{"id":1803,"date":"2015-05-26T13:05:29","date_gmt":"2015-05-26T12:05:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1803"},"modified":"2024-10-09T10:27:31","modified_gmt":"2024-10-09T08:27:31","slug":"redondo-dolores-le-gardien-invisible-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1803","title":{"rendered":"Redondo, Dolores \u00ab\u00a0Le gardien invisible\u00a0\u00bb (2013)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Autrice<\/strong>\u00a0:\u00a0 Dolores Redondo Meira, n\u00e9e le 1 fevrier 1969 \u00e0 Saint-S\u00e9bastien, dans la province de Guipuscoa, au Pays basque, est une romanci\u00e8re espagnole, auteur de romans historiques et policiers.<br \/>\nApr\u00e8s un roman historique, Los privilegios del angel (2009), elle signe avec Le Gardien invisible son premier roman policier qui inaugure \u00ab la trilogie du Batzan \u00bb ( \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1803\">Le gardien invisible<\/a><\/span>\u00bb,\u00a0 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2416\">De chair et d\u2019os<\/a><\/span>\u00bb ,\u00a0\u00a0\u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3774\">Une offrande \u00e0 la temp\u00eate<\/a><\/span>\u00bb ). Elle re\u00e7oit en 2016 le prix Planeta pour son nouveau roman, \u00ab\u00a0Tout cela je te le donnerai\u00a0\u00bb (<i>Todo esto te dar\u00e9<\/i>).\u00a0 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14086\">La face nord du c\u0153ur<\/a><\/span><i>\u00bb(La cara norte del coraz\u00f3n<\/i>\u00a0 \u2013 2019) parait en 2021 et obtient le Grand Prix\u00a0<i>des lectrices de ELLE<\/i>\u00a0policier. En 2024 elle publie \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Redondo, Dolores \u00ab\u00a0En attendant le d\u00e9luge\u00a0\u00bb (RLE2024) 560 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=20936\">En attendant le d\u00e9luge<\/a>\u00a0<\/span>\u00bb (<i>Esperando al diluvio<\/i>)<\/p>\n<p>Trilogie du Bazt\u00e1n tome 01 (Premi\u00e8re enqu\u00eate de l&rsquo;inspectrice Amaia Salazar )<\/p>\n<p>\u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1803\">Le gardien invisible<\/a><\/span>\u00bb,\u00a0 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2416\">De chair et d\u2019os<\/a><\/span>\u00bb ,\u00a0 <span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: #ffffff; color: #333333; cursor: text; font-family: Georgia,'Times New Roman','Bitstream Charter',Times,serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">\u00ab<\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3774\">Une offrande \u00e0 la temp\u00eate<\/a><\/span><span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: #ffffff; color: #333333; cursor: text; font-family: Georgia,'Times New Roman','Bitstream Charter',Times,serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">\u00bb<\/span><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Au Pays basque, sur les berges du Bazt\u00e1n, le corps d\u00e9nud\u00e9 et meurtri d\u2019une jeune fille est retrouv\u00e9, les poils d\u2019un animal \u00e9parpill\u00e9s sur elle. La l\u00e9gende raconte que dans la for\u00eat vit le basajaun, une \u00e9trange cr\u00e9ature mi-ours, mi-homme\u2026 L\u2019inspectrice Amaia Salazar, rompue aux techniques d\u2019investigation les plus modernes, revient dans cette vall\u00e9e dont elle est originaire pour mener \u00e0 bien cette enqu\u00eate qui m\u00eale superstitions ancestrales, meurtres en s\u00e9rie et blessures d\u2019enfance.<\/p>\n<p>\u00abMythologies basque et familiale se confondent, l\u2019intrigue se nimbe d\u2019une atmosph\u00e8re quasi surnaturelle. La magie op\u00e8re. Dolores Redondo serait-elle la cousine espagnole de Fred Vargas?\u00bb Madame Figaro<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>: Ah oui\u00a0! La revue \u00ab\u00a0LIRE \u2013 Sp\u00e9cial polar\u00a0\u00bb recommandait cette romanci\u00e8re dans son article sur les auteurs de polars espagnols. Je suis bien contente d\u2019avoir d\u00e9cid\u00e9 de partir au pays basque avec Amaia. Un thriller psychologique, une inspectrice attachante,\u00a0des l\u00e9gendes\u2026 J\u2019ai totalement fondu. Au point de me lancer dans le tome deux et d\u2019avoir command\u00e9 le tome 3 en espagnol\u2026 L\u2019importance du pass\u00e9, de la tradition et des racines \u00e0 la sauce basque.