{"id":17922,"date":"2023-03-13T18:21:10","date_gmt":"2023-03-13T16:21:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17922"},"modified":"2026-03-31T15:53:11","modified_gmt":"2026-03-31T13:53:11","slug":"banville-john-la-lumiere-des-etoiles-mortes-2014-333-pages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17922","title":{"rendered":"Banville, John \u00ab\u00a0La Lumi\u00e8re des \u00e9toiles mortes\u00a0\u00bb (2014) 333 pages"},"content":{"rendered":"<p><b>Auteur<\/b> : N\u00e9 \u00e0 Wexford, en Irlande, le 8 d\u00e9cembre 1945, John Banville vit \u00e0 Dublin. Depuis ses d\u00e9buts, l\u2019\u0153uvre de cet\u00a0 \u00bb orf\u00e8vre des mots\u00a0 \u00bb a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9e par de nombreux grands prix litt\u00e9raires. Avec <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=635\"><i>La Mer<\/i><\/a>,<\/span> pl\u00e9biscit\u00e9e par la critique et le public anglais, publi\u00e9e dans une trentaine de pays, il a remport\u00e9 le plus prestigieux d\u2019entre eux : le Booker Prize. Ses derniers romans, L\u2019intouchable (1998),\u00a0 Eclipse (2002), Impostures (2003) ,<span style=\"color: #0000ff;\"> <a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=635\"><i>La Mer<\/i><\/a><\/span>, \u00a0Ath\u00e9na (2005), \u00a0Infinis (2011), <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17922\">La lumi\u00e8re des \u00e9toiles mortes<\/a><\/span> (2014), <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10203\">La guitare bleue<\/a> <\/span>(2018 ), <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=17239\">Neige sur Ballyglass House<\/a><\/span> (2022)<\/p>\n<p>Il est consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des auteurs vivants les plus importants de langue anglaise. Il est laur\u00e9at d&rsquo;un prix Booker [ <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=635\"><i>La Mer<\/i><\/a>,<\/span>] et il a re\u00e7u en 2014 le c\u00e9l\u00e8bre prix Prince des Asturies pour l\u2019ensemble de son \u0153uvre romanesque, publi\u00e9e en grande partie chez Robert Laffont, dans la collection \u00ab Pavillons \u00bb.<\/p>\n<p>Passionn\u00e9 de litt\u00e9rature polici\u00e8re des ann\u00e9es 50, il \u00e9crit \u00e9galement des romans noirs \u2013 <strong><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5309\">S\u00e9rie <i>Quirke<\/i><\/a><\/span><\/strong> \u2013\u00a0 sous le pseudonyme de \u00ab\u00a0Benjamin Black\u00a0\u00bb : <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5312\">Les Disparus de Dublin<\/a><\/span> \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5342\">La Double Vie de Laura Swan<\/a><\/span>\u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5393\">La Disparition d\u2019April Latimer<\/a><\/span> \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5416\">Mort en \u00e9t\u00e9<\/a> <\/span>\u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6145\">Vengeance<\/a> <\/span>\u2013\u00a0<i>Holy Orders (2013)<\/i> &#8211; <i>Even the Dead (2016)<\/i> &#8211; Le printemps basque d&rsquo;April Latimer (2025) (<i>April in Spain (2021) &#8211;\u00a0<\/i><i><\/i><\/p>\n<p><b>Autre roman <\/b>(traduit) : \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Black, Benjamin (Banville, John ) \u00ab\u00a0La Blonde aux yeux noirs: Le Retour de Philip Marlowe\u00a0\u00bb (2015) 377 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24083\">La Blonde aux yeux noirs: Le Retour de Philip Marlowe\u00a0<\/a><\/span>\u00bb (2016) ressorti en 2023 sous le titre \u00ab\u00a0Marlowe\u00a0\u00bb . (Nouveau titre suite \u00e0 la sortie du film<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span><b><i>Marlowe<\/i><\/b><i> ou D\u00e9tective Marlowe au Qu\u00e9bec, une coproduction internationale r\u00e9alis\u00e9e par Neil Jordan et sorti en 2022<\/i><i>. Le sc\u00e9nario, sign\u00e9 William Monahan, est adapt\u00e9 du roman The Black-Eyed Blonde de John Banville qui met en sc\u00e8ne le personnage de Philip Marlowe cr\u00e9\u00e9 par Raymond Chandler.