Dans Le Manuscrit des Anciens, on les appelle \u00ab\u00a0Les sept marches de l\u2019arc-en-ciel\u00a0\u00bb (il compta sur ses doigts)\u00a0: l\u2019amour\u00a0; la compassion\u00a0; le partage\u00a0; la gratitude\u00a0; la patience et le courage d\u2019\u00eatre soi en toutes circonstances. Si tu arrives \u00e0 en faire montre, tu atteindras le sommet-roi, celui qui te met hors de port\u00e9e du doute et tout pr\u00e8s de ton \u00e2me.\u2014\u00a0Tu n\u2019en as cit\u00e9 que six.<br \/>\nIl sourit, de ce sourire qui en dit long sur les chemins de croix qu\u2019il avait d\u00fb n\u00e9gocier pour acc\u00e9der \u00e0 son \u00e2me.<br \/>\n\u2014\u00a0Va, mon gar\u00e7on. La septi\u00e8me est au bout de ton destin.<\/p>\n<p>Le sang est la seule et unique lessive en mesure de laver l\u2019affront.<\/p>\n<p>Si tu as compris que ce ne sont pas les cha\u00eenes qui t\u2019emp\u00eachent d\u2019\u00eatre libre, mais ta peur\u00a0; si tu as compris que ton seul bourreau, ton seul ge\u00f4lier, c\u2019est toi, et que c\u2019est \u00e0 toi que revient le choix d\u2019\u00eatre ce que tu veux, aucun \u00e9rudit ne t\u2019arriverait \u00e0 la cheville.<\/p>\n<p>J\u2019ai ma propre guerre et je la m\u00e8ne contre le d\u00e9sert. Je plante, s\u00e8me, greffe, laboure. C\u2019est une guerre qui fait vivre, une guerre qui ne s\u2019abreuve pas dans le sang, mais dans l\u2019eau, si rare par ici, et dans la sueur.<\/p>\n<p>Mais il est des peurs qui ne s\u2019apprivoisent pas. Ces peurs-l\u00e0 sont tangibles, mat\u00e9rielles\u00a0; leurs griffes d\u00e9chirent les visc\u00e8res, s\u2019ancrent dans les g\u00e8nes et grandissent avec soi jusqu\u2019\u00e0 devenir organiques. On croit les perdre de vue de temps en temps, mais c\u2019est mal les conna\u00eetre. Enfouies au plus profond de l\u2019\u00eatre, elles attendent leur heure \u2013 ni les catastrophes ni les miracles ne sauraient les distraire.<\/p>\n<p>Sur ce territoire craquel\u00e9, s\u00e9v\u00e8rement taillad\u00e9 par la fournaise estivale et le gel de l\u2019hiver, les inextricables ramifications des rivi\u00e8res mortes se voulaient calligraphies.<\/p>\n<p>\u00c9couter le silence, c\u2019est \u00e9couter sa d\u00e9prime.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La vie est une travers\u00e9e et tu es un simple p\u00e8lerin. Le pass\u00e9 est ton bagage. Le futur, ta destination. Le pr\u00e9sent, c\u2019est toi. Si ton bagage t\u2019encombre, d\u00e9pose-le \u00e0 la consigne. Si ta destination est hasardeuse, sache qu\u2019elle l\u2019est pour tout le monde. Vis \u00e0 fond l\u2019instant pr\u00e9sent, car rien n\u2019est aussi concr\u00e8tement acquis que cette r\u00e9alit\u00e9 manifeste que tu portes en toi.\u00a0\u00bb<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Comment remplacer les absents sans les trahir et sans renier la personne qu\u2019on a \u00e9t\u00e9\u00a0? Comment les oublier lorsque le c\u0153ur ne bat que gr\u00e2ce \u00e0 leurs souvenirs\u00a0? Arr\u00eate d\u2019y penser, me disait\u2011on, on ne retient pas le vent par la queue. Ce qui est fait est fait. \u00c7a ne sert \u00e0 rien de se torturer. J\u2019ai essay\u00e9 de regarder devant moi et je n\u2019ai vu que du vide. On peut faire le deuil de ses morts, mais pas celui des absents. De tous les mortels, ce sont les disparus qui vivent le plus longtemps.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Elle n\u2019a pas d\u2019\u00e9tats d\u2019\u00e2me, la vie\u00a0; elle n\u2019est coupable de rien. Elle coule dans le lit du temps sans s\u2019attarder sur le g\u00e2chis qu\u2019elle engendre ni sur les belles plaines qu\u2019elle irrigue. C\u2019est \u00e0 chacun de s\u2019accommoder de ce qu\u2019elle lui conc\u00e8de.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Yasmina Khadra (en arabe : \u064a\u0627\u0633\u0645\u064a\u0646\u0629 \u062e\u0636\u0631\u0627\u0621) est le nom de plume de l\u2019\u00e9crivain alg\u00e9rien Mohammed Moulessehoul (en arabe : \u0645\u062d\u0645\u0651\u062f \u0645\u0648\u0644\u0633\u0647\u0648\u0644), n\u00e9 le 10 janvier 1955 \u00e0 Kenadsa, dans l\u2019actuelle wilaya de Bechar dans le Sahara alg\u00e9rien. Ce pseudonyme est compos\u00e9 des deux pr\u00e9noms de son \u00e9pouse. Consacr\u00e9 \u00e0 deux reprises par l\u2019Acad\u00e9mie &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17736\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":17737,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[35,583,98,43,1,229,1635,78],"tags":[1734,254,197,80,1736,281,1737,1735,665,452,768,169],"class_list":["post-17736","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-coup-de-coeur-lectures","category-coup-de-coeur","category-france","category-histoire","category-non-classe","category-premiere-guerre-mondiale","category-rl2022","category-xxeme","tag-algerie","tag-amitie","tag-amour","tag-aventure","tag-fa","tag-guerre","tag-ille","tag-litterature-algerienne","tag-poesie","tag-reconstruction","tag-roman-historique","tag-violence"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17736","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17736"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17736\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21485,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17736\/revisions\/21485"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/17737"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17736"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17736"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17736"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}