<\/p>\n<p>Le retour sur les lieux de son enfance pour mener une enqu\u00eate sur un tueur en s\u00e9rie de jeunes filles n\u2019est pas anodin pour l\u2019inspectrice Salazar. Tout son pass\u00e9 va ressurgir, avec ses fant\u00f4mes et ses angoisses. Ce qu\u2019elle tentait de cacher remonte \u00e0 la surface. Le roman est \u00e0 la fois un thriller qui permettra \u00e0 la polici\u00e8re de d\u00e9masquer un tueur en s\u00e9rie, un retour psychologique sur sa vie, une pr\u00e9sentation de cette belle r\u00e9gion pleine de tradition et de myst\u00e8res, une d\u00e9couverte des traditions ancestrales, un t\u00e9moignage sur la vie dans cette partie du pays basque\u2026 M\u00ealant les croyances anciennes et les technologies de pointe un livre que je recommande et une romanci\u00e8re \u00e0 suivre. Le suspense est au rendez-vous, les personnages et l&rsquo;intrigue sont oppressants.. C&rsquo;est bien construit..<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>il lui sembla comme toujours qu\u2019il y avait trop de monde. C\u2019\u00e9tait un sentiment proche de l\u2019absurde peut-\u00eatre d\u00fb \u00e0 son \u00e9ducation catholique, mais, devant un cadavre, elle \u00e9prouvait un besoin imp\u00e9rieux d\u2019intimit\u00e9 et de recueillement qui l\u2019\u00e9crasait dans les cimeti\u00e8res et se trouvait viol\u00e9 par la pr\u00e9sence professionnelle, distante et \u00e9trang\u00e8re de ceux qui \u00e9voluaient autour du corps, seul t\u00e9moin de l\u2019\u0153uvre d\u2019un assassin, et cependant muet, r\u00e9duit au silence, ignor\u00e9 dans son horreur.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Je t\u2019aime, murmura-t-elle. Et elle sourit en songeant que c\u2019\u00e9tait vrai, qu\u2019elle l\u2019aimait plus que tout, plus que personne, et que cela la rendait si heureuse de le tenir entre ses jambes, en elle, et de faire l\u2019amour avec lui. Ce sourire persistait ensuite pendant des heures, comme si un instant pass\u00e9 avec lui lui suffisait \u00e0 exorciser tous les maux du monde.<\/p>\n<p>l\u2019amour ne s\u2019est pas \u00e9teint d\u2019un coup, mais je me suis rendu compte un jour qu\u2019il s\u2019\u00e9tait us\u00e9 apr\u00e8s un processus lent mais inexorable de pon\u00e7age, tchic, tchac, tchic, tchac, un jour apr\u00e8s l\u2019autre. Et ce jour-l\u00e0, je me suis aussi aper\u00e7ue qu\u2019il n\u2019en restait plus rien<\/p>\n<p>faire sortir de l\u2019obscurit\u00e9 le profil d\u2019un meurtrier \u00e9tait quasiment devenu une obsession. Il \u00e9tait fascin\u00e9 par ce jeu d\u2019\u00e9checs o\u00f9 il \u00e9tait primordial d\u2019anticiper le coup duquel d\u00e9couleraient les autres jusqu\u2019\u00e0 la victoire de l\u2019un ou l\u2019autre joueur<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Tu ne m\u2019en avais jamais parl\u00e9. \u2013\u00a0Non, il y a longtemps que je n\u2019y avais pas pens\u00e9\u00a0; sans compter que c\u2019est une partie de mon pass\u00e9 dont je n\u2019aime pas me souvenir. Mais en revenant ici, toutes ces sensations semblent refaire surface, reprendre forme, comme des fant\u00f4mes<\/p>\n<p>Oublier est un acte involontaire. Plus on essaie de laisser quelque chose derri\u00e8re soi, plus cette chose vous poursuit<\/p>\n<p>d\u00e9gageant cette sensation de triomphe propre \u00e0 ces personnes \u00e2g\u00e9es qui vivent en tirant parti de chaque jour sans penser \u00e0 la mort. Ou peut-\u00eatre en pensant \u00e0 elle pour lui voler encore un jour, encore une heure.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Pourquoi ne doit-on pas se tirer les cartes \u00e0 soi-m\u00eame\u00a0? \u2013\u00a0Parce qu\u2019on est pas assez objectif quand on est concern\u00e9. Les craintes, les d\u00e9sirs, les pr\u00e9jug\u00e9s peuvent brouiller le jugement. On dit \u00e9galement que cela porte malheur et attire le mal. \u2013\u00a0Eh bien, c\u2019est aussi un point commun avec l\u2019investigation polici\u00e8re, car un inspecteur ne doit pas enqu\u00eater sur une affaire qui le touche personnellement.