<\/i>)<\/p>\n<p>Robert Laffont &#8211; Pavillons<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>\u2014 21.08.2014 &#8211; 346pages &#8211; \/ 10\/18 &#8211; 21.04.2016 &#8211; 333 pages (traduit par Mich\u00e8le Albaret-Maatsch)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9:<br \/>\n<\/b>Il avait quinze ans, elle, trente-cinq. C&rsquo;\u00e9tait il y a cinquante ans. Un baiser vol\u00e9 dans une voiture, et tout avait commenc\u00e9, le temps d&rsquo;un demi-printemps et de quelques mois d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Le premier amour, celui qui emporte tout, qui a rendu fou l&rsquo;adolescent qu&rsquo;\u00e9tait Alex \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Mrs Gray, Celia Gray, la m\u00e8re de son meilleur ami. Rencontres secr\u00e8tes dans la bicoque d&rsquo;un paysan, en bordure de leur petite ville d&rsquo;Irlande, fr\u00f4lements furtifs dans la maison familiale des Gray, et puis le scandale de leur liaison&#8230;<br \/>\nQuel \u00e2ge doit-elle avoir, \u00e0 pr\u00e9sent, Mrs Gray ? Quatre-vingt-deux, quatre-vingt-trois ans ? se demande Alex. Est-elle encore en vie ? Pourquoi ces souvenirs resurgissent-ils ici et maintenant, se t\u00e9lescopant avec ceux de sa fille, Cass, dont le suicide dix ans plus t\u00f4t l&rsquo;a laiss\u00e9 dans un \u00e9tat de sid\u00e9ration ingu\u00e9rissable ? Et pourquoi au moment ou lui qui ne tournait plus rien est rappel\u00e9 au cin\u00e9ma au c\u00f4t\u00e9 de la c\u00e9l\u00e8bre actrice Dawn Devonport, dont la jeunesse et la fragilit\u00e9 lui \u00e9voquent tellement Cass ?<br \/>\nSouvenirs de Cass, souvenirs de Mrs Gray, Dawn qui divague&#8230; Alex nous entra\u00eene dans un fascinant jeu de miroirs entre pr\u00e9sent et pass\u00e9, souvenirs et digressions, hant\u00e9 par cette question : qu&rsquo;est-ce qui s\u00e9pare la m\u00e9moire de l&rsquo;imagination ?<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 tout cela va-t-il donc quand nous mourons, tout ce que nous avons \u00e9t\u00e9 ?<br \/>\nQuand je songe \u00e0 ceux que nous avons aim\u00e9s et perdus, je m\u2019identifie \u00e0 un promeneur errant \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit dans un parc peupl\u00e9 de statues sans yeux. L\u2019air autour de moi bruisse d\u2019absences. Je pense aux yeux bruns et humides de Mme Gray et \u00e0 leurs minuscules \u00e9clats dor\u00e9s. Quand on faisait l\u2019amour, ils viraient de l\u2019ambre \u00e0 la terre d\u2019ombre puis \u00e0 une nuance de bronze opaque. ?Si on avait de la musique, disait-elle dans la maison Cotter, si on avait de la musique, on pourrait danser.? Elle-m\u00eame chantait, tout le temps, et toujours faux, ?La veuve joyeuse?, ?L\u2019homme qui fait sauter la banque?, ?Les roses de Picardie?, et un machin sur une alouette, alouette, dont elle ne connaissait pas les paroles et qu\u2019elle ne pouvait que fredonner, compl\u00e8tement faux. Ces choses que nous partagions, celles-l\u00e0 et une myriade d\u2019autres, une myriade, myriade, elles demeurent, mais que deviendront-elles lorsque je serai parti, moi qui suis leur d\u00e9positaire, le seul \u00e0 m\u00eame de pr\u00e9server leur m\u00e9moire ? \u00bb<br \/>\nQu\u2019est-ce qui s\u00e9pare la m\u00e9moire de l\u2019imagination ? Cette question hante Alex alors qu\u2019il se rem\u00e9more son premier ? peut-\u00eatre son unique ? amour, Mme Gray, la m\u00e8re de son meilleur ami d\u2019adolescence. Pourquoi ces souvenirs resurgissent-ils maintenant, \u00e0 cinquante ans de distance, se t\u00e9lescopant avec ceux de la mort de sa fille, Cass, dix ans plus t\u00f4t ?<br \/>\nUn grand Banville, troublant et sensuel, sur la fa\u00e7on dont les jeux du temps malm\u00e8nent le coeur humain.