{"id":1789,"date":"2015-05-19T16:00:24","date_gmt":"2015-05-19T15:00:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1789"},"modified":"2018-06-02T15:27:39","modified_gmt":"2018-06-02T14:27:39","slug":"goetz-adrien-la-dormeuse-de-naples-2004","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1789","title":{"rendered":"Goetz, Adrien \u00ab La dormeuse de Naples \u00bb (2004)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> : Adrien Goetz (n\u00e9 en 1966 \u00e0 Caen) est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, auteur de plusieurs romans ax\u00e9s sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;art. Apr\u00e8s une th\u00e8se de doctorat d&rsquo;histoire de l&rsquo;art portant sur la p\u00e9riode romantique, il enseigne aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Paris-Sorbonne. Ces romans ont tous pour toile de fond le monde de l&rsquo;art.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Trois cahiers manuscrits nous invitent \u00e0 mener l&rsquo;enqu\u00eate : l&rsquo;un serait une confession d&rsquo;Ingres, l&rsquo;autre aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Corot et le troisi\u00e8me par un artiste inconnu, ami de G\u00e9ricault, dans le secret des ateliers. L&rsquo;objet de cette enqu\u00eate : La Dormeuse de Naples, un tableau \u00e9nigmatique, peint par Ingres, qui a disparu et qui suscita bien des d\u00e9sirs&#8230; Mais ce ne sont pas seulement la qualit\u00e9 du tableau et sa disparition qui en font un tel mythe. Le mod\u00e8le qui inspira le peintre est charg\u00e9 de myst\u00e8res. Qui \u00e9tait la jeune femme superbe qu&rsquo;Ingres consid\u00e9rait comme \u00a0\u00bb &#8211; d\u00e9j\u00e0 peinte \u00a0\u00bb tant elle \u00e9tait parfaite \u00e0 ses yeux ? Et qu&rsquo;est devenue la toile ? Qu\u00eate de la beaut\u00e9 autant qu&rsquo;enqu\u00eate litt\u00e9raire et artistique, ce r\u00e9cit d&rsquo;Adrien Goetz nous fait revivre l&rsquo;atmosph\u00e8re de l&rsquo;Italie mythique des peintres et du Paris boh\u00e8me des romantiques. Prix des deux Magots, 2004. Prix Roger Nimier, 2004.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 aimer cet auteur en lisant les enqu\u00eates de Penelope (<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?page_id=4754\">voir articles sur le blog<\/a>) et c\u2019est naturellement que j\u2019enchaine sur le reste de ses \u00e9crits. Beaucoup aim\u00e9 ce (tout) petit roman \u00e0 trois voix traitant de mani\u00e8re diff\u00e9rente de la dormeuse. Trois peintres (m\u00eame quatre) mais aussi diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de peindre\u00a0: Ingres et ses nus, Corot pour ses paysages, G\u00e9ricault et Delacroix comme peintres du romantisme. Chaque intervenant a un rapport diff\u00e9rent avec le tableau mais chaque peintre semble l\u2019avoir vu. Ingres voue un amour (platonique) au mod\u00e8le, mais tous sont tomb\u00e9s sous le charme de la dormeuse. Et le myst\u00e8re est double.. Qu\u2019est-il advenu du tableau et qui \u00e9tait vraiment le mod\u00e8le\u00a0? J\u2019ai bien aim\u00e9 parcourir l\u2019Italie du quattrocento, p\u00e9n\u00e9trer dans les ateliers des peintres, faire connaissance avec Chateaubriand, croiser les proches de Napol\u00e9on\u2026 Et comme il enseigne l&rsquo;histoire de l&rsquo;art \u00e0 la Sorbonne, il sait de quoi il parle\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Quand vous manquez au respect que vous devez \u00e0 la nature, quand vous osez l\u2019offenser dans votre ouvrage, vous donnez un coup de pied dans le ventre de votre m\u00e8re<\/p>\n<p>Le calme est la premi\u00e8re beaut\u00e9 du corps \u2013 de m\u00eame que, dans la vie, la sagesse est la plus haute expression de l\u2019\u00e2me<\/p>\n<p>Le cou d\u2019une femme n\u2019est jamais assez long, ni son dos, ni ses doigts.