<\/p>\n<p>\u00catre assis en face de quelqu\u2019un et deviner qu\u2019il souffre, qu\u2019il ment, qu\u2019il cache quelque chose, qu\u2019il se sent coupable, tourment\u00e9, sale ou au-dessus des autres est aussi commun pour moi lors de ma consultation que pour toi dans un interrogatoire, \u00e0 la diff\u00e9rence que les gens viennent me voir volontairement et pas toi<\/p>\n<p>qu\u2019est-ce qui compte vraiment, qu\u2019une chose soit prouv\u00e9e, ou que tant de personnes la croient\u00a0?<\/p>\n<p>le monde n\u2019a pas tellement chang\u00e9, il reste un lieu parfois obscur, o\u00f9 les esprits malins guettent notre c\u0153ur, o\u00f9 la mer continue \u00e0 avaler des navires entiers sans qu\u2019on puisse en retrouver aucune trace, et il y a toujours des femmes qui prient pour se voir accorder la gr\u00e2ce d\u2019enfanter. Tant qu\u2019il y aura de l\u2019obscurit\u00e9, il y aura de l\u2019espoir, et ces croyances auront toujours de la valeur et elles feront partie de nos vies<\/p>\n<p>son visage \u00e9tait p\u00e2le comme si on avait effac\u00e9 les traits \u00e0 force de les laver \u00e0 l\u2019eau glac\u00e9e<\/p>\n<p>Depuis la nuit des temps, la crois\u00e9e des chemins est consid\u00e9r\u00e9e comme un lieu d\u2019incertitude et de confluence quant \u00e0 la voie \u00e0 suivre et aux rencontres que l\u2019on allait y faire.<\/p>\n<p>La croix a une double fonction\u00a0: elle sanctifie les lieux et indique \u00e0 celui qui la voit qu\u2019il se trouve en terre incertaine. Elle a \u00e9galement pu \u00eatre mise l\u00e0 en raison de sa forme. Quatre chemins parfaitement trac\u00e9s qui se rejoignent au centre du cimeti\u00e8re, mais aussi au-dessous, dans l\u2019inframonde, o\u00f9 pullulent les \u00e2mes tourment\u00e9es des assassins et de leurs victimes, lui dit-il en lui d\u00e9signant la disposition des lieux.<\/p>\n<p>Quand on commen\u00e7a \u00e0 descendre le cercueil dans la fosse et qu\u2019il perdit le contact avec le bois mouill\u00e9, il s\u2019\u00e9croula tel un arbre qu\u2019on aurait sci\u00e9 \u00e0 la base, et tomba \u00e9vanoui dans les flaques<\/p>\n<p>En fin de compte, dans ta tentative de moraliser, de diriger et de mener tout le monde \u00e0 la baguette, tout ce que tu obtiens, c\u2019est de faire le vide autour de toi. Personne ne t\u2019a demand\u00e9 d\u2019\u00eatre une h\u00e9ro\u00efne ou une martyre.<\/p>\n<p>Je crois que tu fais partie de ces femmes d\u00e9vou\u00e9es qui se consacrent corps et \u00e2me \u00e0 soutenir une famille, dans le seul but de disposer d\u2019une bonne dose de culpabilit\u00e9 et de reproches dont elles peuvent accabler les autres, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles se retrouvent avec leur abn\u00e9gation et leurs r\u00e9criminations mais plus personne autour d\u2019elles pour en entendre parler<\/p>\n<p>Les enfants ne sont pas faits de sang, mais d\u2019amour<\/p>\n<p>Elle n\u2019avait pas de souvenirs de ces jours-l\u00e0, elle supposait qu\u2019elle les avait pass\u00e9s en \u00e9tat de choc, m\u00eame si elle se rappelait s\u2019\u00eatre montr\u00e9e sereine et ma\u00eetresse d\u2019elle-m\u00eame, avec ce contr\u00f4le de soi que donne l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 devant les \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Rappelle-toi ce que tu as appris \u00e0 Quantico\u00a0: si tu es bloqu\u00e9e, fais reset, r\u00e9initialise. Parfois, c\u2019est la seule mani\u00e8re de d\u00e9bloquer un cerveau, peu importe qu\u2019il soit humain ou cybern\u00e9tique. Fais reset, inspectrice. \u00c9teins et rallume, et recommence par le d\u00e9but<\/p>\n<p>Ses pleurs cess\u00e8rent et elle resta ainsi, d\u00e9sol\u00e9e, son \u00e2me lui faisant l\u2019effet d\u2019une maison sur la falaise dont les propri\u00e9taires incons\u00e9quents auraient laiss\u00e9 portes et fen\u00eatres ouvertes \u00e0 la temp\u00eate<\/p>\n<p>Et maintenant une furie en balayait l\u2019int\u00e9rieur, renversant tout, faisant dispara\u00eetre le moindre vestige d\u2019ordre