<\/p>\n<p><b>Mon avis<\/b>:<\/p>\n<p>Nous sommes au cr\u00e9puscule de la vie du personnage, Alex Cleave, com\u00e9dien de th\u00e9\u00e2tre pendant toute sa vie et qui va \u00eatre appel\u00e9 pour jouer un cin\u00e9ma avec une star du petit \u00e9cran. Et toute sa vie va d\u00e9filer sous nos yeux. Sa premi\u00e8re exp\u00e9rience sexuelle &#8211; et son premier amour &#8211; sa vie de couple et le suicide de sa fille, sa vie actuelle.<br \/>\nSouvenirs et faux souvenirs se m\u00e9langent\u2026 les disparitions inexpliqu\u00e9es s\u2019accumulent. Qu\u2019est devenue Madame Gray, son premier amour, la m\u00e8re de son copain avec laquelle il a ressenti les premiers \u00e9mois alors qu\u2019il avait 15 ans et elle 35. Soudaine, elle s\u2019est volatilis\u00e9e\u2026 est-elle toujours en vie ? Il va essayer de la retrouver. Pourquoi sa fille s\u2019est elle suicid\u00e9e? Et maintenant pourquoi la star de la production tente-t-elle aussi de disparaitre? Qu\u2019est-ce-que l\u2019amour? Et qui est cet Axel Vander? Alex\/Axel\u2026 deux personnages dont le pr\u00e9nom est anagramme se superposent-ils par moments?<br \/>\nEst-ce un thriller ? Je ne le pense pas.. quoique\u2026<br \/>\nC\u2019est en tous cas une merveilleuse incursion psychologique dans le monde de la m\u00e9moire et de souvenirs, l\u2019incursion dans le monde de la f\u00e9minit\u00e9, du d\u00e9sir, de la sensualit\u00e9, de l\u2019importance de l\u2019amour, du temps qui passe, de la vieillesse qui s\u2019installe\u2026 Si j\u2019aime \u00e9norm\u00e9ment l\u2019\u00e9criture et la sensibilit\u00e9 de Banville, je dois dire que j\u2019ai quand m\u00eame trouv\u00e9 par moments un peu longuet\u2026<\/p>\n<p><b>Extraits<\/b>:<\/p>\n<p>D&rsquo;aucuns affirment que nous inventons \u00e0 mesure et \u00e0 notre insu, que nous brodons et enjolivons, et j&rsquo;aurais tendance \u00e0 \u00eatre de leur avis, car Mme\u00a0M\u00e9moire est une grande et subtile hypocrite. Lorsque je regarde en arri\u00e8re, je ne vois qu&rsquo;un flux qui ne commence nulle part et coule \u00e0 l&rsquo;infini, ou du moins sans aller vers un aboutissement qu&rsquo;il me sera donn\u00e9 de conna\u00eetre, sinon sous forme de point final.<\/p>\n<p>Je pense en particulier au temps jadis, \u00e0 ma jeunesse, quand on pouvait croire que les femmes sous leurs robes \u2013\u00a0\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, quelles \u00e9taient celles qui ne portaient pas de robes, \u00e0 part la golfeuse baroque ou l&rsquo;enquiquinante vedette de cin\u00e9ma dans son pantalon \u00e0 plis\u00a0?\u00a0\u2013 trottaient \u00e9quip\u00e9es, par les bons soins d&rsquo;un fournisseur de la marine marchande, de toutes sortes de voilures et gr\u00e9ements, focs, brigantines, bigues et \u00e9tais.<\/p>\n<p>Un souvenir d&rsquo;elle, une image spontan\u00e9ment revenue, fut ce qui au d\u00e9part me fit tr\u00e9bucher, puis d\u00e9valer L&rsquo;all\u00e9e du Souvenir.<\/p>\n<p>Comment quelqu&rsquo;un d&rsquo;aussi vivant a-t-il pu mourir\u00a0? m&rsquo;avait-elle demand\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel en Italie la fameuse nuit o\u00f9 on \u00e9tait all\u00e9s r\u00e9cup\u00e9rer le corps de Cass.<\/p>\n<p>Pourtant, m\u00eame si nous ne disions rien, chacun savait ce que l&rsquo;autre pensait et, pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, ce que l&rsquo;autre ressentait \u2013\u00a0autre effet encore du chagrin que nous partagions, cette empathie, cette t\u00e9l\u00e9pathie du deuil.<\/p>\n<p>N&#8217;emp\u00eache que le temps et la m\u00e9moire forment une entreprise de d\u00e9corateurs d&rsquo;int\u00e9rieur bien tatillons, qui ne cessent de d\u00e9placer les meubles, de repenser les pi\u00e8ces et m\u00eame de leur assigner de nouvelles fonctions.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Les jours passaient. Je consacrais la moiti\u00e9 de mon temps \u00e0 contempler le reflet de Mme\u00a0Gray dans le miroir de ma m\u00e9moire et l&rsquo;autre moiti\u00e9 \u00e0 imaginer avoir tout imagin\u00e9.<\/p>\n<p>Bien souvent, le pass\u00e9 a tout d&rsquo;un puzzle qui aurait perdu ses pi\u00e8ces majeures.