<\/p>\n<p>Ma solitude d\u2019avant le premier coup de couleur, ma solitude de dessinateur attentif, ma solitude d\u2019artisan qui place en silence ses vernis, ma solitude d\u2019\u00e9crivain qui ne sait pas relire ses phrases<\/p>\n<p>L\u2019hydre des solitudes avait des t\u00eates qui repoussaient, des yeux partout pour me regarder, des cous hideux de serpent vert<\/p>\n<p>Plus que Rome, plus que Florence, j\u2019ai aim\u00e9 Naples. \u00c0 Rome j\u2019ai aim\u00e9 Rapha\u00ebl, \u00e0 Florence Masaccio, \u00e0 Naples, j\u2019ai aim\u00e9. Ce fut la seule fois.<\/p>\n<p>Il avait l\u2019air d\u2019aimer pourtant la litt\u00e9rature, et la musique, et tout ce qui est agr\u00e9able. Il en restait \u00e0 l\u2019agr\u00e9able et \u00e0 l\u2019utile, justement parce que le beau fait peur<\/p>\n<p>Qui peindrait mes r\u00eaves\u00a0? Il faut bien que je m\u2019en occupe.<\/p>\n<p>Je ne parle pas d\u2019amour, mais seulement de peinture. En v\u00e9rit\u00e9, pour moi, ce fut la m\u00eame chose. Mes tableaux montrent ce que j\u2019aime.<\/p>\n<p>Je voulais saisir par l\u2019\u00e9tude tout ce qu\u2019il y a de fugitif, les nuages, les ombres qui tournent sur les murs<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais comme un artiste mahom\u00e9tan \u00e0 qui sa religion interdit les visages.<\/p>\n<p>Mon seul bonheur, c\u2019est un rectangle de papier sur lequel je peux \u00e9craser un pinceau bien gras, le nez sur la couleur, et la regarder se r\u00e9pandre. Attaquer par le centre, estomper, ajouter des taches blanches, minuscules, prendre du recul, laisser, retravailler ailleurs, le carnet sous le bras. Voici la petite surface du monde que je contr\u00f4le, le domaine sur lequel j\u2019ai pouvoir, le rectangle de carton qui \u00e9chappe aux parents Corot. Je sais exactement o\u00f9 je dois placer une touche de p\u00e2te blanche sur une balustrade pour que le soleil l\u2019illumine. Je sais dans quel sens doivent naviguer les nuages pour donner du relief \u00e0 la colline au-dessous d\u2019eux<\/p>\n<p>Ouvrir mes carnets, tailler mes crayons. Sortir mes pinceaux de leur carquois.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la ville la plus dissimulatrice qui se pouvait voir. Tous les Romains s\u2019habillaient couleur de muraille<\/p>\n<p>la seule Dormeuse de Naples que je veuille conserver se trouve dans mes souvenirs et je la regarde quand je veux. Il me suffit de fermer les yeux.<\/p>\n<p>Le soleil donnait la beaut\u00e9 \u00e0 tout, il n\u2019entrait que mal, comme \u00e0 regret, dans mes peintures.<\/p>\n<p>Rien ne vaut d\u2019\u00eatre contempl\u00e9 que Dieu, et la beaut\u00e9 \u2013 son reflet terrestre<\/p>\n<p>Peindre, c\u2019est se faire un masque, et non se livrer sur la toile, comme on le croit de nos jours.<\/p>\n<p>Dans la pi\u00e8ce voisine, se cache une jolie fille qui entre et sort \u00e0 mon gr\u00e9. C\u2019est la Folie, mon invisible compagne, dont la jeunesse est \u00e9ternelle et dont la fid\u00e9lit\u00e9 ne lasse pas. Je la laisse sortir de plus en plus souvent. Car dans le temps de ma jeunesse, j\u2019\u00e9tais oblig\u00e9 de garder ma Folie pour moi et de l\u2019enfermer dans mon armoire. Un jour, j\u2019ai fini par ouvrir la porte et la douce Folie s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e, mais j\u2019en ai encore plein mon armoire, en r\u00e9serve<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : Adrien Goetz (n\u00e9 en 1966 \u00e0 Caen) est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, auteur de plusieurs romans ax\u00e9s sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;art. Apr\u00e8s une th\u00e8se de doctorat d&rsquo;histoire de l&rsquo;art portant sur la p\u00e9riode romantique, il enseigne aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Paris-Sorbonne. Ces romans ont tous pour toile de fond le monde de l&rsquo;art. 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