impie. La col\u00e8re \u00e9tait la seule chose qui exist\u00e2t, elle naissait dans les recoins sombres de son \u00e2me, envahissant les espaces que la d\u00e9solation avait vid\u00e9s<\/p>\n<p>Elle pouvait presque entendre les conversations qui s\u2019\u00e9taient tenues \u00e0 son sujet et qui \u00e9taient rest\u00e9es en suspens tels des nuages d\u2019orage \u00e0 son arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>Le stress post-traumatique est un assassin endormi. Il reste parfois latent des mois, voire des ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui l\u2019a provoqu\u00e9. Une situation r\u00e9elle o\u00f9 l\u2019individu a couru un danger r\u00e9el. Le stress agit comme un syst\u00e8me de d\u00e9fense qui identifie des signes de danger donnant l\u2019alerte dans le but de prot\u00e9ger l\u2019individu et d\u2019\u00e9viter qu\u2019il ne soit \u00e0 nouveau confront\u00e9 au m\u00eame p\u00e9ril<\/p>\n<p>ses souvenirs \u00e9taient flous et craquel\u00e9s \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une vieille pellicule noir et blanc br\u00fbl\u00e9e par le nitrate de cellulose.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un de ces jours o\u00f9 l\u2019aube s\u2019est arr\u00eat\u00e9e aux premi\u00e8res lueurs du jour sans parvenir \u00e0 se lever enti\u00e8rement<\/p>\n<p>Ces matins sombres faisaient partie de ses souvenirs d\u2019enfance, et elle se rappelait les nombreux jours pass\u00e9s \u00e0 r\u00eaver de la pr\u00e9sence chaude et caressante du soleil.<\/p>\n<p>La vall\u00e9e vit des temps d\u2019incertitude, et quand les nouvelles formules \u00e9chouent, on a recours aux anciennes.<\/p>\n<p>Une lumi\u00e8re d\u00e9chira le ciel, qui s\u2019\u00e9tait assombri jusqu\u2019\u00e0 prendre un ton de vieil \u00e9tain. Un coup de tonnerre r\u00e9sonna, tout proche, et il se mit \u00e0 pleuvoir<\/p>\n<p>D\u2019\u00e9pais rideaux de pluie balayaient la rue d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, on aurait dit que quelqu\u2019un avait agit\u00e9 un \u00e9norme arrosoir pour la d\u00e9barrasser du mal, ou de la m\u00e9moire<\/p>\n<p>La pluie, qui avait commenc\u00e9 \u00e0 tomber depuis peu, continuait \u00e0 faire un bruit assourdissant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, et rendait la maison d\u2019autant plus accueillante<\/p>\n<p>le rejet ne vient pas de celui qui re\u00e7oit, mais de celui qui se sent \u00e9tranger<\/p>\n<p>la douleur est parfois si profonde et enkyst\u00e9e qu\u2019on souhaite et qu\u2019on croit qu\u2019elle va rester l\u00e0, cach\u00e9e et muette<\/p>\n<p>Elle ne comprenait pas encore comment fonctionnait l\u2019instinct, la machinerie compliqu\u00e9e qui se mettait automatiquement en marche chez un enqu\u00eateur, mais, de fa\u00e7on tr\u00e8s subtile, elle entendait presque les rouages de l\u2019affaire tourner, s\u2019encastrer, entra\u00eener dans leur lent mouvement inexorable des centaines de pi\u00e8ces qui s\u2019imbriquaient \u00e0 leur tour dans d\u2019autres, faisant appara\u00eetre peu \u00e0 peu un sens<\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, il ne pleuvait pas, mais le brouillard couvrait les rues d\u2019une patine de tristesse ancestrale qui for\u00e7ait les gens \u00e0 se courber, comme s\u2019ils portaient une lourde charge, et \u00e0 se r\u00e9fugier dans les caf\u00e9s o\u00f9 il faisait chaud<\/p>\n<p><strong>Image:<\/strong> eguzki-lore : mot compos\u00e9 de <i>eguzki<\/i> (\u00ab\u00a0soleil\u00a0\u00bb) et de <i>lore<\/i> (\u00ab\u00a0fleur\u00a0\u00bb) &#8211; \u00a0\u00ab\u00a0fleur du soleil\u00a0\u00bb &#8211; la fleur Eguzkilore, la fleur du soleil. En terre basque, elle prot\u00e8ge les maisons des mauvais esprits, des g\u00e9nies, de la temp\u00eate et de l&rsquo;adversit\u00e9 (chardon argent\u00e9)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0:\u00a0 Dolores Redondo Meira, n\u00e9e le 1 fevrier 1969 \u00e0 Saint-S\u00e9bastien, dans la province de Guipuscoa, au Pays basque, est une romanci\u00e8re espagnole, auteur de romans historiques et policiers. 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