<\/p>\n<p>Avec le recul, je suis frapp\u00e9 par l&rsquo;humeur volatile dont je faisais preuve en sa compagnie, par la soudainet\u00e9 avec laquelle je me mettais en rage pour une broutille, pour rien du tout. On m&rsquo;aurait cru en permanence suspendu au-dessus d&rsquo;une fosse de fureur fumante et sulfureuse dont les \u00e9manations me piquaient les yeux et me coupaient le souffle.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;elle est fragile cette absurde profession dans laquelle j&rsquo;ai pass\u00e9 ma vie \u00e0 faire semblant d&rsquo;\u00eatre un autre, et surtout semblant de ne pas \u00eatre moi-m\u00eame.<\/p>\n<p>La jalousie \u00e9tait tapie en moi tel un chat aux yeux verts et au poil h\u00e9riss\u00e9, pr\u00eate \u00e0 bondir \u00e0 la moindre provocation, r\u00e9elle ou, plus souvent, imagin\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait Sh\u00e9h\u00e9razade et P\u00e9n\u00e9lope tout en une, tricotant et d\u00e9tricotant \u00e0 l&rsquo;infini ses histoires de films.<\/p>\n<p>J&rsquo;adore la lumi\u00e8re vieillotte de ces apr\u00e8s-midi de fin d&rsquo;automne. Tr\u00e8s bas sur l&rsquo;horizon, il y avait des copeaux de nuages aux allures de fragments de feuilles d&rsquo;or froiss\u00e9es et le ciel au-dessus se d\u00e9ployait en bandes blanc porcelaine, p\u00eache, vert p\u00e2le, le tout se refl\u00e9tant en un badigeon mauve vaguement pommel\u00e9 sur la surface immobile et d\u00e9bordante du canal.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Ce que j&rsquo;ai tu, ce que j&rsquo;ai vraiment voulu taire, c&rsquo;\u00e9tait la raison pour laquelle je souhaitais la retrouver. Et pourquoi d&rsquo;ailleurs\u00a0? \u2013\u00a0pourquoi\u00a0? Par nostalgie\u00a0? Par caprice\u00a0? Parce que je vieillis et que le pass\u00e9 commence \u00e0 me para\u00eetre plus vivant que le pr\u00e9sent\u00a0? Non, quelque chose de plus pressant me pousse, encore que je ne sache pas quoi.<\/p>\n<p>Quel curieux ph\u00e9nom\u00e8ne que la proximit\u00e9 imm\u00e9diate et intime de l&rsquo;autre\u00a0! Ou bien est-ce seulement moi qui juge \u00e7a curieux\u00a0? Peut-\u00eatre que, pour d&rsquo;autres, les autres ne sont pas du tout autres, du moins pas autant qu&rsquo;ils le sont pour moi. Pour moi, il n&rsquo;y a que deux modes d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, celui de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 et celui de l&rsquo;inconnu, or le premier n&rsquo;est pas vraiment autre, il s&rsquo;apparente plus \u00e0 une extension de moi-m\u00eame.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>M\u00eame ici, a-t-il ajout\u00e9, \u00e0 cette table, la lumi\u00e8re repr\u00e9sentant l&rsquo;image de mes yeux a besoin de temps, d&rsquo;une fraction de temps, infinit\u00e9simal, mais de temps n\u00e9anmoins, pour atteindre vos yeux, si bien que partout o\u00f9 nous portons notre regard, partout, c&rsquo;est le pass\u00e9 que nous contemplons.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais une sensation de fragilit\u00e9, comme si tout en moi avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en cristal et vibrait \u00e0 une fr\u00e9quence tr\u00e8s rapide et r\u00e9guli\u00e8re.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>En quel royaume \u00e9ternel dois-je croire, lequel dois-je choisir\u00a0? Aucun, puisque tous mes morts sont tous vivants dans mon c\u0153ur, moi pour qui le pass\u00e9 est un pr\u00e9sent lumineux et \u00e9ternel\u00a0; vivants pour moi et n\u00e9anmoins disparus, sinon dans le fragile au-del\u00e0 de ces mots.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : N\u00e9 \u00e0 Wexford, en Irlande, le 8 d\u00e9cembre 1945, John Banville vit \u00e0 Dublin. Depuis ses d\u00e9buts, l\u2019\u0153uvre de cet\u00a0 \u00bb orf\u00e8vre des mots\u00a0 \u00bb a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9e par de nombreux grands prix litt\u00e9raires. 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